Je ne pouvais pas supporter un deuxième dimanche consécutif sans foot. Avec mon nouveau statut au club, ma dépendance au foot a encore grandi. Ça m’est déjà arrivé de regretter des périodes sans foot à Noël ou l’été, mais cette année c’est pire. Je le sens. Au delà de ne pas pouvoir assister au spectacle, de ne pas pouvoir mettre de pressions aux adversaires, de ne pas voir les potes de la buvette, de ne pas refaire les matchs au troquet, je ressens désormais le manque de pas pouvoir voir et discuter un peu avec les ptits gars ou le coach Remoulade.

Pour combler l’absence de match, j’ai ressorti mes photos personnelles du club pour m’occuper un petit peu. Puis comme j’ai conservé pas mal de photos et les calendriers que le club nous donnait à l’époque, je me dis que je peux retrouver des choses intéressantes à mettre en valeur au foyer, ou lorsqu’on fêtera un anniversaire du club. J’avais pas tort : que de trésors enfouis. J’ai eu les yeux dedans encore plus que j’ai les yeux dans les décolletés des Renardiennes à la sortie du lycée !

Je me suis remémoré une bonne partie des mecs avec qui j’ai joué durant ma jeunesse. J’en avais totalement oublié certains, mais j’ai su remettre un prénom sur tous les visages. Bon c’était pas si dur, y en a beaucoup qui traînent encore régulièrement au bar des sports ou au PMU. C’est bizarre de revoir toutes ces têtes avec lesquelles j’ai joué au FC Renardin, sans trop savoir ce qu’ils sont devenus. C’est vrai, c’est rare dans la vraie vie de partager ses joies, ses peines, ses récompenses, ses efforts, ses injustices et ses coups de vice. Ces souvenirs sont mes seuls albums de famille. J’ai pu me rappeler de gars comme Mathieu, qui avait arrêté le foot parce que ses parents trouvaient Emile, notre éducateur, trop tactile. J’ai aussi reconnu le gars Jacquot, un sacré latéral droit, qui avait malheureusement dû quitter Renardin vers 14 ans en pleine ascension, parce que ça plaisait pas au village qu’il ait enfanté sa sœur. Quelle tristesse de revoir Louis, un petit avec qui j’ai joué 2-3 ans, décédé dans un accident de voiture, et de repenser à la douleur que notre équipe avait ressenti dans les vestiaires, puis lors de l’inhumation. Et en même temps j’étais fier de réaliser qu’on était soudé malgré notre âge. Faudra que je pense à raconter ça au coach Remoulade, il aime bien quand on lui parle de solidarité, il dit tout le temps « C’est la clé ! C’est la clé ! ». Puis ça pourra me faire une excuse pour lui montrer ma grande fierté : sur la photo de pupilles, je suis à côté de Hassan qui a été pro en D3 norvégienne quelques années après. Et parmi ces photos, le visage de tous les éducateurs qui m’ont transmis l’amour du FC Renardin…. J’ai vraiment conscience qu’ils m’ont donné beaucoup, qu’ils nous ont tous donné beaucoup. Vraiment je devrais penser à ressortir tout ça plus souvent.

Le lundi, je n’avais toujours pas reçu la moindre réponse pour ma soirée du 25 décembre au foyer du club. Le timing commençait à être tendu c’est clair, mais l’annonce n’était parue que le samedi sur Leboncoin, donc je tentais de relativiser en m’autorisant une cuite diurne en attendant pour ne pas trop y penser. Donc forcément au réveil de midi, le mardi, malgré mon crâne fendu en quatre, j’ai compris que je passerai Noël seul… C’est pas dramatique en même temps, puis je préfère ça que de le passer avec des cons.

Mais une chose est venue tout remettre en cause : la magie du FC Renardin. En milieu de journée Didier a téléphoné au bar des sports pour me parler (les ptits gars savent que je suis plus facile à joindre au bureau). En voyant l’une de mes affiches d’invitation à la soirée, il en avait déduit que j’avais éventuellement rien de prévu :

D: « Salam Jean-René.
JR : – Didier !! Je suis ravi de t’entendre, ça va ? Tu t’apprêtes à fêter Noël avec les petits ?!
D: – Jean-René, tu sais bien qu’on ne fête pas Noël chez nous. »
Merde j’avais oublié. C’est sûrement un peu haram.
D: « Mais malgré ça on aime bien s’organiser une belle soirée ! Tu sais on aime bien les jours fériés aussi ! On en discutait avec Abdel, qui vient justement avec sa famille, et on se disait que ça serait sympa que tu te joignes à nous. »

J’ai eu le même coup aux tripes, que quand le coach Remoulade m’a nommé officiellement Président du Club Des Supporters, ou encore le même que quand j’ai dû apposer ma signature au nom du club en faveur d’une cause humanitaire.
Grâce à ça, cette soirée de Noël a été parfaite. J’avais même eu le temps d’aller acheter des petits cadeaux pour les enfants. Ça faisait longtemps que j’avais pas pu offrir quelque chose, ça m’a vraiment fait plaisir, puis ça touché leurs femmes. Elles ont même charrié les gars à dire que j’étais l’homme parfait et qu’en plus moi je jouais pas le dimanche ! En plus j’ai tellement mangé que je me suis remboursé les cadeaux les deux jours suivants en sautant deux repas. Tout bénef cette soirée. Une telle générosité ça touche. J’oublie pas que Didier c’est déjà lui qui avait parlé de mon chômage au coach durant le mois d’octobre. La femme d’Abel a même tenu à me ramener en voiture à cause de mes légers tremblements dus au repas sans alcool. La classe. J’étais vener que tout le monde soit enfermé en famille, y avait pas un badaud pour répandre le bruit au bar.

J’y ai bien repensé le reste de la semaine, et je me suis dit que c’était le meilleur Noël que j’avais fait depuis longtemps. Je suis bête, j’aurai pu prendre des photos, ça m’aurait fait plaisir, je suis sûr, de revoir ça dans trente ans quand je sortirais mes photos du FC Renardin…

2 thoughts on “Derrière les mains courantes du FC Renardin, épisode 8

  1. Comme l’ami JustWide, j’ai presque pleuré.
    Quelle bonne idée de la part de la femme d’Abdel, on sous estime toujours les problèmes d’absence d’alcool.

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