La Reds academy se confine

Il fait sombre et froid dans cette vaste pièce du rez-de-chaussée d’une grande ferme. Là, assis face à un poêle à granules qui n’a pas fonctionné depuis plusieurs mois, Steve Macadam a le regard perdu. Sous sa couverture rapiécée, il ne compte pas les briques de cet espace de vie qui a autrefois connu les joies d’un karaoké animé par Gromerdier. Il ne contemple pas non plus les tomettes sur lesquelles des oeufs en meurette sont autrefois tombés alors que l’ensemble des convives auraient préféré que ce soit la casserole de pâtes au citron qui atterrisse sur le sol. Non. Non, rien de tout cela. Inlassablement, depuis plusieurs semaines, les mêmes questions le hantent. Comment, comment le titre destinés aux Reds leur a-t-il échappé à cause d’un virus à la con ?

Avant que cette question ne se pose réellement, il avait tenté de se rassurer en invitant les seuls cerveaux d’Horsjeu capables de le persuader que le pire scénario n’aurait pas lieu : le sage Just Wide, l’enivrant Roberto Bettégras, le calme Didier Décampe et le placide Craig Bellamy. Homerc, pour une sombre raison, avait réussi à s’incruster à cette table. Un minimum respectueux de ses hôtes, il avait préféré se caler au coin de la grande pièce, sur une chaise en bois d’un âge reculé, et lançait de temps à autre : « C’est bien fait pour votre gueule si ça vous arrive. Fallait pas nous humilier deux saisons de suite en Ligue des Champions. Sinon vous avez déjà vu la vidéo d’un Portugais qui marque en finale de Coupe d’Europe ? » Quelle classe. Le lieu de rencontre fut tout trouvé : Marcheseuil, autrefois lieu de retrouvailles pour les Horsjeuïades. Un hameau calme, loin des velléités de la ville et surtout avec un patronyme qui faisait un jeu de mots sans pareil avec l’hymne du Liverpool Football club. La joyeuse troupe avait, par génie ou par miracle, réussi à contourner les règles et les différents contrôles liés au confinement provoqué par la Covid-19.

Le premier soir fut donc dédié à la célébration de ce légendaire pied de nez aux forces de l’ordre. Inévitablement, la journée du lendemain fut un calvaire pour tous. Bellamy avait disparu, Just nettoyait péniblement le coffre de sa voiture souillé par ses bières explosives et Homerc souriait bêtement devant la vidéo d’un Portugais qui marque en finale de Coupe d’Europe. Pendant que Macadam vidait ses tripes dans les WC du 1er étage, Didier Décampe fixait le ciel, allongé dans l’herbe avec une marguerite dans la bouche. Enfin, Roberto, de son côté, préparait la dégustation de ses vins pour la soirée. « Celle-là, c’est mon bébé, explosif comme Djibril Cissé et doux comme un contrôle de Pirlo », disait-il une larme à l’oeil. D’abord réfractaire, la troupe avait consenti à se lancer dans la dégustation. Une heure plus tard, la bande d’heureux avait déjà oublié la gueule de bois du jour et se lançait dans l’appréciation et la ré-appréciation des fabuleux produits de Bettégras. C’est donc en suivant ce schéma simple, digne d’adolescents découvrant la vie d’étudiant, que ce comité d’experts entama ce séminaire de réflexion avec pour objectif de répondre à cette question : est-il possible de supprimer la vidéo du but d’Eder en finale de Coupe d’Europe pour qu’Homerc nous foute la paix ?

Cette réponse, ils ne l’ont pas eue. Ils n’ont pas cherché à la trouver, le moral sapé par la – première – décision de la FA : classement gelé, aucune équipe reléguée, aucune équipe vainqueur. Oui, Liverpool, malgré sa saison tonitruante et ses 25 points d’avance n’allait pas être couronné champion d’Angleterre. Cette décision avait eu l’effet d’une claque sur la petite assemblée qui, puérilement, s’était réfugiée dans l’alcool. Sept jours plus tard, c’est à coups de chaudes bises, parfois anales, que Bettégras quittait la ferme. Son stock était écoulé, ses vignes d’altitude l’attendaient et il avait beau rassurer ses copains avec son accent chantant, rien n’y faisait. « Vous inquiétez pas les gars, quand la Juve a été injustement reléguée, elle s’est relevée. C’est pas si pire pour vous. Et puis je suis sûr que les arbitres sont corruptibles en Angleterre, ça va le faire l’année prochaine ! » Pendant qu’Homerc se fendait la poire et constituait un soutien moral de grande qualité, Just s’était assis par terre. Les yeux dans le vide, il lança : « À la place de la FA, je n’aurais pas organisé ça comme ça. » Les autres Horsjeuïens, incrédules, ne se doutaient pas que ce seraient les mots que le sage Wide répéteraient inlassablement.

Quelques semaines plus tard, Gromerdier débarquait à Marcheseuil pour remonter le moral des troupes. « Bon les gars, j’ai un karaoké, de la Chartreuse et la veste de Shankly sur le dos ! C’est vrai qu’elle est vraiment canon cette veste. » Malgré ce renfort de poids, le moral allait de mal en pis pour l’assemblée qui, petit à petit, se vidait de ses gros membres. Just quitta tout le monde avec un petit signe de la main et un « Je n’aurais pas organisé ça comme ça » d’une tristesse sans nom. Heureusement, Homerc l’accompagnait dans son voyage retour, équipé de son téléphone qui passait en boucle la vidéo d’un Portugais qui marque en finale de Coupe d’Europe. Gromerdier, qui n’avait plus de Chartreuse, partit combler ce manque et retrouver la vie parisienne qu’il affectionne tant. Didier Décampe l’accompagna, résolument tourné vers le positivisme et la pensée qu’après tout, cette saison gâchée ne pouvait qu’être le point de départ d’une histoire encore plus belle pour le LFC. Les kilomètres s’enchainèrent sans rencontrer les forces de l’ordre pour tous nos compères. Chacun s’interrogeait. Just alluma la radio de son véhicule, non seulement pour trouver réponse à cette interrogation mais aussi pour moins entendre Homerc fanfaronner sur son équipe nationale qui avait remporté une Coupe d’Europe quelques années plutôt. « Déconfinement ». « Libre circulation ». « Retour en classe des élèves ». « CRS qui tapent sur la gueule de manifestants ». « C’EST LE RETOUR À LA VRAIE VIE », cria Just. Mais si la situation était revenue à la normale, qu’en était-il du sport, qui plus est outre-Manche ?

Un petit coup d’oeil sur son téléphone et notre beau Scouser découvrit l’heureuse nouvelle : Liverpool était de retour sur le devant de la scène dès le 21 juin. Deux matches, deux victoires et le titre était acquis. Il fallait absolument prévenir Macadam, seul irrésistible à être resté dans le gîte entre Saône-et-Loire et Côte d’Or. Son portable donnait directement sur sa messagerie. Faire demi-tour pour le prévenir ? Une fois passée la ville de Jean-Michel Aulas, épargnée du Covid, non merci. Après tout, ce bon Steve allait probablement retrouver la raison et se reconnecter au monde. Mais aussi sage qu’il était, notre cher Wide était loin de la vérité. Macadam avait décidé de se couper du monde et de vivre en hirsute. Alors, à moins d’un miracle, il raterait le couronnement des Reds.

Steve Macadam

Cousin sans classe de l'élégant Steve McManaman, je cherche le glorieux passé de Liverpool au fond des pintes vides qui s'accumulent au fur et à mesure des matchs. Apprends actuellement l'Allemand grâce à GoogleTrad' pour les beaux yeux de Klopp (mais si, derrière ses lunettes. Regarde bien.).

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