Albanie – France (0-2) : L’Académie française y va la tête la première

Déjà qualifiée au coup d’envoi après sa laborieuse victoire face à la Moldavie, la France se déplace au pays de Lorik Cana avec un objectif : la première place du groupe.

Que diriez-vous d’un match pourri en Albanie un dimanche soir de novembre ? Caaaaaalmez-vous, votre envie débordante me fait suffoquer. Certes, ça s’annonce pénible, mais des débats parallèles sauront, j’en suis certain, alimenter nos conversations et enflammer nos analyses : le centième match de DD sur le banc des Bleus le fait-il entrer dans la légende des entraîneurs ayant subi une opération dentaire ? Dresse-t-on des lauriers aux commentateurs de TF1 simplement car ils ne débitent pas une connerie par phrase comme leurs compères de Canal + ou M6 ? Griezmann n’a inscrit que 3 buts en Bleu cette année : surcoté le chevelu ? Mbappé laissé au repos : le soufflé est-il en train de retomber ? Les Bleus sont-ils Dave Appadoo dépendants ?

La compo :

Me demandez pas ce qu’il s’est passé dans la tête de Deschamps, j’en sais rien. Un 3-4-3 (ou 3-4-1-2 avec Grizou seul maître à bord) bordélique autant dans nos têtes que sur le papier. Heureusement que DD ne fait pas ça à chaque fois que Mbappé est absent.

Le derrière :

Alors ben, trois défenseurs axiaux : Presnel (tête à claques), Lenglet (très en forme au dernier match), et Varane (le bel homme). Sur le principe, pourquoi pas hein, mais comme on sait que ça n’a pas vocation à être réutilisé un jour dans un vrai match…

Le milieu :

Tolisso-Sissoko dans le rond central, l’un pour défoncer l’adversaire, l’autre pour animer (a priori). Les milieux excentrés/pistons ? Oh bah Léo Dubois (mon Dieu, LEO DUBOIS quoi, quel calvaire) et Benjamin Mendy, un revenant, dont le dernier match en Bleu date d’il y a bien longtemps, d’un temps où l’on pouvait montrer sa carte de presse dans une manifestation et ne pas finir éborgné.

Le devant :

Seul endroit où ça se tient : Grizou-Giroud pour le classicisme, et Ben Yedder à côté d’Oliv’, a priori pour graviter autour et pouvoir aussi jouer dans les petits espaces avec Grizou.

Le match :

Le stade tout beau tout neuf de Tirana sonne rouge de plaisir au coup d’envoi. Belle ambiance, digne du Stade de Fr… d’un beau stade bien foutu et rempli. Mais les supporters albanais ne chanteront pas longtemps. Grizou se charge d’un coup-franc aux 25 mètres côté gauche obtenu par Mendy et sonne le glas des espoirs albanais : bien frappé, c’est Coco Tolisso qui marque son premier but en Bleu d’un beau coup de casque au 1er poteau (1-0, 8e).

Stat : 6 des 7 derniers buts des Bleus ont été inscrits sur coup de pied arrêté. Ce n’est peut-être pas la stat’ la plus intéressante (puisque celle-ci est évidemment fournie par #OptaCapillotracté : le rendement fou de 2,8xG condensés de Ben Yedder, quand on sait que le NddP de Sissoko pré-xAssist est seulement de 0,7…), mais ça dit quand même un petit quelque chose : si offensivement ça bafouille pas mal pour offrir du « beau jeu », les Bleus parviennent, toujours, à se créer des situations dangereuses (coups-francs, corners, pénos).

La France ne relâche pas l’étreinte et Grizou, par deux fois, distribue des caviars dans la surface vers Dubois qui, par deux fois, fait le mauvais choix. Le schéma français avec Dubois et Mendy en pistons fonctionne pas mal pour écarter le jeu, mais niveau centres, c’est mauvais. Sans compter que Mendy parvient à être mis à l’amende dans son dos par le n°4 et capitaine albanais qui, avouons-le, aurait tout à fait coller au profil-type cliché du mafieux albanais entre proxénétisme et trafic de drogue (cf. Taken, chef-d’œuvre du cinéma avant-gardiste).

La photo ne rend pas justice à sa coupe tout droit sortie des hangars de dépôt-vente dans la banlieue de Tirana. (À noter : l’ensemble est bien complété par les tatouages tribaux ainsi que les sinogrammes – lesquels constituent en réalité un QR Code à flasher pour obtenir une minute de streaming légal de Taken 6 – Liam Nesson court toujours)

Lenglet se fend d’une double intervention pleine d’autorité et d’agressivité (mais les bons côtés de ces deux mots, pas au sens où l’entend un CRS, un flic, un membre de la Cocarde Etudiante, un facho de Génération Identitaire, ou un supporter lyonnais), mais l’arbitre lui administre un jaune. On descend un peu en pression côté français, les Albanais commencent à toucher le cuir, sans pour autant être dangereux. Du coup, les Bleus en profitent : après un combo de dégagements loupés de la part de nos adversaires, Dubois hérite du ballon côté droit, traverse la surface albanaise dans la largeur, et centre du gauche à ras de terre. Grizou ouvre son pied droit et ça va au fond (2-0, 31e). Un nancéien est proche de tripler la mise mais la tête de Lenglet passe au-dessus de la barre.

Au retour des vestiaires, les Bleus commencent à se relâcher : moins d’intensité, moins d’agressivité. Mais les Albanais sont trop faibles pour vraiment nous inquiéter (rien à se mettre sous la dent si ce n’est un vague centre mal coupé au premier poteau). Seul Grizou nous fait frissonner : sur le côté droit, Antoine envoie en une touche en profondeur le bel Olivier, dont la frappe est superbement détournée du bras par le gardien albanais pourtant pris à contre-pied.

Quelques instants plus tard, c’est Tolisso qui lance bien Grizou dans la surface, mais le Français, trop altruiste, ne trouve pas Ben Yedder (personne ne le trouve d’ailleurs…). L’altruisme étant une qualité dont Moussa Sissoko n’est pas dépourvu, le gugusse (ce terme est très employé en 2019, ne faites pas les gros yeux) laisse un Albanais jouer à la baballe devant notre surface, heureusement sans conséquences. Oui, y’a une énorme marge, mais non, on ne veut pas se prendre un but à la con par le sosie du videur de la boîte de nuit clandestine où l’on peut autant danser sur un remix orientalisant de Jenifer que parier sur le fait que le dogue allemand va déchiqueter le bouvier lourdaud dans la cage en plexi’ en mode no rule.

Sur un pressing très haut, Ben Yedder (il est là !) transmet à Giroud côté gauche : de loin, Olivier envoie une belle volée repoussée par le gardien. Belle tentative, quoique Grizou attendait le ballon en retrait. Toujours juste, Grizou transmet entre une forêt de jambes un ballon vers Giroud, seul côté droit à l’entrée de la surface. Olivier rate un peu son contrôle, mais replace bien son ballon. Le gardien adverse s’avance vers lui. Oliv’ ne tergiverse pas. OH QU’ELLE EST BELLE ! QUELLE FRAPPE ENROULEE DE GIROUD DIRECTION LA LUCARNE ! SUR LE POTEAU MAIS ELLE EST BELLE CETTE FRAPPE DU GAUCHE ! Pas de chance ce soir pour Oliv’.

On en reste là. 2019, merci, et pas à bientôt.

Le débrief 2019

11 matchs (les 10 des Éliminatoires de l’Euro, et l’amical face à la Bolivie), 9 victoires, 1 nul (face aux Turcs) et 1 défaite (face aux Turcs, aussi) : comptablement, les Bleus y sont, sans surprise. Dans le jeu, les Bleus y sont moins, sans surprise. D’aucuns pensaient que la période post-Coupe du Monde victorieuse serait l’occasion pour DD de changer des choses, de tester. Après tout, l’objectif d’une vie venait d’être atteint, rien ne viendrait ternir ce bilan déjà fabuleux. Sauf que l’objectif Euro 2020 était, dès la reprise des matchs, en ligne de mire. Et Didier a fait du Deschamps. Pas de grands changements tactiques, pas de grandes folies niveau joueurs (aux places qui comptent, en tout cas) : on sait où il veut aller, et on sait comment. Ne nous attendons pas, en 2020, à voir autre chose. Bien sûr qu’on pourrait en attendre plus compte tenu des forces en présence – bien que les blessures de plusieurs cadres aient émaillé l’année, de Pogba à Kanté en passant par Hernandez. Mais la gagne est une fin en soi pour DD. Et s’il nous emmène là-haut le 12 juillet 2020, qui viendra encore l’emmerder ? Moi pas (surtout s’il s’en va après).

Allez, on se voit en mars 2020. D’ici là, le football de club aura repris ses droits. Bon courage à vos palpitants. Portez-vous bien.

Les notes :

Mandanda (3/5) :

Aurait pu anticiper sur un long ballon albanais et défoncer l’attaquant, mais ne l’a pas fait. Comme Bridget avant lui, Steve aurait-il atteint l’âge de raison ?

Varane et Lenglet (2/5) :

Comme deux salariés face au travail un vendredi à 15 heures.

Kimpembé (3/5) :

Meilleur que ses comparses, Presnel a notamment couvert plusieurs fois les errements de Mendy. J’aime tes prestations sans pépin, Presnel.

Mendy (2/5) :

Comme au bon vieux temps, Benji a passé davantage de temps à attaquer qu’à défendre. Mais comme dans les moins bonnes périodes du passé, il a été très moyen des deux côtés du terrain. Va falloir reprendre du rythme dans ton club (pourri), sinon on va vraiment avoir Digne comme doublure à l’Euro. Remplacé justement par Digne (75e, non noté).

Dubois (2/5) :

Je ne sais toujours pas ce qu’il fout en Équipe de France. Enfin, si, y’a plein de blessures, tout ça, mais ça en dit long sur notre non-réservoir de latéraux. Une passe dé’ pour Grizou qui relève un match digne d’un joueur pas mauvais de Nantes devenu joueur moyen de Lyon. Remplacé par Pavard (88e, non noté), dont le goût du banc ne lui a pas fait oublier le goût Dubois. Vous voyez venir Pavard titulaire, Dubois en doublure ?

Sissoko (2/5)

Les listes de 23 passent et Moussa est toujours là. Pourrait y’avoir une tornade que Sissoko plierait, plierait, mais y’aurait toujours son pied dans la liste de Deschamps.

Tolisso (4/5) :

Buteur, certes, mais aussi très actif et juste dans ces choix. Match digne d’un joueur très bon à Lyon devenu joueur régulier du Bayern Munich. L’une de ses meilleures perfs en Bleu. Auf geht’s !

Ben Yedder (1/5) :

Désolé Wissam, mais c’était vraiment pas bon. Deux fois que t’as ta chance en titu (je crois), deux fois que tu te foires dans les grandes largeurs. C’est con, surtout face à ces petites équipes. Mais tant mieux si tu deviens un remplaçant décisif. Remplacé par Fekir (88e, non noté) qui joue encore moins au foot que Balkany déclare ses impôts, c’est dire.

Griezmann (5/5) :

Pour bien finir l’année. Un but, une passe dé, plusieurs caviars, des contrôles soyeux. Un phare aux reflets teintés de bleu. Grande jugador.

Giroud (3/5) :

Un peu généreux peut-être, mais ses efforts n’ont pas été bien payés : le gardien albanais en a sorti deux belles, et le poteau s’est chargé de renvoyer la troisième. Espérons qu’il passera les 40 buts l’an prochain.


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Didier Décampe

2 commentaires

  1. Deschamps va finir épinglé par CopyCat tellement il fait du Aimé Jacquet. Bon moins sur ce match. Ou alors c’était Aimé Jacquet bourré.

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