Le Havre-OM (1-2) : La Canebière Académie arrive trop tard

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Folle ambiance.

Aïoli les sapiens,

La 52e académie de la saison sera celle du bilan ; il semble vain de vous vendre un quelconque suspense dans l’exercice, aussi reprenons sans autre fioriture les objectifs énoncés lors de la toute première rencontre contre le Panathaïkos :

  • gagner un truc : pour l’équipe première, l’affaire est entendue. Les plus bienveillants signaleront que la finale de Gambardella reste à disputer samedi par nos jeunes. L’Union sportive Renaissance pertuisienne a gagné la coupe Grand Vaucluse aussi, ils jouent en bleu et blanc, ça compte.
  • se qualifier en Ligue des champions 2023-2024 : l’effectif précédent avait bien savonné la planche de l’actuel en foirant sa fin de saison 2022-2023, nous obligeant à un barrage crucial dès le mois d’août. Les enculeries arbitrales se hissant d’emblée à un niveau troposphérique, cela donne un objectif torché avec panache dès le troisième match de la saison.
  • faire un beau parcours en Ligue Europa : allez, on peut accorder cet objectif, sans oublier néanmoins de préciser que ce beau parcours européen, les Olympiens l’ont jeté aux chiottes sans combattre lors de leur dernière rencontre.
  • se qualifier en Ligue des Champions 2024-2025 : rires dans l’assistance.
  • ne pas se faire ridiculiser par un sous-club en Coupe de France : objectif atteint, nous avons juste perdu médiocrement contre un club médiocre. Champagne.
  • conserver un jeu offensif : ne riez pas, il y en a bien qui votent Raphaël Glucksmann en espérant qu’il fera une politique de gauche.
  • ne pas avoir un entraîneur quoi fait le cake dans la presse et les réseaux sociaux : objectif atteint, même si Marcelino a montré que l’humilité ne préservait pas de se montrer un humain médiocre. Gattuso aura quant à lui montré tellement de néant qu’on serait bien en peine de retenir quoi que ce soit de son passage. Jean-Louis Gasset aura quant à lui rendu un peu de dignité à la fonction, à défaut de résultats.

En un mot comme en cent : cette saison, c’est de la merde : les résultats ? catastrophiques ; l’équipe ? antipathique ; le jeu ? inexistant. Et les perspectives, alors, on n’a pas parlé des perspectives ? Les perspectives. Je veux bien parler des perspectives, mais d’abord tu me promets de ranger tout ce qui pique et ce qui coupe autour de toi.


Les perspectives, donc. Ha ha. Option 1 : Longoria apprend de ses erreurs, recrute un entraîneur sur un projet solide à long terme, complète les manques de l’équipe avec des joueurs sérieux, les supporters acceptent que les résultats soient difficiles à obtenir d’emblée (faute d’être assez attractifs pour recruter de grands noms cette saison), on redevient durablement compétitifs en deux-trois ans. Cela fait beaucoup de conditions.

Option 2 : Longoria apprend de ses erreurs, la stabilité reste le maître-mot, il recrute l’entraîneur français qui voudra bien venir vu qu’il est tricard partout ailleurs, modifie l’équipe à la marge avec les rebuts qu’il trouve, les supporters se montrent tolérants au nom de la nécessaire reconstruction, les résultats sont difficiles à obtenir d’emblée, d’ailleurs ils restent longtemps difficiles à obtenir, on végète de plus en plus bas dans la Ligue 1 et au final on est devenus Bordeaux ou Saint-Etienne sans s’en rendre compte. Trajectoire très probable sportivement, mais qui aura du mal à arriver à son terme sans que la ferveur populaire n’ait auparavant activé l’option 3 :

Option 3 : On crame tout, c’est Marseille bébé : Longoria fait tapis sur un entraîneur douteux, les trois quarts de l’effectif sont expédiés à Katmandou sous les applaudissements. Le dernier quart, celui des joueurs qu’on veut garder, se casse car pas assez jobastres pour manquer les occasions de s’enfuir de ce marigot. Ya plus un joueur qu’on connaît, l’équipe passe forcément une demi-saison à se mettre en place, c’en est trop pour les supporters qui brûlent la Commanderie, Longoria finit par s’enfuir, McCourt est trop occupé à racheter TikTok pour s’intéresser au club et place à sa tête le premier arriviste venu, ça se termine en juin à jouer le barrage de relégation contre Martigues.

Option 4 : Rodolphe Saadé dit « mes couilles maintenant », profite d’une campagne de dénigrement lancée contre McCourt en toute indépendance par la rédaction de La Provence, rachète l’OM pour une poignée de panisses, rachète le Vélodrome, rachète la mairie, rachète la Bonne-mère et les Îles du Frioul pour faire bonne mesure, finit par inquiéter l’establishement en nourrissant des ambitions politiques, tombe en disgrâce et l’OM avec lui, on finit en National six ans plus tard, mais en ayant gagné trois championnats et une coupe d’Europe au passage. Ce serait presque l’issue la plus alléchante.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Murillo – Mbemba – Balerdi– Garcia (Merlin, 70e)
Clauss – Veretout – Gueye (Kondogbia, 70e) – Luis Henrique (Onana, 89e)
Moumbagna (Ndiaye, 70e) – Aubameyang

En plus de Rongier et Nadir, le groupe enregistre les absences de Sarr, Harit et Ounahi, sans doute déjà enfermés dans un conteneur du port du Havre, destination n’importe où.


Le match

La plupart des joueurs s’étant comportés comme des viers marins anémiques dès lors que les matchs comportaient un enjeu un tant soit peu sérieux, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’une vague probabilité de qualification européenne les électrise soudainement. On peut difficilement appeler ce tas de bouse à se casser très vite et très loin tout en leur demandant d’être concernés par la saison suivante, sauf à faire appel à des notions qui leur parlent encore moins, la dignité du sportif de haut niveau par exemple.

Histoire de ne pas manifester trop ostensiblement leur désintérêt, les joueurs font néanmoins preuve d’un minimum de sérieux et se procurent quelques timides occasions, menés par un Aubameyang qui, lui, paraît se démener mais reste imprécis.


Le vestiaire est, à la pause, le théâtre d’une cérémonie émouvante, lorsque les joueurs célèbrent le départ en retraite de Jean-Louis Gasset. L’entraîneur masque mal son émotion et, d’une voix balbutiante, remercie ses collaborateurs « merci pour cette montre et cette canne à pêche, les gars, je suis touché, sincèrement. Mais vous savez ce qui me ferait réellement plaisir, ce soir ? Ce serait que vous jouiez au foot, juste les 45 minutes qui restent, pour une fois. Vous feriez ça pour moi ? ».

Touchés, les joueurs se mettent en devoir de hausser un tantinet leur impact physique. Des récupérations plus hautes et des transitions plus rapides nous permettent de peser plus continuellement sur la défense normande. Moumbagna allume un tir sur le gardien : bien placé pour reprendre, Jean-Bite fait preuve d’un inhabituel manque de spontanéité et se fait lui aussi contrer. La tentative suivante naît d’une récupération de Veretout qui, en un une-deux, transperce le premier rideau adverse.  Le ballon est écarté vers Clauss, qui nous rappelle qu’il est capable de réussir des choses pas dégueu quand il se sent un minimum concerné : le centre à ras-de-terre en une touche est parfait, et cette fois-ci Jean-Bite ne se fait pas prier pour devancer son défenseur et conclure de près (0-1, 64e).

Dans la foulée, André Ayew se rappelle à notre bon souvenir en mettant le oaï dans notre surface, avant de servir un coéquipier qui arrive lancé : il faut une jolie RAIE de Lopez pour éviter l’égalisation. L’affaire se répète cinq minutes plus tard, quand Pau doit encore s’employer pour sauver une défense en pleine panique slipométrique.

Ces sauvetages sont rapidement bonifiés :après un but d’Auybameyang refusé pour hors-jeu, l’OM repart à l’attaque et Murillo se trouve servi à l’angle droit de la surface. L’esprit de Cengiz Ünder visite notre défenseur panaméen, qui place un délicieux enroulé du gauche au fond des filets (0-2, 77e).

La victoire ainsi confortée, les dernières minutes consistent à attendre de Lens ou Lyon un miracle qui ne vient pas. Peu concentrée, notre défense doit d’ailleurs être sauvée par l’arbitrage vidéo, alors que Le Havre avait réduit le score dans le temps additionnel après un centre cafouilleux. Fidèle à ses origines normandes, Illiman Ndiaye tient cependant à ne pas quitter ses compatriotes sans leur offrir un petit cadeau : le savatage gratuit d’un attaquant en pleine surface offre aux Havrais et à Bayo le pénalty qui sauve l’honneur (1-2, 97e).


Les joueurs

Lopez (4/5) : L’un de ces jours trop rares où il décide de ne plus être une victime.

Murillo (4/5) : Si l’on y réfléchit, le concernant, on n’est pas loin de pouvoir parler de franche satisfaction, non ? Même si l’on est d’accord que l’enjeu principal de la saison ne serait pas dans son cas, s’en réjouir excessivement serait comme si les ingénieurs d’Alpine disaient : « d’accord, nos voitures n’avancent pas mais on tient à dire que nous avons le meilleur lave-glace de toute la Formule 1 ».

Mbemba (3/5) : Un mode « rien à foutre » tout à fait passable pour affronter du bas de Ligue 1.

Balerdi (3+/5) : Aucune fausse note pour son dernier match de la saison, voire dernier match à l’OM. Soyons lucides : pour refuser de prendre le train qui va passer devant lui au prochain mercato, il faudrait éprouver un amour du club qui confine à la stupidité la plus profonde. Après, un tel amour existe, on l’a bien, nous.

Garcia (2/5) : Multiplie les efforts pour devenir le joueur le plus oubliable de l’histoire olympienne, ce qui n’est pas une tâche facile vu la concurrence.

Merlin (70e) : Qu’il prenne le temps d’enfin défaire ses derniers cartons, qu’il passe une intersaison sereine et studieuse : on aura besoin de lui l’an prochain, et d’un « meilleur lui » si je puis dire.

Clauss (4/5) : Une efficacité qu’on ne lui avait pas connue depuis longtemps. Il a dû prendre cette rencontre comme un match de préparation à l’Euro.

Veretout (3/5) : Cadre de l’équipe, c’est lui qui aura la charge d’expliquer aux nouvelles recrues le merdier dans lequel ils se sont mis en signant chez nous.

Gueye (2/5) : On peut dire qu’il a débuté au Havre pour y finir, puisque de toute façon tout ce qu’il peut se passer désormais dans la suite de sa carrière nous indiffèrera autant que la dernière fistule anale du roi Charles [l’actualité de 11h18 survenue pendant la rédaction de cette académie nous indique que nous sommes passé à deux doigts d’une vanne catastrophique ; c’est ce qui s’appelle avoir du nez].

Kondogbia (70e) : Moins de biftons, plus de ballons.

Luis Henrique (2/5) : Rien que pour l’émotion de son tir au but contre Benfica, ça valait le coup de revenir se faire chier six mois de plus que prévu chez nous.

Onana (89e) : Fin de saison en apothéose avec cette entrée à la 89e minute suivie d’une attaque à main armée en rentrant chez lui. L’un des seuls joueurs de football qui va être content de retrouver la tranquillité du championnat turc.

Moumbagna (1+/5) : Que les bons joueurs soient rebutés par l’absence de coupe d’Europe et la faiblesse des moyens, on peut le concevoir. Mais même si les joueurs moyens se rendent compte que ce qu’ils peuvent gagner en signant à l’OM, c’est de se faire insulter leur mère et de recevoir des balles dans la voiture, les perspectives de recrutement ne vont pas être folichonnes. En attendant, tout notre soutien à Jean et Faris bien entendu.

Ndiaye (70e) : Peu intéressant offensivement et auteur d’une faute de décérébré dans sa surface. Heureusement que le match était sans enjeu, j’aurais pu sinon en concevoir de l’humeur.

Aubameyang (4/5) : Le boulot et les résultats sont là, comme souvent. Le cas de Jean-Bite rappelle que, dans l’analyse du contextemarseillais®, il y a peut-être une donnée que l’analyse prend insuffisamment en compte : quand les joueurs sont bons, ils peuvent prendre beaucoup de plaisir dans leurs relations avec les supporters, en fait. Les joueurs devraient plus souvent essayer d’être bons.


L’invité zoologique : André Agneauw

C’est gentil, sympathique, et ça ne fait pas d’histoires au moment de se laisser bouffer. L’agneau était bien l’invité zoologique le plus approprié pour clore cette saison.

  • Les autres : Déjà sauvés de la relégation, le résultat du match n’était pas leur préoccupation première.
  • Le classement : Navrant.
  • Coming next : N’oublions surtout pas samedi la finale de la Coupe Gambardella samedi prochain. Plus qu’une consolation à cette saison de merde, un tel trophée serait surtout la consécration d’un travail accompli pour consolider et rendre plus performante la formation, et donc le club.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky.
  • La dernière minute : comme un symbole de pas grand-chose, on apprend tout juste, au lendemain de cette saison infâme, que Jean-Claude Gaudin nous a quittés. On ne peut s’empêcher d’être ému à la mémoire d’une personne qui a tant compté pour Marseille et pour qui Marseille comptait tant. Mais cette émotion est aussi liée à cette facette insupportable que Marseille a traîné avec lui au long de leur histoire commune, cet immobilisme avé l’assent qui aurait pu faire rire s’il ne s’était agi que d’histoires de politiques et de finances publiques, qui aurait pu être folklorique si des Marseillais n’avaient pas fini par le payer, certains de leur vie. Cette page d’histoire qui se tourne, c’est celle d’un homme qui aura aimé sa ville, beaucoup, et très mal. Ces larmes que l’on verse quand le livre se referme, c’est aussi celles que l’on doit à ceux qui ne sont plus là, et que l’on n’oublie pas.


Bises massilianales,
Blaah

8 thoughts on “Le Havre-OM (1-2) : La Canebière Académie arrive trop tard

  1. Amen ! Merci Chameau, et à très vite. D’ici là, vivement samedi et la Gambardella !

  2. Peut-on faire un bilan sans parler d’une performance à nouveau exceptionnelle de Monsieur Blaah?
    Match après match, année après année, une constance dans la vanne inégalée, jamais une répétition – vous ne pouvez être seul à écrire ces académies, Homère, Shakespeare, digne des plus grands vous êtes.
    J’aurais arrêté depuis longtemps de suivre ce club maudit sans vous et chaque intersaison est passée dans la peur de ne pas vous retrouver à la rentrée.
    Merci!

  3. Merci pour cette saison. Passez un bel été, du moins jusqu’aux premiers matchs de préparation H.

  4. Merci monsieur Blaah pour cette nouvelle saison académicienne.
    Supporter Lyonnais, j’avoue avoir un plaisir coupable à venir admirer votre plume inspirante et vos vannes acerbes qui parviennent toujours à me procurer des éclats de rire.
    Bien du courage pour cette intersaison, j’espère pouvoir vous relire l’année prochaine.

  5. Chapeau bas l’ami pour cette saison. Pas été dispo pour le motchus laive mais c’est que partie remise j’espère.
    Sans déconner quelle saison de merde…

  6. Cher Môssieur Blah
    L’OM me fend le cœur , il me FEND le cœur, et à toi ? il ne fait rieng ?
    En fait non, le triple pontage avec stents actifs en titane renforcé m’ont permis de tenir jusqu’à ce que le cardiologue me dise que le materiel était HS depuis la saison dernière.
    Ce qui m’a aidé, c’est la lecture ,o combien revigorante et cardiotonique de vos si précieux compte-rendu de match.
    J’ai ri, souvent, alors que le spectacle de la veille me laissait avachi pour une semaine ,jusqu’à contempler longuement ,le regard dans le vide , la machine à café du bureau.
    Mais vous lire me fait penser que ce n’est que du foot, ce n’est qu’un jeu : on gagne, on perd, on rit ,on pleure, mais on revient, on recommence, on a le droit de participer encore, et encore et à vibrer,
    Merci. Merci à vous et votre prose ( matin! quelle verve).
    A vous relire. en core. Si le palpitant tient .
    Bises

  7. Je suis estomaqué par la justesse du texte sur Gaudin.

    Non mais vraiment, chapeau.

    C’est beau comme la démonstration du théorème des valeurs intermédiaires par l’usage des connexes.

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