Nice-OM (0-3) : La Canebière Académie souille
Étrange, cette sensation. Pas désagréable, mais inhabituelle.

Aïoli les sapiens,
À quelques semaines de fêter notre dixième anniversaire sur horsjeu.net (mâtin ! quel site !), la brillante victoire de l’OM à Nice nous amène à un constat relativement incroyable : nous n’avons pas souvenir d’avoir académisé un match au cours duquel nous avons démonté un adversaire que nous ne pouvons pas piffer. Des défaites anales, ça on en a eues, avec des scénarios humiliants et des Monsieur Lapin à foison, rien que l’Olympique lyonnais nous en remplirait des pleins carnets d’archives. Des victoires plus ou moins difficiles contre des méchants, ça aussi, on a eu l’occasion d’en rendre compte. Et même une contre Paris, tiens, au cours de ces dix ans, c’est dire si on frôle la routine.
En revanche, pardonnez la vulgarité, mais passer toute une après-midi à chier sur un stade d’enculés, ça, de mémoire nous n’avons jamais eu l’occasion de vous le narrer. Cela nous laisse d’ailleurs démunis : académiser une telle démonstration, c’est comme cuisiner des Saint-Jacques pochées au safran : jusqu’à ce week-end on n’avait jamais essayé.
Faut-il tenter la manière noble ? « Oui, c’est une belle victoire contre un adversaire historique, savourons-la sans excès et dans le respect » ? Mon vier, ne soyons pas hypocrites non plus.
La manière pondérée ? « En fait Nice c’est devenu mauvais, on ne va pas se vanter d’avoir éclaté des gros nullards » ? N’a fout’. Pour une fois que ce n’est pas nous qui nous trouvons dans la position du cocu, gardons-nous de relativiser un si bon moment.
La manière politique ? « Le derby de la Région Sud a donné un beau vainqueur, à l’issue d’un match qui a fait honneur au sport régional ON TE L’A MIS BIEN PROFOND, CON DE CHAUVE » ? Non, ça on le laisse à Renaud Muselier.
Dans le doute, cette académie d’une performance hélas trop exceptionnelle s’écrira dans cet habituel mélange d’ironie anglaise et d’élégance sophistiquée qui fait tout son sel si apprécié par vous, chers lecteurs. Et le tout dans le respect, bien évidemment.
Le point mercato
Alors que s’entame cette dernière semaine de transferts, deux grosses fiches de paie nous quittent : Kevin Strootman rempile pour un prêt au Genoa, un partie de son salaire restant néanmoins payées par nous, le service comptabilité y tenant absolument pour des raisons sentimentales.
Milik tentera quant à lui de se relancer à la Juventus dans le cadre d’un prêt payant avec option d’achat. La fragilité physique de notre attaquant n’a pas rebuté le service médical de la Vieille Dame, dont la réputation de faiseurs de miracles n’est plus à démontrer. On regrettera quant à nous que la période d’Arkadiusz à l’OM fût constituée essentiellement de promesses peu concrétisées.
Dans le sens inverse, le défenseur international ivoirien Éric Bailly nous arrive de Manchester United avec, comme pour le précédent, l’espoir de se retaper sportivement et physiquement.
Les joueurs
Lopez
Mbemba – Balerdi – Kolasinac (Bailly, 58e)
Clauss (Kaboré, 77e) – Rongier – Veretout – Tavares (Gueye, 77e)
Guendouzi – Payet (Bakambu, 67e)
Sanchez (Suarez, 67e)
Samuel Gigot suspendu après son AVC subi contre Nantes, Balerdi prend place dans l’axe d’une défense complétée par Kolasinac. Gerson est absent, en espérant que la raison en soit sa blessure et non un placement sur la liste des départs de dernière minute. Le trio offensif paraît une nouvelle fois baroque, même si les résultats tentent obstinément d’instiller en nous l’idée que Tudor sait ce qu’il fait. De toute façon, l’association Payet-Sanchez dès le coup d’envoi suffit à faire de nous des êtres emplis de paix, de beauté et d’amour.
Le match
Nice nous oppose dès les premiers instants un quadrillage agressif qui nous prive de toute possibilité de progresser dans leur camp. En miroir, dès que les Azuréens ont le pied sur le ballon, le bloc marseillais se mue en service d’ordre antifasciste dans un défilé de cheminots. En fait de football, nous semblons voir la préparation d’une guerre de tranchées entre deux équipes jumelles, si ce n’est que l’une des deux n’a pas été autant que l’autre irriguée en oxygène pendant la gestation. Nice presse, mais plus timidement que nous. Nice tente de se projeter devant, mais beaucoup moins adroitement que nous. La défense niçoise se veut infranchissable, mais laisse beaucoup plus de trous que nous. En fait, Nice veut faire comme nous, mais sans en avoir les moyens. Contre toute attente, cette faiblesse technique n’est pas compensée par l’agressivité ; pourtant, d’ordinaire la seule équipe moins bien accueillie que nous par le public et l’effectif niçois, c’est l’équipe nationale d’Erythrée au challenge transalpin de course d’orientation.
C’est ainsi qu’après une première belle occasion de Payet, Guendouzi victimise un Niçois à 35 mètres de son but. Clauss rattrape un contrôle moyen par un admirable coup de reins, qui lui permet de faire la différence et de servir Sanchez dans la surface. Alexis enchaîne contrôle et sacoche en lucarne avec une rapidité telle que le gardien ne peut que faire la même chose que nous : ouvrir la bouche et admirer (0-1, 10e).
L’OM mène sa première période de la façon que l’on commence à connaître, à savoir gérer les offensives adverses tout en produisant des séquences de torture offensive de plusieurs minutes. Après quelques minutes marquées par certaines timides tentatives adverses, nous ré-enclenchons ainsi la marche avant du bulldozer à la demi-heure de jeu, quand Balerdi échoue de justesse à reprendre un centre de Clauss. Nos milieux se chargent d’aplatir le semblant de jeu niçois avant de nourrir les artistes de devant. Nice bétonne son côté gauche ? qu’à cela ne tienne, Dimitri aère le jeu d’une magnifique transversale vers Guendouzi, qui a permuté pour l’occasion et sert derrière lui Nuno Tavares. Le Portugais nous sert alors sa spécialité, le pétard au premier poteau, que le temps de réaction holothuriesque de la défense et du gardien ne peuvent en rien empêcher (0-2, 37e).
La session à thème « on tape jusqu’à ce qu’on soit fatigués » ne s’arrête pas là, en témoigne le nombre de nos joueurs qui se projettent encore à l’avant quand Payet s’ouvre le camp adverse d’un merveilleux contrôle orienté. Le ballon navigue de l’axe vers la gauche entre Sanchez, Payet, Rongier et finalement Tavares, qui rallume un nouveau Mammouth : Schmeichel père aurait paré la balle en corner puis mangé son défenseur le plus proche, dont il aurait lancé les ossements aux autres en hurlant des insanités en Danois. Schmeichel fils, lui, se montre plus fragile et repousse piteusement dans l’axe, d’où surgit Sanchez pour tacler le ballon au fond de la cage (0-3, 42e).
Seul l’horaire familial du match nous empêche à la mi-temps de nous élever en hélicobite au-dessus du canapé, tant est nette la rouste infligée à nos rivaux. Rappelons cependant que l’an dernier à la même époque, nous avions réussi à gâcher un avantage de deux buts contre Bordeaux : notre atavisme pour les performances salopées nous empêche ainsi d’être pleinement confiants pour les 45 minutes restantes.
Nous nous rassurons néanmoins rapidement, puisque les fiers et virils niçois continuent à se liquéfier en pleurant comme s’ils avaient lu un tweet de Sandrine Rousseau (surnommée dans le milieu : « la kryptonite des beaufs à couilles »). L’OM passe en mode gestionnaire et laisse la défense repousser les assauts sans grosse frayeur. Les remplacements adverses ne changent pas grand-chose à l’affaire, tandis que les nôtres nous permettent de reposer notre duo de vétérans, puis de renforcer la défense. Bailly et Kaboré font ainsi leurs premiers pas chez nous, de manière tout aussi anecdotique que nos quelques occasions ratées sur contre-attaque, ou encore de cette sombre histoire de points « Dehors », fomentée par quelque esprit malade pour nuire à cet entraîneur que, personnellement, j’ai toujours soutenu.
Les notes
Lopez (3/5) : A tranquillement empêché de nommer « occasions de but » les tirs niçois, assez nombreux malgré tout.
Mbemba (4/5) : Massif et rassurant comme le platane de Lamanon, mais en plus mobile.
Balerdi (4/5) : Leonardo Balerdi, c’est comme une soupe à la crotte : quand on oublie d’y mettre des crottes, c’est délicieux.
Kolasinac (3/5) : Comme le dit le dicton bosnien : « Tu prêtes à un ami, tu réclames à un ennemi ». Or le 2 novembre 2021, Nicolas Pépé a emprunté à son coéquipier d’Arsenal une ponceuse à ruban qu’il ne lui a jamais rendu. Sead a profité de ces retrouvailles pour le lui rappeler amicalement (« Maintenant, c’est soit ma ponceuse, soit ta cheville. T’as jusqu’au match retour pour y penser. »)
Bailly (58e, 4/5) : Étrenne son nouveau maillot avec implication et efficacité, le tout déjà assorti d’un sens de la tradition remarquable : quand il a vu Valentin Rongier réussir la volée de sa vie, Éric s’est empressé de s’interposer devant le tir pour éviter l’impensable.
Clauss (4/5) : From Quevilly-Rouen-Métropole to faire des passes décisives à Alexis Sanchez real quick.
Kaboré (77e) : Une entrée très intéressante ; le jour où on trouvera un bon tireur de coup-franc en face de nous, ce serait cependant une bonne idée de ne pas commettre plusieurs fautes à 25 mètres de nos buts.
Rongier (4/5) : Récompensé de son bon match en étant placé latéral gauche, un poste qu’il n’avait pas encore dans sa collection de postes.
Veretout (3/5) : Quelques vilaines pertes de balle dignes de Michaël Cuisance (sauf que Michaël Cuisance, lui, il ne faisait que ça du match). Dans le cas de Jordan, on est plus sur du défaut cosmétique.
Tavares (4/5) : Encore heureux, qu’il perde parfois des ballons bêtement : s’il réussissait tout, on ne pourrait pas se le payer. Pablo Longoria, dans les magasins d’électro-ménager, c’est le genre à prendre les modèles d’exposition : ok, il y a des rayures, mais ça coûte deux fois moins cher pour une performance égale.
Gueye (77e) : Presque surpris de voir réapparaître Pape dans cet effectif que le mercato transforme en hall de gare.
Guendouzi (4/5) : « Fermez les yeux. Inspirez profondément. Vous êtes placé au milieu de terrain, derrière vos attaquants. Vous rentrez dans le lard de vos adversaires puis vous transmettez des ballons propres à vos offensifs. Vous êtes serein. Vous êtes prêt à le refaire. Avancez d’un pas. Encore. Puis encore. Vous êtes maintenant milieu offensif, mais vous ne changez rien à ce que vous faites : vous rentrez dans le lard de vos adversaires. Vous donnez des ballons propres à vos offensifs. Vos offensifs marquent. Vous êtes heureux. » Ces séances de sophrologie sont si efficaces que non seulement Mattéo s’adapte à son nouveau poste, mais en outre il ne pense plus à gueuler sur les arbitres.
Payet (4/5) : Je n’ai jamais vu un duo puer autant le sexe depuis Scarlett Johansson et Javier Bardem dans Vicky Cristina Barcelona.
Bakambu (67e) : Profite des derniers jours d’août pour faire un peu de tourisme sur la côte.
Sanchez (4+/5) : On va se calmer et penser que pour son premier match, Valère Germain aussi nous avait offert un triplé digne d’un grand attaquant. Donc, patience, mesure, et on attend de voir ce que cela donnera sur le long terme non mais je plaisantais, hé, t’es con ou quoi ? Bien sûr que je bande.
Suarez (67e) : L’équipe n’avait pas lieu d’activer le mode « pressing de phacochère en rut », donc Luis a pu pour une fois la jouer relativement à l’économie.
L’invité zoologique : Lucien Phasme
Parmi toutes les stratégies de survie développées par le monde animal, aussi fascinantes et inventives les unes que les autres, le phasme s’est saisi de la moins ambitieuse de toutes : imiter la brindille. Une stratégie de camouflage qui en fait un invité particulièrement approprié pour évoquer les ambitions de nos adversaires du jour.
- Les autres : Ça régresse dans l’intensité, ça régresse dans la qualité technique, ça régresse au poste de gardien, et donc ça régresse dans les résultats. On relèvera l’application d’Aaron Ramsey à saloper des coups-francs bien placés, au grand soulagement des Ultras Niçois (dame ! il ne faudrait pas qu’il arrive quelque chose à Jean-Marie).
- Le classement : Nous revenons à égalité de points avec le PSG, mis en échec par Monaco. Cela ressemble pour l’instant à un début de saison réussi.
- Coming next : Ça y est, nous entrons dans le gentiment dantesque, avec deux matchs par semaine jusqu’à la mi-septembre, soit dans l ‘ordre : Clermont, Auxerre, Tottenham (vous ai-je seulement dit que nous étions qualifiés en Ligue des Champions ?), Lille, Francfort et Rennes.
- Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Babas remporte le concours zoologique.
Bises massilianales,
Blaah
Vé le chameau, je vais t’appeler professeur! Je t’ai déjà dit que j’apprenais un mot à chaque fois que je te lisais, et ce depuis bientôt dix ans.
Toujours le meme bonheur de venir lire le debrief du match après les quelques heures nécessaires au reatterrissage. Ce subtil dosage entre impertinence pertinente et vulgarité non vulgaire c’est du trinitrotoluène !
Je suis supporter Parisien. Et juste pour le plaisir de vous lire chaque semaine j’aurais presque envie de changer de camp. Ne changez rien.