Les Présentations : l’Uruguay

Une présentation trois étoiles pour la Céleste

Coincé entre le Brésil et l’Argentine, l’Uruguay possède moins de 4M d’habitants, dont près de la moitié vivent dans la capitale Montevideo. Même s’il n’est plus au même niveau économique qu’au début des années 50 à cause d’une crise économique durable, le pays reste riche pour la région. On y vit bien, c’est d’ailleurs le seul pays du continent sud-américain qui se trouve en zone tempérée.

L’histoire :

L’équipe nationale est surnommée La Céleste (rien à voir avec Babar). Actuellement 16ème au classement FIFA, celui dont on ne comprend pas le sens, elle est considérée comme barbare dans l’imaginaire collectif. Cette représentation vient de la garra chaurra, la force mentale des Uruguayens qui les pousse à se dépasser et tout donner sur le terrain. Parfois, cela donne des gestes trop pleins d’envie mal maitrisés, mais il ne faut pas confondre la volonté extrême avec la violence gratuite. L’Uruguay a toujours été une sélection physique, dure sur l’homme, mais les attentats délibérés n’ont rien à voir avec l’esprit originel. On est là pour porter fièrement les couleurs du pays, et se faire expulser est tout sauf une bonne manière de le faire.

Si le pays n’a gagné que deux fois le trophée mondial, c’est que la guerre est passée par là. Ainsi que le refus de se déplacer en Europe pour les éditions 34 et 38. Intouchable ou presque dans l’entre-deux guerres, terminant 16 fois sur le podium de la Copa America lors des 17 premières éditions, dont 8 victoires, en plus de deux titres Olympiques, la Céleste est ensuite progressivement rentrée dans le rang. Dernier coup d’éclat, et pas des moindres, en forme de chant du cygne, la victoire lors de la Coupe du Monde 1950 au Maracana face au Brésil. Une édition un peu spéciale car disputée sous forme de mini-championnat, qui restera à jamais un drame national au pays de Pélé. Depuis, l’Uruguay est devenu une équipe moyenne à l’échelle mondiale, se qualifiant de manière quasi-systématique pour la Coupe du Monde sans jamais plus y briller. Seuls coups d’éclats pour se rappeler au bon souvenir des anciens, trois victoires en Copa America entre 1983 et 1995, avec à chaque fois un Enzo Francescoli de gala. Beaucoup pour une nation lambda, si peu pour la Céleste.

Les qualifications :

Cinquième de la zone Amsud avec 24pts, une seule unité devant l’Equateur et la Colombie et deux devant le Venezuela, l’Uruguay s’est fait peur. Moyens à domicile, moyens à l’extérieur, les Uruguayens terminent avec un bilan équilibré de 6 victoires 6 nuls 6 défaites, et ne doivent leur salut qu’à la victoire du Chili contre l’Equateur. Capables d’en coller 5 à la Bolivie et 6 au Pérou pour faire 2-2 et 0-1 au retour, les joueurs de Tabarez sont tout sauf réguliers. Même leur barrage contre le Costa Rica a été tendu jusqu’au bout, un but des Ticos en fin de match aurait pu les renvoyer à la maison.

Le calendrier :

France-Uruguay, le 11 juin à 16h à Johannesburg

Afrique du Sud-Uruguay, le 16 juin à 20h30 à Pretoria

Mexique-Uruguay, le 22 juin à 16h à Rustenburg

Les joueurs :

Gardiens :

Fernando Muslera. Lazio

Opportuniste, il a profité d’une baisse de forme de Carrizo pour s’installer comme titulaire dans les buts romains l’an dernier, place qu’il n’a plus quitté. Même chose en sélection où il a rapidement fait oublier l’emblématique Fabian Carini. Célèbre depuis qu’il s’est amusé à repousser tous les tirs de l’Inter au grand désespoir de ses supporters lors du fameux Lazio-Inter.

Juan Castillo. Deportivo Cali

Promis au poste de numéro un, il a eu le malheur de se faire les croisés du genou en octobre 2008. De retour, il ne convainc pas et perd sa place. Sauf coup de théâtre, on ne pourra donc pas admirer ses parades à la Jérémie Janot ni le magnifique bandeau qu’il arbore invariablement dans les cheveux.

Martin Silva. Defensor

Sélectionné pour sa bonne humeur et son ego moins gros que ceux de Sebastian Viera ou Fabian Carini, qui n’accepteraient pas forcément joyeusement d’être sur le banc, il pourra dire à ses petits-enfants qu’il a participé à une Coupe du Monde.

Défenseurs :

Diego Lugano. Fenerbahçe

Capitaine et membre le plus axial du trident défensif, il est l’archétype du stoppeur uruguayen malgré son nom de ville suisse. Autoritaire sur le terrain, n’hésitant jamais à aller au combat au sol et dans les airs, il perpétue la garra charrúa dans une équipe de plus en plus joueuse. Buteur lors du match aller des barrages contre le Costa Rica.

Diego Godin. Villarreal

Fiable et expérimenté, il compte trois saisons complètes en tant que titulaire en Liga avec Villarreal. Loin d’être un manche avec le ballon, il monte souvent densifier le milieu de terrain en phase offensive. Une valeur sûre.

Andrés Scotti. Colo Colo

Loin de faire 1m73 et 62kg il fait figure d’ancien avec ses 34 ans au compteur. En balance pour la troisième place en défense, il a marqué des points en étant passeur décisif sur le but de la qualification. Un bon complément aux deux Diego.

Jorge Fucile. Porto

Défenseur latéral, droit en club et gauche en sélection, il est peu à l’aise dans l’axe et le 3-5-2 risque de lui coûter une place de titulaire. Bon défenseur, il sombre parfois dans les gros matches comme cette année contre Arsenal.

Martin Caceres. Juventus

Polyvalent, il pâtit sans doute de son jeune âge, sans quoi il n’a pas forcément grand-chose à envier à Scotti. Pas toujours adepte de la poésie quand un adversaire se présente face à lui, il a engrangé de l’expérience à la Juventus et sera probablement le premier choix en cas de blessure ou méforme derrière.

Mauricio Victorino. Universidad de Chile

Le classique défenseur central sud-américain dont on n’entend jamais vraiment parler mais qui est loin d’être mauvais. A eu la confiance de Tabarez pour le barrage, mais je pense qu’on risque de ne pas le voir pendant la compétition.

Milieux :

Walter Gargano. Naples

Milieu récupérateur inamovible de la sélection, il sort d’une belle saison avec Naples. Dans l’esprit d’un Mascherano, il joue le rôle de chien de garde pas forcément méchant, mais pas tendre non plus. Il couvre surtout le côté gauche où Alvaro Pereira défend assez peu et où Godin est parfois attiré vers l’avant.

Egidio Arevalo Rios. Penarol

Petite surprise de la liste, le petit format (1m68) doit sa présence à une fin de championnat réussie avec Peñarol. Pas grand-chose à dire sur ce milieu relayeur méconnu qui ne possède que 6 sélections, on se contentera donc de lui souhaiter un bon séjour sur le banc.

Sebastian Eguren. AIK Stockholm

Spécialiste des pays nordiques puisqu’il a joué à Hammarby et Rosenborg avant d’atterrir à Stockholm, il eut un temps son heure de gloire en étant titulaire à Villarreal où il formait une charnière efficace avec Senna. Remplaçant de la faucheuse monégasque, il est capable d’organiser le jeu efficacement. Une bonne solution quand il faut poser le pied sur le ballon au milieu de terrain.

Diego Perez. Monaco

Pas besoin de faire un dessin. Ici, pas question de jouer à la baballe, on rentre dedans. Excellent briseur de chevilles, Perez sait malgré tout orienter le jeu correctement sans trop balancer, et son rôle de milieu relayeur le prouve. Son apport offensif limité fait qu’il se cantonne globalement à des tâches défensives, mais positionné en premier rideau donc plus haut que Gargano.

Maximiliano Pereira. Benfica

Dans un 3-5-2 qui nécessite un travail défensif des ailiers, il est celui qui attaque le moins. Moitié défenseur, moitié milieu, il est au final plus proche d’un Cafu que d’un véritable ailier. Du côté de la Canebière on se souvient de son rôle déterminant dans la qualification de Benfica pour les ¼ de finale de la Ligue Europa. Un titulaire indiscutable au rôle hybride très précieux.

Alvaro Pereira. Porto

L’autre Pereira, a en commun le poste et le nom. Mais ce n’est ni la même famille, ni le même style de jeu. Véritable ailier de débordement doué balle au pied, il sait malgré tout se réfréner et ne pas passer sa vie aux avant-postes pour le bien de l’équipe.

Ignacio Gonzalez. Valencia

Le meneur de jeu, seul véritable milieu axial porté vers l’avant. Alors qu’il était en train de s’enterrer sur le banc de Valence, il a eu la bonne idée de demander à être prêté à Levadiakos, où il a prouvé qu’il avait un bon niveau de jeu. Du coup il est passé de banni à titulaire en quelques semaines. Un joueur de sélection honnête, mais loin des références au poste. Il a indéniablement des qualités qui peuvent faire mal s’il sait s’en servir le jour J, mais son parcours en club laisse sceptique (qui se souvient de lui à Monaco ?). Le point faible offensivement sur le papier.

Nicolas Lodeiro. Ajax

Le petit prodige de la Céleste est parti du côté de l’Ajax au mercato pour poursuivre sa progression en Europe. Mauvais choix, il n’a quasiment pas joué lors de la deuxième partie de saison. Son profil de joueur percutant qui lui a valu quelques comparaisons avec Messi (ça picole pas mal en Uruguay) est malgré tout intéressant pour un pays qui possède peu de joueurs dans ce registre. Devrait probablement entrer en jeu dans les vingt dernières minutes pour provoquer la décision.

Alvaro Fernandez. Universidad de Chile

Doublure de Maxi Pereira sur le côté droit, il peut dépanner à gauche en cas de blessure d’Alvaro. Des caractéristiques similaires au deuxième nommé, c’est un joueur qui sait se fondre dans un collectif mais rarement décisif.

Attaquants :

Luis Suarez. Ajax

Buteur à quasiment chaque match en Eredivisie (Rhinit pourrait vous conter ses exploits des nuits entières), il est titulaire indiscutable en sélection. Sans être le complément idéal d’un Forlan qui fait la même taille et possède des caractéristiques assez semblables, il arrive à cohabiter, pouvant forcer le destin à tout moment. Même s’ils inversent leurs postes en cours de rencontre quand ça ne marche pas, il joue généralement en pointe, avec Forlan qui tourne autour légèrement en retrait.

Diego Forlan. Atlético Madrid

La star et le joueur le plus régulier de la sélection. Un peu plus travailleur depuis l’éclosion de Suarez, il n’en reste pas moins décisif avec 7 buts en 13 matches de qualification. Ce n’est plus le joueur sur qui tout repose, mais il reste l’élément principal de l’attaque et une menace permanente pour les défenses adverses.

Sebastian Abreu. Botafogo

El Loco, comprenez le fou, est une sorte de Mario Jardel un peu moins efficace mais plus complet. Ou un Gekas plus classe. Enfin vous avez l’idée. Sans être fabuleusement rapide ou divin de la tête, même si sa grande taille (1m93) l’aide, il marque. Beaucoup. Quatre fois meilleur buteur du championnat mexicain et une fois du championnat uruguayen, il reste sur une énorme fin de saison avec Botafogo. C’est d’ailleurs lui qui marquera le but assurant le titre avec une panenka, ainsi que le but lors du barrage retour contre le Costa Rica donnant la qualification à son pays. Il est également le meilleur buteur de la sélection en activité, à un petit but du record du grand Scarone. Un joker de luxe en sélection qui a la responsabilité d’assommer les défenses usées par les deux compères de devant.

Sebastian Fernandez. Banfield

Joueur à la taille valbuenienne, il est un des bons attaquants du championnat argentin même s’il marque assez peu. A priori dernier choix en attaque, il risque de ne pas fouler le sol sud-africain.

Edinson Cavani. Palerme

Moins bon en vrai qu’à Football Manager, il n’a pas encore convaincu en équipe nationale. Son niveau en Série A a convaincu Tabarez de l’emmener, mais le fait qu’il n’ait jamais complètement répondu aux attentes en sélection fait de lui un attaquant d’appoint. On risque de le revoir titulaire dans 4 ans à la place de Forlan, en attendant il apprend.

La tactique :

L’Uruguay joue dans un 3-5-2 old school, relativement équilibré avec 5 joueurs à vocation défensive, 3 joueurs offensifs, et 2 ailiers qui coulissent et passent de l’un à l’autre selon les phases de jeu et la configuration du match. Le système, instauré relativement récemment par Tabarez, nécessite une bonne coordination derrière, surtout avec les ailiers qui ont un rôle prépondérant. Si Maxi Pereira couvre bien son côté, le doute existe quant à la capacité de son homonyme Alvaro à effectuer les tâches défensives efficacement. Jouer avec uniquement 3 défenseurs centraux est très dangereux face à des équipes qui possèdent des attaquants de qualité sur les côtés. Tout est une question d’équilibre car on bascule vite dans les extrêmes du n’importe quoi offensif, ou, à l’inverse, du 5-2-1-2 catenaccio pourtant loin d’être imperméable. Le rôle de Perez est déterminant car il fait le lien entre la partie offensive et la partie défensive de l’équipe. De même, Gonzalez doit absolument rester au contact du poète pour que l’équipe ne soit pas coupée en deux, car Forlan et Suarez ne sont pas du genre à aller chercher les ballons eux-mêmes. Le système tactique n’est pas immuable, et il est toujours possible de changer en cours de partie, voire même d’expérimenter au coup d’envoi, mais les résultats parlent pour son maintien.

Les attentes :

Au vu du parcours de qualification, difficile de mettre l’Uruguay comme favori du groupe. Seulement, si on raisonne comme ça, on élimine le Mexique et la France en même temps. Et l’Afrique du Sud … ben ils ont même pas fait les qualifs. Les matches amicaux valent ce qu’ils valent (c’est joli ça tiens), mais le Mexique semble l’équipe la plus en forme. Tout devrait se décider lors du premier jour contre la France. Une défaite compliquerait lourdement la tâche, une victoire mettrait la Céleste en position idéale. Reste le nul, résultat habituel entre Français et Uruguayens, qui ferait probablement du Mexique-Uruguay final le match décisif pour la qualification.

Radek.

13 thoughts on “Les Présentations : l’Uruguay

  1. J’apprends qu’Eguren est retourné en Suède, ça m’avait échappé ce transfert.

    A part les 2 flèches de devant, le reste, remplaçants compris, est homogène, correct mais sans plus, alors à moins d’une grosse défaillance des bleus, ça sent la 3e place pour l’Uruguay, je vois comme toi le Mexique finir 1er.

    Présentation très sympa à lire par ailleurs Radek.

  2. Un bon vieux 3-5-2 sud américain, c’est drôle, les deux pereira sont milieux alors qu’en club ils sont latéraux.
    L’Uruguay s’est muée en vrai équipe sudam,joueuse et technique mais la tradition reste tenace et bien représentée par Perez et Lugano…
    Je pense qu’un match nul sera un résultat heureux pour la France

  3. En Uruguay la liste provisoire était de 26 joueurs. Parmi les 3 exclus, le seul nom connu en Europe est Jorge Martinez de Catane, les deux autres étant Jorge Rodriguez de River Plate Montevideo et Alvaro Gonzalez du Nacional. Pas des inconnus mais presque.

  4. Tu penses quoi de l’avis de Francis, Radek ? Moké ferait bien un défi comme sur l’équipe tv… Pas sûr que Le Francis te laisse terminer ta minute de parole…

  5. En même temps, si Alvaro Pereira se retrouve face à Govou, ça devrait être jouable pour les tâches défensives.

  6. Radek regarde C Dans L’air qui parle des dangers de l’alcool Moké. Radek comprend Francis, et ne veut pas le blâmer. Chacun son parcours et sa vision des choses…

    Pas faux Choublanc, par contre face à Gio Dos Santos ça sera un peu plus compliqué. Après c’est une question d’adaptation, il sait défendre, c’est juste qu’à devoir couvrir tout le terrain on peut s’épargner un repli ou deux et se faire prendre en contre.

  7. Radek : tu sembles signaler l’absence de meneur de jeu Uruguayen. Est ce que Luis Aguiar (qui fait son trou en championnat portugais avec Braga, même si actuellement il est sous contrat avec un club russe) a une certaine popularité en Uruguay ?

  8. Mon ressenti est qu’il a été un peu oublié. Moi par exemple, je le considère pas comment étant moins bon que Gonzalez (dont j’ai la conviction qu’il va faire chier la France pour me contredire). Je me souviens notamment l’avoir vu contre le Standard y’a un an et il était déjà très intéressant.

    Après faut savoir qu’il est parti il y a un certain temps du championnat local, et qu’il n’a jamais été appelé chez les A. Du coup, comme je le disais en préambule, on a tendance à oublier son existence. Il y a peut-être eu quelques discussions, mais pas de mouvement massif de soutien en sa faveur et de protestation contre le choix de Tabarez en tout cas.

    Exact Benji, tu fais bien de le souligner.

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