Metz – Saint Etienne (3 – 1) : La Metz Que Un Club Académie donne son 9e cours.

– Une fois dans le sud, j’avais huit ans, et je chassais les mouches avec une tapette. La tapette s’appelait Gérard.

Silence abasourdi dans l’amphithéâtre Carlo MOLINARI.

Haha, cette blague me fera toujours autant rire, mais je vois à vos tronches d’ahuri que je me dois de l’expliquer en vous révélant que c’était bel et bien une véritable tapette à mouche de la marque « Gérard ». Alors si j’en vois un seul sortir son téléphone pour alerter les réseaux sociaux, je ressors ma tapette à mouche juste pour vos tronches.

Les élèves rirent de bon cœur jusqu’à ce que le professeur Legrasaully sorte de son sac sa tapette à mouche noire et gifle le premier étudiant à sa portée façon John McEnroe. Le silence retomba aussitôt.

– Bien, maintenant que j’ai toute votre attention, nous pouvons continuer… Donc j’avais huit ans, j’étais dans le sud, et mon oncle m’avait chargé de tuer une trentaine de mouches pour les donner à manger aux poules. J’avais toute la matinée pour le faire, mais j’avais interdiction de prendre mon petit déjeuner avant d’avoir attrapé ces trente foutus drosophiles.

L’attention de toutes les personnes étaient à son apogée. A tel point que cette anecdote était en train de se graver à jamais dans leurs esprits. Même vieux et tout sec comme des crottes de hamsters vieilles de trois jours, cette histoire serait la dernière pensée qui allait traverser leur esprit.

– J’ai beaucoup appris au cours de ces vacances. Déjà, que mon oncle n’était qu’un gros fils de pute. Mais surtout, que pour attraper les mouches, il ne fallait pas seulement de la patience, il fallait surtout anticiper la direction dans laquelle la mouche allait s’envoler et frapper à cet endroit précis, et non là où elle était. Aujourd’hui encore, lorsque je dois cogner quelqu’un, je prends en compte le mouvement qu’il va faire pour déterminer exactement là où je vais lancer mon poing.

L’étudiant avec une joue rouge qui s’était gaufré la tapette à mouche acquiesça religieusement.

– Une fois sonnées ou bousillées, je rangeais les mouches dans un de mes paquets de Marlboro vide…. Oui, j’avais huit ans et je vous emmerde ! Et lorsque j’avais mes trente bestioles, je les apportais enfin à mon oncle qui les comptait devant moi pour vérifier.

Une fois, j’ai glissé mes mouches mortes dans sa chaussure. Et il m’a mis un coup de pied qui m’a redressé ma scoliose faisant passer ma colonne vertébrale de tour de Pise à tour Eiffel.

Personne ne riait. Pourtant la métaphore était très drôle. Un peu déçu, le professeur reprit :

– Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Déjà, pour que vous compreniez que le beau et gentil monde dans lequel vous avez grandi n’est pas le seul dans cet univers. Il y a… un autre versant. Plus sale. Plus dégueulasse. Plus violent. Rempli de fils de pute comme mon oncle avec ses gros pieds durs de fermiers qui chaussait du 47. Mais aussi parce que cette histoire, elle me rappelle un peu la confrontation entre le Fc Metz et l’As Saint-Etienne…

Oui, la titraille est franchement osée, mais j’élabore une seule diapo moisie par cours, alors il faut que cette dernière claque sa mère !


Avant la rencontre, Metz venait d’enchaîner deux victoires d’affilées en Ligue 1. De mémoire d’homme, cela n’était pas arrivé depuis que Serin avait encore une moustache en duvet. On n’avait pas encaissé le moindre but non plus. De mémoire d’homme, cela n’était pas arrivé depuis que Serin n’était encore qu’un téteur de lait. On était à notre 5e match sans défaite. De mémoire d’homme… vous avez compris.

L’ASSE n’était pas si loin au classement du Fc Metz mais les pronostiqueurs avaient donné une cote de victoire de 70% pour les verts, tant bien même on jouait à domicile. Autant dire que notre cul ne valait pas bien cher sur le marché.

En premier lieu, de la patience donc. Le match s’est joué sur un faux rythme. Pas mal de touches, de sorties de but, de petites fautes. Metz a abandonné la possession comme à son habitude, laissant N’guette, le dernier ailier de ce club, assister Diallo, le seul attaquant du club, et Niane (ni un ailier, ni un attaquant). Et si on finit avec 45% de la possession, c’est uniquement grâce à la seconde mi-temps ainsi que la déprime verte.

Et j’ai beau me moquer de cette stratégie Hognonesque de repli/restons groupé derrière/et chions dans nos frocs – très librement inspiré du numéro d’apnée de Correa et de son équipe de coton crade en rouge et blanc… Mais force est de constater que cette stratégie a l’air de suffire pour l’instant. Après… Jusqu’à quand ? Telle est la question.

Oui j’aurais pu utiliser faceswap mais où serait le plaisir de proposer des montages Paint moisis ?


Peut-être qu’un jour les adversaires arrêteront de sous-estimer Diallo et comprendront que le marquer à la culotte, c’est empêcher 80% de l’offensive messine. Ou alors d’attendre que notre seul ailier ne se blesse, vu qu’on n’a pas jugé utile d’en recruter, mais cela ne peut pas arriver voyons… Enfin… Ah ben si, N’guette sort blessé après son deuxième but. Ben merde alors !

Les élèves sourirent. Ils connaissaient tous l’histoire de cette fin de saison. Cela appartenait désormais à la légende.

Dans un second temps donc : de l’anticipation. Laisser Bronn charger Khazri. Laisser Bouanga vouloir dribbler tout le terrain. Miser sur Trauco recruté Dieu seul sait comment. Et là : cogner sec ! Cogner DUR ! ENCORE ! ET ENCORE ! Trois buts en moins de 26 minutes. Il m’en a fallut dix fois plus pour tuer mes bestioles volantes. A croire que les verts sont moins coriaces qu’une trentaine de mouches à merde…

Allez les verts !
(La bise à @RoroGromerdier).


Le professeur se retourna, le poing tout à coup crispé, le visage blême. Il sortit de son sac une petite boîte qui contenait des cachets vert opale. Il en prit un avec un peu d’eau. Le visage blême, il fit comme si de rien n’était. Le silence était lourd.

– Pour finir l’histoire de mon enfance dans le sud… Ce… qui avait sauvé mon voyage, c’était la rencontre d’un ami. Comme on en fait une seule fois. Il s’appelait Rémi. La seule personne que j’ai rencontré là-bas suffisamment humaine pour ne pas faire preuve de xénophobie. Très rare ça. Il m’a ouvert son cœur, pour en sortir : du brézain. Ce fromage fumé pour raclette qui encore aujourd’hui hante mes nuits d’hivers. On est resté amis. A jamais. Et encore de nos jours, à chaque hiver, il m’envoie du fromage. Un énorme morceau. Aussi gros que son cœur.


– Pourquoi je vous parle de Rémi ? Parce que je détestais aller dans le Sud. Terre consanguine et raciste qui abritait les plus grands hypocrites, alcooliques et débiles que je n’avais jamais vu. Et là, je ne parle même pas de mon fils de pute d’oncle. Mais juste parce que c’est là que j’ai découvert un ami. Un vrai. Ce qui me fait dire que le purin reste la fange la plus propice à l’éclosion des fleurs de l’amitié.
– Haha ! S’te fragile !

Le réflexe du professeur Legrasaully fut immédiat ! Il lança violemment sa tapette dans la face de l’étudiant qui avait ri ! Ce rare moment d’émotion qu’avait offert le professeur dans cet amphithéâtre avait été sali ! La tapette frappa l’étudiant nommé Éric juste au-dessus du front ! A peine ce dernier eut le temps de constater les dégâts qu’il vit bondir sur lui la férocité d’un poing animé par une fureur incroyable !

La chaise s’écroula sous le poids des deux corps ! Les poings frappèrent à chaque fois des zones cruciales. L’élève pleura lorsque le professeur le força à avaler la tapette. Elle avait encore le goût de mouches. Comment Éric connaissait-il le goût des mouches ? C’était une longue histoire…

Une fois calmé. Le professeur se releva et retourna près de son bureau, laissant Eric au sol, les yeux gonflés, la bouche déformée par la forme de la tapette. Il resterait ainsi prostré pendant plus d’une semaine. Le SAMU, appelé à l’aide le lendemain, constatant qu’il ne pouvait rien faire, l’envelopperait d’une couette thermique toute dorée et argentée, et l’abandonnerait là.


Le choc avait été trop rude. Mais ce jour-là, après avoir finit son carnage sur le visage d’Eric, le professeur se contenta de conclure dans le plus grand calme :

– Rémi, je t’aime. Le cours est terminé.


Professeur Le GrasAully

LeGrasAuLLy

4 commentaires

  1. Moi aussi je t’aime mon Frère de l’Est.
    Par contre, je ne suis pas d’accord sur la localisation que tu te fais de la Yaute. C’est pas vraiment le Sud.
    Le Sud raciste, c’est chez des gens comme Blaah ou Marcellin. Les régions PACA(KK) et Midi Pire est né en somme (l’énumération, pas le département).
    LBA. (et viens quand tu veux, mi casa es tu casa).

    PS : j’aime tes acad’.

      • Nancéiens et Messins sont tellement occupés à se disputer pour savoir qui a le plus gros microsexe, qu’ils ne prennent pas le temps de venir lire les perles de M. AuLLy… What a shame !

        • Ou alors c’est parce que les supporters d’evian n’ont que ça à faire aussi… :)

          En tout cas, ça me fait toujours aussi plaisir de lire vos commentaires. Merci messieurs ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.