Rennes – Arsenal (3-1) : La Gunners Academy livre ses notes

Comme nous l’ont appris des années de science-fiction de qualité tout à fait aléatoire, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir à l’avance. J’aurais aimé être un peu plus candide et me dire, comme tout le monde, qu’en dehors de l’évènement que constituait la venue d’Arsenal à Rennes, les Bretons étaient quand même partis pour s’en prendre une. J’aurais aimé avoir l’aplomb d’un Pierre Ménès dans ses pronostics à deux ronds ou le côté rassurant de mes potes, pourtant savants observateurs de ballond rond, qui ne cessaient de me dire que quand même, bon,Rennes, on allait les battre sans trop forcer.

Mais la Gunners Academy est marquée du sceau d’un funeste pessimisme, de génération d’académicien en génération d’académicien. Regarder Arsenal jouer 50 matchs par saison vous flingue le cigare et vous amène à tout remettre en question, y compris une victoire censée être aisée chez le 10e de Ligue 1. Les supporters parisiens pensent être les victimes d’une équipe passée maîtresse dans l’art de tomber de toujours plus haut? Hold my beer, says Arsenal – on est champions incontestés de cette catégorie à part depuis bientôt 15 ans et personne ne viendra nous chercher.

Unai avait pourtant décidé de bien faire les choses. Il avait emmené du beau monde dans sa valise, et aligné une grosse équipe, probablement ce qu’il avait de mieux sous la main (Lacazette étant notamment suspendu), si ce n’est pour la titularisation nauséabonde de Mustafi au poste d’arrière droit. Un 4-2-3-1 parfaitement équilibré, une compo presque sans surprise… Rien d’assez costaud cependant pour me retirer cette appréhension, ce sentiment viscéral qu’on va encore chier dans la colle avec une note artistique maximale. Oh, bordel, qu’est-ce que je déteste avoir raison.

Il faut quand même attendre 30-35 minutes avant de voir les choses partir doucement en quenouille. Avant ça, c’est un match solide, appliqué de la part des Gunners. Pas franchement intense hein, contrairement à ce qu’on aurait pu espérer, mais sérieux. Les Rennais bégayent devant le nom ronflant de leurs adversaires du jour, et nous on pose tranquillement notre jeu, on s’approche de la surface. Iwobi ouvre très vite le score, sur un coup de chatte, un centre un peu hasardeux envoyé au deuxième et qui finit au fond des filets grâce à la passivité de la défense rennaise et du gros Koubek. Position idéale, 4e minute, on mène au score. Si les Bretons veulent se jeter à l’abordage, on les punira en contre.
A vrai dire, il n’y a même pas besoin. On continue de trouver des espaces, même sans hausser le rythme. Özil se fait remarquer, Mkhitaryan arrive à se retourner, Iwobi est régulièrement décalé sur son côté gauche… Ca ronronne tranquille. On manque de doubler la mise une première fois, sur un centre en retrait du Nigérian vers Torreira, qui se heurte au gros Koubek sur sa ligne. Aubam’ part seul au but avant de se faire rattraper par un juge de ligne moyennement aligné, qui l’estime hors-jeu à tort. Même Mustafi se fait remarquer à la demi-heure, avec une frappe croisée au sol qui manque de me faire manger mon chapeau. Le 2-0 n’est pas hyper loin. Et en même temps, on ne se fait pas pressants, écrasants. On laisse à Rennes le temps de respirer, de ressortir, probablement pour trouver les fameux espaces dans leur dos.


Problème : on n’engage pas une remontée de balle rapide. Cech balance des ogives à chaque fois qu’il touche le ballon au lieu de relancer court. On ne cherche pas à les prendre de vitesse, on s’installe au contraire dans un faux rythme qui permet aux Rennais de tâter le cuir et d’exposer nos premières faiblesses, à commencer par notre milieu de terrain. Torreira et Xhaka n’ont pas la tête à défendre. L’Uruguayen se projette à chaque occasion, laissant le Suisse se démerder avec les contres – ce qui est un des premiers signes de l’Apocalypse. Les Bretons, Ben Arfa en tête, commencent à comprendre que chaque percussion balle au pied nous oblige à reculer très loin et , clou du spectacle, contraint nos défenseurs à intervenir.

Sokratis se sent chaud. En même temps, ils sort d’une poignée de bons matchs, alors bon, admettons. Mais on commence à faire des fautes sur chaque percée rennaise. Trop de fautes. Le Grec se fait remarquer par un premier pied haut débile dans les boubounes d’Adrien Hunou. Puis quelques minutes plus tard, un ballon perdu bêtement par Xhaka au milieu l’oblige à nouveau à intervenir. Enfin, l’oblige : c’est pas de son côté, Koscielny est encore debout, mais visiblement Jean-Feta se sent l’âme d’un Saint-Bernard et prend son premier jaune.
Les Rennais flairent l’odeur du sang – c’est celle qui s’échappe souvent des abattoirs, alors ils connaissent. Ils voient les Gunners trembler comme des vieilles machines à laver dès qu’ils viennent les chercher. Alors le Roazhon pousse. On devient doucement inoffensifs. Les combinaisons s’écourtent. On réagit n’importe comment : Torreira déclenche un pressing à des kilomètres de son but sur un ballon haut, la défense rennaise relance propre et lance en trois passes Ismaïla Sarr dans le dos de Sokratis, trop occupé à réorganiser ses petits copains comme un service administratif pour démarrer sa course. Robert Moussaka est pris et bouscule l’ailier rennais juste ce qu’il faut pour prendre un rouge bien propre, bien nul. Tout ce qu’il nous fallait. On est au top. Ah non, nous voilà mieux : Bourigeaud saccage le coup-franc qui suit dans le mur, avant de profiter du rebond pour allumer une avoine dans la lucarne de Cech. La troupe rennaise a flairé l’hémoglobine, la chasse à courre commence.


Les dernières cinq minutes de la première période augurent d’ailleurs de ce qu’il va se dérouler ensuite. Emery veut garder des cartes en main et préfère passer Mkhitaryan arrière-droit plutôt que faire un changement. Unai sait que l’Arménien a du coffre et il l’apprécie pour ça, mais la manœuvre est audacieuse – voire complètement cramée du bulbe, c’est selon. D’ailleurs, Mkhi ne tarde pas à se faire ouvrir sur son côté, et Rennes manque de nous mettre la deuxième gifle sur un centre en retrait. La confiance s’échappe à grandes volutes noirâtres, Arsenal est une Fuego qui est en train de rendre l’âme sur une bande d’arrêt d’urgence. On essaie de se révolter à travers des initiatives individuelles foireuses avant que la mi-temps ne vienne passer un coup de pommade. Enfin, c’est ce que j’espérais ça. Parce qu’Unai a souvent réussi à changer le cours des choses à la pause, relançant ses hommes avec un discours enflammé, bourré de gestes équivoques et chanté par 18 accents différents, ou ajustant son effectif d’un remplacement parfait. Mais là… Rien.

Le match reprend sur les mêmes bases. Alors si, ouais, Unai fait entrer Guendouzi pour Iwobi, histoire de densifier le milieu et de tenir un peu plus un ballon qu’on ne garde que trop peu. On réussit à poser quelques phases de possession, on trouve Özil une paire de fois… Mais le but rennais reste un mirage à peine entrevu et ce maigre regain de volonté se fait la malle assez vite. On perd le ballon en deux-trois passes trop compliquées. La paire Torreira-Xhaka se noie, ouvrant des boulevards dans le coeur du jeu. Et quand le bloc se resserre, Rennes le balance intelligemment de droite à gauche pour trouver ses ailiers. Ben Arfa tord les axiaux londoniens. Sarr commence à picorer Monreal, laissé seul par ses petits camarades avec un duel impossible à gagner, surtout avec tellement d’espace devant et derrière lui. Je n’aurais jamais pensé écrire ça, mais Rennes déroule. On recule, on recule. On fait des fautes, parce qu’il ne nous reste plus que ça. Il y a une odeur de bérézina terrible qui se dégage de tout ça, on ne sait même plus balancer proprement un ballon vers l’avant. Et puis sur un énième centre, Monreal finit par détourner dans ses propres filets. Inéluctable. J’aurais préféré ne pas savoir.


Il reste une demi-heure et Arsenal n’a plus rien, ni dans les jambes, ni dans la tête. On se procure des demi-occasion qui finissent sur le pied droit d’Özil, ou qui avortent avant même que quelqu’un ne prenne la responsabilité d’envoyer une chiche. Unai tente des trucs, fait rentrer Ramsey pour avoir au moins un type qui court sur le terrain, puis Kolasinac pour… bon, là je suis pas trop sûr. Bref, il tente des trucs. Rien n’y fait. On prend des coups, on rend le ballon. Xhaka sature et manque de prendre un rouge. Mustafi ose des relances dans l’axe, parce que pourquoi pas. Et puis, à quelques minutes de la fin du match, l’édifice de notre dignité finit par céder. Une dernière offensive tiédasse. Un ballon perdu très haut, un Monreal qui râle plutôt que de replier, éreinté par son duel avec Sarr. Les Rennais contrent à merveille, envoient à l’opposé. Lea-Siliki, alerté par Sarr qui allume les girophares au deuxième poteau lui envoie une galette 5 étoiles au Michelin. 3-1. Rideau. Camouflet. Tarte dans la gueule.

On ne gagne pas un match de Coupe d’Europe avec si peu d’ambition, que ce soit Rennes, le BATE ou l’Amicale des Anciens de la Métallurgie Champenoise en face. Quand tu ne cours pas, tu ne gagnes pas. Quand tu ne joues pas, tu ne gagnes pas. Quand tu es aussi friable, tu ne gagnes pas. Arsenal, grand d’Europe, équipe prestigieuse ou non.

CECH : 3/5
Les arrêts qu’il faut, les relances qu’il faut pas. Il aura jamais vraiment réussi à s’adapter à ce niveau-là, en dépit de ses efforts. Dommage pour ce bel homme que son retour en Bretagne se soit traduit par un tel fiasco.

MONREAL : 2/5
Vraiment très solide en 1e période, dans un dispositif valable, avec de la solidarité, tout ça… Et puis vint l’abandon. La solitude. Le poids des années, les jambes arquées par des années du labeur de latéral, face à la violence déguingandée et humiliante de la jeunesse. Sarr est pas hyper fut-fut, mais il sait mettre à mort des bêtes blessées.

KOSCIELNY : 3/5
Toujours aussi digne dans son costume de Capitaine Courage, dernier repère de stabilité au cœur d’une véritable tempête de caca.

SOKRATIS : 0/5
Le premier jaune était peut-être un peu hardcore. Admettons. On peut aussi estimer qu’au rythme où il donnait son cul, il aurait fini en hompeage sur Xhamster.

MUSTAFI : 0/5
Je suis dépassé. Dépassé. Par son insondable crétinerie, par la profondeur de sa confiance en des qualités si rares, par sa détestable façon de croire qu’il n’est jamais un problème.

TORREIRA : 1/5
A quel moment ça a déconné? Qui lui a dit qu’il jouait 10? C’était une connerie en tout cas.

XHAKA : 1/5
En retard. En retard. En retard. Long à la détente. En retard. Relance de chie, passe de merde. Ah tiens il prends pas rouge là ? Et ben il aurait dû.

IWOBI : 2/5
Un peu moins flou que le reste. Il a couru, il a essayé. Il a mis un but au super pifomètre, mais c’est lui qui a fait le plus de mal aux Rennais en première période. Et puis après, il a laissé Monreal se faire flageller par Ismaïla.

MKHITARYAN : 2/5
Un début de match plutôt bon, dans la lignée de ses précédentes prestations. Et puis boum, Paul Tzatziki fait le mongole, et Enrique finit arrière droit. Poste où il a vaillamment combattu tout en se faisant ouvrir à inervalles réguliers à cause de son placement évidemment hasardeux.

ÖZIL : 2/5
Quand Özil démarre en footing, et que l’équipe commence à prendre l’eau, on sait très bien qu’il ne sera pas là pour la relever. Il a bien cassé quelques lignes en début de match, trouvé de jolies verticales. Mais bon, tout ça est resté lettre morte. Ce n’était que Rennes après tout, pas besoin de se casser la nénettes non plus.

AUBAMEYANG : 2/5
Dans un rôle ingrat de pivot qui ne lui convient absolument pas, il a tout de même réussi à remiser pas mal de ballons. Que ses petits copains ont envoyés dans les champs, bon, c’est pas tellement sa faute. En revanche, on a pas arrosé la Ruhr de 75 millions de dollars pour récupérer une mauvaise version de Walcott, hein.

GUENDOUZI (pour Iwobi à la 53e minute) : Curly nous a permis de remettre un poil le pied sur le ballon, mais il s’est fait aspirer lui aussi dans le tourbillon de glace à la merde qu’a été ce match.

RAMSEY (pour Özil à la 70e minute) : brassagedair.jpg

KOLASINAC (pour Aubameyang à la 78e minute) : Vingt ans de psychanalyse pour le Gabonais.

Vous avez aimé ce formidable morceau d’écriture? Vous êtes un grand fan de la Gunners Academy – et donc vous êtes dépressifs, mais du coup vous êtes solidaires de nos rédacteurs ? Alors n’hésitez pas à faire un don ponctuel ou à vous abonner. La somme est libre et vous nous permettrez de faire des trucs encore plus chouettes à l’avenir !

Et si jamais vous voulez l’avis des Bretons – qui n’ont toujours pas dessaoulé – c’est par ici que ça se passe, sous la plume de Marco Grossi, c’est vachement plus épique et enfiévré. Deux salles…

Le Père Fidalbion

J'ai décidé de supporter Arsenal grâce à FIFA 99 : y avait Dennis Bergkamp sur la jaquette et c'était la première équipe disponible dans l'ordre alphabétique. Ce jour-là, j'aurais mieux fait de me péter une jambe.

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.