Microlax pour Dunga, ou De l’influence de la scatophilie allemande sur un brésilien constipé depuis 1998


Dunga est un disciple d’Aimé Jacquet, lui-même admirateur de Parreira, l’entraîneur du Brésil « contre-nature » de 94, défensif mais vainqueur. Les deux hommes s’apprécient et Dunga était le capitaine de l’équipe du 3-0 de 98. Cette défaite l’a sans doute traumatisé au point de faire du système de France 98 sont optimum tactique. Son Brésil se présente en effet dans un 4-2-3-1 digne des plus grandes heures de la bande de Zidane (« de Zidane » et non pas « à  Zidane », parce qu’on dit « fils de pute » et non « fils à pute »…ou du moins, ça n’a pas le même sens…) Ainsi, Kaka se glisse dans le costume de l’idole, Robinho dans la peau du Snake, Lucio fait un Desailly des plus foufous, Maicon se voit en Basque bondissant…et pour les autres, cela reste propre mais sans génie.


Propre mais sans génie, c’est du reste le mot d’ordre du côté américain. Habile synthèse du jeu britannique traditionnel (4-4-2 avec des colosses devant et derrière, de la combativité à tous les étages) pimenté d’enseignements tactiques extraits du travail vidéo, le jeu proposé par une sélection américaine entreprenante et sûre de ses possibilités est un modèle de ce que peut faire une équipe solide physiquement et mentalement, limitée techniquement mais ne se prenant pas pour une autre. Les 6 de derrière renforcé de Dempsey (milieu droit apportant un soutien à ses milieux défensifs en phase défensive, frappeur et capable d’incursions décisives – auteur du premier but – lors des phases offensives) constituent un bloc compact digne des plus belles équipes de seconde zone anglaise dans lesquelles ils ont, pour certains, évolué – voire évoluent encore – tandis que Donovan (leader technique, tire tous les coups de pied arrêtés) complété de Davis et Altidore assument l’animation offensive par d’incessantes permutations. De plus, en phase défensive, ces trois-là représentent un danger permanent, les deux rapides que sont Donovan et Clark prenant les côtés quand Altidore impose son gabarit dans la charnière centrale adverse. Le deuxième but, « modèle de contre-attaque », illustre parfaitement cette tactique défensive exploitant au maximum les faiblesses de son adversaire, le Brésil se heurtant au bloc de 6 tandis que le couloir droit déserté par Maicon se transforme en boulevard pour le rapide Clark que seule la vivacité de Donovan peut accompagner.Ce boulevard droit illustre également le caractère déséquilibré de l’animation brésilienne. C’est en effet un Brésil « Kaka-centré » que propose un Dunga en pleine régression anale post-98. Robinho en ermite, mène le jeu de son extérieur du droit, repiquant sans cesse dans l’axe et stérilisant ainsi un côté que le latéral (André Santos, symbole de la grosse fatigue ou de l’impuissance du recrutement lyonnais) n’occupe que trop rarement. Felipo Melo et Gilberto Silva servent Kaka, plus rarement Maicon et Robinho, et n’utilisent que trop peu souvent leur qualité de frappe. La relation Kaka-Robinho est inexistante, tant Robinho semble être un soliste autiste, là où Kaka, martyre de l’apôtre, se débat  dans la masse des milieux défensifs adverses. Zarathoustra et Jésus à la baguette, improbable duo à l’image de celui que forment Maicon et Lucio. Maicon est un Roberto Carlos des plus grandes heures, monopolisant le couloir droit par ses courses et ses choix discutables (la montagne Onyewu interceptant le plus souvent ses centres), défensivement absent et compensé par un Lucio-Desailly très – trop ? – tranchant (trophée du Fair-Play ?!?!), dé-zonant souvent au risque de laisser Luisao (non, rien à voir avec LE Président) seul défenseur central. Les deux « gueules » de la sélection brésilienne disloquent un couloir droit dans lequel un certain Ramires se trouvait. Impossible d’en savoir plus sur ce joueur, tant il est inutile de placer un relais devant Maicon, et tant le dit Ramires (à la différence de Gourcuff contre la Turquie) n’a pas su se muer en milieu défensif droit afin de compenser les montées du cynocéphale brésilien et soulager le prognathe munichois. Le ralenti du deuxième but américain le montre à la ramasse derrière Donovan…il est remplacé trop tardivement par Elano à la 65ème.

Ce remplacement modifie le déroulement du match, puisque des américains fatigués se trouvent confrontés à leurs limites techniques et à désormais 11 brésiliens. De plus, le placement d’Elano, dans l’axe, légèrement plus bas que Kaka, lui laisse le temps d’organiser une attaque animée désormais sur les ailes par les permutations de Kaka et Robinho (égalisation brésilienne sur un débordement de Kaka sur côté gauche de Robinho), et d’un Luis Fabiano qui n’est résolument pas Guivarch. Bref, ce Brésil post-65ème, beaucoup plus riche et imprévisible que la pâle imitation de France 98 proposée initialement, avale une équipe des Etats-Unis courage mais revenue au niveau de ses pensionnaires de MLS et autre seconde zone anglaise.

En tant que joueur, Dunga s’apparentait plutôt à un « fils de nazi » qu’à un descendant de Garrincha, capitaine d’une Seleçao que seule la victoire rendit belle – et encore… En tant qu’entraîneur, il s’inscrit dans la filiation de Parreira et autre Jacquet, ayant de commun qu’à l’impératif de victoire ils ont répondu par un schéma défensif. Si Parreira avait construit un bloc illuminé par la paire Romario-Bebeto, le système du prophète de Firminy mariait qualités des joueurs à disposition à un schéma défensif et physique adapté à l’époque. Depuis, le jeu s’est accéléré et les lignes étirées, tandis que le profil de la majorité des joueurs brésiliens ne cadre que peu avec un système défensif (ce qui expliquerait la présence du vétéran Gilberto Silva.) Kaka est décisif dans les espaces (sur les côtés en faux lent à la Pires, ou en contre comme au Milan), Robinho trop talentueux pour être fixé exclusivement à gauche, Maicon trop « chien-fou» pour ne pas nécessité un dispositif spécifique. Du reste, cette hyperactivité libère une place, soit pour le compenser défensivement, soit pour modifier le système par l’addition d’un joueur libérant Kaka, Robinho, ou encore Luis Fabiano…ou n’importe qui ou quoi d’autre permettant au Brésil d’évoluer à 11 sur un air de samba. Obsédé par son Kaka comme l’était Jacquet par son Zizou, aveuglé par l’analyse du traumatisme de 98, Dunga l’allemand a bâti un système scatologique prévisible et castrateur…mais de leur Popozuda, les brésilien-nes semblent préférer l’imprévisible et si souvent fantaisiste pet… l’analogie est foireuse mais si, comme le dit l’éthologue Boris Cyrulnick, « analyser analise »… Microlax Dunga… Microlax!

L'ancien

Un commentaire

  1. On a eu en finale les deux équipes qui l’ont pris le plus au serieux cette coupe des conf’. C’est malgré tout une équipe du Brésil qui joue par intermittence, qui n’impose de maitrise totale, qui joue en contre et défend en permanence à 6…C’est efficace mais par sûr que ca plaise au peuple brésilien…
    libertyfoot

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