Russie-Slovaquie (1-2) : La Haluski Akadémie livre ses notes.

Ahoj, belles âmes !

Du fond de la tristesse d’une nation meurtrie dans sa chair par une défaite au goût de mouton sauce à la menthe, Jan Kozak était le seul homme encore digne de paroles. Il dut trouver des mots, parfois durs, parfois tendres, jamais injustes, toujours fraternels, pour remobiliser les troupes abattues de son escouade. Et tant pis pour les Russes ! conclut-il avant de lancer sa devise personnelle à la face du vestiaire : Arrière la faiblesse ! Et tous pleuraient, dame ! de voir tant d’émotion et de soubresauts alcooliques à la fois en une seule personne, eux qui l’avaient connu si sage, si pondéré, si continental, somme toute.

Aussi le capitaine Martin Skrtel bondit sur ses crampons et sonna la révolte d’un trompettant appel. Il était temps désormais d’entrer dans cette compétition comme la misère entre dans nos chaumières : d’heure matinale, par la grande porte, enlaçant tout d’un souffle si glacial que les Russes eux-même n’y résisteraient. Sommes nous des Slaves ? Sommes nous des Hommes ? Sommes nous des Slovaques ?

C’était donc à 15 heures que notre vaillante Repre devait condamner définitivement sa défaite inaugurale dans les oubliettes de l’histoire, ceci en affrontant de fort peu glorieux Russes ayant arraché un match nul parfaitement impromptu face à des Saxons décérébrés par trop de pop-music et alentis par trop de mauvaise bière. La première place était donc en jeu, en attendant la lutte fratricide qui opposerait le onze des trois Lions au onze des Onze enculeurs de moutons en réunion.

Pour ce faire, Jan Kozak devait sanctionner durement les plus malencontreux de ses fidèles sujets : Svento, Hrosovsky et Duris étaient appelés à partir traire des boucs avec la bouche pour voir ce que ça faisait de manquer d’exemplarité, et ainsi fournir tout le monde en fromage en guise de pénitence (il paraît que vous ne faites pas encore ça en France, mais cela doit être parce que l’évolution n’a pas encore amené le bouc jusqu’à votre chaîne alimentaire, ce qui explique probablement que vous soyez si arriérés et mal nourris). Leur sont substitués des joueurs au cerveau proéminent :

Matus Kozacic est maintenu dans les buts, après authentification de son statut de gardien de but diplômé.

Peter Pekarik est lui aussi maintenu malgré ses handicaps multiples, heureusement compensés par une charnière solide en la double personne de Martin Skrtel, notre glorieux capitaine bien que Liverpuldien de cœur et de cerveau, et de Jan Durica, discret exécutant descendu de ses Carpates natales car trop en manque de chair fraîche. Tomas Hubocan prend lui la place de Dusan Svento dans le couloir gauche, ce dernier ayant été diagnostiqué grand mélancolique après son précédent match.

Si Marek Hamsik est bien évidemment présent (c’est lui le vrai capitaine de la Repre, à vrai dire) à côté de Juraj Kucka pour former la plus belle doublette de crêtes de tout le tournoi (que de piètres Belges tentent d’usurper sur la base d’oxygénation et de n’importe quoi tactique), le malheureux Patrik Hrosovsky est quant à lui rappelé sur le banc, sans doute à cause de son prénom qui n’est pourtant pas si honteux, même en Slovaquie, et remplacé au pied-bot levé par Viktor Pecovsky, pilier du milieu de Zilina.

Robert Mak est lui aussi maintenu, en dépit de  son nom laissant plus penser à un trafiquant de chair humaine qu’à un footballeur, Wladimir Weiss a lui aussi la confiance continuiste de Kozak, tandis que le brave Duris est prié de poser ses fesses sur le banc afin de donner la chance à Ondrej Duda de réitérer son exploit du précédent match en tant que titulaire.


ZAPAS

Dans une ambiance de fin d’impunité, l’hymne slovaque Nad Tatrou Sa Blyska remporte le match des beaux hymnes d’une courte tête, la sélection russe ne donnant pas forcément envie de jouer au football, mais bénéficiant tout de même d’un de ces symboles des temps bénis du soviétisme, lorsque les paysans dominaient le monde, et qu’un simple Géorgien pouvait devenir l’homme aux plus grosses têtes nucléaires du globe.

Maintenant que des menaces de suspensions pèsent sur tout un peuple qui s’en moque, c’est à la Repre de lancer les hostilités, quand bien même celles-ci débutent de manière timide. Les Russes mettant dans un premier temps la piedmise sur le ballon, les vrais footballeurs de la glorieuse patrie slovaque tentent de récupérer proprement, et de relancer à l’avenant. De jouer au football, diront certains esprit méridionaux par trop rationnels.

Mais c’est de fougue et de passion que se nourrit le vrai romantisme slave, et si cela ne fait pas une équipe de foot, les Slaves d’en face l’apprenant à leurs dépens, cela peut parfois créer un semblant d’esquisse d’occasion, qui comme un visage de sable, s’efface rapidement derrière la rassurante maladresse des bolchéviks.

Malgré tout, nos fluides interlopes connaissent quelques remous tandis que des combinaisons désordonnées et malheureuses dessinent une histoire de la bile dans notre camp et quelques première timides occasions dans celui d’en face. Le cours d’un fleuve sort parfois de son lit, comme diraient les ancêtres montagnards des hauts de Zilina; celui de nos fluides peut aussi déborder. Surtout quand à force d’observations de terrain à la recherche de nouvelles ressources fossiles, les émissaires russes découvrent que Hubocan n’a pas plus de capacité défensives qu’un litre de prune du pays. Ceci sans compter sur les retours défensifs de Weiss à faire passer le jeu sans ballon de David Backham pour les bijoux de la couronne. L’impéritie défensive est telle de notre côté gauche que les chars russes pilonnent avec enthousiasme ce flanc découvert.

Mais la Repre ne s’en laisse conter par les boniments de vieillards séniles. La jeunesse et le clair esprit suffisent parfois à vaincre les traditions les plus tenaces, et à l’heure du capitalisme triomphant qui étreint désormais notre pays avec joie, Marek la crête sort de sa tanière pour asséner une puissante ouverture mystique vers le côté gauche, largement dégarni par les troupes d’assaut poutiniennes trop occupées à faire le siège de Hubocan. Wladimir Weiss ne manque pas de s’engouffrer dans la plaie béante, élimine deux ectoplasmes pseudo-défensifs qui passaient là d’un léger coup de reins sur son contrôle, et aligne l’épouvantail Akinfeev, l’homme qui a fait trembler tout un Royaume insulaire la semaine passée. Dans la campagne slovaque, les larmes de joies se mêlent aux larmes de rire. 1-0 (31e).

 

Goal Weiss

Bistro bistro ! Empêchons le de marquer un 6 mètres !

L’on voit ensuite le proto-héros de la nation Marek Hamsik pêcher par excès d’individualisme. Dès lors qu’on le condamne tel Werther à se sacrifier, le voilà qui s’auto-sanctifie lui-même. À la réception d’un corner court, il envoie dinguer un défenseur d’un crochet de velours, puis enveloppe un tir plus doux que la plus fine des étoffes tsarales au deuxième poteau. Ce dernier vibre, le ballon s’aplatit dans un coin tel le chien avant l’orage, le gardien russe s’incline une nouvelle fois et concède du bout des lèvres : je ne pouvais pas empêcher ça d’entrer, c’eût été contraire à la beauté glaciale de l’âme slave. 2-0 (45e).

Goal Hamsik

Marek Hamsik montrant à ses amis russes le chemin le plus rapide pour le retour vers Moscou.

La seconde période ne mérite pas d’être racontée par le menu : on y vit divers échanges commodes entre gens de bonne constitution, sans que leur destin changeât pour le moins. On y vit de belles illustrations de l’humour slave, avec ces espaces laissés par notre défense afin que des adversaires pourtant sobres expédient de lourdes frappes en tribune ; on y vit diverses incursions en notre territoire des troupes ennemies, mais point de réelles escarmouches. Une victoire sédimentait alors au creux de l’âme slovaque, se dessinant telle un palimpseste sur le temps passé des regrets, regrets se trouvant définitivement révolus à mesure que les Slovaques au cœur pur trottinaient gaiement au devant des offensives dignes de la Bérézina de leurs opposants, pensant d’ores et déjà à la manière grandiose dont ils allaient se qualifier face aux pouilleux Saxons.

C’était peut-être même un peu trop se relâcher car le onze des oppresseurs, profitant de quelque espace une nouvelle fois ouvert comme le canal de la Mer Blanche, profita à bon escient d’une défense pétrifiée pour réduire la marque facilement, d’une combinaison bien sentie. Dès lors, l’aisance proverbianale de la Repre ne devint plus que le fantôme d’elle-même, et scruta de fort près les canines des sauvages d’outre-Carpates qui les agressaient ainsi, tout en triplant, l’espace de dix minutes, la production d’huile du pays. 2-1 (80e).
Goal Russie

Serrons les fesses en chœur, mes frères et mes sœurs.

 

L’inquiétude faisant partie intégrante du patrimoine génétique slovaque, nos frères de crêtes ne cédèrent toutefois pas à ces dernières attaques fomentées au creux du désespoir, et c’est sur ces ultimes soubresauts défensifs héroïques que la Repre inscrivit ses trois premiers points dans ce tournoi. La grrrrrrrrrande Slovaquie !


POZNAMKY

Pan Kozacik a rempli à merveille son office de gardien du temple, notamment en fin de partie, lorsque la Russie nous pressait comme de la prune en fin de récolte. De belles sorties et une vitalité exemplaire lui offrent 3/5.

Pan Pekarik fut comme à l’accoutumée ininspiré, ainsi qu’emprunté offensivement. Les faiblesses les plus criantes n’étaient pas de son côté, ce qui n’a pas empêché le but russe de se construire sous son nez. La fortune a voulu qu’ils ne se rendent compte de sa faiblesse que trop tard, mais elle n’a en revanche pas échappé à ses observateurs locaux, qui lui offrent un petit 2/5.

Pan Skrtel a livré un combat noble et généreux, sans s’embarrasser de subtilités. Pour l’ensemble de son œuvre, et même s’il fut parfois dépassé, il mérite bien un 3/5.

Pan Durica a vécu un match à l’avenant, mais a déployé de bien plus spectaculaires efforts que son capitaine. L’esprit slave, d’habitude méfiant par nature envers les effusions, a cette fois succombé aux délices de cette homérique performance, en lui accordant un 4/5 bien tassé.

Pan Hubocan a quant à lui permis à ses camarades de la défense de briller : grâce à ses absences, les vagues russes se sont succédé comme en Syrie. Bien contents de se singulariser, ses coéquipiers n’ont pas manqué ensuite de le conspuer discrètement, ce malheureux, qui récolte en plus un cruel 1/5.

Pan Kucka est tel une pièce du jeune Wagner : il manque de doigté, mais recèle un beau rythme, précieux en son poste de relayeur. En attendant de voir si son panslavisme vaut le germanisme des Walkyries, sa bel iroquoise peut se coiffer d’un 3/5 satisfaisant.

Pan Pecovsky n’a pas manqué son rendez-vous avec la sélection, quoiqu’il fut plus discret que ses deux camarades à crête du milieu. Pour ses efficaces replis défensifs et sa qualité de relance, qu’il soit gratifié d’un indulgent 3/5.

Pan Hamsik a tant émerveillé le monde du football de par son génie confinant au plus près du sublime, qu’aucun brillant esprit n’eut pu découvrir le qualificatif adéquat pour nommer sa prestation. À la fois totalité métaphysique et beauté secrète de la matière, la perfection qu’il incarna ce jour ne peut se décrire qu’à travers la note ultime : 5/5.

Pan Mak a brillé dans un tout autre domaine : celui de la combinaison offerte à la postérité d’un football qui connaît à peine ses propres règles. Celles qu’il intenta s’appuyaient surtout sur pan Pekarik, qui confondant ses propres jambes avec des outils agricoles, ne leur rendit pas honneur, tout comme le 2/5 dont il écope.

Pan Duda est un décrocheur ; un anelkiste de la dernière heure, prêt à être congédié sous les pires anathèmes lors de sa sortie, car jamais quiconque n’oserait adresser la moindre grossièreté à pan Kozak. Si privé de ballon, il ne peut résister à l’attraction irrépressible du cuir, il se trouve en définitive qu’il déserte par trop son poste afin d’aller folâtrer dans les pattes de ceux qui jouent pour de bon. Aussi est-il affublé d’un triste 2/5.

Pan Weiss donne l’impression qu’il ne joue que quand il a le ballon. Carence qui pourrait lui être rédhibitoire s’il n’était bien entouré, en particulier par l’immense Marek Hamsik, dont la circonférence du génie contient tout. Pour son but, et quelques efforts aveugles bien opérés, le jeune homme se place sur un 3/5, sans pour autant approcher l’ombre du prestige de son glorieux ancêtre.

REMPLAÇANTSKY

Pan Nemec est entré à la 66e minute, pour décrasser un peu ses membres empesés, et ne pas faire date dans l’histoire du football slovaque. Inutile de le noter.

Pan Svento a lui remplacé Wladimir Weiss, signe que Jan Kozak n’était peut-être pas tranquille à l’idée de garder son avantage. Latéral jouant ailier, il a donc surtout défendu, avant de fêter la victoire avec ses camarades, soulagé et libéré. Pour cette prestation contre-nature, nous ne le notons point.

Pan Duris a lui joué à la place de Mak dans un ersatz de poste d’ailier droit, qui n’avait pour fonction que d’embêter les Russes lors de leurs remontées de balle. A-t-il réussi ? A-t-il échoué ? Pour le savoir, il eut fallu le suivre de près, ce que personne n’a fait. En conséquence, il n’est lui non plus pas noté.


La prochaine confrontation devrait être décisive pour notre Repre, puisqu’elle l’opposera à d’autres fieffés Saxons, moins vandales mais tout autant grossiers que les Gallois, et sujets d’une reine évoquant plus le papier crépon des habitations modernes de Bratislava que la pétulance toute indépendante de notre Andrej Kiska. Rendez vous lundi à Saint Étienne pour cette grande affiche !

Zbohom

Bratisla ToyBoy.

 

En bonus, l’image rare d’une danse de la fraternité, improvisée par deux adversaires lors du match, et immortalisée par les caméras du monde entier. Et on se quitte bons amis !

Bratisla Toyboy

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