La Calcio Académie vous raconte l’histoire (Antipasti 1)

Pendant cette période de trêve internationale,la Calcio Académie s’est réunie, a bu de bons coups et a décidé collégialement de vous donner un peu de nos histoires, un peu de nos images marquantes du football italien que nous aimons tant.
Vous lirez donc ici (et ce sera récurrent) de courtes (ou moins courtes) histoires qui concernent un joueur, un match et un entraîneur qui nous ont, individuellement ou collectivement, marqués.


Franck Sauzée, Usual Suspect

Franck est un garçon prudent et prévoyant. La vie va lui apprendre à ne pas tout planifier, tout ne se calcule pas jeune homme (moralité niveau Karaté Kid, deuxième barrette). En 1993, Franck Sauzée sort d’une saison assez exceptionnelle avec l’Olympique de Marseille. Il remporte le titre de champion de France tout en aidant Jean Pierre Bernes à construire sa cabane au fond du jardin pour ranger ses pelles et ses précieux outils de bricolage. Sur la scène européenne, Francky va se faire un nom. Il est de tous les exploits dont il est souvent l’acteur principal, l’atout du milieu de terrain et le véritable maitre à jouer. Il claque ses six buts (à égalité avec Boksic et à deux buts de Romario, meilleur buteur de la compétition) en Ligue des Champions. Le 26 Mai 1993, Marseille terrasse le Milan. Sauzée a touché son rêve. Il veut partir, pour grandir un peu plus, pour prouver qu’il peut s’imposer partout. Marseille et Bernard Tapie s’enfoncent dans une histoire rocambolesque de match truqué, avec des billets cachés dans des petits trous, encore un petit trou, toujours un petit trou, un trou de seconde classe, un trou de première classe. A défaut de devenir le poinçonneur des lilas, Bernard devient un marchand de Tapis. Il faut vendre absolument, à tout prix. Desailly part au Milan, Deschamps à la Juve. Mais Francky n’est pas un sanguin. Il réfléchit. Il pèse le pour et le contre.

Quand on est international Français et vainqueur de la C1, vous imaginez bien que les offres ne manquent pas. Toute l’Europe veut acquérir cette patate (sa frappe, nous n’oserions pas…) remarquable. Mais Sauzée veut jouer. Il ne veut surtout pas se confronter à la concurrence. Il redoute de perdre sa place et de moisir sur le banc. Il n’a qu’une idée en tête. Il veut disputer coûte que coûte la World Cup 94 aux States. La France est presque qualifiée mais encore faut-il être sélectionné et convaincre Gérard Houiller.

Panini Collector


Il signe alors à Bergame. L’Atalanta n’avait pas encore des ambitions sportives très affirmées. Mais ce n’est pas tous les jours que tu peux signer un mec comme ça. Il faut le rappeler. La signature de Sauzée peut vous paraitre anecdotique. Mais à l’époque ce n’était pas le cas. Son transfert est retentissant. Gianpaolo Bellini, véritable symbole de la Dea se souvient « Sauzée ? On l’a accueilli comme un champion puisqu’il venait de remporter la C1 avec l’OM ». Faut dire qu’on fait les choses comme il faut. On ouvre le vieux stade Atleti Azzuri d’Italia, on chante à sa gloire. Bergame tient sa star et le club se veut ambitieux. Quand Franck Sauzée part en Italie, l’arrêt Bosman n’est pas encore en vigueur. Il faudra attendre encore deux années de plus. Les joueurs étrangers étaient limités, qu’ils soient communautaires ou extracommunautaires. La plupart des joueurs restaient dans leur championnat national, c’était une autre époque et un autre football.

L’effectif compte quelques belles têtes d’affiche. Jugez par vous-même : Paolo Montero, Alessio Tacchinardi, Locatelli et Mauricio Ganz. Le club Lombard mise sur Franceso Guidolin pour faire prendre la mayonnaise. Guidolin arrive dans ce bourbier sans expérience, avec la fraicheur et l’audace d’un jeune premier mais avec la naïveté du débutant. L’aventure se termine en fiasco. Guidolin est viré avant même le France-Bulgarie de sinistre mémoire. Franck Sauzée ne regrette pas encore son choix de carrière. Rassure toi Francky, ça ne va pas tarder. Début novembre, Prandelli débarque au club. On dira ce qu’on veut de l’Atalanta mais on peut se féliciter de l’enthousiasme de leur conviction. Ils font n’importe quoi et n’importe comment mais ils le font avec un tel cœur qu’il est impossible de ne pas les trouver admirables. Sauzée essuie les plâtres. Il attend le prochain rassemblement des bleus. Le début de saison est compliqué à Bergame mais l’essentiel est ailleurs. On mange bien à La Tana ou chez Hostaria, la ville est plutôt chouette. La piazza Vecchia ne manque pas de charme dans ses nuits d’automne. Francky s’ennuie parfois mais il ne se laisse pas aller à la mélancolie. Il n’a qu’une obsession, se qualifier une fois pour toute pour cette putain World Cup. Faut dire que la France a manqué le rendez-vous de 1990. Il s’agit probablement de son unique chance de disputer la plus grande et la plus prestigieuse des compétitions.

Fallait peut-être moins monter les gars contre la Bulgarie

Franceso Guidolin ne sera pas l’unique victime de ce mois de novembre 93, devenu tristement légendaire. Contre toute attente, Israël s’impose dans les dernières secondes. Le complot judéo-maçonnique éclate au grand jour et oblige les bleus à jouer un match couperet, à jouer comme des soldats. Et le combat, l’armée tout ça, tout ça, ce n’est pas trop notre truc en France. Le combat est trop rude pour ces hommes. La Bulgarie est vaillante. Elle croit en sa chance tout le match. On ne vous refait pas le film du match, vous le connaissez par cœur. Ginola centre, la défense marche et Kostadinov vient crucifier Bernard Lama en sifflant. La France n’ira pas à la Coupe du monde, Franck Sauzée non plus.

Franck Sauzée retourne à l’Atalanta. Son choix de carrière lui revient en pleine gueule. Il ne voulait pas se confronter à la concurrence et jouer la Coupe du monde ? Il ne la jouera pas. Et il perdra sa place dans un club de seconde zone. Il ne jouera que seize matchs, sans jamais briller. Il n’inscrira qu’un petit but sur pénalty. La recrue phare est un bide retentissant. L’Atalanta descend en série B et Sauzée est sommé de partir. Aujourd’hui encore, Franck Sauzée est considéré comme le pire transfert de l’histoire du club. Il a marqué le club à sa façon. Finalement, il reviendra en France avant de terminer son exil en Ecosse. Le succès et la gloire sont éphémères. Francky le sait mieux que quiconque.

 

De la C1 à la 2e division Ecossaise en quatre ans. Qui dit mieux ?


13 mai 2012 : Le jour où tout a basculé.

13 mai 2012 : AC Milan-Novara

Il y a sept ans, pas grand-chose en soit, mais tellement lointain …
Des joueurs à l’entraîneur en passant par les investisseurs et l’organigramme. Tout a changé à Milan depuis cette date, depuis ce match, quasiment.

Tous les supporters du Milan ont en mémoire cette opposition le 13 mai 2012 contre Novara, tous.

Le résultat (victoire 2-1) importe peu, c’était une 38e journée où le classement était déjà connu et figé. La Juve allait terminer championne (pour un bon moment …), et le Milan tenant du titre s’inscrivait comme le dauphin malheureux.

Sur le banc du Milan, on trouve Max Allegri. Vainqueur de la Serie A l’année précédente, sa 2e place, est critiquée par les milanisti qui déplorent la mise au placard de certains joueurs, des historiques, des bandiere et un scudetto qui leur passe sous le nez. L’ambition à Milan était au rendez-vous à l’époque.

Plus encore que cette deuxième place, c’est bien le choix des joueurs, la révolution de l’effectif en se privant ponctuellement de Nesta, Inzaghi ou Gattuso, trois chouchous de San Siro, trois monstres sacrés du patrimoine footballistique milaniste, du patrimoine italien.

Ce 13 mai 2012, de nombreux joueurs portent le maillot du Milan pour la dernière fois, et non des moindres : Zambrotta, Nesta, Seedorf, Gattuso, Van Bommel, Inzaghi.

Cinq bandiere et un Hollandais amoureux du Milan, tomberont tous en larmes au coup de sifflet final et ils ne seront pas seuls. Les larmes de Crudelli (qui en fait souvent trop, mais croyons le pour cette fois) devenues célèbres sont accompagnées de celles des tifosi, tous venus pour cet adieu. L’adieu à une certaine idée d’un club qui a tout gagné et dont la révolution entamée n’est pas au goût de tous.

Ce jour-là Milan perd à la mi-temps, égalise par Flamini, mais tout le monde s’en fout. Personne n’est venu pour ça. Les tifosi sont là pour dire au revoir aux quatre champions du monde italiens et à Clarence Seedorf. A eux cinq, ils comptent ainsi 1632 matchs avec Milan. Des monuments.

Et comme un symbole, Allegri ne titularise ni Nesta ni Inzaghi pour la plus grande tristesse de San Siro, puis les fait rentrer tardivement en jeu … Moment trouvé pour tous les « vieux » de signer eux aussi leur au revoir par une action de grande classe qui implique, comme un symbole, successivement Nesta, Seedorf, Gattuso, à nouveau Seedorf puis Inzaghi qui, en deux touches marque son dernier but sous le maillot du Milan. L’émotion est forte, de la pelouse aux tribunes en passant par tous les milanisti du monde qui assistent en direct à ce moment de football.
On n’aurait pu rêver meilleure réponse à un entraîneur qui s’est privé de tels joueurs, on aurait pu rêver plus bel au-revoir à tous ceux qui ont vibré pour ces légendes, qui ont aimé Milan en partie grâce à elles, parfois pour elles.

La suite sera tendue, les départs surprise de T.Silva et Ibrahimovic deux mois plus tard signeront la fin des ambitions européennes (et italiennes) du Milan.

C’est donc ce 13 mai 2012, dernière journée de la Serie A 2011-2012, qui signe le dernier match du Milan tel que les supporters l’ont connu depuis plusieurs décennies.

La suite sera tragique. Un trou noir depuis sept saisons, qui continue, qui happe tout sur son passage, notamment sept entraîneurs et une kyrielle de joueurs plus indignes les uns que les autres de porter ce maillot rouge et noir.

Ce beau maillot qui suggérait la Ligue des Champions, qui imposait la classe, qui rappelait toutes les légendes qui l’ont porté … avant.

 

Dans la Dèche à Turin et à l’ombre.

Retranscription d’un entretien avec Didier Deschamps fait lors du 428e chapitre de la Confrérie du Jambon de Bayonne, mai 2007, Euskadi. En italique entre parenthèses, vous trouverez des annotations plus récentes que Dédé nous a fait parvenir pour assaisonner le tout comme le piment d’Espelette relève une piperade.

« De mon temps, on avait la triche soyeuse, du genre qui passait inaperçu. Sûrement que ça tenait au fait que tout le monde le faisait, autant sur le plan taquetique que tèquenique d’ailleurs. Comment ? Sur le plan billologique ? Non… Non je crois que bon, les piqûres du docteur Agricola n’avaient rien d’esstraordinaire. Enfin bon, avec cette histoire de Calcio poli (comme si le calcio ne l’avait pas toujours été, à mon époque avec les Davisse, Montero et Iuliano on jouait à My Fair Lady avec les tibias des adversaires) on a dû reprendre en Serie B avè quand-même trois champions du monde, puisque la France est décidément incapable de gagner sans moi.

Le Roi et l’Oiseau

Y avait aussi David que j’aime beaucoup puisqu’il a empêché la France de gagner sans moi donc, et Pavel Nedved. Et d’autres joueurs pasque la B c’est comme la A mais en moins bien. On doit jouer à 11 minimum, et parfois avec l’arbit… Quoi ? Oui oui presidente, ce sont des pratiques de l’ancien temps, qui n’ont plus leur place dans la Juventus moderne. Des jeunes prometteurs comme Chiellini et Marchisio, et la pépite Paolo de Ceglie qui sort directement de la Primavera. Lui je le sens bien. Il se prend un peu pour le Robert Miles des années 2000 des fois mais je crois que bon, il aura une grande carrière. Dans la musique je veux dire. Il est mort pour le foot c’est une certitude, même s’il a vingt ans. Je m’étalerai pas sur la garde noire Boumsong – Zebina. Un qui s’appelle Jean-Alain (les prémices d’un mal très actuel, le Jean-Nimportequoïsme), un autre qui est… Zebina. Je pense que ça suffit.

Le moral était bas après la relégation, alors j’ai demandé au presidente si on pouvait avoir les Bogdanov en psychologues du sport. Histoire de rire un bon coup avant que la saison ne commence. Résultat, je me retrouve avec un taureau bulgare chauve. On dirait Igor Prigoune des Collègues (mon film préféré, je me sers encore des causeries de Joël Cantona en 2019 et ça marche, champion du monde mon frère) avè des cheveux et plein de stéroï… Oui oui je sais, pas de ça dans la Juve moderne mais c’était pour illustrer mon propos parfois un peu brou… Bon d’accord. De toute façon je l’aimais pas le Bojinov. Un mec qui s’appelle Valérie, et pourquoi pas une femme qui s’appelle Claude ?

Bojinov et Boumsong, une certaine idée de la Juve

On fait le nul contre Rimini à la première journée histoire de bien montrer qu’on n’en avait rien à faire d’avoir été punis. 18 points de retard au bout d’une journée,  »à jamais les premiers » comme on dit à Marseille. Puis on s’est mis à pisser sur la concurrence parce que bon, ça va deux minutes. On a attendu janvier pour perdre un match en championnat, histoire de pas trop écraser la concurrence. Tè vé, d’ailleurs les anciens jeunes disent  »boire la concurrence », je comprends pas ce que ça veut dire. Ils m’emmerdent les jeunes, je préfère jouer à la conche avec Guy en sifflant des cubis d’Irouléguy. Enfin si par hasard il y a une jeune qui me lit, j’ai qu’un conseil à te donner, jeune. Non, deux conseils. D’abord, arrête de dire boire la concurrence, c’est encore plus con que  »climatiser un stade » (coucou les Qatari, amis de Zinédine et Nicolas). Ensuite, vas-y mollo sur l’Irouléguy parce que ça te pourrit les dents en moins de deux. Et les chances que tu sois champion du monde et que tu utilises ta prime de la FFF pour te les faire retaper sont minces crois-moi. Quoi ? J’aurais dû la donner au football amateur cette prime ? MAIS IL SE FOUT DE MOI LUI !? EST-CE QU’IL A DES CHICOTS D’ACIDOMANE LE FOOT AMATEUR ? NON ? ALORS IL PEUT BIEN ALLER SE FAIRE…

Calmons-nous. Un rond est un carré, un carré est un rond. La Serie B, allez. Alors on a continué notre marche en avant, on a été champions, et on a faussé les playdowns pour la Serie C en laissant gagner la Spezia à la dernière journée. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise c’est notre petite gourmandise à nous. Et nous voilà de retour en A. Je la sens bien cette saison, même si Alessio Secco commence à me faire de l’ombre. En résumé je crois que bon, je suis parti pour durer à Turin. »

 

N’oubliez pas les deux boutons en dessous, pour que vive l’alterfoot et que s’abreuvent les académiciens.

Bacci Anali.

PaPier Paolo Sopalini

Papier quadruple épaisseur. Le meilleur et le pire du Calcio, parce qu'on parle même de l'Inter.

4 commentaires

  1. Et bien vivement la prochaine trêve internationale. On verra des matchs de merde mais au moins on lira un bon antipasti.

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