Reims-OM (1-0) : La Canebière Académie dira les gens qui méritent de rester

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OuLiPauvredenous

Aïoli les sapiens,

Il arrive toujours au cours d’une saison que la chronique olympienne doive affronter l’opposition de certaines menues composantes d’une vie humaine (les enfants, le travail, le besoin de sommeil, la santé mentale), qui à cet instant précis cessent de nous accorder leurs concessions hebdomadaires à notre apostolat. En un mot comme en cent, mes dossiers en retard ravaleraient la montagne de courrier de Gaston Lagaffe au rang de monticule dérisoire, la plage nocturne est réservée à la digestion des 8 heures de calambours assénés sans discontinuer par Médéric Gasquet-Cyrus tout au long de la journée, quand l’agenda du vendredi est occupé par des impératifs d’une autre altitude tels que le marché de Pertuis ou l’apéro avec les collègues. Bref, va falloir faire court.

Par chance, l’OM a adopté hier soir l’attitude la plus adéquate pour le troubadour pressé, en ne branlant rien ou presque. Voici qui sera au moins rapide à résumer.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba – Balerdi– Meïté (Luis Henrique, 46e)
Clauss (Murillo, 79e) – Veretout – Kondogbia– Gueye (Moumbagna, 62e) – Merlin (Ndiaye, 79e)
Sarr – Aubameyang

La conférence de presse avait donné le ton du match :

  • Il faut qu’on sache physiquement et mentalement qui sont les gens concernés par l’importance de ce match à Reims.
  • Oué, mais ce que veut dire aussi Loulou, en même temps, c’est que si on doit virer du groupe tous les joueurs qui n’en ont rien à battre du club, c’est pas à un match de foot qu’on va pouvoir s’inscrire, c’est à Roland-Garros. Et encore, peut-être même pas en double.
  • Merci Ghislain, on avait compris.

La sélection est ainsi tellement drastique que même Aubameyang est aligné alors qu’il venait de remplir à lui tout seul l’émissaire de Cortiou avec sa castapiane. Ce matchen retard, à la victoire quasi-impérative pour l’Europe, s’annonçait sous le meilleur jour.


Le match

Reims n’a plus rien à perdre ni à gagner au classement. L’OM entame donc la rencontre avec une tactique retorse : leur faire croire qu’il ne s’agit pas d’un match compétitif et que les amicaux de l’intersaison ont déjà commencé. Pas de chance, les Champenois ne mordent pas dans la feinte et viennent pour disputer une vraie rencontre de Ligue 1 : dégagement du gardien, remise, but de Munetsi. On connaissait le but en clair, l’Etincelle de Venelles a expérimenté le « but Motchus » :

  • Cette soirée touche à sa fin, toutes nos excuses pour avoir échoué de peu à terminer avant le coup d’envoi du match…
  • Non mais vous avez même pas terminé avant qu’on prenne un but, en fait.

L’arbitrage vidéo sauve l’OM en détectant un hors-jeu, de sorte à ce que chacun puisse se rendre au café attenant avec l’impression de ne rien avoir raté de la nouvelle bouse servie par notre équipe.

Sans être inexistant, l’OM paraît ainsi jouer sur un faux rythme, donnant davantage la sensation de s’accorder à l’intensité mise par des Rémois déjà en tongs, plutôt que de mordre dans chaque duel avec l’appétit d’un supposé candidat à l’Europe. Cela n’empêche pas les occasions, une tête non cadrée de Balerdi sur coup-franc répondant ainsi à un tir de près paré par Lopez. Dans le jeu, une nouvelle fois très pauvre, il faut un tacle manqué d’Abdelhamid pour nous offrir une occasion digne de ce nom, mais une sortie-manchette du gardien devant Sarr ne fait qu’ajouter une unité à notre collection faramineuse de face-à-face goinfrés.


En un-contre-un, placer l’adversaire dans la difficulté ne semble pas faire partie des priorités olympiennes, l’absence d’opposition sérieuse permettant aux Rémois de combiner dans notre camp une main dans le slip : protection dos à la surface, décalage vers un boulevard à gauche, et voici toute l’équipe prise à revers en deux passes faciles. Au milieu de deux attaquants, Mbemba se jette en catastrophe sur le centre, mais ne parvient qu’à mettre lui-même le ballon dans le but (1-0, 33e). De la touche, Ghislain Printant hurle « On s’en bat les couilles, c’est pas fini, on lâche rien ! », mais il faut croire que nos joueurs ne savent pas retenir une consigne au-delà de ses six premiers mots. Nos joueurs finissent donc la première période en se faisant tintinnabuler les gonades pendant que nos adversaires, eux, continuent d’attaquer, tir sur le poteau à la clé.

L’entrée de Luis Henrique à la place de Meïté rend la composition plus offensive : l’ennui, c’est que ce n’est pas l’ardoise Veleda qui est chargée de courir, sauter et faire des passes. L’OM se met donc à dominer, certes, mais d’une manière si laborieuse que la perspective d’une égalisation devient encore plus improbable qu’un rachat par les Saoudiens.

Dans ce marasme, Veretout parvient néanmoins à lancer Luis Henrique à gauche, pour une finition à la Thierry Henry. Sauf que c’est une finition à la Luis Henrique : de la jambe, Diouf nous fait cocher une case de plus à la carte « Un-contre-Un Pizza – Pour dix occasions manquées une figabrousse offerte. »

Si les Rémois attaquent moins, eux viennent au moins dans notre surface pour y jouer au football et pas rejouer les meilleurs moments du cirque Pinder. Malgré des occasions, ils évitent de pousser l’humiliation jusqu’au deuxième but, l’OM se contenant d’une énième soirée morose perdue sans même avoir tenté de combattre.


Les joueurs

Lopez (2/5) : Manque de nous coûter un but à cause de son foutu trait de caractère consistant à se figer sur place dès qu’il faut prendre une décision (de sortir sur l’attaquant, en l’occurrence, mais dans la vie courante, cela peut être plein d’autres choses). En marseillais on appelle ça un stasseux.

Mbemba (2/5) : Alors lui il nous a fait ce qu’on appelle un pecadau (ou pécadaou, les deux orthographes existent) : une sorte de cagade commise en essayant d’empêcher un dégât qui se serait produit de toute façon. On pardonnera donc toujours plus à ceux qui se ratent en essayant, plutôt qu’à ceux qui ne tentent rien : « Vau mies pecadar qu’agachar », comme on dit.

Balerdi (3-/5) : Ce soir il a pas pris le Baler19 (du nom de la ligne 19 qui permet d’aller se jeter aux Goudes, je le précise à l’intention de nos lecteurs parisiens). Alors d’accord, même s’il n’a pas commis d’erreur énorme, il a quand même inhabituellement été malmené, mais bon on l’a tellement emboucané par le passé que j’ai pas trop envie de lui chercher des noises. J’aurais plutôt tendance à lui passer l’éponge, ou plutôt à le déboucaner, pour employer un synonyme local.

Meïté (2/5) : Le bon gars, fiable, qui suit volontiers le mouvement général mais qui ne sait pas tirer le groupe à lui tout seul. Après c’est normal, il est en début de carrière, avec l’expérience il deviendra un peu moins sègue-taloun, comme disait ma mémé.

Luis Henrique (46e, 2/5) : Wo fan, son occasion manquée elle nous a mis l’espourde, tu sais, ce moment où ya un truc qui te fait te lever d’un coup, et te rasseoir aussitôt en disant « ah non, fausse alerte, je me suis chauffé pour rien ».

Clauss (1/5) : Vé le, lui, qui fait le mort pendant qu’il est avec nous et qui va ressusciter comme un fantôme au moment de l’Euro 2024. Vous en connaissez tous, au boulot, de ces gens qui se planquent et qui réapparaissent quand ça les arrange, c’est des vrais glaritasses ceux-là.

Murillo (79e) : C’est un bon petit choya, lui, tu sais ce truc, cette chose, pas totalement indispensable, mais que c’est toujours bien de l’avoir tout le temps dans sa poche. Enfin, les vieux Algériens de Marseille disaient choya, mais les jeunes ils prononcent tchoya donc je sais plus trop comment ça s’écrit.

Veretout (2/5) : Ouéééééé, d’accooooooooooord, c’est quand même un pilier de l’équipe, sans lui ce serait bien pire, d’accooooooooord. N’empêche, si t’y réfléchis notre milieu de terrain a pas touché cannette, c’est bien qu’il aurait dû faire mieux, à plus forte raison précisément parce que c’est de lui qu’on attendait le plus. Elle avait dit ça à ma mère, mon instit de CP, Madame Tournel, en 1985 : « il est pas mal votre minot, mais avé ce qu’il sait faire, c’est dommage qu’il ait tendance à se contenter de ses acquis, il est un peu maubouléguin, vous voyez ce que je veux dire… » (en fait, non, ma mère est de Lille donc elle a pas vu ce qu’elle voulait dire).

Kondogbia (2-/5) : Geoffrey c’est un peu comme une Tesla ou une Apple Watch, ces sortes d’objets qu’on appelle des empafuti : quelque chose qu’au début tu le paies cher et en te disant que ça les vaut, d’ailleurs tout le monde te dit que ça les vaut et tu fais des envieux dans le voisinage, mais à la longue tu te dis que pour les services que ça rend, t’aurais pu trouver plus fiable, moins tape-à-l’œil et surtout moins cher.

Gueye (1/5) : Lui je sais pas pourquoi j’essaie de le noter objectivement tellement c’est un asiraïre : ce gars qui te donne tellement l’impression de respecter dégun que tu vois pas pourquoi toi, tu ferais l’effort de le respecter.

Moumbagna (62e, 1/5) : Lui c’est un pouce, il peut éventuellement être très utile à condition qu’il soit au bon endroit. Par exemple, dans le rond central, il est gros, monolithique et il sert à rien. D’ailleurs si tu veux briller, tu sauras que c’est justement pour cette raison qu’en marseillais on dit « lui c’est un pouce », pour désigner les personnes quine sont utiles qu’à une seule chose, ou seulement dans un certain contexte : parce qu’hors de ce contexte, elles sont comme la statue du pouce de César sur le rond-point de Bonneveine, elles sont plantées là et elles servent à rien.

Merlin (1/5) : Il me fait penser à tous ceux qui sont partis de chez eux pour chercher la fortune et qui se sont lamentablement vautrés, pour revenir une main devant une main derrière. Je sais pas s’ils ont une expression correspondante, à Nantes, mais à Marseille on dit à celui qui revient « alors ? t’as fait pitiasse ? » (pour l’anecdote, la tradition veut qu’on prononce cette expression devant la Bourse en montrant la statue de Pytheas, dont le nom a été déformé par ironie).

Ndiaye (79e) : Alors que la presse passe son temps à parler des néo-Marseillais, il faudrait s’attarder aussi sur celui des néo-queutchi : tous ces gens qui arrivent à Saint-Charles en criant « J’aime trooooop Marseille » et qui repartent moins d’un an plus tard avec la fin de leurs illusions, un mélanome et deux ans de psychanalyse.

Sarr (2-/5) : Vous connaissiez la cagade, mais est-ce que vous connaissez la starcagade ? Starcaguer, en vrai, c’est commettre la cagade des étoiles, celle qui brille encore des millions d’années plus tard et qu’on vous rappellera toute votre vie, de manière un peu injuste certes. Avec le recul, je ne suis pas sûr que l’occasion manquée d’Ismaïla restera comme une starcagade, à la différence par exemple de Valère Germain contre l’Atletico, ou de l’animateur du Motchus Laïve qui débranche involontairement le grand écran en plein milieu du jeu.

Aubameyang (1/5) : Putain, ça me rappelle le jour où on a eu un Allemand qui est descendu dans l’entreprise, le mec il était tellement sérieux on n’avait jamais vu ça, un soir pour son intégration on l’a niasqué au 51, peuchère, à 23h il avait déjà tout vomi. Et figure-toi que le lendemain on arrive au bureau à 9h… bon, ok, à 10h, eh ben figure-toi que lui il était déjà depuis 7h du mat à son ordi, livide putain, jaunes, ils étaient, ses yeux. Et le mec, il avait pas dormi, il était encore à deux grammes et il bossait quand même à 7h du matin. Je veux pas dire qu’il bossait efficacement, hein, en tout cas il était présent. En plus c’était un nouveau poste avec un nom anglais à la con, genre « chief of digital product » ou je sais pas quoi. Ah ça, il nous a marqués, le chief patin coufin, d’ailleurs ça nous est restés, maintenant le collègue qui veut partir tôt de l’apéro parce qu’il bosse le lendemain, on lui dit « ho cousin, qu’est-ce qu’y a, tu veux faire le chieffe ou quoi ? ». Bah Jean-Bite, hier soir, il a bien fait le chieffe : il était présent au boulot mais il était vraiment pas bien.


L’invité zoologique : Monsieur Lapin

Pris par l’actualité, nous avons omis de lancer hier le concours zoologique. Nous prions nos lecteurs de nous excuser de cette erreur très inhabituelle, et remercions les joueurs de l’OM de nous avoir offert un moyen simple d’y remédier :

  • Les autres : « Ah ben s’il ne faut pas faire trop d’efforts on veut bien essayer de gagner, dans ce cas. »
  • Le classement : Obtenir la 6e ou 7e place supposerait que Lens ou Lyon perdent, ce qui paraît une hypothèse relativement improbable, et que nous gagnions au Havre un troisième match à l’extérieur cette saison, ce qui est une hypothèse totalement saugrenue.
  • Coming next : Une dernière purge avant le grand ménage.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky.
  • Le spécial remerciement : Nous remercions très chaleureusement l’excellent Pixel Café, à l’Etincelle de Venelles, de nous avoir permis de prolonger la soirée Motchus-Le Laïve autour d’un apéro-match de bonne tenue (l’apéro en tout cas). Grand merci à toutes les participants t participants, vous êtes tous un gros chouette tas de copains.

Bises massilianales,
Blaah

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