France Roumanie

« Déception mais pas désillusion »… car « la qualification ne se joue pas maintenant, mais à la fin. »

Domenech, TF1

France :

Ce qu’il y a de bien avec l’équipe de France, c’est qu’elle joue toujours dans son schéma de 98. Par contre, ce qui pose problème, c’est que nous sommes en 2009. Si la rénovation du système France 98 par Mourinho fut déjà évoquée ici, force est de constater que Domenech campe sur les positions du natif de Sail-sous-Couzan…sans doute pour embêter Mourinho.

Toujours est-il que l’équipe de ce soir se présente en 451 : l’escouade défensive est composée de 4 défenseurs auxquels s’ajoutent 2 milieux défensifs, tandis que la ligne offensive s’articule autour de 3 milieux de terrains et d’une pointe.

Henry à gauche dézone sans cesse, Gourcuff et Gignac s’adaptant aux mouvements de leur capitaine. Anelka, beaucoup plus rigoureux tactiquement, campe à droite. Les latéraux montent trop rarement car l’articulation s’opère autour des milieux défensifs et surtout du 10 à l’ancienne. Ce système a pour inconvénient de concentrer toute l’animation sur un joueur généralement pris dans la toile défensive adverse. Ancelotti a revu son système pour Chelsea et Lampard, car un 10 près des attaquants nécessite d’avoir Kaka…ou de jouer dans le championnat de France, comme Gourcuff à Bordeaux. Les Roumains n’étant pas des foudres de guerre, Gourcuff a pu s’exprimer et l’équipe de France a réalisé une bonne première mi temps…d’où sa faible seconde période.

En effet, attaquer pour les Français nécessite en moyenne 4 joueurs : latéral + demi défensif + meneur + ailier + avant centre…et les actions les plus dangereuses sont arrivées sur des phases à 3 joueurs (18’, 26’, 28’,38’) Actuellement, la mode est de placer le triangle du milieu pointe vers le bas (une sentinelle accrochée aux 2 défenseurs centraux + 2 cerveaux moteurs membres de triangles incluant les deux joueurs de couloir…ce que fait Deschamps à l’OM) afin d’ « économiser » la « passe au 10. » Cette économie se fait au prix de latéraux plus offensifs et d’un demi défensif au volume de jeu énorme…ce qui se trouve être le cas de Evra, Toulalan, Diarra, Sagna. Dans un schéma en 451, Evra et Sagna sont sous utilisés, tandis que Toulalan et Diarra se partagent un travail qu’ils peuvent faire seuls.

Résultat, peu de mouvements offensifs surprennent réellement l’équipe adverse tandis que, sur ce match, le côté gauche de la défense, pourtant composé de Toulalan-Evra-Escudé, fut percé très facilement, puisque une passe longue suffit à sauter Toualalan (ouverture de Chivu à la 31’), tandis que le placement de Evra (trop haut) et Escudé (peu à l’aise dans les duels) reste flottant (22’, Toulalan doublonne avec Evra ; corner concédé à la 25’ sur une action anodine.) L’action de la 40’ qui voit Escudé se faire enrhumer par son vis-à-vis est symbolique de ce problème de placement puisque Gallas se retrouve seul devant l’attaquant roumain tandis que Toulalan et Diarra arrivent main dans la main mais trop tard. Une sentinelle entièrement dévouée à défendre aurait coupé le roumain avant Gallas là où deux demi défensifs chargés de défendre mais également de servir le 10 n’y étaient pas.

Le placement de Gourcuff participe de ce gâchis. Ce n’est pas le niveau du joueur, ni même sa performance, mais le fait que ce qu’il fait, Gignac peut le faire (24’.) A Bordeaux, il joue haut en 451 pour permettre à Chamakh d’utiliser les côtés tandis que les couloirs sont occupés par des milieux (Wendel et Plasil) là où Henry et Anelka sont des attaquants. L’absurde est atteint quand, décrochant, Gourcuff doublonne avec Toulalan (18’.) Contre la Turquie, le fils de Christian s’était repositionné plus bas, prenant le jeu avec Diarra (dont les qualités techniques en font un candidat valable à ce poste) tandis que Toulalan (définitivement Deschamps et pas Lampard…FCNA oblige)  faisait l’essuie glace derrière. Apparemment, c’était de sa propre initiative puisque Domenech persiste à le faire évoluer derrière l’attaquant, où, certes, il est efficace mais…en Ligue 1 et avec des partenaires d’un autre niveau.

Au final, l’équipe s’en sort par une débauche d’énergie qui se paie en deuxième mi temps, puisque dès la 70ème, certains joueurs sont cuits tandis que d’autres ne sont toujours pas dans leur match. Comment expliquer la performance insipide de Evra lorsque l’on sait qu’il est à lui seul le côté gauche de Manchester tous les week end ? Idem pour Sagna et Arsenal ?

Domenech avait sans doute anticipé ce coup de moins bien puisque les entrées de Ribéry et, à un degré moindre, Benzéma, correspondent à cette période durant laquelle les tactiques se défont et que les puncheurs peuvent, sur un coup, faire la différence. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, la fin du match tournant à la caricature, toute l’équipe butant sur le seul Chivu.

Passons sur le folklore tactique découlant de ces changements, qui permet juste de revoir le sens du mot litote, car Domenech « n’est pas un adepte du coaching. »

Roumanie :

Wenger a vu un 442…sans doute. 4 défenseurs renforcés d’une ligne de 3 demi défensifs, 2 milieux au pressing en phase défensive, et en soutien de l’attaquant en phase offensive. Un schéma défensif efficace, surtout lorsque le passage en contre attaque se fait correctement, ce qui fut le cas avec les 3 offensifs roumains. L’entraîneur avait bien renseigné ses joueurs sur le placement trop haut de Evra, ses joueurs balançant systématiquement en profondeur sur la gauche, ce qui a compliqué la tâche de Escudé (ouverture de Chivu, 30’ ; grippe A d’Escudé à la 40’.) Les Nigérians avaient fait la même chose et toutes les équipes jouant Evra le savent. Peut-être une raison pour mettre au point une parade, car Benzéma l’a dit : « On a joué des Roumains qui z’ont fait des mauvais coups » (comprenez : ils ont joué le contre)

A souligner le concept de « voltigeur sur corner », curiosité déjouée d’une feinte par un Ribéry goguenard à la 75’.

Conclusion :

Match nul 1-1, pas grave puisque, n’en déplaise aux esprits chagrins persuadés d’avoir perdu deux points, la qualification se joue à la fin…et de toutes façons « on peut pas plus. »

L'ancien

Un commentaire

  1. Sans sous estimer personne, je me demande comment une analyse aussi claire et pertinente n’est pas faite par le staff tricolore en avant match, et même en debriefing d’ailleurs. Car si Domenech n’est pas capable de voir des defaillances et des erreurs tactiques aussi « évidentes », j’ai honte non seulement pour lui, mais également pour tout le système de la F.F.F. qui n’a pas su le déceler.

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