La Gunners Academy fait le bilan de la saison 2018/2019

Il y a un an, à quelques jours près, Arsenal s’apprêtait à se lancer dans le vide, à débuter pour la première fois en 22 ans sa toute première saison sans Arsène Wenger à sa tête. Vu d’ici, il semble que c’était il y a une éternité. La nomination inattendue mais finalement séduisante d’Unai, le mercato varié (Sokratis, Leno, Guendouzi et Torreira) à défaut d’être ronflant, la peur de tomber très bas très vite, l’espoir aussi de voir une équipe mourante se reconstruire… Tout ça paraît si loin. Il faut dire que la saison a été épuisante et qu’elle a semblé durer une éternité. Suivre et supporter Arsenal ces dix dernières années est devenu un exercice particulièrement usant pour les nerfs, mais cette année 2018/2019 a paru monter d’un cran en termes de pénibilité. Peut-être à cause du stress de cette plongée dans l’inconnu ? Peut-être aussi, peut-être surtout parce qu’elle a réussi l’exploit d’être aussi aussi épatante que désastreuse.

Changement d’identité

Épatante parce qu’elle a laissé entrevoir ce dont était capable Unai Emery, dans un contexte pourtant loin d’être idéal. Sans grande maîtrise de la langue, avec un effectif déséquilibré, un budget limité et seulement quelques semaines pour faire passer ses idées, le Basque ne déroge pas à ses convictions. Contre City puis Chelsea lors des deux premières journées de Premier League, Arsenal balbutie un football nouveau, mal maîtrisé mais basé sur des principes ambitieux : un pressing haut, des transitions rapides, une construction depuis l’arrière en s’appuyant énormément sur les latéraux comme relais sur toute la longueur du terrain et beaucoup de dédoublements sur les côtés de la surface qui aboutissent sur du centre en retrait à gogo. Contre le City de Guardiola, Arsenal ne tient évidemment pas la comparaison et finit par se faire punir à force de vouloir relancer de l’arrière, mais ne cède jamais dans les intentions. Contre des Blues plus fragiles, le jeu selon Unai porte ses premiers fruits mais expose aussi ses premières failles : une défense flinguée jusqu’à l’os, orpheline de Koscielny et capable de contrebalancer les meilleures performances offensives avec les pires cagades.

Crédits photo : Getty Images

Pourtant, Arsenal va donner le change, nous faire croire que peut-être, il y a moyen. Pendant près de quatre mois – de quoi déjà faire naître un petit espoir bien joufflu. Emery va gagner à ce moment-là ses premières lettres de noblesse en Angleterre en enchaînant 22 rencontres sans défaite, avant de s’écrouler – ô surprise – face à l’ogre Southampton début décembre. Bien vite paumés à l’arrière, les Gunners font tout pour compenser. En plus du classique 4-2-3-1, Unai amène donc un 3-4-3 qui lui permet de stabiliser son équipe et de faire briller certains joueurs. Bellerin et Kolasinac s’épanouissent dans un rôle de piston qui leur va à merveilles. Apparu suite à la blessure de Koscielny, Holding s’impose peu à peu comme une excellente surprise dans l’axe côté gauche. Torreira, incarnation du numéro 6 hargneux tant attendu signe des premiers mois de folie. Et surtout, Unai trouve le moyen d’utiliser Lacazette ET Aubameyang intelligemment. C’est d’ailleurs l’un de ses coups de maître de la saison et c’est aussi ce qui nous permettra de garder la tête hors de l’eau : alignés ensemble ou séparément suivant le type d’opposition et le calendrier, les deux buteurs se mettent à afficher un rendement dingo et réussissent à camoufler la misère défensive dans laquelle on baigne. Mal utilisé par Wenger, Lacazette trouve enfin sa place dans un rôle de pivot tout en déviation, capable de fluidifier les offensives à 30 mètres des cages autant que de faire parler son talent de poacher.

En quelques mois, Arsenal change d’identité. Emery en fait une équipe plus malléable, plus changeante. Il la fait jouer sur deux systèmes tactiques, n’hésite pas à laisser le ballon si nécessaire, à effectuer des changements assez tôt dans le match pour avoir un réel impact sur la suite des évènements. Surtout, l’ancien coach de Valence et Séville fait des tests, tente des configurations et des XI de départ différents pour trouver la bonne formule. A partir d’octobre, Arsenal semble avoir trouvé son flow et déroule une prestation XXL contre Leicester (3-1 avec un but collectif 27 carats dans un contre signé Emery), avant de faire trembler un Liverpool déjà brillant (1-1 à l’Emirates), et de rouler sur nos tristes voisins dans une rencontre qui restera sûrement comme le maître-étalon de la saison (4-2, on attend toujours de voir Harry Kane). Trois jours plus tard, les Londoniens manquent même de conjurer le sort, en loupant une victoire toute faite contre United à Old Trafford (2-2). Figé sous Wenger, le visage d’Arsenal devient tout à coup beaucoup plus flexible. Peut-être beaucoup trop. 

Chassés, croisés

Le déplacement à Manchester signe en effet un tournant majeur dans la saison 2018/2019 avec d’abord la grave blessure de Holding, qui se fait les croisés sur un contact relativement anodin avec Rashford. La montée en puissance du gamin s’arrête net, et le peu de stabilité qu’on était en train d’acquérir à l’arrière se fissure d’ailleurs dès cette rencontre, avec un joli duo de buts de cons. Pire : le gars Rob tombe au moment où Koscielny s’apprête à revenir de sa très longue absence pour pousser un Mustafi absolument détestable sur le banc. Le coup est rude, d’autant qu’il est appuyé quelques semaines plus tard par l’autre grosse blessure de la saison, celle de Bellerin, qui joue lui aussi avec les ligaments de son genou. 2 pour le karma, 0 pour la défense d’Arsenal.  

Crédits photo : Sky Sports

Mais le vrai souci avec ces deux blessures, c’est qu’elles arrivent aussi durant une première période de doute. Contraint de jongler avec un effectif trop pauvre, auquel s’ajoutent les contraintes des blessures (en bonus, celles de Kolasinac et de Maitland-Niles au creux de l’hiver) Emery peine à dégager un XI titulaire et la direction générale de l’équipe. De même, sa trop grande volonté de s’adapter à l’adversaire tend à prendre le pas sur un cap fixé à l’avance, déstabilisant les joueurs qui ne savent plus vraiment ce qui est attendu d’eux. Déjà pas bien en forme, souvent écarté sur une aile, Özil disparaît carrément des feuilles de match, laissant planer le doute quant à l’existence un clash avec son coach. Ramsey donné partant pour la Juve et donc difficile à gérer individuellement (laisse du temps de jeu à un joueur qui se casse, quel est le massage pour ceux qui restent ?) est utilisé de temps à autre, souvent en 10, sans qu’on ne réussisse jamais à établir de cohérence dans ses apparitions. Il arrive même qu’Emery lui file le brassard, faute de meilleur candidat.

Crédits Photo : Arsenal.com

Ce manque d’affirmation dans le cap à tenir se fait particulièrement sentir dans les performances d’Arsenal à l’extérieur. Déjà problématiques durant les derniers mois (voire les dernières années) de l’ère Wenger, les matchs hors Emirates deviennent un obstacle d’une toute autre ampleur sous Emery, qui a lui-même un certain passif dans ce domaine – beaucoup de difficultés avec Paris et une saison sans aucune victoire à l’extérieur lors de sa dernière année à Séville. C’est sur ces rencontres-là que le technicien se veut le plus adaptatif, et c’est aussi sur celles-là que les joueurs semblent passer complètement à côté. Fragiles à l’automne loin de leur pelouse, les Gunners perdent leur invincibilité sur le terrain de Southampton, avant de trébucher à Brighton (1-1) et de se faire ouvrir en deux à Liverpool (5-1). 

« Good bye, travel well »

A partir de là, Emery n’arrivera jamais à redresser la barre et Arsenal restera jusqu’à la fin de la saison aussi intraitable à domicile que dramatique à l’extérieur. Les défaites à West Ham en janvier (1-0) puis à Everton, Wolverhampton et Leicester en toute fin de saison achèveront les derniers espoirs de Top 4 d’une équipe qui ne s’était pourtant pas trop mal débrouillée face à ses concurrents directs. La deuxième partie de saison est affreuse. Privée de Holding et Bellerin, abandonnée par un Torreira cramé, la défense se ridiculise tandis que le jeu offensif affiche les limites de l’effectif et devient de plus en plus décousu. Avec Özil à côté de ses pompes, un piston droit de 52 ans en la personne de Lichtsteiner et un Xhaka toujours aussi instable, l’équipe peine à mettre du liant et finit la saison à bout d’idées et d’énergie. D’après certaines sources, Emery aurait été particulièrement déçu et agacé par le niveau physique de son effectif, qui s’est écroulé passé l’hiver. 

Et les coupes me direz-vous ? On va faire simple : on a jeté la FA Cup et la League Cup par la fenêtre (défaites à domicile contre MU et Tottenham avec des équipes remaniées) pour mieux se concentrer sur la PL et l’Europa League, devenue au fur et à mesure que cette saison s’écroulait, le meilleur moyen d’accéder à la Ligue de Champions. Pour la Coupe d’Angleterre, qui est quand même une tradition au club, ça fait quand même bien chier. Mais le souci, c’est que les performances européennes ont été affectées elles aussi par les mêmes maux que les matchs domestiques, en témoignent l’aller contre le BATE Borisov ou cette horrible défaite à Rennes. Des prestations vite oubliées suite aux jolies performances face à Naples et à Valence, mais qui sont revenues nous hanter en finale face à une équipe autrement plus incisivie, à savoir les tocards de Chelsea. En bout de course, Arsenal explose en vol et passe à côté de la Champions en se faisant rouler dessus par un voisin détestable au passage.

Crédits photo : Reuters

Aussi usant qu’il ait été pour les nerfs, cet exercice 2018/2019 a donc permis de montrer ce que pouvait apporter Emery, ce qui lui manquait et ce qu’il devait corriger. Le mercato – dont vous parlera l’ami Ray Parloir dans un deuxième papier qui arrive très vite – avait pour objectif de se charger d’une partie du taf. Mais il s’agit maintenant pour Unai de définir une ossature, un style, des automatismes et une confiance qui ont cruellement fait défaut à ses hommes l’année passée. 

Le Père Fidalbion

J'ai décidé de supporter Arsenal grâce à FIFA 99 : y avait Dennis Bergkamp sur la jaquette et c'était la première équipe disponible dans l'ordre alphabétique. Ce jour-là, j'aurais mieux fait de me péter une jambe.

Un commentaire

  1. Tu fais bien de souligner le problème du brassard, tant personne ne semble s’imposer naturellement maintenant que Kos est parti.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.