Nîmes-Bordeaux (2-0) : La Crocro Académie se sort les doigts

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Intérieur bourgeois, fauteuils douillets, silence cotonneux et enveloppant, lumière douce – le cabinet du docteur Karoud, à l’aube d’une nouvelle journée d’écoute. Dans le fauteuil de gauche, le docteur bouge une paupière de façon imperceptible, comme guidé par une force autonome, celle de sa pensée en mouvement, aussi vive que son corps reste immobile. Face à lui se tient un homme sans âge, robuste malgré la tristesse qui perce dans son regard, comme creusé par le poids des années et des épreuves. La discussion s’offre à nous comme une pièce de théâtre susurrée dans une oreille indiscrète.


– Vous voyez, M. Olympique, je vous avais bien dit qu’il vous suffisait de vous remettre à jouer. C’est encore ce que vous savez le mieux faire, non ?

– Vous aviez raison Docteur, merci. Merci de m’avoir écouté.

– C’est mon métier. Je suis ravi de voir que le travail que nous entamons ensemble vous soit profitable.

– Je crois qu’il me fallait une oreille compatissante.

– Je suis là. Parlez-moi de ce match contre Bordeaux, voulez-vous.

– Oh oui. Vous savez, c’était pas facile, ça faisait tellement longtemps que je n’avais plus gagné aux Costières. Les Costières c’est mon stade, vous savez, le stade des Costières. Il n’est ni très beau ni très bien foutu, mais je l’aime. C’est chez moi, même si c’est difficile en ce moment, il sonne tellement vide…

– C’est une période difficile pour tout le monde, en effet.

– Et sans l’ambiance de d’habitude, je me sens comme perdu. J’ai tellement envie de retrouver mon public, si vous saviez… Là, je jouais contre Bordeaux. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup, ça, M. Girondins de Bordeaux. Il se la pète un peu avec nom à particule et son pinard hors de prix, mais il a de quoi se la péter… C’est sûr qu’il a une gueule et une histoire un peu plus glorieuse que moi. Le pinard de vers chez moi, c’est pas vraiment ce qu’on fait de mieux, enfin ça dépend mais quand même, y en a du tellement mauvais qu’on hésite à le couper avec du coca…

– Vous ne devriez pas vous dénigrer en permanence comme cela, M. Olympique. Pourquoi ce besoin ?

– J’essaye d’être lucide, voilà tout. Avouez que je pars de très loin…

– C’est vrai, prenons les matchs les uns après les autres, comme vous dites.

– En tout cas, quand le match a commencé je me suis senti comme…libéré. Libéré d’un poids. Je sais que je vais devoir souffrir jusqu’au bout, mais souffrir je sais faire.

– Trouver la paix demande du temps M. Olympique. Du temps et du travail.

– Je crois que ce match peut me servir de référence. Et je crois aussi que M. Girondins de Bordeaux aurait besoin de vos services. Il avait l’air au fond du trou ces derniers jours.

– Il sait où me trouver. Mais parlons de vous. Racontez-moi ce match.  


La suite du récit impose de laisser la confidentialité de la cure analytique primer sur la curiosité. La suite des confidences de Nîmes Olympique sur le divan du Dr Karoud au prochain épisode.  


LE MATCH

Dis-donc, quel pied. Première fois de la saison qu’on enchaîne deux victoires, et deux clean-sheets s’il vous plaît. Il faudra confirmer face à Lorient lors du match en retard, qui ressemble à un tournant décisif en vue du maintien. Mais cette embellie de février fait déjà énormément de bien au moral. L’équipe-type est désormais bien établie. Deux modulations à noter : titularisation de Guessoum à la place de Cubas, et de Fomba à la place de Deaux. Si notre bel Américain du sud peut être ainsi d’attaque pour Lorient, ce ne sera pas du luxe. Quand à Lamine, il a beaucoup à se faire pardonner.    

L’entame est bonne et vite récompensée suite à une récupération de Ripart. Transmission à Meling, qui traverse tout le terrain (Bordeaux ayant la gentillesse de nous laisser leur bloc coupé en deux, ne nous privons pas) et conclut du gauche au ras du poteau suite à un échange bien senti avec Ferhat. C’est limpide, c’est beau, c’est sans doute largement dû à l’apathie adverse, mais c’est comme ça qu’on retrouve la confiance (1-0, 14e).

La suite de la mi-temps est rythmée par des alternances entre sueurs testiculaires (gros arrêt de Reynet sur une demi-volée d’Adli, sortie sur blessure de Briançon) et papillons dans le bas-ventre (nouvelle grosse occase pour Meling suite à une belle lutte de Fomba).

Double tournant du match autour de l’heure de jeu. D’abord suite à une perte de balle un peu coconne de Benrahou qui profite à Oudin, dont la frappe est détournée par Reynet sur Hwang, qui voit lui aussi son tir repoussé par notre héroïque portier, n’ayons pas peur des mots voulez-vous. Le match reste globalement maîtrisé de notre part ensuite, jusqu’à la 68e et une excellente balle en profondeur de Fomba pour Aribi (si vous saviez le kiff que je ressens à écrire cette phrase), qui devance Benito et part seul au but : le Bordelais n’a pas d’autre choix que de sécher ce brave Karim, qui n’en demandait pas tant, et carton rouge. Comme l’a justement fait remarquer mon estimé collègue académique Stanislas Carwash, l’action révèle avant tout d’un très mauvais sens de l’observation chez les Bordelais : il aurait en effet été autrement plus simple pour eux de laisser partir Karim seul au but, il se serait très bien débrouillé tout seul pour se prendre les pieds dans le ballon ou pour s’effectuer lui-même un croc-en-jambe.

Le break arrive peu après sur une nouvelle galette d’Eliasson sur coup-franc, avec reprise de la tête imparable de Ripart (2-0, 71e). La suite est finalement anecdotique, notons quand même la sortie d’Aribi sur blessure, alors qu’il était sur le terrain depuis un quart d’heure. Les Bordelais pressent mais sans grand danger, et c’est une victoire presque tranquille, chose suffisamment inhabituelle cette saison pour être notée. Quel pied, disais-je !


LES COLLEGUES

Reynet (5/5). Daron.

Meling (5/5). Allez, on met des 5, on s’en fout. Nouveau très gros match du blondinet. Du coffre, des montées rageuses, et des buts en prime…

Briançon (-/5). Sorti sur blessure à la 36e, remplacé par Eliasson (3+/5), qui fut plusieurs fois dangereux et prouve que sa qualité de passe va nous être indispensable.

Miguel (4/5). La confiance, c’est bieng.

Alakouch (2+/5). Pas vu pas pris. Remplacé par Burner, toujours dans l’option minimum syndical.

Guessoum (3+/5). J’ai tendance à être gentil avec lui parce qu’il a bien dépanné sans être à son poste.

Fomba (4/5). On lui a suffisamment fait caca sur la tête, soyons sympa quand il est bon. Présent au combat, et de bons lancements. Allez, on y croit.

Ripart (4/5). Encore décisif, le zigue. Qu’on aurait aimé ce but devant un pesage rempli, punaise…

Ferhat (4/5). Son entente avec Meling fait plaisir à voir.

Benrahou (2+/5). On aurait aimé un match plus sale face à son ancienne équipe. Une perte de balle un peu suicidaire, et peu de différences au final.

Koné (2/5). Lui, il aurait besoin d’une séance particulière chez le Dr Karoud. Remplacé par Aribi, qui obtient un carton rouge et une blessure en 10 minutes. Remplacé donc par Duljevic, qui n’a pas conclu.  


On ne s’enflamme pas, on attend Lorient. Mais on peut y croire, et c’est déjà bieng. ALLEZ ROUGES !

Et suivez donc Horsjeu sur Twitter, voulez-vous. Et venez dire à vos académiciens Nîmois qu’ils sont bogosses (Karoud Fider & Stan Carwash).         

3 réflexions sur “Nîmes-Bordeaux (2-0) : La Crocro Académie se sort les doigts

  1. J’aime bien. Une équipe sans bling-bling, sans grands noms ni starlettes, mais avec des joueurs qui savent tout donner. Je vous souhaite de finir devant Lorient et Nantes et de vous maintenir. Il y a encore assez de clubs Bretons même si ces deux-là descendent.
    Il paraît que le président d’un certain club Bucco-rhodanien (dont je ne me permettrai pas de citer le nom ici) veut une ligain à 18 clubs. Je suis d’accord, à condition de ne garder que Nîmes comme représentant du Sud de la France (je ne compte pas les Niçois, ils ne sont pas vraiment français).

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