Nîmes-Bordeaux (1-0) : La Crocro Académie peut mourir tranquille

0

Journée des pleurs, et c’était pas à cause des lacrymos.

« Ô mon cœur j’ai connu la triste et belle joie

D’être trahi d’amour et de l’aimer encore »…

… disait Apollinaire. Il ne parlait pas du NO, mais c’est pas si loin. Cette fois ça y est, c’est fini. On peine à y croire, comme avec une rupture douloureuse, mais on ne verra plus les Costières, en tout cas plus le stade qu’on a connu. On ne pourra évidemment que regretter que les adieux n’aient pas été mieux préparés par notre direction composée essentiellement de ce que la sagesse populaire nîmoise qualifiera volontiers, au choix, de sombres connards, de gros mastres ou de merdes humaines ; mais finalement cette journée nous aura simplement prouvé une fois de plus qu’il n’y avait rien à attendre d’eux, dont acte. Alors si, il y aura toujours quelques thuriféraires de Rani Assaf capables de nous expliquer que si Bernard « Magic » Blaquart était là pour donner le coup d’envoi (nous y reviendrons), c’est bien que notre grand manitou a donné son aval, et qu’il faudrait en somme le remercier d’avoir « laissé faire ». C’est là où nous en sommes aujourd’hui : il faudrait remercier notre mastre en chef d’avoir daigné ouvrir une tribune ou autorisé l’accès au stade à l’ensemble du public. Tiens donc. On préférera ici rappeler que la totalité des animations prévues pour les adieux à notre stade ont été imaginées, organisées et réalisées par les supporters et particulièrement les Gladiators, tous seuls, les mêmes que notre mastre susmentionné emmerde depuis des lustres, les mêmes qui vont boycotteront probablement le nouveau stade une fois les adieux à l’ancien terminé. Ledit mastre pourra alors se répandre dans la presse contre ces « cancers » qui veulent la mort du club, mais finalement tout ceci n’a plus guère d’importance : tout le monde a désormais compris son manège, qu’il aille se faire mettre tout seul dans son nouveau stade avec son aigreur, son entêtement et ses polos Kiabi.

Les Costières, c’était pour beaucoup d’entre nous le lieu où tout a commencé, la découverte du NO et du foot en général, les premiers frissons de gosse avec la Coupe de France 96 et l’Europe, les amours adolescentes et la bite qui pousse avec les alternances de National, Ligue 2 et parcours en Coupe, avant l’apothéose de la maturité symbolisée par les « années Blaquart », ce formateur hors pair devenu mythique par son intégrité et son rôle providentiel au moment où le club était au plus mal. Avec les Costières, on dit adieu à des dizaines de matchs de merde et d’années de dépression, et à quelques lueurs au milieu, mais bon Dieu que ces lueurs étaient belles. Et même s’il ne fallait retenir que le négatif, on le garderait quand même : c’est surtout dans la défaite qu’on s’est connus. Et c’est finalement là que notre histoire trouve sa beauté. Parce qu’après toutes ces purges, toutes ces années de galère, de directions de pitres, de magouilles et de pénalités, il en aura fallu de la passion et de l’amour pour que l’attachement perdure. Bien sûr qu’on ne sera jamais Marseille ou Saint-Etienne, mais ce stade c’était nous, ce petit stade mal foutu, bruyant, sale et pas fini. J’ai tout aimé dans ce stade, chaque détail, les rangs de béton du Pesage Est, les sièges inconfortables de la Sud et de la Nord, les vieux reboussiers et les jeunes cons, les chiottes à la turque, le public et le terrain si proches, les tribunes ouvertes sur le ciel et même cette peinture blanche écaillée, presque aussi décatie que le lifting de Jack Lang. Aujourd’hui, il était plus beau que jamais, comme un condamné à mort. Gardons quelques images de cette journée en tête : le cortège des GN jusqu’au stade, le superbe tifo « Génération Costières » soulevé par le mistral, le sourire et les yeux humides (et les nôtres avec) de Bernard Blaquart au moment de donner le coup d’envoi et de recevoir enfin l’ovation à laquelle il avait droit, Renaud Ripart présent dans le kop pour lancer des chants, ce rouge et ce blanc qui se découpent sur le ciel dans la lumière déclinante… Gardons ces images et partons oublier nos joies et nos peines dans le pastis, en se disant qu’au fond peu importe le score de ce match, et peu importe qu’on ait vécu ce moment sur place ou à distance, on aura quand même sacrément bien kiffé.

(Source : Gazette Live Nîmes)
Merci pour tout, bel homme.


Il faudra aussi et malheureusement se rappeler de l’autre versant de la journée, avec les dernières petites quenelles que nous avait gardées au chaud notre cher président : refus obstiné d’ouvrir plus de 1000 places en Pesage Est malgré une forte demande, laissant l’impression d’un gâchis et d’une tribune dégarnie (et puis regardons les choses en face : ne même pas faire guichets fermés sur ce match est une hérésie), organisation lamentable de l’accueil et embouteillages à l’entrée de la tribune Sud : tout aura été grotesque jusqu’au bout de la part de ce club de branques et de Rani Assaf, qui semble lancé dans une course de vitesse avec Gérald Darmanin pour le prix du plus gros (veuillez insérer ici l’insulte de votre choix) de l’année. Heureusement que d’autres étaient là pour se montrer à la hauteur de l’évènement.


(Source : CrocoBoy)
(Source : Red Allan)
(Source : 11 de Nîmes)

Merci pour tout les gars, vraiment.


LE MATCH

On va laisser les larmes et parler football, on a trop peu eu l’occasion de le faire ces derniers temps avec les onze chèvres qui portent le maillot. Usaï revient à une formule à 4 derrière et à un onze qui devrait être type, à peu de choses près.

MARAVAL

LABONNE-POULAIN-DJIGA-BURNER

FOMBA

THOMASEN-N’GUESSAN

PAGIS-TCHOKOUNTE-SAID


L’entame est bonne. Les gars mordent dans la balle, poussés sans doute par cette ambiance qu’ils ont si peu connue jusqu’à présent cette saison. L’impact au milieu est incarné par N’Guessan, qui semble décidé à désosser du Bordelais : ça fait plaisir à voir. Sur un échange de ballons hauts dans le camp d’en face, le Jeannot récupère le cuir, et le reste c’est du velours : élimination de son défenseur avec dribble derrière la jambe d’appui, accélération à 25 mètres et lourde dans le petit filet (1-0, 6e). Les Costières rugissent à nouveau, et N’Guessan s’en va célébrer avec la Sud comme s’il avait fait ça toute sa vie. A partir de là on comprend qu’on est entrés dans une réalité parallèle, que ce match et cette journée resteront à part de la morosité quotidienne, qu’on va oublier Assaf et sa sale gueule le temps d’un match. Et ce d’autant plus que nos gars semblent décidé à continuer sur leur lancée : Tchokounté n’est pas loin de finir une action qu’il avait commencée (14e). On se rend ensuite également vite compte qu’il va aussi falloir suer des fesses, et Maraval sort deux gros arrêts devant Bakwa et surtout Gregersen. Pagis est ensuite impliqué dans deux situations, une demie-volée contrée sur corner puis un centre-tir vicieux repoussé par Poussin alors que Tchokounté rôdait par là. On en reste finalement là à la pause, avec le sentiment très net que nos gars peuvent largement taper le leader, et le sentiment parallèle que ces gros branleurs ont largement de quoi faire mieux que 19e de Ligue 2 pour peu qu’ils daignent se sortir les doigts du cul.

La deuxième période confirme le constat. Evidemment, Bordeaux a la possession, mais ça reste assez peu dangereux, cependant qu’on arrive à créer des trucs sur nos contres : N’Guessan puis Saïd se procurent deux occases coup sur coup et se font attraper dans la surface sans que M. Petit ne sanctionne les défenseurs. Bon, d’un côté je ne nierais pas avoir sur le moment insulté ce sac à merde sur trois générations, mais d’un autre je dois avouer que retrouver le sentiment de l’injustice arbitrale plus ou moins justifiée m’avait manqué : quand on ressent ça, c’est qu’on croit à la victoire et qu’on se dit qu’on la mérite un minimum, avouez que c’est quand même mieux de haïr un arbitre que de plus en avoir rien à foutre. Dans la foulée, à l’heure de jeu, Maja est trèèèès proche d’égaliser (on note sur l’action une air-sortie de Maraval, mais quand y a pas but c’est comme une baise sans éjaculation, ça compte pas), et on commence à serrer trèèèès fort les fesses. La défense, notamment Djiga et Poulain, répond présente pour jouer le rôle de régulateur intestinal. Un peu de chatte aussi, comme sur ces dernières occases que Barbet et Gregersen envoient dans la tribune Ouest. On s’en fout, la victoire est méritée, l’histoire est belle.

Peut-être même un peu trop belle, du reste. Dernier match aux Costières avec une victoire contre Bordeaux ? Assaf a tout de même laissé entendre l’air de rien sur BeIn qu’il n’était même pas sûr que ce match soit réellement le dernier, confirmant ainsi au passage que le planning du chantier des Antonins n’était pas aussi sécurisé qu’il avait voulu le faire croire jusqu’à présent. Passons sur cet aveu hallucinant d’amateurisme chez un type qui aime à présenter comme un cador dans tous les domaines, et notons surtout que cela signifie que l’on pourrait donc se retrouver avec un deuxième vrai-faux dernier match restant, qui pourrait cette fois se solder par une défaite piteuse : après tout, ce serait très Nîmes Olympique comme conclusion.


LES GARS

MARAVAL (3+/5). Les parades qu’il fallait sortir et une confiance accumulée qui va commencer à peser pour les prochains matchs.

LABONNE (4/5). On a souvent été durs avec lui alors qu’il découvre la L2 et qu’il a été trimballé sans relâche entre le milieu et le couloir comme un vulgaire Renaud Ripart, alors sachons lui rendre hommage : match très costaud, combatif malgré un côté brouillon, mais après tout c’est bien ce qu’on attend de lui.

POULAIN (4+/5). Indispensable par la sérénité et l’expérience qu’il dégage, malgré une lenteur très visible par moments. Le joueur du NO qui a le plus joué aux Costières, capitaine aujourd’hui pour la der’, c’est le #communsymbole ultime. On va croiser les doigts pour qu’il se pète pas avant la fin de la saison.

DJIGA (3+/5). Il nous avait habitués à des prestations bizarroïdes, avec de la solidité dans les duels mais une fâcheuse tendance au pétage de câble trop peu discret pour ne pas être sanctionné. Il a réussi à garder ses nerfs : c’est bieng.

BURNER (2+/5). Formé à Nice comme N’Guessan, mais la comparaison n’est pas flatteuse pour lui. Il m’a semblé moins à côté de ses pompes que lors des derniers matchs, cela dit.

FOMBA (3/5). Il y a chez ce joueur une nonchalance et une lenteur horripilantes, parfois entrecoupées d’un éclair, un geste tranchant, une passe en profondeur ou une feinte de corps qui te font dire « ben merde alors, il sait faire ça », rendant la première partie de l’observation d’autant plus pénible.

THOMASEN (3/5). J’alterne entre les moments où je le trouve transparent et ceux où son jeu simple et en une touche me rappelle celui de Xavi, s’il faut à tout prix continuer à comparer les F1 et les kartings.

N’GUESSAN (4/5). Un but jouissif et une célébration debout devant la Sud qui restera. Un coup de rein plus costaud qu’un acteur porno professionnel. On est vraiment sûrs qu’on a pas l’option d’achat ? Remplacé à la toute fin par DURAND DE GEVIGNEY pour bastonner en défense.

PAGIS (3+/5). Plus fragile dans les duels, mais c’est quand même très classieux balle au pied. Le genre de joueur « facteur X » qui te fait aimer le foot. Remplacé par GUESSOUM, histoire de jouer les dernières minutes en 8-1-1, la formation préférentielle de Nico « El Tactico » Usaï.

SAÏD (2/5). Il est quand même spécialiste pour partir dans le zig alors qu’on l’attend dans le zag, comme disait tonton Thierry. On pourra au moins pas dire qu’il ne s’est pas assez donné, vu qu’il finit complètement bouilli. Remplacé par SADZOUTE afin de densifier le couloir selon Usaï, sans qu’on puisse réellement voir la différence.

TCHOKOUNTE (3/5). Il s’est empégué tout le match avec la défense bordelaise en semblant y prendre un certain plaisir. Gros boulot en pivot, aussi ingrat qu’indispensable. Remplacé par KONE, en moins bonne condition physique que moi après 5 pintes.

LES AUTRES

Une belle sérénité collective, des tauliers et des jeunes prometteurs : peu d’inquiétude sur la capacité du Bordeaux 22-23 à aller chercher la montée en fin de saison s’ils y mettent l’envie qui va avec. Merci au passage aux Ultramarines, auteurs de l’un des plus beaux gestes du match, applaudi comme il se doit par l’ensemble des Costières :

(Crédit : Ultra Made in France)

LA SUITE

On sort provisoirement de la zone rouge avec cette victoire qu’il faudra confirmer en allant taper Niort chez eux, mais c’est pas franchement le sujet. La suite, c’est ce stade « provisoire » des Antonins auquel il va bien falloir s’habituer, mais qui risque de sonner bien creux si comme on peut le prévoir beaucoup se détournent du projet assafien après avoir dit adieu aux Costières. Prenons les matchs les uns après les autres et prenons le temps de chialer encore un peu. Gros bisous baveux et houblonnés sur vous tous, les gars.

Karoud

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.