Le derby de Bucarest Dinamo-Steaua (0-2) avec la Tuicacadémie

Le Steaua est champion mais la lutte pour la 2ème place est toujours aussi intense. Elle embellit cette fin de saison.

Cette 31ème journée a été marquée par le 152ème derby éternel entre le Dinamo et le Steaua. Les chiens rouges sont la seule équipe à présenter un bilan positif en Roumanie face à son grand rival. 54 victoires, 46 nuls et 52 défaites. Vu comme c’est parti, la tendance devrait s’inverser très prochainement, tellement le Steaua est au-dessus actuellement.

Parmi ces 152 derbys enflammés, retour sur un en particulier qui a marqué l’histoire de la rivalité entre les deux clubs.

 

Finale de Coupe de Roumanie 1988: une conclusion roumaine.

Des derbys enflammés entre le Steaua et le Dinamo, y’en a eu à foison. Mais le plus dramatique est certainement celui de la finale de coupe 1988.

Les deux équipes étaient à l’apogée de leur rivalité. Elles se disputaient les titres nationaux, avec un léger avantage au Steaua qui détenait le titre de champion depuis 3 saisons.

Ce match a été peut-être un des matches les plus politisés de l’histoire. Au moins, en tout cas, la fin de match.

Alors que le score est de 1-1, le Steaua marque à la dernière minute. Mais le but est refusé pour un hors-jeu pas vraiment net. Les joueurs stelisti rentrent au vestiaire et le Dinamo célèbre la victoire.

Retour plus en détails sur cette rencontre entre le club de l’armée (Steaua) et celui de la securitate (Dinamo).

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Gica Popescu et Costel Orac en action

 

Deux grosses formations s’affrontent. Y’a qu’à mater la compositions des équipes pour le confirmer. Le match est arbitré par Radu Petrescu. Aucun rapport avec l’écrivain post-moderne, ni avec SuperDan.

Steaua: Liliac – Iovan, Bumbescu, Belodedici, Rotariu – T.Stoica, Gh. Popescu, Balan, Hagi – Lacatus, Piturca (Balint ’52)

Dinamo: Moraru – Mihailescu (Movila ’45), Rednic, Andone, Varga – Lupu, Lupescu, Mateut, Orac (Raducioiu ’82) – Vaiscovici, Camataru

Vous allez pas me dire que y’a pas du lourd, là! Si en plus, je rajoute que les deux équipes sont entrainées par deux des plus grands entraineurs de l’histoire du foot roumain, Mircea Lucescu pour le Dinamo et Anghel Iordanescu pour le Steaua, ça fait plus de doute. C’est bien un choc au sommet.

 

Bon, le match en lui-même, pour tout dire, on s’en fout un peu. C’est un match de foot comme y’en a eu pleins, mais avec de la tension parce que c’est un derby, quand même.

Il fait chaud, le terrain est en bon état, y’a environ 45000 personnes dans les tribunes puisque les dirigeants ont eu l’intelligence de faire jouer la finale dans le plus grand stade du pays, le stade « 23 august » à Bucarest, appelé par la suite Stade National ou encore Stade Lia Manoliu. L’ancêtre de l’actuelle National Arena qui accueille les gros matches et ceux de la sélection.

Lacatus ouvre le score pour le Steaua à la 27ème minute d’une superbe tête piquée.

C’est le jeune Florin Raducioiu (passé en fin de carrière par Monaco et Créteil notamment) qui égalisera à la 87ème minute pour le Dinamo.

 

Maintenant que le contexte est à peu près posé, passons aux choses sérieuses.

A la 90ème minute, une belle action du Steaua est conclue par Balint, suite à une centre de Hagi et surtout grâce à une belle merde de Moraru, le gardien dinamovist. Mais le juge de touche lève son drapeau pour signaler un hors-jeu.

Le hors-jeu est-il net? Sur les images disponibles, à mon avis, non.

La légende murmure que ce serait le banc du Dinamo qui aurait fait pression sur l’arbitre pour qu’il siffle. C’est loin d’être sur mais on sait jamais, c’est une théorie du complot aussi probable qu’une autre.

La suite est absolument rocambolesque. La plupart des éléments annoncés ci-après ont été connus qu’après la révolution (qui a eu lieu en décembre 1989, pour les incultes).

Valentin Ceaucescu, fils de qui vous savez et mentor du Steaua, est présent dans la tribune.

Il appelle un de ses sbires, Tica Danilescu, présent au bord du terrain, et lui donne l’ordre de faire quitter le terrain aux joueurs stelisti. Il lui aurait tout simplement dit: « Gata, iesim », ce qui en langage moderne signifie: « C’est bon, on se casse ».

Les joueurs du Dinamo restent comme des cons sur le terrain, attendant le retour de leurs adversaires.

Valentin Ceaucescu, de son coté, est descendu au vestiaire afin de convaincre les joueurs de revenir sur le terrain.  Il avait marqué le coup, mais après tout, le score était toujours de 1-1.

Valentin Ceaucescu était (et est toujours, y’a pas de raison, il vit encore) un peu con-con. C’était un peu le neuneu de la famille, pour faire court. Pas besoin de faire un dessin.

Il a donné seulement deux interviews depuis la fin du communisme. C’est d’une platitude extrême, il raconte un peu les événements mais sans vraiment expliquer le pourquoi du comment.

Donc Valentin Ceaucescu est descendu au vestiaire. Les joueurs sont déjà sous la douche. Et le pauvre gars s’est fait rembarrer: « Tovarasul Vali, nu ne mai întoarcem. S? ia ei Cupa! » », ce qui veut dire, en francais du XVIIème siècle: « Camarade Vali, on n’y retourne pas. Ils ont qu’à se la foutre au cul la Coupe ».

La retransmission télé de l’époque ne montre rien. Le réalisateur avait reçu l’ordre de ne pas montrer ce qu’il se passait sur le terrain. Ça fait donc un plan large sur le stade, entrecoupé des buts du match et de quelques micro-incursions sur le terrain. C’est dommage, y’avait quand même 8 caméras mobilisées ce soir-là. Les commentateurs meublent comme ils peuvent, persuadés que le match va reprendre.

Donc les joueurs du Dinamo reçoivent la coupe, ils ont un peu l’air con, tous seuls au milieu du terrain mais bon, ça fait un titre de plus à leur palmarès.

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Y’a plus grand monde sur le terrain pour célébrer la victoire du Dinamo

 

Sauf que…roulements de tambour…

Sauf que deux jours plus tard, la fédération roumaine de football (enfin, Nicolae Ceaucescu) a décidé que le Steaua avait remporté le match 2-1 et que par conséquent la coupe leur revenait de plein droit.

Ce qui fait qu’au palmarès officiel, à la ligne coupe de Roumanie 1988 il y a: Steaua bat Dinamo 2-1

A la chute du communisme, le Steaua a voulu rendre le trophée au Dinamo. Trop sympa. Mais les dinamovistii ont refusé. Trop galants.

Des matches truqués, y’en a des dizaines tous les ans en Roumanie, mais ce soir là, je crois qu’on a atteint un sommet qu’il va être difficile de dépasser.

 

10 mai 2013: 152ème derby éternel

Dinamo – Steaua: 0-2 (Boubacar csc 13, Tanase 70)

Le Steaua, en champion, a largement dominé le match. Sans un bon Balgradean dans les cages du Dinamo, le score aurait du être beaucoup plus lourd.

Les dinamovisti ont donc compensé leur médiocrité footballistique par un excès d’engagement plutôt violent. Si l’arbitre Sebastian Coltescu avec eu des couilles, il aurait du sortir pas moins de 4 cartons rouges, ce qu’il n’a pas fait. Voyant son laxisme, les joueurs du Dinamo ne se sont pas privés.

Ce qu’il faut retenir:

-La gendarmerie est intervenue dans les tribunes du Dinamo en 1ère mi-temps, à cause de jets de téléphones portables sur la pelouse. Le supporteur dinamovist de base est con comme une bite d’éditeur.

-La rumeur dit qu’en fait, c’était des supporteurs du Rapid qui s’étaient infiltrés dans la tribune dinamovist qui ont foutu le merdier. Ça sent la rumeur de fond de chiottes, la presse roumaine étant généralement friande de ce genre de trucs.

– Le Steaua a eu du dégât. Fracture du tibia pour Chipciu (suite à un choc avec son coéquipier Tanase). Il en a pour 6 mois.

– On a craint le pire pour Chiriches, victime d’un vilain tacle de Stratila. On pensait aux ligaments, mais finalement il semblerait que ce soit pas si grave, quelques tendons secoués.

-Bourceanu, le capitaine du Steaua, est un seigneur. Alors qu’il s’est pris un tacle de Cristea les deux pieds en avant en fin de match, il va tout de suite voir l’arbitre pour lui dire qu’il avait pas été touché et qu’il ne fallait pas sortir le rouge vu la fin proche du match. Vu le contexte, c’est grand.

-On a retrouvé Cristi Tanase, transparent depuis la trêve. Il a marqué et ça l’a soulagé.

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L’arbitre sort pas de rouge, alors prends ça Chiriches!

 

La course à la deuxième place

Elle est toujours aussi intense. Au début de la journée, la Petrolul et le Pandurii avaient 56 points, l’Astra 54 et le Dinamo 53.

Les clubs veulent obtenir le meilleur classement possible à cause de la prime de classement (180.000 euros de différence entre chaque place) et des droits TV de la saison prochaine!

Concordia – Petrolul: 1-1 (Ghionea 47) (Grozav 44)

Mauvaise opération pour le Petrolul en déplacement chez une équipe de bas de tableau. Habituée à un jeu offensif léché, les joueurs ont été plutôt maladroits et transparents. Jeremy Bokila était absent, Cosmin Contra s’inquiète donc d’une possible Bokila-dépendance. C’est vrai que sa puissance est un facteur très important du Petrolul. Comparé à ce petit con de Grozav, y’a pas photo.

Astra – Rapid: 3-2 (Takayuki 45, Yahaya 70, Bukari 90+3) (E.Dica 77, Herea 90+1)

Fin de match de folie à Giurgiu, où l’Astra arrache une précieuse victoire dans le temps additionnel alors qu’ils menaient tranquillement 2-0. Le but de la victoire est entaché d’un putain de hors-jeu très net. Nous ne tirerons aucune conclusion.

CS Severin – Pandurii 1-3 (F.Costea 62) (Anton 33, 36, Ibeh 49)

La bonne grosse opération de la journée, c’est le Pandurii qui la fait. Victoire pleine de maitrise à Severin, là où d’autres prétendants avaient lâché des points. S’ils font pas les cons, avec leur calendrier (Brasov à domicile, déplacement à Chiajna et Astra à domicile pour finir), ils doivent garder leur deuxième place.

 

Les autres matches de la journée:

Gaz Metan – Otelul: 1-2 (Vitinho 47) (Benga 49, Vancea 59)

Ceahlaul – Vaslui: 0-2 (Temwanjera 62, Antal 75)

U.Cluj – Iasi: 0-2 (Tiganasu 21, Patulea 42)

Brasov – Cluj: 0-0

Viitorul – Bistrita: 2-0 (Al.Lazar 27, N.Dica 55)

On notera la superbe frappe de Tiganasu: https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Dp5sdu8hwFs

 

Le classement:

classement

 

U.Cluj, Rapid et Severin n’ont toujours pas reçu la licence pour la saison prochaine. Les trois clubs sont sous la menace d’une relégation administrative.

Le Pandurii a une belle option sur la place de dauphin. Voici le programme des prétendants au podium, avec un alléchant Petrolul-Astra lors de la prochaine journée. L’Astra a des matches compliqués pour finir la saison alors que le calendrier du Dinamo est assez favorable.

Pandurii: Recoit Brasov, va à Concordia, recoit Astra

Astra: Va à Petrolul, recoit CFR Cluj, va à Pandurii

Petrolul: Recoit Astra, va à U.Cluj, recoit Gaz Metan

Dinamo: Va à Vaslui, recoit Viitorul, va à Otelul

En bas de tableau, c’est très serré également. En prévision des éventuelles relégations administratives, les 15 et 16ème place pourraient permettre de se sauver. Les quatre derniers descendent.
Jean-Nicolae Surdu-Mutu

academicien

Le plus grand auteur Anal de football

6 commentaires

  1. Question bête : pourquoi il y a 4 relégués dans ce championnat à 18 clubs?!

  2. Bah, c’est le règlement. :)

    Probablement du au fait qu’il y ait deux groupes en L2, alors plutot que de faire simple comme en Belgique, les dirigeants se sont dit que les 2 premiers de chaque groupe de L2 montaient, ce qui fait donc 4 relégués de L1.

    La saison prochaine, on parle d’un championnat de L1 à 16 ou 17 clubs. Vu les problèmes financiers de certains clubs et surtout pour laisser de la place à des petits arrangements. (eventuelle réintégration de Craiova par exemple)

  3. Dur, ils auraient pu faire quelque chose du genre : les 4 premiers de chaque poule s’affrontent dans des play-off puis le vainqueur est promu tandis que le finaliste doit affronter l’avant-dernier de 1ere division au meilleur des 9 matchs.
    En Belgique ça fonctionne en effet très bien.

  4. Le football de l’époque communiste c’est quand même quelque chose.

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