OM-Ajax (4-3) : La Canebière Académie a fumé de la bonne*

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* en autoconsommation bio, équitable et sans mafia

Aïoli les sapiens,

Cette année, la scène internationale présente les mêmes attraits pour l’OM que pour Jacques Chirac et Dominique de Villepin en leur temps : une fois passé quelques réglages tels que le Panathinaïkos et Mururoa, l’étranger nous donne une occasion de briller d’un éclat hors de proportion avec le caractère profondément affligeant de nos prestations sur le sol national. D’ailleurs, qu’il s’agisse de George W. Bush dans leur cas ou de l’AEK Athènes et de l’Ajax dans le nôtre, cette rédemption a été grandement facilitée par la chance de rencontrer des interlocuteurs plus demeurés que nous, ce qui n’est pas un mince exploit. Sur un malentendu, on se dit même que l’affaire pourrait terminer dans les livres d’histoire.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Clauss – Mbemba – Gigot – Renan Lodi (Murillo, 87e)
Veretout (Vitinha, 87e) – Kondogbia
Sarr – Harit (Ounahi, 87e) – Correa (Ndiaye, 66e)
Aubameyang (Meïté, 95e)

Gigot remplace Balerdi et Sarr est titularisé. En dehors de ces changements mineurs, les boulets habituels sont de sortie.


Le match

Enfin, les Olympiens entrent dans une rencontre de la manière que l’on attendait depuis longtemps : la bave aux lèvres, compensant par l’intensité collective une nullité dans le jeu dont ils semblent enfin avoir pris acte. En résumé, puisqu’on est infoutus de construire une action propre de A à Z, autant presser comme des malades dans le camp adverse, ça fera toujours moins de chemin à parcourir balle au pied ensuite.

L’option s’avère rapidement payante, puisqu’une jolie récupération de Kondogbia lui permet de servir Sarr à droite de la surface. Légèrement accroché par Hato, Ismaïla s’empresse de finir le nez dans la pelouse et, chose qui n’arrive jamais en Ligue 1, obtient un pénalty. Le ralenti montre l’accrochage, même léger, existe et donc peut justifier la sanction. Excusez-nous d’avoir douté, Monsieur l’arbitre, c’est juste que chez nous on n’est pas habitués.

Pour Aubameyang l’alternative est simple, c’est soit l’ouverture du score soit les cours de contorsionnisme pour apprendre à sortir de la Commanderie dans le coffre de la New Beetle. Remarquable de sang-froid, Jean-Bite attend que le gardien ait plongé aux Goudes pour envoyer le ballon à l’Estaque (1-0, 9e).

Marque de fabrique sous Marcelino, le retour de ces débuts en fanfare présente un premier motif de satisfaction : même si l’affaire tourne mal, on pourra toujours se raccrocher à ces neuf minutes de qualité. Nous avons bien dit neuf, et pas dix : dès l’engagement, Gigot pète un câble en lpâchant complètement la ligne défensive, ce qui suffit à créer un décalage dont la défense ne se remet pas, pour un but très similaire au dernier sketch de Balerdi samedi contre Strasbourg. En bout de ligne et après tout de même une jolie combinaison néerlandaise dans notre surface, c’est Brobbey qui profite de la panique pour ajuster Lopez (1-1, 10e).


Lopez s’impose ensuite devant ce même Brobbey, à l’issue d’un boulevard cette fois-ci ouvert par Lodi côté gauche. La tactique de l’Ajax est simple mais efficace : nous aspirer au pressing, trouver un point de fixation au milieu et exploiter les espaces ouverts par notre replacement de zguègues. Leur habileté dans ce domaine est redoutable, si bien que le moindre retard dans le pressing peut nous être fatal. C’est donc avec un frétillement slipal plutôt désagréable que nous voyons notre pressing collectif se désagréger et Gigot multiplier les montées à contre-temps.

Notre activité nous permet toutefois d’exploiter quelques bons ballons. C’est ainsi que sur un corner admirablement tiré par Clauss, le centre sortant arrive sur Mbemba, tout heureux de voir les défenseurs s’être rués au premier poteau et qui peut placer sa tête sans même sauter (2-1, 26e).

Le cycle de la vie est immuable et cruel et, de la même manière qu’on ne peut pas célébrer une mort d’enculé sans devoir pleurer Shane MacGowan le même jour, on constate atterrés que l’OM n’est sorti de la déprime que pour mieux plonger dans la connerie. L’équilibre de l’Univers est à ce prix. Après la première égalisation en 23 secondes, nous mettons cette fois-ci quatre minutes à offrir le second but à l’Ajax. Une nouvelle fois, Gigot nous montre son génie du placement en sortant deux mètres devant la défense tout en restant à deux mètres du joueur qu’il avait l’intention de presser. Ici encore, la défense ne parvient pas à compenser le décalage et Clauss, en retard, se fait souiller par le contrôle orienté de Brobbey (2-2, 30e).


Excessivement gênant par le déchet technique et l’absence de coordination collective qu’il nous oblige à contempler, le dernier quart d’heure en viendrait presque à nous faire regretter le néant des matchs précédents. Au moins nous pouvions encore vivre dans l’illusion que notre mauvaise passe était due à une profonde dépression et que notre football finirait par revenir avec les beaux jours. Ce soir non, la volonté est présente, l’envie est affirmée, nous tentons des choses, si bien que la vérité nous apparaît sans fard : non, nous ne jouons pas mal parce que nous sommes déprimés, nous jouons mal car nous sommes simplement et irrémédiablement nuls.

Soudain, à la reprise, un miracle : une action construite depuis le gardien jusqu’au but. Certes, une action à deux passes, mais une action construite tout de même. Pour une fois pourvu d’une solution de relance, Lopez trouve Clauss près de la ligne médiane. Profitant de l’appel de Sarr devant lui, Jonathan s’engouffre sans opposition sur trente mètres, avant de lancer parfaitement Harit sur la droite de la surface. Le sympathique petit centre lobé d’Amine est guetté par Aubameyang au second poteau, qui se rappelle subitement pourquoi l’emblème de son pays est la panthère plutôt que le vier marin : tout en souplesse, Jean-Bite réussit le retourné acrobatique qui va bien (3-2, 47e). Tout est parfait sur l’action, si ce n’est la célébration boudeuse de notre attaquant, que l’on soupçonnerait presque de trouver injustes les récents sifflets à son endroit.


Dans toute cette histoire on en viendrait presque à oublier de parler de Correa, dont la production du soir représente une telle insulte au football qu’elle finit par exaspérer jusqu’à ses adversaires. Berghuis le gratifie ainsi d’un hippopotacle si affreux qu’il en vient même à nous choquer, alors que cela faisait pourtant une heure que nous-mêmes rêvions d’avoir Correa sous la main pour lui apprendre le football à coups de pieds au cul. Ce n’est pas que le sort de Joaquin réveille en nous une humanité profondément enfouie, c’est juste une question de mesure : si vous souhaitez absolument voir péter des genoux, nous avons toute une liste de personnes que nous jugeons prioritaires avant de souhaiter cela au moindre footballeur qui nous agace.

Bref, après consultation de la vidéo, l’arbitre sort le carton rouge qui s’impose tandis que Correa doit quitter le terrain en se disant plus que jamais « si j’aurais su j’aurais pas v’nu ». Dotés d’un avantage conséquent, d’autant que l’Ajax doit absolument gagner pour éviter l’élimination et donc prendre des risques, il ne reste plus qu’à nos joueurs de nous faire admirer les trésors d’imagination qu’ils entendent déployer pour tout saloper une nouvelle fois.

Le point positif dans les minutes qui suivent résident dans l’attitude olympienne : alors que l’on pouvait craindre de les voir se vautrer dans l’attentisme, les nôtres entreprennent résolument de marquer ce quatrième but qui les mettrait à l’abri. Comme évoqué plus haut, il existe un corollaire tout aussi négatif : un volume de déchets à faire bander un mafieux corse. Nos olympiens enchaînent ainsi des passes en touche et des contrôles à deux mètres dans des proportions irréalistes, littéralement : il est matériellement impossible que des joueurs professionnels commettent en continu de telles erreurs puisque, par définition, un tel niveau leur aurait valu une interdiction de séjour au centre de formation avant l’âge de seize ans. On voudrait bien croire que leur mental est salement atteint par les péripéties du début de saison mais merde, quoi, il n’y a donc personne à la Commanderie pour leur dire : « écoute, si t’es perdu dans ta tronche commence par réussir des passes à trois mètres parce que ça on est sûr que tu sais le faire ? ». Il va falloir recruter qui pour le leur faire comprendre, un physiothérapeute spécialisé dans la rééducation des AVC massifs, celui qui sait dire aux patients « oui, je sais, tu étais un grand pianiste mais là l’urgent c’est de réapprendre à tenir tac cuillère sans baver » ?


Evidemment, la meilleure volonté du monde finit par s‘effriter devant une telle inefficacité. Alors, chez ceux qui n’ont justement pas la meilleure volonté du monde et qui ne paraissent venus chez nous que pour se foutre de notre gueule, disons au hasard Renan Lodi, l’affligeant devient cataclysmique. Avec Ndiaye récemment entré, il nous gratifie ainsi d’un joli duo à base de demi-pressing auto-éliminatoire et de replacement en trottinant, sans être apparemment émus par le sprint désespéré d’Harit pour tenter vainement de rattraper leur fumisterie. S’ensuit un premier centre mal repoussé par Mbemba, puis un second sur lequel Akpom surgit derrière Sarr pour marquer d’une tête plongeante (3-3, 80e).

Celle énième honte menace peu après d’atteindre des altitudes stratosphériques quand les Nerlandais, qui s’y connaissent en caravane, déposent une nouvelle fois celle de Lodi sur l’aile gauche. Infiltré entre les deux centraux, Brobbey se jette sur le centre à ras de terre mais manque la balle de quelques millimètres.

Alors qu’il avait jusqu’ici maintenu Lodi contre toute logique (hormis celle consistant à espérer qu’un adversaire lui père la jambe à son tour), Gattuso se résigne, bien tard, à faire entrer Murillo. Alors que le mal est fait, ce changement s’accompagne de deux entrées offensives (Vitinha et Ounahi).

A l’orée des six minutes additionnelles et alors que ce match nul arrange encore moins l’Ajax que nous-mêmes, l’OM offre cette conjugaison d’envie, de trouille et d’absolue non-maîtrise qui rend l’issue de ce match totalement imprévisible. Or, si la Ligue 1 nous a gâtés en termes de poteaux malveillants, d’arbitres incapables et d’actions improbables, l’Europe semble quant à elle décidée à nous offrir toute la chance qui nous manque en France. Après Athènes, le match du soir pousse une nouvelle fois tous les curseurs au vert :

  • chance OK ;
  • arbitre bienveillant OK (nous pourrions dire « arbitre normal », mais selon nos standards en Ligue 1, c’est bienveillant) ;
  • gardien adverse trépané OK.

Ainsi, sur l’une de nos toutes dernières actions, Aubameyang confirme son match de tête-à-claques en lâchant une saloperie de centre directement vers la sortie de but. Dans un contexte normal, l’affaire se clôt ici et le somptueux retourné d’il y a trois quarts d’heure est déjà noyé sous les tombereaux d’insultes à la mère de Jean-Bite. Inexplicablement, le gardien de l’Ajax cherche pourtant à capter le ballon avant la sortie, cague lamentablement sa prise de balle, et bouscule Sarr qui venait de lui chiper le ballon. A part Renaud Muselier qui serait capable de mettre le feu à sa maison en ouvrant un livre, on peine à trouver dans le monde des personnes aussi capables de purger leur attitude de toute trace d’intellect. Alors que les alchimistes se targuaient de changer le plomb en or, il est de ces gens capables de transmuter le rien en merde, pour des finalités qui nous échappent mais ne nous empêchent pas d’applaudir le prodige.

L’arbitre nous offre ainsi un second pénalty, sur lequel Aubameyang parachève l’humiliation du gardien en lui collant l’identique petit contre-pied pourri du premier but (4-3, 93e).

La victoire est définitivement nôtre, de même qu’a minima la qualification pour les 16es. Le coup de Flubupte qui a décidé du match devrait cependant nous inciter à ne pas trop faire les mariolles, tant notre niveau souvent abyssal et notre incapacité à prendre notre destin en mains transforment chaque rencontre en roulette russe. S’il est usage de dénoncer le cliché assimilant les tirs au but à une loterie, l’analogie n’a en revanche jamais été aussi vraie qu’en ce moment concernant les matchs de l’OM.


Les joueurs

Lopez (3+/5) : Ne faisant définitivement rien comme tout le monde, Pau s’est décidé à produire l’un de ses meilleures matchs le soir où il prend trois buts dans la musette.

Clauss (2+/5) : Un corner comme un flacon de parfum parisien, à la fragrance subtile et aux lignes d’une élégance pure, limpide. Le corner Jonathan Clauss, pour un moment rare, un moment unique. Et c’est bien le problème.

Mbemba (3/5) : Entre la panique défensive olympienne et son but sur corner, sa soirée s’est résumée à savoir se placer au milieu de défenseurs qui courent n’importe comment.

Gigot (1/5) : Au moins personne ne pose la question « qu’est-ce qu’on dirait de son match s’il avait été argentin ? », vu qu’on a déjà la réponse quasiment chaque semaine.

Renan Lodi (1/5) : Aubameyang est antipathique mais il a marqué trois buts, donc joker. Correa est nul mais il est reparti avec son genou sous le bras, donc joker. Mais en ce qui te concerne, honnêtement, le seul moyen de t’en sortir c’est devenir ministre et d’être jugé par la Cour de Justice de la République, sans ça tu vas finir par prendre cher mon gars.

Murillo (87e) : Pour ne pas faire sortir plus tôt Lodi, Gattuso devait être dans le même esprit que le responsable de casting qui fait jouer Stéphane Bern à la place d’un comédien de métier : tant qu’à être payé pour faire de la merde, autant y aller à fond et passer à la postérité sur Nanarland.

Veretout (3-/5) :Un match syndiqué à la FNSEA, résolument tourné vers le volume quitte à dégueulasser sa parcelle de terrain pour 50 ans.

Vitinha (87e) : Tu mets du galoubet-tambourin à la place de Jump et il est prêt pour la foire aux santons. La magie de Noël.

Kondogbia (3/5) : Récupère le ballon pour mieux le perdre et le re-récupérer, et ainsi de suite. Y a mon chat aussi qui a passé la soirée à faire ça avec son poulet en peluche, c’est positivement fascinant.

Sarr (4/5) : Deux pénaltys obtenus et de la percussion constante, avec heureusement suffisamment de ratés techniques pour pouvoir apporter à ce match d’attardés congénitaux une contribution à la hauteur de son talent.

Harit (3-/5) : Passe du désespérant au moyen. Le convenable paraît un objectif réaliste à moyen terme.

Ounahi (87e) : Toujours là.

Correa (1/5) : On se demande bien ce qui a pu passer par le cerveau détraqué de Berghuis pour massacrer subitement l’être vivant le plus inoffensif du stade, pigeons du toit compris. D’un autre côté je préfère voir ce genre de garçon dans une équipe de football que dans une colonie de vacances ou un Ehpad.

Ndiaye (66e) : Aaaah, attends, en fait j’ai compris : t’es amoureux de Marseille comme d’autres sont amoureux de Venise, pour y faire du tourisme, quoi.

Aubameyang (4/5) : Non non, rien à dire, un triplé, dont deux pénaltys sous haute pression et un magnifique retourné. C’est beau. Fais donc le mariolle, tu le peux. On t’attend au tourn… on attend la suite de tes exploits, voulais-je dire.

Meïté (95e) : Rétractation gonadique de bon aloi, sans conséquence néfaste particulière : la légende y perd ce que nos slips y gagnent.


L’invité zoologique : Steven Berigwane

L’iguane est un animal antédiluvien et à la longévité exceptionnelle, garantie par l’absence de prédateur et par un métabolisme lui permettant de ne rien faire hormis rester à prendre le soleil le cul posé sur son rocher. L’ancêtre ne fait pas grand-chose mais il existe, et c’est tout ce qui lui convient.

  • Les autres : après la défaillance d’Henry Kissinger, voici l’Ajax seul en lice pour occuper le rôle du centenaire moribond ayant eu son heure de gloire dans les années 1970. A la différence du premier cependant, on éprouve envers l’Ajax un peu de nostalgie et de tristesse en le voyant ainsi baver et faire sous lui avant de définitivement lâcher la rambarde.
  • Le classement :Nous sommes en tête du groupe un point devant Brighton, ce qui nous assure soit la qualification en 1/8e (en cas de victoire ou nul chez les Anglais), soit en 1/16e (en cas de défaite). La probabilité d’une élimination en quarts par Rennes, le PSG, ou le Villarreal de Marcelino n’est toujours pas exclue.
  • Coming next : Rennes, Lyon, Lorient, Brighton, Clermont, Montpellier : aussi divertissants soient-ils, ces amusements européens ne doivent pas nous faire oublier que si l’on veut définitivement s’éloigner de la lutte pour le maintien, c’est en décembre que ça se passe.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky. Thibault D. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

3 thoughts on “OM-Ajax (4-3) : La Canebière Académie a fumé de la bonne*

  1. Toujours un réel plaisir de revivre nos matchs de viers grâce à la chouette prose de la Canebière académie, servie par une plume toujours acérée et un sens de formule irrésistible. Bravo et merci !

  2. Superbe académie !!! PAM semblait vraiment soulagé en interview d’après match… en même temps, en tant que vainqueur d’un ‘je te tiens, tu me tiens’ géant, à 1 contre tout un stade, il s’en est bien sorti…

  3. Merci.

    Le paragraphe sur Correa est magnifique.

    Par contre j’ai cherché longtemps qui était mort ce 30 novembre. Je me demandais ce qu’avait fait ce prêtre capucin pour mértier tant de haine.
    Puis j’ai poussé jusqu’au 29. Et j’ai compris.

    Merci Camélius de m’avoir informé de cette nouvelle…

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