Apollon Limassol – OM (2-2), La Canebière académie s’étiole

Contient une chanson d’amour dédiée à Jacques-Henri Eyraud et Rudi Garcia.

Aïoli les sapiens,

L’an dernier à une époque à peu près similaire se tenait le match du rebond. Il y avait nous, il y avait toi, le Projet® . Nous croyions notre histoire unique et, finalement, comme tant d’autres, elle voyait l’idylle laisser place aux menues compromissions et aux déceptions pardonnables. Puis le Projet® se faisait plus distant, et que la vie commune s’amusait à glisser sous nos yeux les défauts de ce merveilleux amant qui appartenait déjà au passé. Vinrent alors, dans toute leur banalité, la crise et le doute, ces reproches que nous nous culpabilisions parfois de prendre trop au sérieux. Comme d’autres dérapent dans l’alcool ou dans des draps qui ne sont pas les leurs, tu nous trahis, nous déçus. C’était le temps des Monaco et des Rennes, de ces « je rentre un peu tard » qui se finissaient dans le bruissement éthylique de la serrure, quand tu ne rentrais plus que pour t’affaler, tandis que nous contemplions ton corps déchu en nous demandant « m’aime-t-il encore ? ».

Nous l’écrivions alors, la réception de Konyaspor devait fournir cette lueur d’optimisme, cette étincelle qui devait rappeler à notre couple en crise que l’amour n’avait pas tout à fait rompu les amarres. Oui, nous étions prêts à faire des efforts, à renouer le lien et, bon dieu ! oui, nous l’avons retrouvé le temps perdu. Oh, pas tout de suite, il fallut cette maigre victoire, suivie d’autres, et encore d’autres, pour que, finalement, quelques moments d’extase nous pardonnent tes faiblesses.

Mais tu as rechuté. Nous t’avons vu, Projet®, t’égarer dans un nouvel été balbutiant. Comme un mari faible cède au mauvais vin et aux maîtresses vulgaires, tes misérables mots d’amour n’ont pas su ressouder la confiance que tes actes trahissaient un peu plus chaque jour. Il y eut Francfort, il y eut Lyon, il y eut Lille. Bien sûr, nous avions déjà traversé une telle épreuve, et notre union en était sortie plus forte. Mais d’année en année l’énergie s’étiole, et à l’heure d’attendre de nos vœux ce fameux match du rebond, ils paraissent de plus en plus grand, de plus en plus coûteux ces pas nécessaires à nous rapprocher l’un de l’autre. Oui, nous aimerions que cela se passe comme l’an dernier, mais cela n’est pas possible. Nous sommes de ces vieux couples usés par le poids des renoncements, vidés de leur substance jusqu’à ne plus tenir que par l’habitude, et à mesure que le temps passe, une étincelle seule ne suffit plus à raviver ce que tes mauvais choix ont éteint, l’amour bien sûr, mais aussi la colère. Il en faudrait plus, toujours plus, et tu sembles en pouvoir moins, de moins en moins.

Une fois arrivés là, que nous reste-t-il à faire ? Nous quitter ? À quoi bon…. Et c’est pourquoi :

L’équipe

Pelé

Sakai (Sarr, 46e) – Kamara – Caleta-Car – Amavi

Lopez – Strootman – Luiz Gustavo (Sertic, 75e)

Payet Mitroglou (Germain, 46e) – Radonjic

Thauvin est absent du groupe pour des raisons classées secret-défense (sanction, embrouille au sein du groupe, blessure… ?). Pelé est titularisé, tandis que Strootman et Luiz Gustavo sont enfin associés dans un milieu passant du 433 au 4231 en cours de rencontre.

 

Le match

L’espoir naît rapidement, quand une occasion très sérieuse survient en notre faveur peu après le coup d’envoi. Luiz Gustavo semble revivre à son poste préféré, et se voit directement à l’origine de cette action voyant finalement Mitroglou reprendre à côté un centre pourtant idéal de Lopez.

L’OM presse haut, force les erreurs adverses, et voit de surcroît l’un des défenseurs adverses sortir prématurément sur blessure. Luiz Gustavo se procure une belle occasion sur corner, avant que le rythme de la rencontre ne baisse sérieusement. Pire, l’OM retombe dans ses travers : d’un début de match dominateur, nous passons à un match maîtrisé mais sans plus produire de jeu, avant de voir nos adversaire finir la première période en nous confisquant la balle. Entre autres moments slipométriques, on relèvera ce bel arrêt de Pelé sur corner, avant un sauvetage non moins héroïque de Sakai, qui y laisse au passage sa cheville pour une durée que l’on espère la plus réduite possible.

Sarr remplace notre latéral à la pause, tandis que Germain entre à la place d’un Mitroglou jamais remis de son raté inaugural. Dans un style associant le meilleur d’Ocampos et Njie réunis, Radonjic parvient on ne sait trop comment à décaler Payet à l’entrée de la surface. Dimitri passe alors en revue trois défenseurs, achève le dernier d’entre eux d’un dribble bien humiliant avant d’ajuster le gardien une main dans le slip (0-1, 50e). L’exploit personnel est d’autant plus bienvenu que la production collective olympienne reste peu ambitieuse.

La chance nous sourit quand, après qu’un Chypriote a déposé Luiz Gustavo et Amavi, l’attaquant adverse totalement esseulé voit sa reprise à bout portant contrée par Sarr. Aucun dommage, donc, si ce n’est à nos sous-vêtements, alors que dans la minute qui suit Lopez et Sarr exécutent une fort agréable remontée de balle sur la droite. Servi avec une rare liberté, Payet décale Luiz Gustavo dont la lourde à ras-de-terre achève de sceller la résurrection (0-2, 67e).

Patatras ! l’événement rigoureusement inverse se produit immédiatement après : nous commençons par saccager une contre-attaque idéale lorsque, décalé par Payet, Lopez évite de défier le gardien et préfère servir Radonjic, qui avait la géniale idée d’attendre en position de hors-jeu. Peu après ce but refusé, Markovic profite d’une combinaison à gauche suivie d’un mauvais replacement de notre milieu pour chatouiller la lucarne de Pelé (1-2, 74e).

Un malheur n’arrivant jamais seul, Luiz Gustavo sort (à sa demande selon Rudi Garcia, pressé de transmettre cet argument à son avocat de la défense dans son procès pour crime contre le football). C’est l’ineffable Grégory Sertic qui fait son apparition, lui dont la présence dans notre effectif est un scandale public à même de faire venir Élise Lucet à la Commanderie. Non seulement ce Monsieur est aussi utile au football qu’une cuillère à soupe à la fusion nucléaire, mais figurez-vous qu’en plus il donne la pétoche à ses coéquipiers. Contre un adversaire qui n’est jamais que le second du championnat chypriote, une équipe d’un standing à peu près respectable défendrait en bloc avec rigueur et sérénité, sans hésiter à achever ces insignifiants d’une contre-attaque bien sentie. Sauf que les joueurs ont vu s’afficher le « 22 » sur le panneau du quatrième arbitre et que, à l’instar du « 22 v’la les flics » signalant la débandade chez les délinquants d’un autre temps, le « 22 v’la Sertic » est pour nos joueurs le signal d’une imminente, profonde et absolue panique.

« 22, v’la Sertic », et vas-y en un claquement de doigts que je te tatane des relances n’importe où, vas-y que j’oublie de presser au milieu pour venir me blottir contre la défense, vas-y que j’ai tellement peur de me faire effacer que je concède des coups-francs pour avoir descendu l’attaquant avant même d’être allé au duel, et vas-y que sur une ultime contre-attaque où les espaces ne se comptent pas en boulevards mais en autoroute, nos joueurs en surnombre réussissent à s’emplâtrer sur les rares défenseurs restants.

Pas de dieu pour les sans-couilles, notre attitude de pleutres est justement châtiée à l’orée du temps additionnel. Sans aucune espèce d’opposition, un milieu de terrain adresse une louche dans notre surface. Hésitant, Kamara est pris par une déviation de la tête, puis Zelaya dévore Caleta-Car au duel pour fusiller Pelé de près (2-2, 90e).

Cruelle défaite (ou quasi-défaite, ne chipotons pas), mais défaite salutaire : on a vu ainsi Rudi Garcia, abattu par la déroute née de ses choix peureux, ébaucher une sincère remise en quest… bon, d’accord, j’en fais trop, c’est pas crédible. Non, rassurez-vous, dans la droite ligne de sa rétractation gonadique annuelle, Rudi s’est empressé de reporter la défaite sur le dos de Radonjic et Caleta-Car, soit comme par hasard les deux recrues les moins à même de la ramener dans le vestiaire. Et encore, nous pouvons nous estimer heureux qu’ils ne parlent pas encore le français, sinon Rudi Garcia n’aurait pas osé les charger et aurait dû rejeter la responsabilité sur un ramasseur de balle de huit ans. Au risque de ressasser, celui qui a connu un Bielsa endossant jusqu’à l’excès la responsabilité des échecs collectifs ne peut voir en Rudi Garcia qu’une antithèse mesquine et détestable, prêt à accuser l’arbitre, les recrues, la pelouse, le calendrier, le glyphosate ou sa grand-mère la Manuel Valls plutôt que d’assumer ses responsabilités. Il ne reste qu’à espérer voir les succès revenir et nous rappeler que le bonhomme garde tout de même quelque mérite sportif ; pour l’instant, les temps difficiles révèlent surtout l’humain, qui ne semblent pas la partie la plus appétissante du personnage.

 

Les joueurs

Pelé (3/5) : Un bel arrêt, des maladresses, et de toute façon on s’en fout puisque tout est régulièrement réduit à néant par notre défense de mastres.

Sakai (3+/5) : Il faut vraiment être Japonais pour accepter de sacrifier une cheville en sauvant un but, sachant qu’en une mi-temps cette équipe aura largement le temps d’en encaisser deux ou trois autres. On pourra toujours compter sur l’abnégation d’Hiroki ; en revanche, j’ai peur qu’il finisse par manquer de chevilles, à force.

Sarr (2+/5) : Lui s’est contenté de sacrifier une couille en sauvant sur la ligne une action désespérée. Enfin, « sacrifier » est un bien grand mot, il a eu tout le loisir de courir pour poursuivre ses démarrages aléatoires et ses replis défensifs tous gyrophares dehors.

Kamara (3-/5) : Des fautes dispensables et quelques hésitations qui rappellent que le joyau reste à polir (aux dernières nouvelles, il semblerait que ce soit une starlette de réalité qui se charge de lui polir le joyau, mais comme l’on dit, cela ne nous regarde pas).

Caleta-Car (2/5) : Un peu de naïveté parfois, mais rien de rédhibitoire eu égard à ses belles interventions par ailleurs. Du moins, c’est ce que nous pensions jusqu’à cette 90e minute où son duel de moule avariée nous torpille la victoire comme un Jérémy Morel des grands soirs.

Amavi (2+/5) : De magnifiques retours défensifs pour combler les espaces qu’il a lui-même laissés. Jordan me fait penser à cet infirmier sadique qui provoquait des arrêts cardiaques chez ses patients pour le plaisir de les ranimer (106 morts, au final).

Strootman (2-/5) : Bon complément à Luiz Gustavo, qu’il laisse participer au jeu en se contentant de le couvrir. Le problème de taille survient à la sortie du Brésilien : alors que l’on attendait d’un joueur de sa stature qu’il prît ses responsabilités pour stabiliser notre milieu, Kevin a été serticisé comme les autres, transformé en serpillière tremblante par la libération du monstre et totalement sidéré au moment d’entraver un tant soit peu les mouvements adverses.

Luiz Gustavo (4-/5) : Ses récupérations et transmissions, sa lourde pleine d’envie et la joie qui s’en est suivie, et les quelques provocations destinées à faire dégoupiller ses vis-à-vis ne laissent pas de doute à ce sujet : à son poste, Luiz Gustavo peut très bien redevenir le niqueur de mères qu’il fut. Ce n’est pas encore tout à fait le cas, mais il peut.

Sertic (75e) : On va crier au délit de sale gueule vu que Sertic n’a somme toute rien fait de mal (et pour cause, il n’a rien fait). On s’en moque, c’est une question de sécurité et de salubrité publiques : la chasuble de remplaçant chez Grégory Sertic, c’est comme la camisole et le masque de hockey chez Hannibal Lecter : ON-NE-LA-LUI-ÔTE-JA-MAIS.

Lopez (2-/5) : Comme un cinéaste du XVIIIe arrondissement de Paris, il a perdu l’insouciance de sa jeunesse mais, au lieu d’y gagner en maturité, se voit assailli par les doutes imbitables. Bref, on se fait chier.

Radonjic (1+/5) : Décisif sur le premier but de Payet, ce qui tient moins à un quelconque mérite qu’à une simple loi de probabilités : à force de faire autant n’importe quoi, il était statistiquement forcé que quelque chose de bien en sortît par hasard à un moment donné. Ceci étant dit, l’accabler publiquement, c’est notre rôle de commentateur aigri, pas celui de Rudi Garcia.

Payet (3+/5) : Un très beau but et une passe décisive malgré un poids insuffisant dans le jeu : cela donne un bilan respectable, n’était cette contre-attaque goinfrée à quelques minutes de la fin.

Mitroglou (1/5) :Limassol a l’Apollon ; nous avions Héphaïstos, le dieu boiteux. Et qui avait perdu son marteau.

Germain (2/5) : Un peu à la peine dans son rôle de false-nine-advanced-libero conçu sur mesure, où il a peiné à enrayer les attaques adverses et a même concédé un coup-franc dangereux. On peut regretter qu’il n’ait pas réussi à dépasser sa fonction sur les quelques ballons d’attaque qui lui ont été adressés, mais cela se serait surtout avéré ennuyeux si sa mission première avait consisté à marquer des buts.

 

L’invité zoologique : Adrian Sardinehéros

C’est sobre, ça ne fait pas de fantaisie et ça suffit à nourrir son monde : à l’exception des rares moments où elle nous bouche le pore (les anciens ayant connu ce site à l’époque bénie se souviendront avec émotion d’une célèbre photo de Gwen Tagrenmer), la sardine n’est pas du genre à faire chier, sauf si bien sûr on le veut bien.

– Les autres : Un jeu propre et qui se tient malgré les événements contraires, peu contrarié par le maigre soutien (4000 spectateurs, en grève de surcroît) et encore moins par notre propre pression (onze viers marins, en grève perlée également). Contre une équipe respectable ça ne devrait pas tenir la distance, mais contre nous cela vaut un match nul amplement mérité.

– Le classement : Francfort bat la Lazio et compte donc six points ; les Italiens, que nous rencontrerons deux fois entre quelques matchs anecdotiques (Nice, le PSG, Montpellier… des broutilles, quoi), comptent trois points tandis que nous fermons la marche en compagnie des Chypriotes.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Pour gagner le concours zoologique, il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures, et Florent L. l’a bien compris.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

2 Comments

  1. que Strootman, qui semble complètement perdu sur le terrain, nous fasse regretter Zambo, c’est sans doute le fait d’Erzulie, mais que Radonjic nous fasse regretter le génie tactique de Njie ou de Cabella, c’est au-delà de l’imaginable, voici le rocher de Magritte bien périmé. Quant à la troisième recrue, Caleta-Car, elle est à l’image de l’équipe : la ville de Marseille resplendit de ses hauts mastres !
    Pour la première fois, je vais rater volontairement un match — si ce n’est plus —. Que l’on regrette Bielsa et Gerets, c’est une chose, mais ce n’est pas acceptable de nous faire regretter Baup ou Anigo.
    Sortez-vous les doigts du cul et foutez les dans celui de vos adversaires !

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