Charleroi-AC Ajaccio (2-2) : nous avons vécu un match amical à huis clos en Belgique (et ce n’était pas simple)

Match amical. AC Ajaccio. Belgique. Charleroi. Huis clos. Déplacement. Voiture. Grilles. Déraison. Voici les mots que l’on utiliserait s’il fallait parler de ce match dans un télégramme. Si vous voulez plus de détails, ça se passe ici.

Tout a commencé il y a quelques jours. Après ses matchs amicaux à Saint-Gaudens et à Bayonne lors de son stage à Anglet, et avant d’affronter le FC Bastia-Borgo et le SC Bastia, l’AC Ajaccio est à la recherche d’un match amical à caser le 1er août 2020. L’hypothèse d’une rencontre face à l’Olympique de Marseille à Martigues est avancée… avant d’être oubliée. Et pour cause, l’OM s’est calé un match amical contre le Bayern Munich le 31 juillet. Préférer jouer l’octuple champion d’Allemagne en titre plutôt que le double champion de division 2 en 1967 et 2002, quelle honte et quelle erreur… Surtout sachant que Benjamin Leroy est meilleur que Manuel Neuer, que Gédéon Kalulu est meilleur que Joshua Kimmich, que Faïz Mattoir est meilleur que Serge Gnabry… Etc, etc.

Après ce faux espoir, il fallait donc trouver un autre amical. Pas une mince affaire alors que le jour-j approche à grands pas. Finalement, c’est ce jeudi 30 juillet, alors que je viens d’arriver sur la côte Atlantique pour quelques jours de vacances, que l’AC Ajaccio communique : le club affrontera Charleroi le 1er août, en Belgique. Et pour couronner le tout : la rencontre se jouera à huis clos. Ni une ni deux, sans réfléchir, je préviens mon chef que je ne pourrais pas travailler ce week-end, je préviens ma copine que je serai absent encore une journée et j’annonce à mes potes que notre séjour à Royan devra durer moins longtemps que prévu. Autre problème : la 106 n’a plus de frein. Finalement, je réussirai à rentrer à temps, à faire changer les plaquettes de frein le vendredi soir à 21h et à partir à l’heure, le 1er août à 6h du matin, en direction de Charleroi.

Pour ce déplacement, le GPS indique 1200 km aller-retour et 15 heures de route aller-retour. Pas de quoi m’effrayer, et pas de quoi faire frémir la 106. Je passe les nombreuses heures de trajet à réfléchir à la façon dont je pourrais assister au match, malgré le huis clos. Sur Google Earth, j’ai aperçu un trou entre deux tribunes qui pourrait faire office de spot parfait. Derrière moi, dans la voiture, j’ai réussi à faire entrer un petit escabeau : il pourrait être utile pour prendre un peu de hauteur et avoir une meilleure visibilité sur la pelouse. Aux alentours de 14h, soit plus de deux heures avant le coup d’envoi, j’arrive sur place. La première fois que je mets les pieds en Belgique et surtout mon premier déplacement européen pour suivre l’ACA. J’ai l’impression qu’on joue la coupe d’Europe, l’excitation est à son comble. Mais elle va vite redescendre. À peine descendu de la voiture pour explorer le coin, je marche dans une énorme merde de chien, du pied gauche. C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce déplacement ne se passerait pas comme prévu.

Je fais le tour du stade du Pays de Charleroi à plusieurs reprises. Les stadiers sont déjà en place dans l’enceinte, je repère les petites portes que les stewards ne referment pas à clef derrière eux, je détecte un endroit que je pourrais escalader pour avoir accès au stade, je regarde le sens des caméras de surveillance… Bref, les scénarios se bousculent dans ma tête. La meilleure solution ? Y aller au culot. C’est comme ça que je m’approche d’une entrée. Je montre mon appareil photo et mon sac de l’ACA à la sécurité. L’un des chefs arrive, me fait entrer dans les coursives du stade… Je suis à une dizaine de mètres de la pelouse, dans le couloir des joueurs. J’y crois plus que jamais : je vais les niquer !!! Mais après d’ultimes vérifications (je ne suis sur aucune liste), ce sympathique grand gaillard carolo me reconduit vers la sortie. Merde, ma chance est passée. Avant le coup d’envoi, je tente une autre solution : regarder le match depuis le trou vers la T4 dont j’ai parlé plus haut. Malheureusement, les stadiers et la police sont formels : il est interdit de se garer sur les places de parking juste à côté (debout, sur le toit de la 106 à cet endroit aurait été le spot parfait). Pire : on ne peut pas rester aux grilles, même à l’extérieur du stade. « Vous pouvez marcher, faire des allers-retours et vous arrêter regarder pendant 1 seconde, c’est tout », me lance le steward. Une mesure prise suite au renforcement des mesures pour lutter contre l’épidémie de coronavirus en Belgique. Bon, les choses se compliquent lourdement.

Direction ma voiture pour faire le point. J’entends le sifflet du coup d’envoi depuis l’extérieur du stade. Je suis là, j’entends les bruits du stade, mais je ne peux rien voir et je ne peux rien y faire. La pire sensation au monde. J’ai bien, dans un coin de la tête, l’idée d’aller escalader la grille pour m’incruster dans le stade, mais des maîtres-chiens patrouillent tout autour constamment (et puis j’ai pas de couilles de toute façon). La seule solution qui s’offre à moi est la suivante : m’asseoir dans ma voiture, la mort dans l’âme, et regarder le live vidéo du match, diffusé par le Facebook du RCSC.

Sur la pelouse, c’est l’équipe-type, compte tenu des blessés et des absents, de l’ACA qui joue. Dans les commentaires du live, les génies sont de sortie : des supporters belges se prennent la tête entre eux parce qu’il y a… des supporters de l’ACA qui regardent le live. D’autres se clashent parce que des hurluberlus demandent le score toutes les deux minutes. C’est ainsi que je passe les 45 premières minutes. Le tableau d’affichage, après la première période, affiche 1-1. Oui, l’ACA tient en échec le troisième du dernier championnat belge. Pas mal, non ?

Après la pause, je décide de refaire un tour de stade, pour voir si la situation n’a pas évolué. Et là, j’aperçois que, au coin de la T4, deux ou trois mecs se tiennent debout pour regarder le match. Les stadiers ont été compréhensifs et un peu moins stricts en autorisant quelques personnes à rester autour de ces grilles. C’est ainsi que je me retrouve debout autour d’un arbre, à regarder la deuxième période de cette rencontre. La vue n’est pas la plus belle du monde, on voit plus la ferraille de la structure des tribunes que la pelouse, mais peu importe : JE PEUX ENFIN ASSISTER AU MATCH, de mes propres yeux.

Je suis alors accompagné de quelques ultras de Charleroi, masqués et curieux, qui regardent d’un œil la rencontre, tout en plaisantant avec un stadier, qu’ils connaissent bien. Un stadier qu’ils chambreront dans le mesure où celui-ci est fan… du Standard de Liège. À ce propos, il racontera d’ailleurs une anecdote : « Vous voulez que je vous dise un truc ? Il y a sept ans, j’étais ultra du Standard. Après un match, on est rentré dans les vestiaires des joueurs et on a tout cassé. La saison d’après, je faisais ma demande pour entrer dans la sécurité ». Rires dans l’assistance. Quel plaisir de vivre ces quelques instants de football.

Automobilistes, piétons et cyclistes s’arrêtent souvent à notre niveau pour s’enquérir du résultat.

  • « C’est quoi le score ?
  • 2-1 pour Ajassio. » (Car oui, les Belges prononcent Ajassio)

Un groupe de trois gamins arrivent alors et demandent. « C’est quoi le match ? La Belgique contre qui ? ». La réponse qui lui est apportée ? « C’est Belgique-Turquie ! ». La rencontre se termine finalement sur le score de 2-2. Quentin Lecoeuche a inscrit un but sur un pénalty imparable pour le 1-2 mais les Belges ont égalisé en fin de match, par Ryota Morioka. Il est l’heure de quitter ce stade, Charleroi et la Belgique. Mais avant ça, direction un petit supermarché du coin pour faire le plein de friandises (locales ou non) pour le retour qui s’annonce long, 7h30, pour 600 km à travers les Ardennes, l’Aude, l’Yonne, la Nièvre et bien plus encore. Il y a un peu de fatigue là, non ? Juste avant Auxerre, petite pause sur une mini-aire pour dormir un peu (pendant 3 heures en fait) dans la voiture, non loin d’un routier roumain. L’arrivée chez moi se fait aux alentours de 9h du matin, pile-poil l’heure pour… travailler.

Ce 1er août restera dans ma mémoire très longtemps : vivre un match à huis clos à l’étranger est sans doute la chose la plus folle que j’ai faite pour l’ACA. Est-ce que je regrette ? Non. Est-ce que je le referais si c’était à refaire ? Oui. Est-ce que la passion a pris le dessus sur la raison ? Oui. Mais quelle aventure messieurs dames. Et on se retrouve rapidement pour de nouvelles péripéties, à l’intérieur des frontières cette fois-ci.

Perfettu

Perfettu Erignacci De l'Aiacciu

2 commentaires

  1. Ça me rappelle ma prime jeunesse quand j’attendais devant le stade Bauer parce que l’entrée était gratuite à la mi-temps. C’était aussi l’époque où l’entrée était à 2 balles 50 pour les étudiants, mais quand vous arrivez en retard et que vous avez déjà raté 30 minutes de jeu, y a pas de petite économie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.