MOVIDA, Notre Footballologue et l’Espagne

Et en même temps, il répond au concours comithierry… trop fort notre vieux barbu.

New Wave + Punk + Movida = Fair Play Financier

Ouverte par le transfert record de Cristiano Ronaldo Senior au Real Madrid, la saison 2009/2010 pourrait marquer un tournant dans l’organisation du football européen avec l’adoption du « fair play financier » auquel le sacre mondial de l’Espagne fait écho. En effet, par delà le triomphe de sa sélection, c’est un véritable modèle d’organisation que propose le football espagnol dans un contexte de crise pour nombre de grandes nations européennes du ballon rond.

Footballologue au poulpe, Ouka Leele.

Pourtant tous réorganisés en ligues professionnelles au tournant du siècle, les championnats européens n’épousent cependant pas – encore ? – le même mode de fonctionnement. Structure pyramidale, la Liga est ainsi gouvernée par les dyarques catalans et castillans tandis qu’une petite noblesse se partage les satisfecit. Dès lors, la carrière d’un footballeur espagnol relève d’une initiation à la hiérarchie, de la formation dans un des palais royaux (la Masia catalane ou la Fabrica castillane) puis le prêt ou le transfert dans une équipe de rang inférieur et, consécration, le retour au palais (parfois même la maison d’origine) pour couronner une carrière exclusivement nationale où chacun trouve finalement intérêt à respecter l’ordre établi. Une telle hégémonie n’est possible sans appui politique et il n’est qu’à regarder les avantages fiscaux* ou la répartition des droits télé** pour constater le soutien institutionnel à la dyarchie footballistique en place et penser qu’il « réglementera » le moment venu le déficit de ces clubs. Le palmarès des compétitions européennes illustre ce fonctionnement, Barcelone et le Real Madrid se partageant la Ligue des Champions tandis qu’en pleine crise économique, Valence paie le prix de son ambition et Séville, double vainqueur de l’Europa League, peine – est empêché ? – à confirmer à l’étage supérieur.** Du reste, ces deux « ambitieux » incarnent le modèle puisque nombre de leurs joueurs sont issus des centres de formation des dyarques tandis que leurs meilleurs éléments n’aspirent qu’à rejoindre un des deux palais.

Etude pour les vestiaires de la Roja, Javier Mariscal

Toutefois, ce système pyramidal, générateur de conflits, avait jusqu’alors desservi la sélection nationale et les triomphes de 2008 et 2010 renseignent sur la manière dont le problème a été contourné. En 2008, Luis Aragones faisait office de figure tutélaire, fort de 35 ans de carrière au sein de huit maisons ibériques dont le palais catalan. Au retrait du « roi » restaurateur, les dyarques se sont répartis les pouvoirs : le poste de sélectionneur et le capitanat à la maison castillane, l’essentiel de l’effectif et le style de jeu aux catalans. Ainsi, entre Del Bosque et Casillas, Madrid conserve l’autorité quand sur le terrain, c’est le jeu du Barça qui fait autorité. La victoire marginalisant – pour le moment – les débats sur Auctoritas et Potestas, l’Espagne savoure sa transition démocratique et son football à la catalane. En effet, la Masia barcelonaise forme l’élite pour son équipe fanion et la Roja, avec un taux de déchets important, tandis que la Fabrica castillane produit de série un « footballeur polyfonctionnel » dont une centaine de modèles parcourent les pelouses ibères. Au final, se dégage de ce modèle une identité forte, à la fois en termes de jeu mais également d’appartenance à telle ou telle maison, élément intéressant dans un contexte où l’internationalisation des clubs (propriétaires, effectifs, entraîneurs,…) enrayent les mécanismes d’identification des supporters.***

Pour schématique qu’elle soit, cette proposition de lecture du « modèle espagnol » apparaît comme une réponse possible face à la révision des structures imposée par l’adoption du « fair play financier. » Alimenter la base pendant que l’élite se délecte, et faire le deuil de la rivalité sportive totale au profit d’une oligarchie footballistique s’affrontant régulièrement au sein de compétitions ritualisées…bref, américanisation des structures du football européen.

* : taux d’imposition de 23% pour les travailleurs étrangers contre 42% pour les nationaux. La loi Beckham a permis les politiques « galactiques » et « fantastiques » mais sa possible remise en question ne devrait pas modifier une hiérarchie qui repose surtout sur la concentration des meilleurs joueurs espagnols au sein de clubs prestigieux aux performances  attractives.

** : Barcelone et le Real Madrid se partagent la moitié des 150 millions d’euros que génèrent la vente des droits télé de la Liga. Interdisant son stade aux caméras en guise de protestation, le président du FC Séville, José Maria del Nido, mène la fronde contre les dyarques mais sans grand écho ni résultat pour le moment.

*** : L’Angleterre connaît ainsi plusieurs expériences de dissidences de la part des supporters, à l’exemple du Football Club of Manchester et de l’AFC Wimbledon.

http://fr.wikipedia.org/wiki/AFC_Wimbledon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Football_Club_United_of_Manchester

9 thoughts on “MOVIDA, Notre Footballologue et l’Espagne

  1. Dyarchie, dyarque, dyarque… Foutez vous dans le comité de mercredi à côté de De Los Bues si vous avez un peu d’honneur Tiens, vous l’avez mérité. La bise, tout le reste est très bon.

  2. Sinon c’est analysé comme l’aurait fait mon brillantissime ancien professeur de géographie, propre, net, un peu trop, faut baver un peu pour paraître plus humain…

  3. C’est pas pour balancer, mais la « Structure pyramidale », Emmanuel Petit en a déjà parlé avec ses mots à lui…Demande à Francis.

  4. Cher Footballologue,

    Et qu’est-il advenu de l’article sur votre confrère néoscientifique de Canal +, dépourvu de « lo » et amateur d’exceptions peu exceptionnelles ?

  5. … tout à fait d’accord, bonne analyse mais il faudra bien un jour se poser la question : doit-on les interdire de compétitions européennes et mondiales s’ils n’optent pas pour un « fair-play financier ».

  6. Bof on s’en carre du fair play financier, si ils trouvent des cons pour les financer… On va pas faire la morale alors qu’on vient de renflouer nos banques avec les sous du contribuable, alors que elles te renflouent à coups d’ajo dans le derche. Alors qu’ils continuent d’acheter des Benzema à 40 millions (ah aha haha hahahha h haha ha ha ha) et qu’on leur foute la paix. Sinon le mourinho il veut pas acheter Ben arfa?

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