Manuel de savoir parler foot : Faire abstraction du contexte

Manuel de savoir-parler foot

Une initiation au footballistiquement correct

de Barnabé la Plume

 

Afin de vous permettre de briller en société lorsqu’il s’agit de parler foot, Barnabé la Plume vous offre gratuitement (*) un petit Manuel d’initiation aux expressions toutes faites du foot. Aujourd’hui, décortiquons l’expression suivante :

 

CHAPITRE 7 :

« Faire abstraction du contexte»

 

Définition : Faire abstraction du contexte est l’un des 147,12 réflexes pavloviens des joueurs et entraîneurs en conférence de presse lorsque le club de leur co€ur est en difficulté. Particulièrement commode à condition que le journaliste laisse suffisamment d’indices permettant au joueur de répondre en pilote automatique, selon une mécanique bien huilée, comme l’illustre l’exemple ci-dessous :

 

Exemple 1 : l’interview d’avant match

– Mathieu Bodmer, le match de ce soir s’annonce difficile ce soir, comment allez-vous faire pour l’aborder à titre personnel ce soir?

– Ce soir, à titre personnel, je vais faire abstraction du contexte.

– Ah bon, où ça ?

– Au genou gauche.

– Merci.

– Je vous en prie.

 

Définition 2, le retour de la suite : Mais qu’est-ce que c’est-y donc qu’il faut y faire abstraction sur, se demande Luis Fernandez. Dans « contexte », il y a « texte » bien sûr, mais il y a surtout un fourre-tout aussi magique que le cerveau de Nadine Morano : la crise du club miné par les mauvais résultats, les sifflets des supporters, les critiques médiatiques, le réchauffement climatique, Francis Lalanne, etc. Ou bien encore les décisions débiles de l’arbitre aux chiottes, la constipation d’Evra dans un bus. A moins que ce ne soit l’inverse. Bref, il faut donc faire abstraction de « tout ça », sous peine de rater son match ou pire, de ne pas recevoir la prime de victoire.

Figure 7c : l’art abstrait

« Euh…ouais, c’est vrai…faut que je fais abstrassion du contexte, c’est un truc je vais dire que…c’est prépondéré on va dire», La Joconde en pleine abstraction, Musée du contexte contemporain, Paris cedex.

 

Exercice pratique : déterminez le lien de parenté avec d’autres expressions du foot en vous référant aux chapitres précédents

Selon vous, l’abstraction du contexte est la cousine germaine:

  1. de ceux qui prennent les matchs les uns après les autres (allez voir le Chapitre 1) ;
  2. des compétiteurs (allez voir le Chapitre 3) ;
  3. de ceux qui veulent se concentrer sur le terrain (allez voir un futur Chapitre) ;
  4. de ceux qui veulent se concentrer autour du terrain (allez voir ailleurs) ;
  5. de tante Raymonde, technicienne de surface que l’on salue au passage.

 

Antonyme : Il est un père hâtif de distinguer l’abstraction du contexte de l’ablation du cortex, opération chirurgicale consistant à extraire certaines parties du cerveau d’un individu dans le but de diminuer de façon significative ses capacités cognitives. Il est généralement considéré que l’ablation du cortex offre une grille de lecture inédite des interventions publiques de Pascal Praud.

 

Qui est capable de faire abstraction du contexte ? La plupart des Homo sapiens, ce qui exclut d’emblée les membres des espèces inférieures tels que Frédéric Lefebvre, qui est de toute façon occupé à relire « Alfa Roméo et Juliette », le classique de William Saurin Shakespeare. Vous l’aurez compris, la capacité à faire abstraction du contexte est ce qui sépare véritablement l’Homme de l’animal ou le Philosophe d’Alain Finkielfraude. Mais alors, direz-vous, qu’en est-il du journaliste sportif, espèce assez proche de l’Homme? S’il est intuitivement tentant d’affirmer qu’il est incapable de la moindre abstraction du contexte, la communauté scientifique, bien que divisée, s’accorde sur une certitude : seule une minutieuse autopsie de Christian Jeanpierre permettra de trancher définitivement cette question.

 

Méthodologie: Le précepte essentiel à appliquer quand on veut abstractioner du contexte sans risque pour la santé, c’est de comprendre la différence fondamentale entre l’avant-match et l’après-match. Observons Claude Puel, né en 1961 à Castres et dont l’identité a été volontairement floutée ici pour préserver l’anonymat du coach lyonnais. En trois ans à Lyon, Puel a été obligé de faire abstraction du contexte 724 fois dont 1,4 fois avec le sourire. On comprend que l’abstraction du contexte soit désormais sa langue maternelle.

 

Exemple puelo-anonyme:

 

Claude Puel avant le match capital de ce soir:

« Il faut faire abstraction de tout ça et se concentrer sur l’essentiel. »

 

Claude Puel après le match capital de ce soir:

« Oui c’est un résultat cruel, mais je crois qu’il faut un petit peu savoir le replacer dans son contexte et garder son calme…Hugo… ? Hugo, attends !!! Excusez-moi, j’ai du lait sur le feu, punaise. »

 

Posologie : Quand faut-il commencer à faire abstraction du contexte ? Voilà une question qui intéresse les jeunes. D’après les plus récentes études médicales sur ce sujet aussi crucial qu’un abricot dans un taxi à Cherbourg, il convient de commencer dès le matin pour être bien prêt le soir du match. Prenez un beau gros contexte, avec de vrais morceaux de crise de confiance et de résultats dedans. Puis versez le contexte dans un verre d’eau salée comme l’addition. Procédez à l’agitation du verre comme si elle était populaire. Puis faites tourner le verre dans le sens contraire des aiguilles d’une Rolex de Séguéla en sifflotant l’air de la positive attitude de Lorie Raffarin. Avalez le breuvage d’un trait sans bouger les oreilles et le tour est joué : vous êtes assuré de réussir votre match capital de ce soir.

 

Exemple 2 : l’abstraction du contexte à la cafétéria Leclerc

 

Quelques heures avant un match capital, un contexte spécial…pardon, un envoyé ordinaire du journal l’Equipe que nous appellerons Régis, interroge un joueur que nous appellerons A pour préserver son anonymat:

–  Jérémy, disons-le tout net, tout va mal. Après le fiasco en Sudafriquie et votre rôle dans la rédaction de la fameuse lettre, vous faites une saison moyenne, vous n’êtes plus convoqué en bleu, votre club va mal, les supporters sifflent, votre femme vous a quitté… allez vous essayer de faire abstraction du contexte ce soir lors de ce match capital?

Jérémy fixe d’un regard amer son interlocuteur dont l’haleine avinée lui agresse les narines. Il semble hésiter un instant, las comme s’il se trouvait face à un enfant réclamant avec insistance sa glace au chocolat, puis se décide à articuler posément :

-Faire abstraction du contexte…Je vais essayer. Pas facile. Dès que j’y arrive, il y a toujours un journaliste ou un consultant pour me le rappeler, le contexte. Qui sait…peut-être même qu’un jour je n’arriverai plus à me contenir et que je lui mettrai mon poing dans sa gueule, au journaliste qui me pose des questions aussi…

Puis, se reprenant, il se résout à conclure avec un soupir fatigué :

– En attendant, je suis un joueur comme un autre. Donc je suis un compétiteur. Et je vais faire abstraction de votre contexte en me compétitant sur le terrain jusqu’au bout. Allez, dégage maintenant.

 

 

De l’abstraction du contexte en politique : Malgré toute la bonne volonté des divers acteurs du football, il est absolument certain que l’homme politique est le champion du monde en la matière. En effet, qu’il soit de gauche, de droite ou Eric Besson, il est aujourd’hui un con testé que l’homme politique a une capacité à faire abstraction du contexte hors du commun, tout en demandant régulièrement au contexte de voter pour lui. Si par malheur l’homme politique « dérape » en public, il ne manquera pas de rappeler que sa déclaration a été « sortie de son contexte ».

 

Exemple venu d’en haut :

 

-Alors Nicolas Sarkozy bonj…

– Ecoutez, Jean-Pierre Elkabach, je trouve ça quand même extraordinaire en France ces gens qu’ils y adorent donner des leçons mais qu’ils y veuille pas d’être dans l’action. Moi je fais abstraction du contexte et je me concentre sur le terrain, chuis dans l’action parce que c’est ça aujourd’hui que les français ils veulent.

– Mais concrètement ?

– Concrètement ? Mais je vais vous le dire, Jean-Pierre Elkabach, je vais vous le dire. On s’est réuni avec mon équipe, on a fait abstraction du contexte. On a étudié le terrain. On s’est concentré sur la pelouse. Et on a décidé que celle dans le jardin de l’Élysée était parfaite pour poser la tante de Khadafi.

 

Figure 43 : l’art concret

« Mais ouiiiii ! J’aimerais…hihihi, que dis-je, j’adorerais me faire abstraire mes deux contextes par les joueurs de l’Equipe de France ! Mais je ne voudrais pas qu’ils pleurent à nouveau…vous comprenez, je suis comme une mère pour eux. Hein ? Quels vaccins ?»

 

Exercice pratique : A l’aide d’un entonnoir et d’une perruque, soit deux bonnes raisons de boire Contrex, répondez à la question suivante sans recourir à des substances illicites :

Peut-on contextualiser l’abstraction et si oui, à quelle heure ?

 

Conclusion : Dans la vie, il faut toujours être à l’écoute de son cœur. Et de Jean Claude Van Damme de coeur que l’on paraphrasera ici en affirmant que l’abstraction du contexte n’est rien d’autre que le mouvement perpétuel à la portée de l’homme. Et inversement.

 

 

Lectures recommandées :

« Comment gagner un procès en faisant totalement abstraction du contexte», Denis Balbir, à paraître aux Editions Grandeur d’Ame, 200€

« Zadig et Voltaire, une leçon de vie moderne replacée dans son contexte », Frédéric Lefebvre, secrétaire d’Etat chargé du prêt-à-lire, éditions Culture pour tous, 2011

« Genève, mon amour – ou comment faire abstraction du contexte fiscal », Johnny Duras Halliday, Editions imbuvables, 2011

 

Bonus : la définition conceptuelle à mort à laquelle vous avez failli échapper si Barnabé avait assumé son autocensure jusqu’au bout : L’abstraction du contexte est au footballeur ce que l’ontologie conceptualisée est à Pape Diouf, c’est-à-dire un pensum existentiel, ce qui est assez keblarique d’un point de vue dangereusement penché. Il en résulte que l’abstraction du contexte ressemble beaucoup à la contraction du prétexte, mais pas trop car tirant un peu plus sur le gris clair, avec un angle droit inversé au milieu, tel un symbole chancelant. Il se peut que cette définition échappe à la compréhension du lecteur ; qu’il se rassure, ça lui fait un point commun avec l’auteur.

 

Encore plus que la démocratie de Ségolène, ce Manuel est participatif et toutes les idées d’expressions toutes faites sont bienvenues : transmettez-les à Barnabé via Facebook ici.

 

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* Les Cahiers du football proposaient en leur temps et proposent à nouveau « A partir de là, le parler foot haut en couleurs » (voir ici)

mais c’est payant…

 

Roazh Takouer

28 commentaires

  1. Vraiment simpa, même si je crains avoir été moi même victime d’une ablation du cortex car j’ai du relire certaines phrases plusieurs fois.

  2. J’aime Barnabé.
    Pour ce qui est de l’exercice pratique, je propose 18h? Mais je suis pas tout à fait sûr encore.

  3. l’abstraction du contexte est sans aucun doute le meilleur de Barnabé !

    j’ai adoré :
    « l’homme politique a une capacité à faire abstraction du contexte hors du commun, tout en demandant régulièrement au contexte de voter pour lui »

  4. Un autre con texte aurait été : « Si tu reviens, j’annule tout »

  5. Et on sait toujours pas ce qu’est une « solution finale »

  6. @Pascal-Edern :
    En même temps il n’y a heureusement que Gravelaine qui l’utilise celle là (la « solution finale »), et pour le coup il ne fait pas abstraction du contexte (match de l’Allemagne)!

  7. « Qui est capable de faire abstraction du contexte ? La plupart des Homo sapiens, ce qui exclut d’emblée les membres des espèces inférieures tels que Frédéric Lefebvre, qui est de toute façon occupé à relire « Alfa Roméo et Juliette », le classique de William Saurin Shakespeare. »

    J’aime ce genre de ‘boîte’ bien placées.

    Bravo Barnabé, continuez ainsi et les moutons seront bien gardés.

  8. Ouais…je trouve le texte dans son ensemble pour le moins keblarique.

  9. Enorme ! J’ai encore rien lu mais le titre est déjà extraordinaire. Voilà. Bon, à partir de là je crois que je peux dire que je vais prendre les mots les uns après les autres.

  10. Ah bah ça y est j’ai tout lu. C’était superbe. Sinon pour la question c’est oui (évidemment) et 8h45 (entre le train de 8h30 qu’on vient de rater et celui de 9h qu’on attend mais qui sera sans doute en retard)

  11. « Euh…ouais, c’est vrai…faut que je fais abstrassion du contexte, c’est un truc je vais dire que…c’est prépondéré on va dire», La Joconde en pleine abstraction, Musée du contexte contemporain, Paris cedex.

    Décalé, argumenté, énorme! Comme une interview de Dassier par CJP.

  12. Ah mais c’est très bon ça.
    Par contre, les photos font un peu peur, surtout celle de Vaseline Bachelot.
    Vivement le chapitre 8 et merci.

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