Aïoli les sapiens,

La pitié est la faiblesse du gentil : de l’extrême-droite à Lord Voldemort en passant par le cancer, la littérature regorge de maux devenus dévastateurs pour n’avoir pu être éradiqués du temps de leur faiblesse.

De la même manière qu’avec Bordeaux il y a deux ans, l’OM 2023-2024 a su mettre ses errements de côté et surtout abdiquer toutes ces notions désuètes de noblesse d’esprit, de chevalerie ou de grandeur d’âme, pour traiter son adversaire à terre de la manière qui convient à un gentleman : du pied gauche.

Faut-il donc s’avilir à autant se moquer de ces lyonnais agonisants ? Certainement pas, pour plusieurs raisons :

  • rien ne garantit que nous ne trouvions pas dans la même situation dans un futur proche ;
  • quand l’adversaire honni connaît une telle déchéance, lui jeter des poignées de boue nous salirait plus qu’il ne l’est déjà lui-même ;
  • et surtout, souvenons-nous que voir un adversaire moqueur fait beaucoup moins mal que voir un adversaire heureux ; contentons-nous simplement de savourer cette branlée obtenue grâce à une attitude exemplaire, et ne gâchons pas par des pensées malsaines ce bonheur d’autant plus précieux qu’il risque de rester rare.

Comme le dit le proverbe, « il est malvenu de tirer sur l’ambulance, sauf si Jean-Marie Le Pen est dedans ». Aussi, plutôt que des sarcasmes, exprimons donc nos pensées compatissantes aux supporters lyonnais menacés de se voir privés coup sur coup de leurs deux principales idoles. On sait ce que ça fait, on l’a vécu avec Michael Jackson et David Bowie.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Murillo – Mbemba – Gigot – Balerdi – Renan Lodi (Clauss, 79e)
Veretout – Harit – Ounahi (Gueye, 83e)
Vitinha (Nadir, 83e) – Aubameyang (Sarr, 71e)

On rigole, on rigole, il n’empêche qu’à l’annonce des compositions, on n’en menait pas large. Outre le forfait longue durée de Rongier, l’OM est privé de Correa broyé par un défenseur de l’Ajax et de Kondogbia découpé par un Rennais. Ndiaye, quant à lui, écope de trois matchs de suspension pour son expulsion également contre Rennes, une sanction qui pourrait être acceptable si seulement la commission de discipline avait eu la main aussi leste pour condamner d’autres attentats similaires commis lors de la dernière journée. Comme pour Correa, ce n’est pas que l’absence d’Illiman provoque un vide sportif évident, mais toutes ces absences mises bout à bout posent toute de même un petit problème, ne serait-ce que quantitatif. Si l’on ajoute au tableau la grippo-chiasse de Clauss, le seul renfort de l’effectif provient finalement de Pape Gueye, qui a achevé de liquider ses quatre mois de suspension et l’héritage foireux de Jacques-Henri Eyraud.

C’est avec cet effectif branlant que Gattuso prépare – tatatsoin – UN COUP TACTIQUE. De Rudi Garcia contre Monaco à Laurent Blanc en Ligue des Championsen passant par l’oral de rattrapage de Kévin Sèguepas au baccalauréat 2017, le 3-5-2-poker préparé la veille du match a souvent été à l’origine de performances d’anthologie. Autant dire qu’au coup d’envoi, le principal vecteur de confiance réside dans la nullité des lyonnais. Et encore, siles observateurs nous ont tant vanté cette nullité, nous n’avions pas eu l’occasion de la constater par nous mêmes. C’est que dans un tel contexte, un Lyon nul risque de ne pas suffire à nous voir gagner, ce qu’il nous faut c’est un Lyon outrageusement, fabuleusement, dantesquement nul. En l’état et sans trop dévoiler du match, on peut confirmer qu’en effet, lesdits observateurs ne nous avaient pas trompé sur la marchandise.


Le match

L’OM commence le match en tripotant aimablement la balle ; nous offrant la première satisfaction de voir des joueurs pour la plupart très impliqués au duel. A part Ounahi, qui semble oublier que la tronche de notre milieu de terrain impliquerait qu’il fasse un tout petit peu l’effort de récupérer des ballons, tout le monde met la main à la pâte pour bloquer les relances adverses, obtenir des seconds ballons et maintenir le danger aux abords de la surface lyonnaise. L’affaire est dans un premier temps peu productive mais, exceptés les quelques transperçages d’Ounahi sus-cités, le danger n’approche quasiment pas de nos buts. La défense à trois autorise nos centraux à se livrer au pressing sans ouvrir la Mer Rouge derrière eux, et les latéraux eux-mêmes semblant à l’aise dans le schéma proposé.

Toutefois, hormis une lourde au-dessus de Veretout sur un centre mal renvoyé, les occasions n’abondent pas. Plus que sur la finesse des approches, c’est sur la pression constante infligée à la défense que nous paraissons fonder nos espoirs. Très convaincant ce soir dans son imitation du cèleri-rave, Cherki se fait éplucher par Renan Lodi, ce dont profite Harit pour lancer Aubameyang. Lucide, Jean-Bite ne dire pas mais sert à côté de lui Vitinha, qui marque en déséquilibre (1-0, 21e). Les lyonnais hurlent à la faute initiale de Lodi et nous-mêmes, connaissant nos antécédents arbitraux, n’aurions pas été plus surpris que cela de voir les arbitres vidéo faire annuler le but. Celui-ci est pourtant confirmé, sans doute sur la base de l’attitude de mollusque du Lyonnais sur le duel en question. Parallèle amusant : l’année de leur relégation Bordeaux n’avait plus perdu à domicile contre nous depuis 44 ans, or 44 ans c’est précisément la durée qui nous sépare de la dernière décision arbitrale litigieuse en notre faveur contre Lyon. Nous laisserons les statisticiens dresser ls conséquences qui s’imposent.


A la différence du match précédent, quand les Olympiens ont fait trébucher le moribond, ils le piétinent. Les Lyonnais sont résignés comme les judokas qui viennent de se faire planter dans le tapis par Teddy Riner et qui entendent l’entraîneur de ce dernier crier « enchaîne au sol, bordel ! ». Après une première tentative de clé de bras de Vitinha, d’un enroulé à côté, ce sont Aubameyang et Murillo qui travaillent l’osae-komi : Jean-Bite retrouve la plus belle vitesse de ses années stéphanoises pour déposer son adversaire à gauche de la surface, et centre pour Murillo oublié au deuxième poteau (2-0, 25e).

L’analogie avec le judo s’arrête ici, puisque dans les sports de combat le perdant aurait déjà été renvoyé à la douche pour lui épargner tout dommage supplémentaire à son physique, à son mental ou à sa dignité. Les footballeurs, eux, ont signé pour en chier 90 minutes quoiqu’il arrive, et seule une belle horizontale de Lopes à la fin d’un mouvement Harit-Aubameyang-Veretout empêche de garnir un peu plus leurs valises. Tout n’est certes pas parfait : des transmissions plus tranchantes d’Harit ou Ounahi auraient pu nous procurer des occasions supplémentaires, et Lyon parvient à se montrer relativement dangereux, ou en tout cas à tenter des centres. Défensivement, quoique pas toujours académiques, les interventions de notre trio sont toujours efficaces.

Reste alors à négocier correctement la mi-temps, afin de surtout pas remettre les lyonnais dans le match. La reprise s’avère ainsi un peu inquiétante, avec des duels moins tranchants et par conséquent des lyonnais plus constamment dans notre camp. C’est ainsi qu’un attaquant traverse en ligne droite toute notre défense occupée à se regarder le nombril, pour venir échouer en bout de course devant Lopez. La bourde aurait pu s’avérer désastreuse, mais elle a le mériter de reconcentrer nos arrières. Un tacle autoritaire de Gigot renvoie ainsi le ballon dans un milieu de terrain aussi désert que la préfecture du Rhône en août 1944.Aubameyang s’en saisit et lance immédiatement Vitinha. Ses duels avec Domagoj Vida en Ligue Europa avaient montré le penchant de Vitor pour les combats d’esthètes avec des défenseurs centraux croates. Notre attaquant retrouve ainsi Lovren avec un plaisir non dissimulé, si bien que les deux joueurs s’emplâtrent dans un « boum » qui fait sursauter toutes les tribunes. Pendant que le lyonnais profite de l’herbe marseillaise pour faire le point sur sa vie, Vitinha se relève en criant « ouaiiiis,content ! », reprend la balle et adresse un centre parfait pour Aubameyang. La reprise de Jean-Bite crucifie Lopes, figé dans une pose christique très liée au calendrier religieux du moment à Lyon (3-0, 53e). Soit dit en passant et sans vouloir nous vanter, bien que la Canebière Académie n’ait pas manqué en quinze ans d’existence de tenter des trucs bizarres, je crois qu’associer Anthony Lopes à un événement intitulé « Fête des Lumières » représente une audace inédite dans tout le journalisme français.


Dès lors, les lyonnais paraissent délaisser le football pour reporter le peu de volonté qui leur reste sur des combats plus utiles, la légalisation de l’euthanasie par exemple. De notre côté, sans insister particulièrement pour corser l’addition, nous en sommes pourtant proches à deux reprises. Vitinha conclut ainsi un cafouillage sur corner mais voit son but refusé pour une légère faute de Gigot. En toute fin de rencontre, c’est le poteau qui prive Nadir d’un joli cadeau, s’opposant à son plat du pied consécutif à un ballon mal renvoyé.

Toute analyse étant à pondérer par la faiblesse d’un adversaire qui ne paraît d’ores et déjà plus rien avoir plus à foutre de quoi que ce soit, cette équipe n’en a pas moins montré des mérites qui n’appartiennent qu’à elle : la concentration et l’intensité au duel étaient quasi-constantes, les joueurs ont paru s’approprier sans difficulté ce nouveau système, au point qu’on aimerait bien le revoir tenté ultérieurement, et l’association Vitinha-Aubameyang paraît profiter aux deux attaquants. L’OM a montré qu’il pouvait nous procurer encore quelques belles soirées de football, fût-ce contre des morts-vivants. C’est une satisfaction dont les joueurs devront se souvenir.


Les joueurs

Lopez (3/5) :

  • Monsieur Lopez, vous souffrez d’un syndrome anxio-dépressif lié aux conditons professionnelles. Je ne vous prescris pas d’arrêt de travail mais vous allez me suivre un traitement : deux comprimés d’Atakanréné® à chaque repas puis dix gouttes de Cherkizette au coucher. Avec deux semaines de ce traitement, vous serez totalement retapé.
  • Merci docteur. Est-ce qu’il y a des effets secondaires ?
  • Non, ne vous inquiétez pas, c’est totalement inoffensif.

Murillo (4/5) : Mais c’est que ça a l’air de lui plaire, ce 3-5-2, à ce petit fripon.

Mbemba (4-/5) : Trois défenseurs pas simples à noter individuellement, tant chacun a pu à tour de rôle commettre des approximations, mais aussi rattraper celles des camarades. Pour tout dire, hormis l’occasion lyonnaise en début de seconde période, on n’a pas le souvenir de les avoir vus déconner tous les trois en même temps. C’est ce qu’on appelle une boucle de redondance, je crois, dans le domaine de la sécurité.

Gigot (4-/5) : Déjà qu’en temps normal le fait de n’avoir personne derrière lui n’empêche pas Samuel de se livrer comme un furieux au pressing, alors en étant couvert par deux coéquipiers je te raconte pas.

Balerdi (4-/5) : Un point commun avec nous, supporters, qui passons notre tempsà soupirer « pfiou, on est nuls mais n’oublions pas qu’on pourrait tout aussi bien être à la place de Lyon », Leo a dû passer son match à soupirer « pfiou, il m’arrive d’être nul mais n’oublions pas que je pourrais tout aussi bien être à la place de Caleta-Car ».

Renan Lodi (3/5) : Ya des profs, ils ont des marottes. Par exemple, un élève qui fait des super rédactions mais qui met un accent circonflexe à « fût » au passé simple, ça l’agace et du coup, paf, il sacque. Bah moi Renan Lodi c’est pareil, même quand il fait presque tout bien il ne peut pas s’empêcher de défendre à deux mètres sur les centreurs, et moi je comprends pas pourquoi donc, paf, agacé derechef.

Clauss (79e) : Il manquait un but à 38°C de fièvre, pour nous venger de la gastro d’Houssem Aouar il y a quelques années.

Ounahi (3-/5) :Un côté « touriste » en première mi-temps d’autant plus énervant que tous ses copains mettaient du cœur à l’ouvrage. Mieux en deuxième mi-temps, mais en même temps même un unijambiste aurait été à l’aise contre de tels adversaires.

Veretout (4/5) : Bon, on sait que le milieu Veretout-Ounahi, ça fonctionne parfaitement dans les matchs faciles. C’est un acquis. La chose méritera ceci dit d’être éprouvée à un niveau un chouïa supérieur.

Harit (4-/5) : Si le milieu a fonctionné, c’est aussi parce qu’Amine ne s’est pas planqué au moment de participer à la récupération du ballon. Le seul regret dans ce match accompli, finalement, c’est de ne pas l’avoir vu figurer aux statistiques de buts ou passes décisives.

Vitinha (4/5) : Quand Vitinha joue comme un gros bourrin sans pouvoir se procurer une occasion, c’est excessivement frustrant. Quand Vitinha joue comme un gros bourrin avec un attaquant présent à côté de lui pour en tirer les fruits, cela devient soudain plus séduisant. C’est un peu notre Marion Cotillard à nous, en quelque sorte, faut juste bien l’accompagner.

Nadir (83e) : Passé à un poteau près d’un très, très bon souvenir.

Aubameyang (4+/5) : Encore un buteur qui incarne la fameuse théorie du ketchup de Cristiano Ronaldo (« Les buts d’un attaquant c’est comme le ketchup, ça finit toujours par venir mais parfois il faut bien lui taper dans le fond d’abord » – [note à la rédaction : citation à vérifier, n’ayant pas internet aujourd’hui je la reprends de mémoire])

Sarr (71e) : Un petit peu en retrait, ce qui est dommage tant cette équipe lyonnaise était une ode à la gourmandise.


L’invité zoologique : Duje Caletasoar

Direct héritier du vélociraptor capable d’ouvrir un ventre d’un coup de griffe, le casoar est avant tout un énorme enculé, qui ne constitue plus heureusement qu’une survivance anachronique et bientôt vouée à l’extinction. Il était donc l’invité approprié pour commenter avec nous cette fossilisation.

  • Les autres : considérons que quelques subtils indices glissés ça et là dans l’académie suffisent à vous faire une idée de ce que l’on pense de ce club et de cette équipe. Nous n’en rajouterons donc pas, sauf pour souligner le triste symbole que représente Lacazette dans ce naufrage. On dirait Manuel Valls sur Cnews, le gonze a beau avoir été premier ministre au temps de sa gloire, même si on lui laisse toujours un bol de soupe en lui disant « tu restes ici chez toi », on voit bien que plus personne ne le respecte, à commencer par lui-même.
  • Le classement :Angoissés du maintien il y a deux semaines, nous revoici à trois points de l’Europe, en espérant au moins avoir calé les étagères pour ne pas redescendre de nouveau.
  • Coming next : Lorient, Toulouse, Clermont (plus Brighton en coupe d’Europe). On chanterait bien la sérénité que nous inspire le fait que tout point éventuellement perdu contre ces adversaires rapprochera un rapprochera un peu plus Lyon de la Ligue 2, mais on n’a plus de temps à perdre avec ces conneries. Un bas de tableau, mettons-nous une fois pour toutes dans la tête que ça s’aplatit et puis c’est marre, on a un ventre mou à quitter, nous.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky. Dromadame remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

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