L’apprenti footballologue analyse Newcastle-Arsenal (0-0)

Symphonie en zut pour les Gunners.

Un orchestre bien rodé, et c’est la sûreté d’avoir une musique agréable. Mais quand il n’y a pas le soliste qui permet de faire basculer la symphonie dans le majestueux, tout devient ordinaire et reproductible. Il n’est pas difficile d’avoir pour projet de faire du jeu quand on en a les moyens, c’est simplement une question de philosophie, mais il faut pour cela deux éléments essentiels : un chef d’orchestre pour coordonner tout le monde, et un ou deux musiciens capables d’assumer une mise en avant tandis que les autres continuent à jouer en arrière-plan.

En l’absence de Nasri et Faregas, Arsenal a redécouvert Mozart. Prises de balles basses, distribution propre et projection intelligente vers l’avant, Rosicky adapte désormais son bagage technique à la réalité de ses moyens physiques. A la baguette, il permet de fluidifier un jeu déjà bien huilé, et de mettre en valeurs tous les postes, des montées de Sagna qui débouchent sur des centres à géométrie variable, à un Van Persie dont le rôle de seul attaquant de pointe ne se légitime complètement qu’avec des ailiers offensifs et polyvalents.

Seulement voilà, la fluidité est un concept qui ne se transpose pas de la même manière sur toutes les parties du terrain. Là où il est souvent relativement aisé de jouer à une touche de balle dans son camp, sauf à subir un pressing intensif, la philosophie est toute autre une fois dans les trente derniers mètres adverses. Le déchet, à proscrire sur les autres sphères du jeu, est ici inhérent à la volonté de créer le déséquilibre, et la prise de risque est le seul moyen de se défaire d’une défense qui ne fait pas d’erreurs.

Newcastle, à domicile mais sans autres ambitions que de ne pas encaisser de buts, a passé une mi-temps à attendre les étincelles adverses. Mais, ancrés dans des certitudes qui se veulent omniscientes, les Gunners se sont rapidement heurtés à une dure réalité : sauf à être un collectif aux systèmes de jeu offensifs ancré dans l’ADN, comme ce n’est actuellement le cas qu’à Barcelone, aucune équipe ne peut arriver dans la zone de vérité en position favorable sans, à au moins une reprise, prendre le risque de perdre la balle. Que ce soit un dribble en un contre un, une passe en profondeur ou même un centre (voulu, et non les parodies que représentent les fameuses et désespérées mises dans la boîte qui représentent 90% des centres du football moderne) il faut à un moment donné qu’un rythme soit brisé. Si ce n’est pas le cas, votre opposant n’a plus qu’à s’adapter et peut même prendre confiance.

C’est ce qui s’est passé dans ce match, où les Magpies ont compris après une mi-temps qu’ils pouvaient très bien s’en sortir en sortant Cabaye et Barton de leur strict rôle de milieu récupérateur, rôle que le seul Song assumait côté Arsenal. A vrai dire, seul Gervinho a réellement semblé capable de faire la différence, mais il n’a pas réellement souhaité le faire. Joueur de déséquilibre s’il en est, il a passé la première mi-temps à choisir la propreté, ne prenant pas le risque de réussir pour ne pas prendre celui de rater. En ont résulté quelques centres gentillets et surtout une perte de confiance. La deuxième période arrivée, il a voulu retrouver son jeu naturel, mais probablement tiraillé par l’envie de bien faire et la pression d’une première rencontre en Premier League, il a à peu près raté tout ce qu’il a tenté, hormis une claque mollassonne qui a bien fait vaciller un Barton à la solidité des appuis variable selon le contexte.

Avec un chef d’orchestre à l’endurance plus proche de Gasquet que de Ferrer, Arsenal n’a jamais su imposer sa patte sur la deuxième mi-temps, et ces tentatives solitaires de petit Gervais ont été forcées par l’absence de solutions dans le jeu court à une touche de balle. En face, difficile de juger autrement qu’en parlant de plan de jeu respecté, sans folie ni erreurs. A défaut d’avoir un vrai stabilisateur de jeu, même si Cabaye possède un potentiel de projection vers l’avant intéressant, Newcastle a trouvé en Obertan un potentiel perforateur de défenses. En attendant de voir Ben Arfa et Marveaux à l’œuvre, la partie défensive de l’édifice a assuré. Reste que la passivité n’est qu’une solution de repli, et qu’il faudra montrer autre chose pour se faire une place en milieu de tableau. De leur côté, les Gunners ont montré quelques belles choses, mais les faiblesses de certains de ses éléments, et l’invisibilité d’Arshavin sur son aile, ne lui permettent pas à l’heure actuelle de vivre sans exploits individuels. Jadson s’annonce comme une bonne recrue, mais si les artistes se cachent dans l’ombre du chef d’orchestre, l’ensemble restera gentillet. Et ça, même un Von Karajan n’y pourrait rien.

2 thoughts on “L’apprenti footballologue analyse Newcastle-Arsenal (0-0)

  1. Haha, après les comparaisons « pédale » voici la comparaison « balle jaune ». J’adore !

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