Saint-Etienne-OM (0-2) : La Canebière Académie maintient l’ordre

Aïoli les sapiens,

A peine le temps de se remettre des souffrances oculaires subies à Bordeaux, l’OM doit se rendre chez un nouveau débris du patrimoine footballistique français, pleinement engagé dans l’entreprise collective de négation du football proposée par la Ligue 1. Saint-Étienne, donc, dont les supporters, à défaut de goûter à une quelconque concurrence sportive entre nos clubs, tiennent à entretenir au moins leur rivalité historique. Le match est donc précédé par quelques échanges de projectiles divers, que la force publique traite avec le discernement qui la caractérise dans ce nouveau monde : on tire dans le tas, familles comprises.

Ce sont ainsi les lacrymogènes qui rendent le stade irrespirable et retardent le coup d’envoi d’un quart d’heure. La préfecture interdit quant à elle aux supporters marseillais d’occuper leur parcage et les renvoie chez eux, confirmant ainsi l’application de l’intégralité des personnels du ministère de l’Intérieur, du plus humble grouillot à son sommet acéphale en passant par les éborgneurs divers, à transformer le noble service de l’État en exceptionnelle collection de fils de putes. Nous aurons eu cependant la consolation d’entendre les joueurs et le club exprimer rapidement une réaction parfaite en faveur de leurs supporters.

Bref.


L’équipe

Mandanda
Sarr – Alvaro – Caleta-Car – Amavi
Rongier (Lopez, 92e) – Kamara – Sanson
Payet– Benedetto (Germain, 76e) – Radonjic (Strootman, 89e)


Quelques ajustements sont entrepris à la marge, tels que le remplacement de Sakai par Sarr et le retour de Radonjic à la titularisation sur l’aile (avec une prédilection pour le côté gauche).

Quant à Thauvin, malgré les rumeurs, son rétablissement est en bonne voie.

Le match

L’OM semble d’emblée animé de meilleurs intentions que lors des matchs précédents, au moins pour ce qui est du sérieux défensif et de la conservation de balle. A saluer également, l’envie de ne pas tourner autour du pot : après un corner deux fois renvoyé, Payet hérite une nouvelle fois du ballon et vient percuter dans la surface. Deux crochets pour faire perdre son slip au défenseur, un coup d’œil pour voir Ruffier anticiper le centre, et le ballon placé au fond dans un angle impossible, le tout réfléchi et exécuté en deux dixièmes de seconde : c’est Dimitri, ça s’appelle du foot, et ça nous place en situation favorable d’entrée de jeu (0-1 7e).


L’OM ayant maintes fois étalé ses difficultés à mener le jeu lorsque c’est nécessaire, il ne faut pas compter sur nous quand il s’agit de défendre un but d’avance ; de surcroît contre une équipe pour qui le ballon n’est de toute évidence pas un ami. Nous nous mettons donc en mode « Angers-OM », attendant sciemment les Stéphanois dans notre camp et lançant de temps en temps une contre-attaque ou une séquence de pressing. Cette attitude, cohérente en soi, est gâchée par quelques scories, notamment ces pertes de balle trop rapides, y compris sur des relances dans notre camp. Ce manque de maîtrise nous empêche de frapper en contre, et permet aux Verts d’affoler légèrement le slipomètre autour de la 20e minute. Leur meilleure occasion survient peu avant la pause, quand Diony est lancé en profondeur et oblige Mandanda à une jolie horizontale.


Les doutes commencent à se lever dès le début de la seconde période, qui caractérise exactement ce qu’il faut faire : l’OM est un bloc infranchissable en phase défensive, et ne se débarrasse pas du ballon sitôt celui-ci récupéré. Lancé par Sanson, Radonjic manque pour quelques centimètres d’enterrer nos adversaires dès la reprise. Un tir hors-cadre rageant, mais qui ne change pas grand chose au déroulement du match : notre défense transforme les offensives stéphanoises en tas de compost, du moins quand le ballon n’est pas directement expédié en touche ou en six-mètres. L’OM ne cherche pas à en faire davantage, assumant sa manière particulièrement efficace de régner sur l’océan de médiocrité que représente la Ligue 1 (le PSG étant exclu de cette analyse eu égard à sa disqualification prochaine en lien avec l’accumulation des révélations sur la corruption menée par le Qatar).

Bouilli, Benedetto est remplacé par Germain, qui apporte avec lui l’impact physique suffisant à porter l’estocade. Un pressing autoritaire de Valère permet à Sanson de combiner avec Payet ; d’une merveilleuse pichenette, Dimitri rend la balle à Morgan, qui n’a plus qu’à décaler le Radonjic nouveau pour une finition toute en sérénité (0-2, 86e).


Autant il y avait beaucoup à redire sur le match à Bordeaux et ses nombreuses occasions concédées, autant cette prestation entrait dans le cadre de la soumission volontairement consentie. Une victoire peu esthétique si l’on excepte les coups de génie de Payet, mais toute en solidité et en maîtrise. Connaissant notre OM, on serait bien injuste d’exiger davantage.


Les notes

Mandanda (4/5) : Après le bordelais Pablo dimanche, c’est Diony qui est venu essayer de lui gratter son but, comme s’il revenait à Steve d’accueillir toute la misère du monde footballistique. Ce n’est pas les footeux du cœur ici, Messieurs. Contrarié par une blessure musculaire en fin de match : à surveiller.

Sarr (3/5) : Trimbalé d’un endroit à un autre selon le bon vouloir du chef, cantonné à des tâches ingrates, mais toujours combattant noble et infatigable : oui, ce soir, je suis Sarrtacus.

Alvaro (4/5) : Voilà ce que l’on appelle une conception républicaine du maintien de l’ordre : autorité naturelle, ligne de conduite claire, technique proportionnée et efficace, et on ne mutile le fauteur de troubles que si c’est strictement nécessaire.

Caleta-Car (4/5) : Double traumatisme pour les attaquants stéphanois en découvrant non seulement qu’ils doivent se battre avec un ours pour essayer de glaner le moindre ballon offensif, mais aussi que ledit ours s’avère dix fois meilleur qu’eux balle au pied.

Amavi (3/5) : Un match d’imprimante jet d’encre : après avoir commencé par déchirer tout ce qui se présentait à lui (récoltant au passage carton et suspension), Jordan a bénéficié d’un réalignement des têtes pour rendre une copie bien plus nette.

Kamara (4/5) : Si Duje et Alvaro ont proprement  digéré les joueurs stéphanois, c’est aussi parce que Bouba les avait soigneusement mastiqués.

Rongier (3/5) : Après un petit coup de mou, Valentin semble avoir repris goût à la vie et au harcèlement ciblé des adversaires. De même, il a mis les petites gouttes d’huile qui vont bien dans la transmission du jeu.

Lopez (92e) : Un changement pour casser le jeu, si tant est qu’il restât encore du jeu à casser dans le camp d’en face.

Sanson (3+/5) : Une heure et demie de ronronnement, et soudain un coup de griffe dans la gueule des Stéphanois. En hiver Morgan fait comme les chats, il s’économise mais il ne perd pas de vue l’essentiel.

Payet (4+/5) : Est-on certain que ce n’était pas trop beau pour Saint-Étienne, ce qu’il a fait là ? Le règlement de la biennale du design est pourtant clair : normalement, l’élégance dans cette ville, c’est pendant un mois et seulement les années impaires.

Radonjic (3/5) : On a longtemps cru retrouver Lou Ravic, ses pertes de balles, ses tirs hors-cadre et ses dribbles déficients. Ceci dit, jouer comme un fondu du cerveau a un avantage : en se voyant encore sur le terrain à la 80e minute, Nemanja a oublié qu’il était titulaire et a cru qu’il venait d’entrer en jeu comme d’habitude. Par conséquent, il s’est mis à jouer comme le Radonjic nouveau et a ajusté Ruffier avec le sang-froid d’un assassin.

Strootman (89e) : Intervient par précaution pour sécuriser la sortie des joueurs, au cas où les flics auraient voulu revenir gazer le stade.

Benedetto (2-/5) : Un relatif gain de forme, au sens où il a au moins réussi à rappeler son existence à Dimitri Payet (qui a néanmoins lâché l’affaire après une demi-douzaine d’ouvertures récupérées au duel par les défenseurs).

Germain (76e) : Pressing victorieux et conservation de balle, le contexte parfait pour une entrée parfaite.


L’invité zoologique : Loïs Dionyrondelle

Fière d’appartenir au folklore national, l’hirondelle est un animal qui se veut gracieux et indispensable à l’arrivée du printemps, mais dont les observateurs les plus objectifs retiendront avant tout la capacité à s’éclater tout droit dans les pare-brises. L’hirondelle est donc bien l’invité approprié pour commenter ce match contre de fragiles maladroits.

– Les autres : Après Bordeaux, Saint-Etienne milite clairement pour l’établissement d’un numerus clausus dans la profession de footballeur.

– Le classement : Nous prenons des points contre tous nos rivaux, à l’exception de Lille qui a eu la bonne idée de freiner nos poursuivants immédiats rennais : un bon rappel de qui est le patron, après deux journées de flottement.

– La publicité copinage à l’intention des joyeux amateurs de bons vins : Le beau Roberto Bettégras produit du vin. Son vin est bon. Ses vignes d’altitude sont là.

– Les boutons : as-tu seulement remarqué les boutons qui figurent sous cette académie et qui t’invitent à nous donner respectivement de tes mots et de tes sous. Vois comme ils sont beaux, attrayants et doux au cliquer.

– Les réseaux : Ton dromadaire blatère également sur Facebook, Twitter et Instagram. Julien R. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

3 commentaires

  1. Y’a pas à dire Radonjic quand il ne reflechit pas c’est beau.

    • effectivement. en poste pour poste, il remplace assez bien Ocampos. l’agressivité en moins, mais la même vision du jeu.

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