OM-Monaco (0-1), La Canebière académie se laisse glisser

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On connaît la chanson.

Aïoli les sapiens,

Commençons par nous poser autour d’un beau verre, entre copains, comme Leonardo Di Caprio et ses potes à la fin de Dont’Look Up : on feuillettera l’académie du match aller à Monaco () et, alors que les météorites commencent à ravager tout notre environnement, nous conclurons d’un soupir : « on avait tout pour être heureux, quand on y pense ».

De la même manière que les scientifiques du GIEC auraient pu intituler leur dernier rapport : « Eh c’est bon, mon vier, maintenant », tout suiveur de l’OM sait que sa santé mentale passe désormais par la résignation à l’inéluctable, dont il n’est plus question de contrecarrer la survenue mais uniquement d’en limiter les dégâts. À force d’atermoiements, d’expérimentations hasardeuses et de trouille constante y compris face aux plus faibles, Sampaoli a instillé la lose au plus profond de cette équipe aussi sûrement que la clope fait germer ses carcinomes au fond des alvéoles pulmonaires. La mentalité de perdant, ça ronge à bas bruit, ça émet des alertes négligées, et le jour où ça se déclare on passe directement de la deuxième place aux soins palliatifs. La défaite on connaît : quand il y a encore quelque chose à faire on s’énerve mais ici, on est suffisamment habitués à reconnaître les causes désespérées pour savoir que tout est perdu. Alors on ne s’affole pas, on met toutes ses affaires en ordre et on espère finir dignement la saison en sauvant ce qui peut l’être, tout en attendant de reconstruire quelque chose de sain l’année prochaine, à peu près comme on le fait chaque année depuis dix ans.

On n’aimerait pas être à la place de Longoria ce printemps, qui va devoir activer sa paille magique (c’est comme une baguette magique, mais creuse pour laisser passer les fluides surnaturels) sur divers chantiers :

– réaliser un miracle pour Saliba et Kamara ou bien parvenir à les remplacer à talent équivalent, ce qui n’en tiendrait pas d’un moindre prodige ;

– remercier Sampaoli avec une jolie prime en cas de qualification en Ligue des Champions, et un coup de pied au cul dans le cas inverse, et trouver la perle rare qui saura allier passion, résultats et stabilité (car ici nous prenons le parti de juger Sampaoli insuffisamment cramé pour être sacqué de suite, mais assez pour ne pas devoir rester une saison de plus) ;

– s’assurer que ledit futur entraîneur, s’il exige de dépenser pour recruter des joueurs, ce sera bien pour les faire jouer et si possible à leur poste ;

– trouver les moyens juridico-financiers de faire signer un contrat de travail à un joueur professionnel en étant exposé à une interdiction de recrutement à main droite et à nos poches vides à main gauche ;

– convaincre les cadres de l’équipe que ce ne sont pas des losers-nés, notamment Payet qui se prépare un passage à l’OM aussi légendaire que celui de Guilhem Guirado dans le XV de France (pour les non-connaisseurs, il s’agit de faire coïncider le début et le fin de son mandat exactement aux bornes d’une période de disette absolue de l’équipe, au point d’en devenir l’incarnation de la défaite malgré un talent certain).

Au vu des valises que ce bon Pablo affiche sous les yeux, on peut sans trop se tromper imaginer que ce travail a débuté, qu’il est aussi difficile que prévu, et que pour tenir à deux heures de sommeil par nuit il a déjà vidé l’équivalent des pharmacies de Tadej Pogacar et Keith Richards réunies.

Voilà pour ce qui est du long terme. Quant à l’immédiat, on demandera à nos onze mastres et à celui qui les dirige de faire preuve d’un minimum de courage et de confiance pour ne pas finir la saison en catastrophe totale, sans parler d’une hypothétique victoire européenne qui paraît aujourd’hui si éloignée de notre réalité qu’on évitera de faire semblant d’y croire.


Les Longorious Basterds

Lopez
Rongier (Lirola, 80e) – Saliba – Caleta-Car – Luan Peres (Kolasinac, 80e)
Guendouzi – Kamara
Gerson – Payet
Milik – Bakambu (Dieng, 65e)


Ünder est absent pour cause de maladie, ce qui représente le seul événement notable dans l’effectif. Ah si, aussi Jorge Sampaoli a revu Shining dans la semaine, et depuis il a la phobie des couloirs. C’est donc un onze 100 % joueurs axiaux qui est proposé, tous les latéraux ou ailiers étant sur le banc. Dans ce schéma, Payet et Guendouzi notamment se trouvent relativement libres. Sur le plan des expérimentations tactiques, Rongier demeure milieutéral, Kamara cesse de jouer centralinelle en ne reculant qu’aux moments strictement nécessaires et, nouveauté, Gerson se voit assigné à une place de miliailier droit.


Le match

Par rapport aux purges vécues récemment contre Clermont ou Troyes (entre autres), l’OM se montre bien plus conquérant, à la fois dans les duels et dans la volonté de jouer vers l’avant. Ceci appelle dès le début de match cette première remarque : pourquoi foutredieu de putain de merde n’avez-vous pas fait ça contre les clubs plus faibles ? Si nous sommes capables d’aller chercher les Monégasques dans leur camp et de les gegenpresser comme des brutes dès la perte de balle, pourquoi pas les Messins ? Le pire est finalement d’avoir rendu ce match crucial, du fait d’avoir perdu auparavant un wagon de points à force de trouille et de lâcheté. Mais nom d’un cul, vous allez pas me dire que vous préférez pas voir Kamara tacler dans le rond central et se projeter dans le camp adverse, plutôt que de le voir se replier entre Saliba et Caleta-Car dès qu’Erik Palmer-Brown a le ballon pour l’ESTAC Troyes à soixante-dix mètres de notre but ?

Bien que souffrant d’être fixé au poste habituellement occupé par Ünder, Gerson bénéficie lui aussi d’un positionnement plus avancé qui lui permet de récupérer haut et de combiner. Kamara et Guendouzi se projettent, Payet trouve de la liberté et en bénéficie avec un entrain qui fait plaisir à voir, bref, on retrouve en cette première période un OM sinon séduisant, du moins cohérent avec ses qualités et avec les enjeux du soir.

Bien sûr, l’efficacité reste comme toujours notre point noir. Pas latéraux de formation, Luan Peres et Rongier se trouvent bien en peine d’adresser des centres corrects, Bakambu confirme la nécessité de tenir loin de la ville tous les attaquants dont le nom commence par « Bak- »  et, de manière générale, nombre de mauvais choix dans la surface anéantissent des approches de qualité. Le gardien pare sans trop de difficultés des tentatives de Guendouzi et Rongier (une jolie lourde du gauche, si si), sans que l’on puisse pour autant parler d’occasions franches. La meilleure situation se présente finalement à la 36e quand Milik se fait savater en pleine surface, ou plutôt se serait présentée si les arbitres vidéo n’étaient pas sortis pisser à ce moment précis Heureusement, ces derniers reviennent juste à temps pour valider le hors-jeu (de justesse) de Jean-Lucas, parti marquer seul dès l’action suivante.


S’ensuit le quart d’heure où tout bascule, c’est-à-dire celui pendant lequel les adversaires rentrent au vestiaire pour parler de ce qui n’a pas fonctionné et décider des ajustements, bref tout ce qu’on ne fait pas pendant la pause parce qu’on est trop occupés à commenter la guerre en Ukraine, à se séguer ou à jouer à Motchus, que sais-je encore.

Comme contre Lyon, nous revenons la fleur au fusil après notre domination de la première période, et n’avons pas d’autre réaction que de dire « mais-euh » quand nos adversaires nous pressent dix mètres plus haut. Nous gardons le ballon sans plus rien en faire, si ce n’est un centre – enfin – de qualité de Luan Peres pour une tête de Milik hors cadre.

Une chose qu’on ne peut pas nous enlever depuis le début de saison, c’est la qualité avec laquelle nous mettons régulièrement nos adversaires hors-jeu. Sauf que le piège du hors-jeu, c’est comme la fission nucléaire :

1°) dans l’absolu, c’est pas la solution la plus dégueulasse et en plus c’est rentable

2°) pour autant, on s’en fout que ça fonctionne 99,99 % du temps, quand on voit ce que ça donne le jour où ça merde.

3°) plus on se le rend indispensable, plus il est statistiquement inéluctable que ça finisse par merder.

Il suffit ainsi d’une seule erreur de coordination pour que Saliba se trouve à couvrir un adversaire pendant que tous ses camarades sont alignés plus haut. Volland déboule ainsi dans la surface, enrhume Luan Peres d’un crochet de gros naïf et visse une frappe qui finit sur le poteau de Lopez. Le temps que l’influx nerveux parvienne à William, Gelson Martins l’a déjà devancé pour profiter du rebond et, après quelques secondes d’hésitation VAResque, le but est validé (0-1, 58e).


Par la suite, l’OM ne se procure rien hormis une accumulation de corners improductifs, tandis que Monaco nous menace à plusieurs reprises. L’OM se résigne peu à peu sans avoir ébauché ne serait-ce qu’ l’ombre d’une adaptation, d’abord au changement d’attitude monégasque puis à l’ouverture du score. Au moment de tirer le bilan de cette énième désillusion, on est bien forcés de constater qu’individuellement, nous sommes loin de disposer de l’effectif le plus manche du championnat : si des coups de moins bien sont toujours possibles, c’est bien dans le fonctionnement collectif qu’il faut trouver source de nos contre-performances récurrentes. Or dans ce cas, si le renvoi immédiat de l’entraîneur semble un remède pire que le mal, les mauvais résultats, le jeu incertain ainsi que le découragement de plus en plus visible des joueurs rendent de plus en plus difficile d’envisager avec sérénité la présence sanguin chauve sur notre banc en début de saison prochaine.


Les joueurs

Lopez (3-/5) : Peu d’arrêts à effectuer, sa défense ne lui offrant pas d’alternative entre la protection intégrale ou l’abandon sacrificiel. Gagné par la fébrilité de ses camarades, il participe à notre festival de relances comiques en toute fin de match.

Rongier (2/5) : A un moment le « pas à sa place », ça va bien aussi. Si le fait de s’appeler « latéral » suffit à lui faire foirer des centres qu’il réussit de la même position lorsqu’il s’appelle « milieu », ça en dit long sur notre fragilité psychologique.

Lirola (80e) : Donne le peu qu’il peut en entrant dans une équipe résignée.

Saliba (2+/5) : Parfait tout le temps sauf une fois, au chalet.

Caleta-Car (2/5) : Ramasse les miettes laissées par l’énorme activité de Saliba et Kamara, entre autres. Pratique pour être moins exposé, comme par exemple sur le but lorsque tu perds le duel avec Ben Yedder et poursuis l’action en marchant, petit filou. 

Luan Peres (2-/5) : Comme d’habitude, il fait le travail dans un collectif soudé et qui avance, avant de se transformer en dentelle des Reguignaires dou Luberoun dès qu’on se met à subir le jeu.

Kolasinac (80e) : Brève entrée caractérisée essentiellement par un bon gros centre merdique, pour bien signaler qu’avoir des joueurs à leur poste ne suffira pas forcément à nous sortir le cul des ronces.

Kamara (4-/5) : Rendons-nous bien compte que ce saboteur de coach a jugé plus utile ces derniers matchs de coller Boubacar en défense centrale pour la moitié de son temps de jeu contre des relégables. Confiez les moyens de la Défense nationale à Sampaoli, il utilisera le parapluie anti-missiles pour protéger le Mont-Saint-Michel de la menace luxembourgeoise.

Guendouzi (3/5) : Bien percutant en première période, et notamment auteur de plusieurs tirs bien moins dégueulasses qu’on ne le croit quoique toujours aussi inefficaces. Comme les autres, les Monégasques parviennent à un peu mieux le brider en deuxième mi-temps

Gerson (3-/5) : Doit s’accommoder d’une position d’ailier en faux-pied, qui plus est avec l’interdiction absolue de quitter sa place comme en avaient le droit les autres milieux. En gros il a joué exactement au poste d’Ünder, quoi. Si ça se trouve, Sampaoli est allé trouver Gerson après l’entraînement et lui a dit :

– bon, Cengiz, on m’a dit que tu étais malade mais je vois qu’à part ta jaunisse carabinée tu galopes bien, dis donc, donc tu vas bien pouvoir jouer à ta place habituelle.

– euh… coach, moi je suis pas Ünder et je suis pas malade, je suis Gerson et je joue pas ailier.

– je comprends rien à ce que tu racontes. Allez Cengiz, tu fais pas chier et tu joues là, tu vas pas m’obliger à refaire une compo. »

Payet (2+/5) : Entouré d’un collectif qui le choyait avec amour, Dimitri a l’espace d’une mi-temps retrouvé l’envie et la liberté de nous faire profiter de sa palette technique chatoyante. De ce constat, les Monégasques ont fait comme leurs amis à Marioupol : ils ont envoyé les chars pour le couper du monde et ça allait beaucoup mieux pour eux ensuite.

Bakambu (1/5) : On a parlé plus haut de la qualité certaine de l’effectif. Pour certains, ça reste néanmoins à prouver.

Dieng (65e, 2/5) : Se débat toute la deuxième mi-temps sans parvenir à trouver des situations aussi favorables que son prédécesseur.

Milik (1/5) : A un moment on ne va pas pouvoir non plus ne chier que sur Sampaoli, hein. Mettre l’avant-centre dans les meilleures conditions je veux bien, sauf si par « meilleures conditions » on entend « face à la défense de l’Entente Sportive Cannet-Rocheville ou d’ l’US Chauvigny ».


L’invité zoologique : Aurélien Anchoisméni

Quand on le goûte on le trouve saumâtre : l’anchois était bien l’invité approprié pour décrire notre situation actuelle.

– Les autres : c’est de la triche, eux quand ça ne fonctionne pas ils s’adaptent.

Le classement : voici la seconde place perdue quand nous avions encore l’occasion de la consolider il y a quelques semaines. Enfin, on ne va pas s’appesantir là-dessus, on connaît l’histoire et on sait qu’elle n’est pas finie, il n’y aura pas une pandémie pour nous sauver les miches à chaque fois.

Coming next : Bâle, Brest et Rebâle nous attendent, dans l’espoir de ne pas trop déprimer avant l’accueil de Nice.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

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