FONDEMENT (cycle postérieur) : Épisode troisième

Épisodes précédents : 12.

Ils arrivèrent dans une salle, une sorte de carrefour de tunnels. Au total, six entouraient la cavité ronde, dont quatre d’entre eux étaient gardés par des hommes armés qui les mirent en joue immédiatement. Un grand type, carré comme rien, s’avança vers eux, puis, semblant reconnaître quelqu’un, leva avec autorité le bras droit.

— Baissez vos armes, les croisés de Serge sont revenus.

Il crut d’abord que c’était le surnom des gamins mais il vit très vite que personne ne leur prêtait vraiment attention. Tous les regards se portaient sur les onze bonhommes verts et leur silence martial.

— Alors, Rolland, tu as trouvé ce que Ludovicus cherchait ?

— Pour sûr, Georges Samare, pour sûr. Louis Gustave, voici Georges Samare. Georges Samare, voici Louis Gustave.

Le grand costaud toisa Louis d’un air curieux, puis lui tendit la main.

— Enchanté, mon gars. J’espère que t’en vaux la peine. On a envoyé l’élite pour te sortir de ton trou.

Louis rendit son salut et se fit broyer la main. Ce type était immense. Ses longs cheveux bruns étaient lâchés et lui tombaient sur ses épaules massives, son visage, entouré par une barbe en broussaille, l’était tout autant d’ailleurs. Il portait un manteau de cuir rouge qu’il semblait entretenir avec le plus grand soin. Les franges qui pendaient sous les bras et la couleur de la veste juraient avec les reste du personnage. C’était comme ce groupe de musique qu’écoutait son père, celui où il y avait un indien et un cow-boy, il ne se rappelait pas du nom.

— Taiseux, hein ? J’apprécie les gens qui savent faire silence. Bon, allez, suis-moi, Ludovicus doit trépigner d’impatience.

Il le prit fermement par le bras, comme pour lui signifier qu’on hésitait encore ici sur son statut : était-il de nouveau prisonnier ? Il chercha du regard le fameux Rolland et ses croisés, mais ils avaient disparu. Les soldats avaient rempli leur tâche. Décidément, ces types était d’une efficacité sobre admirable.

Il fut entraîné devant un des six tunnels qui partaient de la salle. Ce ne fut que devant qu’il s’aperçut que celui-ci était en fait barré par une immense plaque de fer, possiblement résistante à tout ce qui pouvait exister sur cette terre. Les deux gardes le regardèrent méchamment, mais c’était sûrement leur attitude normale, histoire qu’ils fissent bien leur boulot, ou du moins qu’ils parussent bien le faire. Ils s’écartèrent et laissèrent Georges frapper trois grands coups du plat de sa main libre, l’autre tenant toujours Louis avec force.

De l’autre côté de la plaque, on frappa deux fois, comme pour répondre à Georges. Celui donna à nouveau trois coups. La plaque fut mise en branle et sembla glisser sur la droite, s’insérant dans les parois de la salle. Deux autres gardes apparurent alors, finissant de pousser la plaque pour donner à l’orifice qu’ils laissaient derrière eux une ouverture suffisante. Georges entraîna alors Louis à l’intérieur du tunnel.

Ils marchèrent de longues minutes dans le noir, ce qui ne semblait pas du tout perturber le colosse. Louis s’en remettait totalement à son guide musculeux, il ne pouvait de toute façon pas faire grand-chose d’autre. Il se demandait évidemment où est-ce qu’il allait arriver, qui il allait rencontrer, ce qu’on attendait exactement de lui et surtout s’il pourrait boire. Sa gorge le brûlait, il avait l’impression qu’on la lui avait lavée à l’eau très chaude puis qu’on l’avait essuyée à la paille de fer.

Ils débouchèrent sur une nouvelle salle, plus petite, qui cette fois ne comportait que deux tunnels : celui par lequel ils venaient d’arriver et un autre, barré par une sorte de rideau en fils de perles en bois, que Louis trouva franchement moche. L’ensemble de la salle était rempli. Il eut l’impression qu’aucun centimètre carré de sol ne comportait pas un objet. Il reconnut, éberlué, un baby-foot, posé dans un coin. Il vit, à mesure que ses yeux s’habituaient à la lumière tamisée, apparaître sur les murs des posters de joueurs dont on lui avait parlé dans sa jeunesse. Martial, Mbappé, Coman, Griezmann. Il ne reconnaissait pas celui qui était au-dessus d’une grande table de bois jonchée de papiers.

— Et bah alors, tu reconnais pas Phil Jones, mon con ?

Pierre-Issa Kasimov

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