« Ils disent que ce sport va disparaître avec eux »

L’éditroll de la semaine de Frantz-Christophe Van Dustgroski

A la recherche du supporter disparu

Comme ils sont beaux, comme ils sont dignes, comme leur cause est juste. Chaque nouvel arrêté, chaque nouvelle décision visant à encadrer les déplacements des supporters est une occasion parfaite pour crier au déni des libertés fondamentales, de la liberté d’expression, au bonheur contrarié de suivre et supporter son équipe de cœur.

Surtout, surtout, que personne ne vienne les contredire, ce n’est pas possible, ils sont les seuls à connaître la vérité sur ce qu’il ne faut pas faire ou ce qui pourrait les contraindre. Ils sont les seuls à maîtriser la sémantique dédiée et malheur à celui qui ne sait pas différencier « supporter », « ultra », « hooligan », « indépendant ». On est tous dans le même stade mais chacun ses valeurs. Justement quelles sont ces si grandes valeurs des ultras qui vaillent tant d’être sauvées ? Esprit de corps pour message en choeur, fanatisme, mobilité, talent de couture, résistance au froid, connaissance du réseau routier principal et secondaire, courage de se battre/d’insulter/de provoquer/de demander les démissions des entraîneurs/de trouver l’abonnement toujours trop cher/de siffler les joueurs, et le tout en groupe. Non vraiment l’apport des ultras aux clubs est un élément folklorique que les cols blancs assis dans leur fauteuil en cuir doivent absolument préserver. Il faut reconsidérer d’un œil bienveillant cette foule aux contours flous. Pourquoi interdire les mouvements de foule dans les tribunes ? Pourquoi être effrayé par de potentiels débordements, PO-TEN-TIELS on vous dit ? Accueillir des familles dans les stades à la place des ultras, sérieusement, et qui va chanter alors ? les mamans ? Tout le monde est d’accord pourtant, les pétards et les fumigènes, c’est cool, l’inverse est liberticide. Les cagoules façon FNLC dans les abords du stade, c’est contre le froid, pas pour se cacher. Ils disent que c’est du mauvais esprit voire diffamant. Ils disent que ce sport va disparaître avec eux. Ils disent que c’était mieux avant quand ils étaient tous ultras, parce que ceux qui en parlent ont tous été ultras, c’est incroyable tous ces ultras gentils qu’il y avait dans les stades il y a 20 ans et qui ont à peine 25 ans aujourd’hui.

Non, non et non. Il y a eu des conneries, certes, elles n’ont pas été systématiques mais il faut les assumer. Commises par quelques perturbateurs seulement, non représentatifs des ultras. Oui absolument et alors ? Il peut être préférable de décapiter un groupe plutôt que de prendre le risque d’avoir une tête mal intentionnée qui dépasse. Pendant des années, les ultras ont flirté avec la ligne blanche, n’ont pas écouté les avertissements, n’ont pas respecté les règles dans les stades, dans les déplacements, préférant se foutre sur la gueule sur les aires d’autoroute parce que c’est marrant. Ah non pas les ultras, eux ce sont des hooligans. Vraiment ? Pourtant c’est la même association, non ? Pourtant les cotisations ont été acceptées, non ? Si vraiment seul le chant d’encouragement était la manière de s’exprimer des ultras, on en trouverait davantage chez les enfants à la croix de bois. Alors peut-on arrêter la démagogie. Il y en a aussi dans ces lignes. C’est énervant n’est-ce pas.

Même en allant dans le sens des ultras, ou ceux qui s’en prétendent, la défense est périlleuse, peu importe qui est le porte-parole. Parfois efficace, répétitive, elle devient très vite lassante et personne n’est dupé longtemps : c’est la faute des préfectures, c’est la faute des municipalités, c’est la faute des instances nationales, c’est la faute de la police, c’est la faute des joueurs, c’est la faute des dirigeants, c’est la faute des médias, c’est la faute des autres supporters. Est-ce que seulement ils se rendent compte, jamais leur faute. C’est un complot contre eux, fomenté, organisé, répandue sournoisement pour faire taire les seuls valeureux amoureux de ce sport. Vos gueules. Sans eux, c’est la mort des stades. Vos gueules. Sans eux, c’est la mort du foot populaire. Vos gueules. Sans eux, c’est la mort du foot. Vos gueules. Sans eux, c’est un sport sans eux, c’est tout, et pourquoi ce ne serait pas préférable. Contrairement à ces auto-proclamés opprimés, je vais dans un stade pour voir un match entre deux équipes. Je n’y vais pas pour voir des guignols chanter des textes de primate. Je n’y vais pas pour surveiller si je n’ai pas un bourrin assis à côté de moi qui va m’en coller une si je ne suis pas d’accord avec lui. Je n’y vais pas pour être bousculé par des mecs cagoulés comme cela est arrivé récemment. Je n’y vais pas pour protéger les enfants dans les files d’attente des connards qui leur marchent dessus. « Oui mais on ne peut pas généraliser, ils ne sont pas tous ultras », merci, en effet. Ils avaient les structures et la confiance des clubs, même s’ils leur faisaient plus peur et ils étaient écoutés seulement pour maintenir une paix apparente. Ils n’existent plus, mais le veulent-ils vraiment ? Lorsqu’on voit l’empressement qu’ils montrent à avoir un discours homogène et univoque, il est facile de conclure que le rôle de victime est celui qu’ils privilégient, ni celui du supporter, ni celui de l’acteur responsable.

On ne prouvera plus qu’un acte malveillant a été commis par une personne non-ultra. Qu’ils prouvent qu’ils sont un public exemplaire. Le peuvent-ils seulement ? Et s’ils avaient laissé passer leur chance.

Frantz-Christophe Van Dustgroski

6 thoughts on “« Ils disent que ce sport va disparaître avec eux »

  1. Voilà un texte surprenant.
    Je me permet de te dire (on peut se tutoyer?) que je ne partage pas du tout tes conclusions.
    Et si tu ne comprend pas pourquoi, je t’invite à aller lire un peu de littérature sur le sujet, pas celle des supporters, des ultras ou des politiques, mais celle de gens reconnus pour les études sur le football (Nicolas Hourcade par exemple).

  2. On s’en branle purée. Quand est ce qu’on boit un coup et qu’on va craquer des fumigènes où y a du plaisir ?

  3. On a beau dire on a beau faire, j’ai emmené mes 2 neveux de 10 ans voir un match de natianale y a quelques temps, entre les mecs qui fument leur pète peinard juste à côté, assez agressifs, et les vieux qui insultent l’arbitre et tous les joueurs (locaux ou pas) pendant 90 min… Perso je ne les emmènerai plus… Par contre j’ai déjà emmené les même neveux voir du basket ProB lors d’un derby et du volley ProB, y a pas forcément moins d’ambiance, par contre là j’ai pas besoin de leur boucher les oreilles ni de m’inquièter du spectacle qu’ils vont voir…
    Et des matchs de natianale ou de coupe de France, j’en ai pas vu qu’un pour me forger une opinion…

  4. Junta a raison. Mais il est con. Si les mecs fument des pêtes et ça le dérangent, si les mecs insultent des arbitres et ça le gène dans son éducation de ses enfants, il peut aller voir ces gens et leur dire le fond de sa pensée. Mais Junta ne le fera pas, parce que Junta est lâche, et préfère qu’un état policier fasse son boulot de citoyen à sa place.

    Voilà, c’était ma troll-intervention.

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