OM-Rennes (2-0) : La Canebière Académie s’agrippe

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Age tendre et têtes de noeud.

Aïoli les sapiens,

Ajax, Rennes, Lyon : cette tournée d’automne a tout de la tournée « La charrette aux has-been », équivalent footballistique de ces shows rassemblant des Desireless et des Jean-Pierre Mader devant un public mi-nostalgique, mi-navré. Certains objecteront à la présence de Rennes à l’affiche que pour être considéré comme « has-been », encore faut-il avoir existé à un moment. Disons que dans ce genre de tournée, Rennes jouerait le rôle d’un Kevin de télé-réalité, tirant jusqu’à ses 40 ans sur la ficelle d’un vague quart d’heure de gloire. Après avoir été piétinés par plus forts que nous, après avoir été réduits à l’impuissance par de plus humbles mais plus travailleurs, nous voici enfin opposés à des adversaires de la même caste que la nôtre, de ceux qui voudraient bien avoir l’air mais qu’ont pas l’air du tout. Dans cette fange, seul celui qui saura se monter moins médiocre que les autres pourra caresser l’espoir d’accrocher pour un petit moment encore la rampe des sunlights.

Proposé en prime-time, ce spectacle aura au moins eu le mérite de voir le football décider seul de celui qui finirait au rebut : l’espace d’un instant, on aurait pu croire qu’un bandeau allait apparaître pour demander aux spectateurs d’éliminer Marseille (taper 1) ou d’éliminer Rennes (tapez 2). Ainsi, c’est nous qui gagnons ce soir le droit à faire semblant d’entretenir une ambition, tandis que le Stade Rennais peut retourner cultiver ses hortensias dans le confort d’un oubli total de la part du public. Et si finalement c’étaient eux, les plus heureux ?


Les Longorious Basterds 

Lopez
Clauss (Murillo, 46e) – Gigot – Mbemba – Renan Lodi (Mughe, 77e)
Ounahi– Kondogbia
Sarr (Balerdi, 70e) – Harit (Veretout, 86e) – Ndiaye (expulsé, 68e)
Aubameyang (Vitinha, 70e)

Quatre jours plus tard, nous sommes toujours sans nouvelles de la blessure de Joaquin Correa, découpé par un joueur de l’Ajax, dont la santé paraît susciter un bats-les-couilles quasi général en vertu du proverbe : « pas de niveau, pas de radio ». Bref, encore un de ces grands moments d’humanité que le football sait nous offrir.

Pour ce qui est de la composition du soir, Veretout est ménagé au profit d’Ounahi, tendis que nos deux défenseurs centraux inversent leurs positions habituelles.


Le match

Pour la deuxième fois de suite, l’OM semble renouer avec l’heureuse habitude de marquer rapidement, moins par la qualité de son jeu que par le recours à la bonne vieille tactique du « récupérer haut et courir vite », particulièrement efficace en cette saison où les défenseurs débiles éclosent comme des girolles. Alors qu’Illiman Ndiaye est lancé par Harit sur la gauche de la surface et s’apprête à mettre en œuvre ses mille-et-une manière de foirer une occasion, Wooh ferme les yeux et tacle n’importe comment, envoyant le Sénégalais le nez dans la pelouse.

Comme en Ligue Europa, c’est Aubameyang qui se voit préposé au pénalty, avec une pression décuplée par le retour de Mandanda au Vélodrome. La pression opposée par Steve dans l’exercice étant égale à zéro, nos lecteurs auront effectué d’eux même le calcul : comme chaque tireur de pénalty depuis 54 ans, Jean-Bite prend le ballon, entame sa course d’élan, attend que Mandanda laisse tomber son cul de pachyderme d’un côté, se roule une clope, prépare une daube, et dépose la balle côté opposé (1-0, 7e).

Entrés dans le match avec entrain sinon avec talent, les Olympiens s’arrêtent aussitôt de jouer. Non que l’on doute de leur incapacité notoire à maintenir longtemps un pressing haut mais ici, le but fait vraiment l’effet d’un interrupteur, transformant notre équipe affamée en petit poucet de Coupe de France ayant marqué par miracle contre un gros.

On ne peut même pas invoquer une stratégie bétonno-villasboesque, puisque notre repli et l’abandon du ballon à l’adversaire n’empêchent pas les Rennais de se procurer des espaces inquiétants. C’est que l’incapacité de nos joueurs à faire quoi que ce soit du ballon ne doit pas occulter un phénomène au moins aussi inquiétant : nous sommes infoutus de défendre correctement ensemble. Comme face à l’Ajax, nous assistons à un festival de montées à contre-temps, péniblement compensées par des défenseurs en panique, un groupe capable de passer en un dixième de seconde du blocquéquipe bien en place à deux lignes qui s’auto-éliminent d’un coup parce que deux joueurs ont pris l’idée d’aller presser comme des décérébrés. Les actions se multiplient, sur lesquelles un temps de retard est créé au milieu et jamais rattrapé ensuite : c’est finalement une solidarité sans faille et un manque d’imagination criant des Rennais qui nous évitent la catastrophe. Offensivement, nous allumons quelques mèches en contre-attaque, vite éteintes faute de qualité technique.

Abyssal, le niveau affiché par les deux équipes n’est somme toute pas si surprenant si l’on se rappelle que ce choc oppose deux équipes de milieu-bas de tableau.


La seconde mi-temps débute sous les mêmes auspices, si ce n’est que l’OM se montre un peu moins passif. Le match se rééquilibre alors jusqu’à ce que Christopher Wooh, encore lui, ne fasse montre d’un niveau intellectuel dont l’on ne trouvera d’équivalent que le jour où Christian Estrosi se chargera de rédiger les questions du concours d’entrée à la Police nationale. Alors que Kondogbia ramasse comme à son habitude les débris de football laissés aux abords de notre surface, le Rennais manque son pressing et colle une horrible semelle sur la cheville de Geoffrey. S’ensuivent pour lui un carton rouge et pour nous des frayeurs : d’une, nous nous faisons invariablement égaliser quand nous jouons en supériorité numérique, et de deux, comment le dire diplomatiquement… si le fait de voir Kondogbia se tordre longuement de douleur nous émeut autant que Joaquin Correa sur le plan humain, il nous angoisse un chouïa plus sur le plan footballistique.  

Solide, Geoffrey se relève. Mieux encore, Ounahi se réveille et déboule de l’aile droite au milieu de trois défenseurs rennais tétanisés, comme s’ils avaient à l’oreille Jean-Michel Larqué en train de leur hurler « oh là là là, pas de faute, pas de faute, pas de faute ». Tout à leur idée d’éviter le pénalty, les Rennais n’approchent pas Azzedine à moins de deux mètres, lui laissant l’occasion d’embellir un match jusqu’ici holothuriesque. Habile, Ounahi profite donc du cadeau pour enchaîner son slalom et visser une frappe en lucarne au premier poteau (2-0, 65e).

Un bonheur n’arrivant jamais seul, nous constatons que notre système immunitaire commence enfin à s’accommoder du virus de la diarrhée footballistique hémorragique fulminante (DFHF). Là où par le passé, un avantage de deux buts + supériorité numérique nous aurait conduits à nous liquéfier de l’intérieur pour répandre sur la pelouse sang, glaires et substances diverses jusqu’à l’égalisation, l’organisme olympien s’avère plus solide et parvient à survivre, quand bien même certaines de ces cellules plus fragiles que les autres continuent tout de même à salement défaillir. Ndiaye continue ainsi à répondre au stimulus « tout va bien » par « je fais de la merde », et se voit à son tour expulsé pour une semelle sur le tibia de Belocian.


Peu adepte de la médecine douce, Gattuso réagit immédiatement en faisant entrer Balerdi, ce qui dans un tel scénario est l’équivalent de la bouteille de téquila offerte à un greffé hépatique : si l’on y survit, cela confirmera que l’on est redevenus solides. De fait, la fin de match se déroule plutôt bien, si l’on considère satisfaisant le fait de se recroqueviller en défense en attendant que les Rennais fassent de la merde. Avec un total de zéro tir cadré, nos adversaires remplissent parfaitement leur part du contrat, les approches les plus intéressantes de Kalimuendo et Gouiri s’achevant toutes par un tir hors cadre.

Devant leur impuissance, les Bretons préfèrent finalement consacrer le temps additionnel à déboîter les Olympiens, ce qui représente après tout un moyen aussi ludique qu’un autre de faire s’écouler le chronomètre avant de rentrer tranquillement se reposer dans le confort du ventre mou.


Les joueurs

Lopez (3/5) : Très bonnes prises de balle sur les ballons renvoyés par les ramasseurs après les tirs rhénés, aisance dans le poser du ballon pour les renvois au six-mètres, stoïcisme dans la contemplation du jeu. Un match plein.

Clauss (2/5) : Un match triste comme un jour où il faut étendre le linge à l’intérieur plutôt que sur la terrasse. Et encore non, moi quand je dois étendre le linge à l’intérieur je peux faire bosser les enfants à ma place, Jonathan, lui, il est bien obligé de se coller à la corvée.

Murillo (46e, 3/5) : C’est terriblement injuste, ce genre de joueur sérieux mais sans aspérité, finalement on se surprend à éprouver moins d’attachement pour lui qu’envers des demeurés nuisibles mais plus rigolos.

Mbemba (3+/5) : « Oui mais qu’est-ce qu’on aurait dit si les Rennais avaient su bien jouer ? » Certes, mais ce genre de postulat, c’est comme débattre de l’influence de Dieu, de l’astrologie ou de l’union de la gauche : savoir ne relève pas de la condition humaine, donc autant se concentrer sur notre univers visible.

Gigot (3-/5) : Aime toujours autant se jeter comme une brute en criant « pin-pon » : quand il existe des espaces l’attitude relève de la pyromanie, mais avec une défense regroupée comme ce soir, Samuel a pu donner sa pleine mesure.

Renan Lodi (3/5) : Les Rennais se demanderont peut-être pourquoi, alors que Môssieur accepte d’ordinaire de se laisser souiller par tout ce que la France et l’Europe comptent d’ailiers droits, Renan a choisi de s’accrocher juste ce soir. Autant, faut lui dire que Salma Hayek regarde l’OM toutes les semaines.

Mughe (77e) : Une contre-attaque torpillée, un carton jaune reçu et des espaces laissés en défense. Sinon, ça fait plaisir de le revoir.

Ounahi (3/5) :

  • Putain, vé le but que je marque alors qu’ils ont passé leur temps à me siffler, je te jure, pour la célébration je me plante devant le virage et je leur fais signe de se taire.
  • Surtout pas, merde, tu fais comme on a dit avec la communication : tu cherches pas le bordel tu fais le signe de Jul.
  • C’est pas un peu cliché ?
  • Tu. Leur. Fais. Ce Putain. De. Signe. De. Jul.

Kondogbia (4/5) : Réussir une passe sans se faire intercepter par Kondogbia est au football ce que réaliser un éditorial sans insulter gratuitement Jean-Luc Mélenchon est au journalisme. On ne dit pas que c’est impossible, mais ça réclame apparemment un effort de concentration au-dessus de la norme.

Sarr (1/5) : Toujours dans la lignée des Sarr illustres de Marseille, aprèsun match digne de « Bouna Sarr – Ligue Europa 2018 » jeudi, Ismaïla nous a proposé un match digne de « Thomas Sarr tailleur rasta de Belsunce » (version rideau baissé).

Balerdi (70e, 3/5) : Ne s’est pas du tout mis en évidence, ce qui le concernant représente un compliment incommensurable.

Harit (3+/5) : Poétique miracle de la vie, la plante délicate qui s’étaitétiolée dès le premier coup de gel, a été rentrée à l’abri puis patiemment choyée, jusqu’à ce que de fragiles bourgeons laissent espérer une éclosion prochaine, sauf si bien sûr le chat continue de gratter pour aller caguer dans le pot.

Veretout (86e) : De même que pour Clauss, ces quelques minutes de repos gagnées ce soir ne sont pas du luxe.

Ndiaye (expulsé 68e, 1+/5) : Aurait pu profiter du fait qu’il existe encore des gens pour le défendre mais préfère tout gâcher dans les minutes qui suivent en commettant la première dinguerie qui lui passe par la tête. Ici encore comme Jean-Luc Mélenchon, donc.

Aubameyang (3/5) : A l’image de l’équipe, c’est moche, ça sait difficilement jouer au football, mais en tout cas ça se bat et ça gagne. Si l’on arrive à ne pas se rappeler qu’à la base on regarde des matchs pour en tirer du plaisir, c’est satisfaisant.

Vitinha (70e, 2+/5e) : Symbole de l’œcuménisme marseillais, notre poterie favorite a délaissé pour un temps le santon au profit de la figure du golem. Bref, il a bougé, quoi.


L’invité zoologique : Baptiste Santamanoir

Non content de ne ressembler à rien, le grand tamanoir est un xénarthre myrmécophage, ce qui ressemble fort à un amas de lettres jetées au hasard en faisant croire que l’ensemble a un sens quelconque. Il est donc l’invité approprié pour évoquer avec nous cette équipe rhénèse.

  • Les autres : signe de l’amélioration de note condition, nous nous sommes surpris à dire « on a de la chance, on aurait pu être Rennes », alors qu’il y a une semaine à peine on se disait « on a de la chance, on aurait pu être Bordeaux ».
  • Le classement :Neuvièmes à six points derrière l’Europe et cinq devant la relégation. la saison du Grand Néant se confirme donc, sauf…
  • Coming next : … sauf si nous parvenons à enterrer Lyon en match en retard mercredi, auquel cas l’enjeu sportif des semaines suivantes paraîtrait tout de suite un peu plus attrayant.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky. Julien R. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah

3 thoughts on “OM-Rennes (2-0) : La Canebière Académie s’agrippe

  1. Il y a une forme de laisser aller dans la relecture de cette acad, qui s’accorde parfaitement avec l’interprétation douteuse des consignes tactiques de Gattuso… du grand art !

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