Les souvenirs d’Europe de tonton Georges – Episode 2 : 1964, la froide paëlla de la vengeance

En cette période de pénurie footbanalienne, quoi de mieux que de se replonger dans le fond des vieilles casseroles qui font les vieilles soupes de confitures (mais pensez à prendre des fruits pas trop vieux tout de même, hein) ? Bernard Lacombe approuve, et notre bon Georges Trottais, en l’absence de la deuxième plus belle compétition de football qui soit (après la coupe des vainqueurs de coupes), poursuit sa rétrospective des quatre finales européennes disputées par feue l’Union soviétique de ses grands morts. Après une première finale et une première victoire en 1960, place aujourd’hui à… ben… à la deuxième finale, quoi.

Oui, pardon, bonjour.

Francisque et les cocos

C’est peu de dire qu’entre Franco et l’URSS, il y a eu quelques problèmes relationnels. C’était peut-être tout simplement une question de personnalités. Certaines personnes n’accrochent pas, c’est comme ça. Peut-être qu’il y avait un trauma enfantin derrière tout ça, à chercher dans l’éducation bourgeoise, catholique et militaire (le tiercé gagnant du turbo-connard de droite) de Francisque le Franc en Galice. Peut-être que le petit caudillo préférait dessiner des francisques et des faisceaux plutôt que des faucilles et des marteaux. Peut-être que son papa lui avait interdit de dessiner autre chose, et que Francisque le Franc avait obéi, parce qu’il respectait son papa qu’il avait vu tout nu avec sa maman qu’il désirait comme le petit garçon pudique et réservé qu’il était. Peut-être qu’il pensait qu’en étant de drouâte comme son papa, il pourrait lui aussi être tout nu avec sa maman. Peut-être croyait-il que devenir soldat et faire tuer des cocos était le chemin le plus court vers la matrice dont il était issu, et où il voulait retourner. Peut-être que son pronunciamiento était comme un appel à l’aide à sa génitrice : « Regarde, maman, ce sang de gauchiste qui coule, c’est celui qui a coulé de ton sexe béant lorsque j’en suis sorti, pleurant et criant d’avoir perdu le droit d’y revenir. »

C’est fou ce que Freud a pu faire comme mal à la cause communisse, quand on y réfléchit.

Toujours est-il que le petit coup d’État du Francisque a eu quelques conséquences fâcheuses sur les relations de ce dernier avec l’Union soviétique en particulier, et les communistes en général. Oh, rien de bien méchant, juste l’une des guerres civiles les plus meurtrières de l’histoire, dans laquelle toute l’Europe s’est mouillée de près ou de loin.

Manu quand il s’agit de se mouiller

Et s’il y a bien un truc qui est resté en travers de la gorge du Franco à cette époque, c’est le soutien de l’URSS au camp républicain. Alors, quand il a fini par gagner à la force du bras son petit siège de chef du gouvernement, Francisque a vite choisi son camp : celui d’Adolf, celui de Benito, celui de l’OTAN, celui de Sergio Ramos.

Stairway to vengeance

C’est bête comme quelques préjugés peuvent amener à se détester autant, et aussi longtemps, hein ? Parce que le petit Francisque ne s’en est pas tenu là : souvenez-vous, en 1960, il avait refusé que ses chers joueurs aillent affronter, là-bas, au Gauchistan, l’équipe rouge de Yachine et Netto, en quarts de finale du tout premier Euro. Résultat : victoire sur tapis vert pour nos srabs du bloc de l’Est, qui avaient ensuite remporté la compétition contre les dissidents titistes, tout ça pour un petit caprice anti-cocoïste.

Quatre ans plus tard, la Coupe d’Europe des nations (la deuxième édition, si vous suivez bien) offre cependant à nouveau à Francoco l’occasion de se venger, près de trente ans après les faits. Et cette fois, l’opportunité est prise au vol. Après une phase éliminatoire facilement menée (les Espingouins éliminent tour à tour la Roumanie, l’Irlande du Nord et l’autre Irlande, marquant un joli total de 16 buts en 6 matches), la Roja-bruna (ça se dit comment « Michel Onfray » en espagnol ?) accède à la phase finale, dont elle obtient également l’organisation.

Elle y retrouve la Hongrie, le Danemark (surprise de ces éliminatoires), mais surtout l’URSS, tenante du titre de championne d’Europe et de championne des ennemis jurés de ce sacré Franco, tous continents confondus. La Sbornaïa, exempte du premier tour de qualification, a tout de même eu maille à partir lors des huitièmes et des quarts, devant se coltiner d’abord l’Italie de Gianni Rivera (d’anciens copains de Franco, en passant), puis la Suède de Kurt Hamrin, finaliste du Mondial 1958.

En demi-finale, l’URSS l’emporte facilement 3-0 contre le Danemark à Barcelone, tandis que les Espagnols doivent aller jusqu’en prolongations pour se défaire des Hongrois, 2-1 à Madrid. La finale voit donc s’affronter l’équipe soviétique, tenante du titre, une des meilleures sélections d’Europe à l’époque, et l’équipe d’Espagne, dont les joueurs ont brillé dans les coupes d’Europe durant la décennie précédente (notamment grâce à un certain club madrilène dont Fred Hermel n’était pas encore le porte-parole), mais n’ont pas encore montré grand chose en sélection.

La vengeance dans la peau est là, à portée de la peau de la main. La finale se tient à Madrid, au Santiago-Bernabéu (droite), devant près de 80 000 spectateurs. Franco, impayable, refuse d’assister au mâche, par pur anti-cocoïsme. D’après une source proche du dossier, il aurait soufflé un « Je veux bien être gentil mais faut quand même pas pousser » pour expliquer son geste (sauf qu’il l’a dit en espagnol, bien sûr, cela va sans dire).

21 juin 1964 : Luis Suárez, à pleines dents

Côté soviétique, rien n’a changé, tout a changé au moment de se présenter à Madrid. La sélection, désormais menée par l’ancien grantattakan du Dynamo des années 1940 et 1950, Konstantin Beskov (connu principalement pour avoir été l’entraîneur du grand Spartak des années 1980), a gardé sa très forte coloration moscovite, et l’a même renforcée : seul le Rostovien Ponedelnik manque à la règle, tous les autres titulaires de la finale viennent des clubs de la capitale soviétique, que ce soit le Dynamo (Yachine, Anitchkine, Mudrik, Tchislenko), le Torpedo (Choustikov, Voronine, Ivanov), le Spartak (Korneïev, Khoussaïnov) ou le CSKA (Chesternev). Malgré l’émergence progressive des clubs ukrainiens, les équipes moscovites demeurent encore les principaux acteurs du championnat de la Mère Patrie du socialisme.

Ce qui a changé, en revanche, ce sont les joueurs. De l’équipe victorieuse en 1960, il ne reste que trois représentants en 1964 : le légendaire Lev Yachine, et les deux attaquants Viktor Ponedelnik et Valentin Ivanov. Ce dernier a récupéré le brassard de capitaine d’Igor Netto, grand artisan des succès de cette génération dorée, qui s’est retiré après l’échec soviétique au Mondial chilien en 1962. Sortie assez facilement des poules, l’équipe d’URSS s’était lourdée face au pays hôte en quart de finale, notamment en raison du mauvais match de Yachine (mais il a gagné le Ballon d’or en 1963 donc ça va il s’en est remis, hein).

4-2-4, à l’aaaiiise

En face, la Roja, dirigée par le très titré José Marthe Villalonga, compte dans ses rangs la fine fleur réalo-atlético-barcelono-saragossane (cherchez l’intrus), plus un gardien basque parce qu’il y a des quotas, et pour couronner le tout, cerise sur le gâteau, la star, la vedette, le maître à jouer, le Patrickfuoriclasse, l’un des tous meilleurs joueurs du monde de l’époque, le chef d’orchestre de l’Inter de Milan tout frais champion d’Europe, j’ai nommé Luis Suárez, premier du nom, au sommet de sa gloire, en pleine force de l’âge.

Dès les premières minutes, le Ballon d’or 1960 nous fait la totale, menant le pressing intense des Espingouins. Le déchet technique soviétique est affolant, et c’est sur une récupération au forceps de Luis Suárez dans les pieds d’Ivanov que la Roja ouvre le score après cinq minutes : après un une-deux côté gauche, l’Interista centre du droit, Eduard Mudrik manque son dégagement, et le Barcelonais Jésus-Marie-Joseph Pereda peut marquer à bout portant, en renard des surfaces (1-0).

Mais l’euphorie du Bernabéu est de courte durée : deux minutes après l’ouverture du score, Mudrik, encore lui, laissé libre sur son côté gauche, prend son temps pour adresser une magnifique ouverture en profondeur à destination de Gamlizian Khoussaïnov. Le petit avant-centre tatar, libre de tout marquage, glisse le ballon sous le portier espingouin, José-Ange-gardien Iribar, avec le petit rebond vicelard qui va bien (1-1).

Après ce départ tambour battant, les débats se rééquilibrent, et chaque équipe se recroqueville en défense. Suárez et Khoussaïnov font le spectacle, en solistes. La partie est marquée par plusieurs fautes pour excès d’engagement de la part des Espagnols, qui cherchent à contrecarrer la supériorité physique des Soviétiques. Ceux-ci prennent l’ascendant sur le match dans la dernière demi-heure, s’installant dans le camp adverse.

Les occasions sont cependant espagnoles dans les derniers instants : à dix minutes du terme, Pereda marque d’abord un but finalement annulé lorsque l’arbitre revient à une faute soviétique antérieure (miskine sur ce coup-là, mamène) ; puis cinq minutes plus tard le même Pereda, qui reçoit le ballon dos au but, côté droit, déborde d’un beau crochet et centre pour la tête décroisée du Saragossan Marcelino au point de pénalty. Ça passe dans un trou de souris, 2-1, l’URSS a perdu son titre, Francoco a sa vengeance, le seum est total, la lutte antifasciste ne s’en relèvera pas jusqu’à la victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen en 2017 (rpz le front républicain).

Merci la démeaucrassi

A suivre dans le prochain épisode : 1972, RFA-URSS, sale gueule de bois au Heysel.

Bisous,

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

Un commentaire

  1. Tant de gifs/images de Manouel Valse sur une même page me donnent la nausée. Je tenais à ce que vous le sachiez

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