Humilier le RC Rance est toujours source de plaisir. Leur gardien de buts est le fils du patron de mon usine. Alors le voir prendre trois pions propres m’a procuré un mélange joie-haine aussi goûtu qu’un calva au rhum. Le fait de prendre trois points m’a plutôt rendu stoïque vu que je les avais déjà mis dans le classement auquel je pense quand je m’endors.
J’ai du mal à me remettre de samedi. J’ai pris un sale coup à la clavicule pendant l’expédition contre les hippies. Un de ces connards m’est tombé dessus après que son hamac se soit effondré. Je suis dégoûté, ça tombe à un moment où ma préparation physique prenait une vraie tournure. J’étais à 2 footings en deux semaines, soit 12 tours de terrain ! Mais avec l’épaule en vrac trop dangereux. Je veux pas remettre en cause mon travail hebdomadaire pour le club. Si j’avais pas su établir des priorités dans ma vie j’aurai pu finir comme ces vauriens, fils de médecins et d’avocats en mal d’aventure, qui ont ruiné la forêt renardienne.

Aujourd’hui c’est bureau de bonne heure : 10h30 !!! Comme d’hab mon ptit grog et mon croissant m’attendent. Depuis que j’ai installé mon bureau il y a un mois, j’ai pu emménager un peu mieux. J’ai deux tables dans un angle du bar. La patronne a accepté que j’y laisse quelques affaires en permanence, ça m’évite de les oublier quand je rentre après la fermeture. J’ai pas des tonnes d’affaires : y a un ou deux Renardin Libéré, un stylo, et une photo des ptits gars. Ca m’embête, j’aimerai bien que mon bureau ait un peu plus de gueule, mais je réfléchis encore à ce que je pourrais mettre dessus. Comme dirait coach Remoulade : « toute précipitation expose à un contre ». Mais quand je trouverai, je sais que je pourrai rajouter des affaires, la patronne m’a déjà avoué qu’avec mon bureau ici, son chiffre d’affaires augmentait fortement. Je suis tellement concentré sur mes projets au bureau que j’avais même pas remarqué la hausse de clientèle.
Je suis à jour dans l’ensemble de mon travail en ce début de semaine donc j’ai passé la matinée à repenser à ma réunion inaboutie de la semaine dernière. Monsieur Remoulade m’a beaucoup appris humainement, et j’aime de plus en plus prendre du recul sur les événements. Mais forcément, ça nécessite un certain temps et en cette saison les journées défilent vite. Puis j’ai dû aussi faire un bilan oral du match d’hier aux renardiens présents. Y avait pas grand monde au match car beaucoup était parti s’occuper de notre pauvre forêt, c’était logique que j’entreprenne un récit de notre victoire digne d’un futur champion. La discussion a dérivé jusqu’à plus de minuit sur l’incendie ensuite. L’ambiance était triste. Pour beaucoup d’entre nous, ça signifie la mort de l’arbre contre lequel on a dégoupillé notre première meuf. Pour beaucoup d’entre nous c’était Monique d’ailleurs.

J’avais pourtant un gros programme le mardi. Mais comment aurai-je pu anticiper les rebondissements caractéristiques à la fonction de Président du Club Des Supporters ? A 12h44, alors que mon réveil allait se déclencher, le téléphone sonna.

Moi : « Jean-René j’écoute !
F.K : – Monsieur Gros-Dare ?
Moi : – Bah oui ça va pas être ma tante.
F.K : – Salam. Ici Fréderic Kanoukafé. Je cherche à entrer en contact avec monsieur Remoulade pour évoquer un projet humain avec lui.
Moi : – T’es qui toi ?! Tu crois comme ça que t’appelles et qu’en cliquant des doigts tu pourras discuter avec le coach et signer chez nous en pleine saison ?!
F.K : Frédéric Kanoukafé, le footballeur. »

Quelle gêne ressentis-je… Effectivement j’avais déjà entendu cette voix à Téléfoot. Honteux d’une telle entrée en matière avec un partenaire footballistique, je n’avais d’autre choix que d’accepter sa proposition de nous rencontrer, quitte à reporter mes projets importants.
Frédéric Kanoukafé m’expliqua par la suite qu’il tenait à tout prix obtenir la signature de monsieur Rémoulade dans le cadre d’une pétition contre l’organisation de l’Euro 2013 des U21 en Israël. J’ai vite saisi l’importance et les enjeux que revêtait ce moment. J’ai pas tout écouté quand il a essayé de m’expliquer, mais grosso-modo Israël a pris en otage un footballeur palestinien anorexique dénommé Gaza. Toute façon, je dois rester dans mon rôle je ne suis pas un décisionnaire. Et ce que je sais, c’est que la cause palestinienne tient beaucoup à cœur au coach Rémoulade et à Didier. Ni une ni deux, pas de décision, nous nous mettons à l’écart pour téléphoner au coach. J’explique à Frédo que je veux pas trop que les gens sachent que j’ai le numéro du coach Remoulade, c’est des histoires internes au club.

Moi : « Monsieur Rémoul…
P.R : – Allez dépêche toi remets ta culotte je veux pas que tu mettes des saloperies dans la bouffe.
Moi : – Allo monsieur Rémoulade ??
P.R : – Oui Jean-René, dépêchez-vous j’ai renversé de la sauce partout !

Je lui expliquai la présence de Frédo avant de les laisser discuter durant cinq minutes. Fredo me redonna mon téléphone cellulaire.

P.R : « Bon Jean-René. Très bon projet pour l’image du club !! Nous devons une nouvelle fois montrer que le FC Renardin sera toujours solidaire de la Palestine. Il en va de notre honneur, et croyez-moi je vais pas me chier dessus comme une lopette à pas assumer ça dans trois jours ! Je vous donne procuration. » TUT TUT TUT
J’ai cru quelques secondes que je levais les voiles tant mon cœur battait. On me demandait de poser ma signature au nom du club, pour une cause solidaire qui plus est. Plus les semaines passent, plus ma fonction m’offre fiertés et statut. En plus, je me suis dit que j’avais ,en peu de temps, réalisé un travail de communication-développement équivalent à une semaine, ce qui m’octroyait du temps vacant sur l’ensemble de la semaine.

C’était donc plutôt normal que le jeudi soir j’invite Frédo au Crazydisco avant qu’il reparte à Pékin. Gros coup de bol, y avait une partie des ptits gars qui y étaient aussi. Je l’ai pas mal délaissé avec leur présence, j’espère qu’il l’aura pas mal pris, je l’ai même pas vu partir. Mais soirée pleine de rire, ça me change, avec Florent, Abdel, Julien et Claude !
L’esprit de groupe régnant au club m’a apporté un nouveau bonheur. Les ptits gars ont convaincu la petite péruvienne sans papiers de Renardin, Zia, que si elle était gentille avec moi, elle aurait peut-être l’occasion d’obtenir un poste payé de pom pom girl au club. Ils sont cons !! Mais en plus ça a marché… Et grâce à eux j’ai pu constater qu’en revanche les papiers du Kama-Sutra elle les avait !! Et quoi de mieux qu’attendre le match de dimanche dans des bras ? Ça me manquait, et rien ne serait arrivé sans notre club.

5 thoughts on “Derrière les mains courantes de Renardin, épisode 5

  1. Jean-René vous devriez avoir honte de vous. Succomber de la sorte aux sirènes du pouvoir. Le coach vous faisait confiance et vous, vous profitez de votre pouvoir pour mentir à une jeune mineure roumaine et la baiser ? Moi qui avait tant de respect à votre égart je suis déçu…

  2. « la patronne m’a déjà avoué qu’avec mon bureau ici, son chiffre d’affaires augmentait fortement. Je suis tellement concentré sur mes projets au bureau que j’avais même pas remarqué la hausse de clientèle. »

    Mythique.

  3. « Le fait de prendre trois points m’a plutôt rendu stoïque vu que je les avais déjà mis dans le classement auquel je pense quand je m’endors. »
    C’est quatre points plutôt, non? En dehors de ça, très bon épisode.

  4. 4 points oui bien joué ;)
    Désolé, mais cette histoire de forêt est un traumatisme déstabilisant pour nous.
    Amitiés renardiennes.

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