Lorient-Nancy (0-0) : La Chardon à Cran académie imagine des choses.

Tomblaine, an 25 000 après PC.

KGLZZ lève son œil unique vers le soleil, qui semble encore avoir quelques ratés à l’allumage aujourd’hui. Instinctivement, il tente de saisir papier et stylet. Après deux tentatives infructueuses, il parvient enfin à tremper sa plume dans le jus de chique et trace les premiers caractères de ce journal des rêves que le proprio-motricien du club lui a conseillé de tenir. Depuis son dernier match avec la réserve de la Franchise d’Etat Nancy-Grand Est (la FENGE), perdu 47-37 comme une routine, il ne parvient plus à saisir correctement les objets. Déplaisant, pour un footballeur. Surtout depuis la seizième réforme des lois du jeu laissant totale liberté d’action à l’attaquant et au gardien s’ils sont tous les deux seuls dans la surface. Un cas qui n’arrive pas bien souvent depuis la suppression du hors-jeu, mais qui a coûté cher à nombre d’audacieux qui pensaient leurs dents bien ancrées dans leurs gencives.

« J’ai rêvé que j’étais au Camp Nou, l’ancien stade de Barcelone. Il faisait chaud, j’imagine qu’il fait d’ailleurs toujours comme ça dans le sud de la France. J’étais très content de pouvoir le visiter, car c’était un stade mythique avant que la France ne l’achète pour construire un casino. J’aimerais bien voir un match de Barclone un jour, il paraît que c’est beau à voir. Au centre de formation Benoît Pedretti, ils disent toujours que l’ancien Barcelone, c’était un vrai modèle de jeu, que tout le monde voulait leur ressembler. En plus, ils avaient de grandes stars, mais je n’ai jamais eu les moyens de payer pour connaître leur nom. Quand j’aurai percé, je m’achèterai un écran et je verrai ces matchs. Pas ceux de maintenant qu’il faut payer à la minute. Les vieux qui se jouaient avec des vrais gens dans le stade.
Le stade, donc. Il avait l’air immense de l’extérieur, mais quand j’y suis entré j’ai tout de suite vu que quelque chose n’allait pas. Du milieu cela paraissait tout petit, ombrageux, et sale. Et il n’y avait pas de pelouse. On aurait dit une cour d’immeuble en Espagne, avec des balcons peints en blanc en guise de gradins. Ça avait bien la forme du stade, on reconnaissait même la partie avec le toit de l’autre côté. Mais c’était aussi un vrai piège. Je pense que c’était une prison en réalité, parce qu’une fois la déception passée et quand j’ai commencé à chercher une issue, je me suis réveillé. »

Peu satisfait, KGLZZ laisse tomber son stylet par inadvertance en se relisant. Il se demande bien ce que le proprio-machin va pouvoir tirer de ça. Il ne l’emmènera pas voir un match du FC New-York Abu Dhabi en Ligue des Champions, ça c’est sûr. Au mieux une course des minimes de la section tandem de la FENGE…quelle horreur, il déteste le vélo. Mais bon, il y a presque pire : il y a peu, un formateur du centre lui a juré ses grands dieux, par Bölöni et par Rouyer, que certains matchs des anciens temps finissaient parfois sans le moindre but. KGLZZ ne l’a évidemment pas cru. Quel arbitre laisserait un match se jouer plus de dix minutes sans donner un but de pénalité ? Le formateur ne semblait pourtant pas se moquer de lui : cette règle n’existait pas non plus à l’époque, et l’arbitre (qui était un homme, c’est dire à quel point on était arriéré) pouvait très bien siffler la fin du match à 0-0. Zéro à zéro ? KGLZZ en a eu un vertige.

LES ARTISTES.

Faire du neuf avec des vieux.

LE MATCH qui semble avoir eu lieu.

-10 Oh oui on a des raison valables de se mordre les joues de frousse, à l’idée d’affronter ces Merlus bien partis pour remonter directement. Mais on ne va quand même pas se faire emmerder par Mickaël Landreau, un mec passé de Nantes à la Bretagne, non ?

-5 Au match des maillots l’ASNL l’emporte sans jouer car les Lorientais ont pris feu en voyant dans quoi ils allaient devoir se pavaner toute la saison.

1 Et ce sont les locaux qui engagent dans une ambiance festives de fin de weekend. Oui, nous sommes samedi 15 heures, mais je ne crois pas qu’on s’en soucie vraiment, en ces terres d’alcoolisme obligatoire.

5 Lorient joue à la baballe, asseyant confortablement sa supériorité technique de papier alors que c’est faux, faux bande de menteurs, on est meilleurs que vous.

6 Faute sur Robic qui d’emblée gueule superbement et se roule au sol avec un très bel entrain. L’arbitre lui octroie une bonne note artistique et lui permet de nous dégager.

9 Youssouf Hadji est au sol à son tour suite à un contact. Il doit sortir du terrain, et déjà le ciel s’assombrit au-dessus du Moustoir alors que la colère des dieux du football monte.

13 Un joueur de Nancy non identifié a enfin réussi à mettre le ballon dans la surface adverse. Sans plus d’effet que s’il avait mis du Breizh Cola dans le réservoir de son Audi de mes deux.

15 Premier tir cadré de Lorient et du match ! Un tir cadré qui passe tout de même largement à côté, ne nous emballons pas.

18 Après cette blague nulle, les Lorientais décident de vraiment cadrer leurs tirs cadrés, mais Chernik décadre le tout en se couchant dessus. Vous me dites si vous n’arrivez pas à suivre, j’arrête immédiatement.

20 Ba teste la résistance des tibias adverses et écope d’un jaune régulier.

25 Et voici le premier tir nancéien, dont on ne saura jamais s’il est cadré ou pas car il est contré.

27 Robic mange tout cru le coude d’un merlus et ne trouve pas ça très bon. Pourtant il aime manger. Jaune et coup-franc que Marchetti se décide à bien tirer. C’est toutefois repoussé.

30 Réel bon centre de Nordin pour la tête d’Hadji, qui est trop haute.

35 Un coup-franc de Lorient est repoussé par Hadji. Forcément, il n’y a pas grand monde pour jouer le contre derrière.

37 On offre un ballon dans l’axe à un certain Bouanga qui se met aussitôt en tête de dribbler tout le monde. Muratori lui tombe dessus comme une armoire normande, et on en reste là.

40 Gros sauvetage de Cuffaut sur une nouvelle occasion adverse. Jubilation, c’est son adversaire qui prend le carton pour un geste de déficient intellectuel.

44 Au tour d’Abergel de découper un merlu, mais l’arbitre laisse faire, car il a compris qu’il y avait un homme digne de respect sur ce terrain.

46 Lob de Marchetti du milieu de terrain car il a vu le gardien avancé. On retrouve le ballon près de Rennes.

Mi-temps. Le souvenir d’avoir vu un but paraît si loin qu’on en aurait presque oublié les règles du football.

46 Nancy engage, un peu d’espôar.

51 Hadji ouvre la boîte à controverse en caressant vilainement un visage lorientais du crampon. Le malheureux imprudent est ko, mais par respect pour l’histoire éternelle du football, l’arbitre ne sort que le jaune. Ce qui nous vaut désormais de passer pour des violents, voir des méchants, voir pire, des protégés des arbitres, ces salauds.

54 Aussitôt alerté, Abergel se fait sanctionner d’un jaune lui aussi, pour son capitaine, avec une faute qui donne un bon coup-franc aux Bretons (mais on sait qu’ils ne vont faire que de la merde). Quel bon soldat.

57 Imbroglio tactique autour de l’entrée d’un remplaçant. Si Yahia est bien décédé suite à un choc face contre face avec un adversaire, Vincent Hognon émet encore des doutes sur l’utilité d’envoyer Tobias Badila en renfort.

60 Finalement Badila entre, Hognon s’étant résigné comme nous à le voir jouer au football.

62 Attention voici le moment du coup-franc tiré par Geoffraie Cuffaut : le point d’orgue de chaque match de Nancy où sismologues, physiciens et ingénieurs aéronautiques de tous poils sortent leurs instruments de mesure pour contrôler si un nouveau record de vitesse pourrait être battu. Ils ne le disent pas, mais les militaires sont également présents au cas où tout ceci pourrait avoir la moindre utilité.

67 On pratique le hors-jeu et le changement pour passer le temps dans ce match bien agréable.

72 Feinte de talonnade involontaire d’Abergel, et on craint la blessure stupide façon Robben. Finalement, l’homme d’acier se relève.

73 Robic profite de l’apathie générale pour tenter un centre au deuxième poteau, Nordin est sur la trajectoire mais sa tête passe à côté ! Le foutriquet va-t-il se décider à faire quelque chose d’utile ? Rien n’est moins sûr…

74 Tir croisé de Marchetti repoussé. Deux occasions en deux minutes, que se passe-t-il ?

77 Julien Cétout entre. On se disait bien que ça jouait un peu trop offensif, aussi.

82 Alexis Busin n’attend même pas que Nordin, qu’il vient de remplacer, soit assis sur le banc pour prendre un jaune. La formation meurthe-et-mosellane, messieurs-dames.

89 On enchaîne les tirs de loin des deux côtés, c’est d’un prévisible…

93 Encore un tir du milieu de terrain, cette fois c’est Hadji qui s’en charge, mais le coquin n’est pas allé voir l’ophtalmologiste comme son toubib lui conseille, hein ? Ne nie pas, papy, on le sait tous que tu fais ta mauvaise tête, papy ! Vous pouvez y aller : il n’entend rien, il est sourd comme un pot. En plus il refuse d’aller consulter un oto-rhino.

NUL.

LES NOTES.

Chernik 4/5 : Artisan majeur de la bonne tenue du rideau de fer défensif car spécialiste en barbelés et autre instruments de contention.

Cuffaut 3/5 : Encore un match à 9000 calories pour lui. Il a fini dans un sac en plastique.

Diagne 3/5 : C’est sobre, c’est propre. On dirait moi quand je suis né. En ne lui souhaitant pas la même évolution.

Yahia 3/5 : Bon match pour ses débuts, on n’a senti qu’il avait 45 ans que sur les plans rapprochés des caméras. Le numérique est cruel, surtout pour ceux qui n’ont connu que nos bonnes vieilles pelloches.

Muratori 2/5 : Toujours intransigeant quitte à faire œuvre de violence, mais son apport offensif est plus à ranger du côté de Ghandi que de Gengis Khan.

Ba 2/5 : Il nous tarde qu’il ait tout compris de son poste. Comme ça il pourra signer pour Rennes ou Lille.

Abergel 4/5 : Sa capacité à la récupération ferait pâlir n’importe quel personnalité politique de n’importe quel bord.

Marchetti 3/5 : Aurait-il enfin fait un bon match ? Ça se pourrait.

Robic 4/5 : On se moque de lui mais il se bat tellement le pépère, que dans le fond on ne peut que l’aimer.

Nordin 1/5 : Vous avez tous vu sa roulette sur les rézoso ? Bien. Ce que vous n’avez pas dû voir, c’est qu’elle était au milieu de terrain, qu’il a raté sa passe derrière, qu’il a perdu tous les autres ballons qu’il a touchés, que son match était à placer parmi les arnaques les plus complètes depuis les éditions Hatier, le premier numéro à 3 euros 99 seulement, et que sans surprise, le numéro suivant était en rupture de stock à moins d’envoyer un mandat sepa à Madagascar. Ah non, il a fait des passements de jambe de pédé inutiles au milieu de terrain, aussi. Mes excuses.

Hadji 2/5 : L’ancêtre est bel et bon, mais il a du toucher grosso modo trois ballons.

REMPLAÇANTS.

Badila NN Entré sous la contrainte après la blessure d’un vieil homme, il a eu à cœur de montrer que la jeunesse n’était pas en reste, même quand elle a déjà une tête de vieux.

Cétout NN réapprend le ballon doucement, comme un amputé des quatre membres réapprend à nager.

Busin NN Pas plus de cerveau que celui qu’il a remplacé, et moins de jambes. Il ressemble de plus en plus au Coulibaly blanc.

NOTE ARTISTIQUE DE L’EQUIPE : 3/5.

Pas que ç’ait été beau. Vous êtes gentils mais on ne parle pas de beau jeu à Nancy, merci. Pas que ç’ait été satisfaisant non plus. On a vu tant de défauts dans ce match qu’il y avait encore de quoi se faire trois bonnes compilations des pires moments du foot mondial. Pas qu’il y ait eu de quoi lever nos culs fatigués de nos canapés désossés, ni de quoi faire asseoir des culs bretons dans un stade, d’ailleurs.

On a été solide, on est en reconstruction, et la nouvelle étape de ce grand bond en avant footballistique consiste avant tout à bétonner comme des morts, avant peut-être d’envisager d’envoyer cavalerie et missiles thermo-nucléaires. On attend ce moment avec impatience, mais aussi un goût amer dans la bouche. Avec une putain d’impression de déjà-vu, l’intuition d’un foutage de gueule caractérisé. Le temps est une boucle, toujours les mêmes choses autrement, comme disait quelqu’un.

Tout ça ne nous ramènera pas de petit chauve à coup sûr, mais de nous voir ainsi presque triompher de forces nettement supérieures a un petit parfum d’espoir quant à la suite des événements. L’espoir de résultats un peu moins massivement déprimants que ce à quoi ces derniers mois nous ont habitué et qui laissaient votre serviteur démuni face à sa page blanche. Ouais, on n’a pas fini de vous parler de l’ASaNaL ici.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

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