« J’ai même mis une décimale, une fois » – Confessions d’un enfant de l’anal

Toujours dans le cadre des 10 ans de nos académies, notre dromadaire n’a pas hésité à franchir les portes du Haillan pour aller poser ses questions à un académicien historique. Alors, que devenez-vous,Claude Pèze ?


Pour les jeunes générations qui l’ignorent, tu es désormais community manager des Girondins de Bordeaux après avoir tenu la Scapulaire académie de longues années durant. Le fils prodige de Horsjeu.net, en quelque sorte, celui qui a réussi. C’était voulu, à la base ?

A la base j’étais juste un mec qui se faisait chier en Picardie et Horsjeu (dont j’étais un lecteur assidu) recherchait un académicien. Le « pourquoi pas ? » s’est transformé en une première académie (Lyon – Bordeaux, septembre 2010) suivie de plusieurs autres. Et alors que je ne pensais pas que ça durerait plus de 3 mois (comme la tektonik ou avoir des enfants), j’y ai pris goût et ça me permettait d’occuper mes journées de boulot autrement qu’à rien foutre. Je me suis intéressé à Twitter par simple curiosité et voilà, après quelques vannes de cul et sur les Girondins, je me suis retrouvé un jour dans le bureau de Jean-Louis Triaud à lui expliquer pourquoi Arnaud et Julien (que je ne remercierai jamais assez) voulaient m’embaucher pour « faire des conneries sur internet » selon ses propos. Donc ce n’était pas voulu mais c’est devenu une volonté, notamment grâce à Moké qui m’a toujours encouragé dans ce sens et qui gardera toujours une place à part chez moi.


D’après l’Éditeur, ce bel homme, tu es le précurseur des acads longues : alors que les premières acads respectaient le format bref des fondateurs, tu es passé à la totale avec mise en contexte, résumé du match, notes et toutes les digressions qui vont bien. Tu avais vraiment l’intention de rédiger quelque chose de complet, ou bien c’est juste parce que tu t’emmerdais au bureau [NdBlaah : oui, je sais, l’hôpital, la charité, tout ça…] ?

J’ai même mis une décimale une fois.

Je peux le dire maintenant parce qu’il n’est plus là pour me chambrer avec ça mais j’étais impressionné à mes débuts par cette qualité exceptionnelle de concision chez le Mad. Au point de ne jamais trouver mes académies suffisamment bien écrites pour arriver à son niveau. Étant plus à l’aise avec les digressions, j’ai petit à petit créé cet univers autour du personnage qui est passé de simple photo de couverture pour l’Académie à personnage presque vivant. J’en étais même arrivé au point où je trouvais moi-même ça trop long, il me fallait presque 8h pour écrire une académie, soit plus d’une journée de boulot (j’étais fonctionnaire, les journées de 8h c’est un mythe chez nous). Sur la fin, j’étais revenu à un style plus concis. Et oui, je m’emmerdais au bureau.


Les statistiques de la Scapulaire académie à l’époque, avec plusieurs épisodes supérieurs à 10 000 lecteurs, procurent encore des érections à nos stagiaires marketing. Outre la qualité des acads, par quels moyens as-tu construit une telle audience ?

J’ai commencé par créer un compte à ce brave Claude Pèze, puis une page facebook pour la Scapulaire Académie et évidemment le compte twitter. Mais c’est surtout grâce au boulot d’Isidore Mendoza (les anciens savent) que j’obtenais une telle audience. Il avait noué de nombreux partenariats permettant à l’académie d’être relayée sur énormément de sites, notamment les sites de supporters bordelais qui sont aussi nombreux que divisés entre eux.


À l’instar de la vanne sur nos camarades de Boucherie Ovalie  (« Ah bon, vous avez un site, vous n’êtes pas qu’un compte Twitter ? »), ce n’était pas frustrant d’être connu avant tout en tant que twittos, par rapport au temps que tu passais sur les acads ?

Un tweet prend 15s à écrire, une académie 4h, forcément il y avait une frustration d’être considéré parfois en tant que twitto plutôt qu’académicien. Après je trouvais mon compte aussi en étant à l’aise à la fois sur twitter mais aussi dans l’écriture travaillée d’une académie. Les deux peuvent être complémentaires mais j’ai toujours pris plus de plaisir à rédiger une académie avec des idées qui fusent de partout que sur twitter (même si j’y prends énormément de plaisir aussi).


Tu fais partie de ces académiciens qui se sont mis à côtoyer « pour de vrai » leur club, comme par exemple aussi le Perfettu. Comment se passe la première rencontre, quand un joueur te dit : « aaah, oui, c’est toi le mec qui a écrit sur moi ‘je préfère me faire enculer que de le revoir porter le maillot’ ? »

Avant de bosser au club je n’avais croisé que les mecs qui bossaient au service communication et qui sont aujourd’hui mes collègues. Si parfois je les faisais rire, ils trouvaient aussi que je pouvais parfois aller trop loin par rapport aux joueurs (avec le recul : oui, totalement). Au niveau des joueurs, je n’ai croisé que Cédric Carrasso avant de travailler au club ; anonymement je lui avais demandé un autographe « pour Claude Pèze » qui l’avait fait légèrement tiquer. C’est en signant au club que j’ai découvert à quel point il pouvait être suivi, son nom était connu dans tous les services et forcément de certains joueurs. Cela a donné lieu à quelques conversations pour remettre les choses à plat mais aujourd’hui c’est du passé (du moins j’espère). Pour la citation de la question, comme l’a dit Jean-Louis Triaud lors de l’entretien (où il m’a lu ce tweet à voix haute) : « Bon ça va, ils ont quitté le club ». La suite aurait pu être légèrement plus déplaisante dans le cas contraire.


Réciproquement, si tes successeurs Nausée Savajicl et Kiki Musampala écrivent un truc déplaisant  sur le club, est-ce que tu leur pèteras la gueule ?

Non pour deux raisons : 1. J’ai surement déjà écrit bien pire qu’eux et l’écriture d’une académie faisant plus appel à la passion qu’à la raison, il est compréhensible que l’auteur aille parfois trop loin (surtout s’il ne se cache pas derrière Monsieur Lapin (oui c’est gratuit)). 2. Kiki habite les Ardennes et il est hors de question que je re-foute les pieds dans cette partie de la France. Pour Nausée, je ne le connais pas encore mais serais ravi de le croiser.


Dans la ligne éditoriale de Horsjeu.net, les hélicobites et les poings dans le cul cachent en théorie une dénonciation sous-jacente du foot-business et de son traitement par les médias ordinaires. Avec le recul, ce côté provoc-anal te paraît-il nécessaire, ou finalement est-ce que c’est très bien, le foot-business ?

Jérôme Latta et l’Editeur ont fusionné ? Je profite de cette question pour remercier ceux qui m’ont donné ce goût pour l’écriture à la limite du footballistiquement correct : Les Cahiers du Foot, Chez Les Girondins et évidemment Horsjeu.net, son Editeur (ce bel homme), ses Gros Membres (certains m’ont logé sans jamais chercher à abuser de moi), Moké (tu nous manques) et tous les académiciens que j’ai pu croiser au long de ces années.


Dernière question : si je te dis que le jour où l’OM gagne à Bordeaux (fût-ce dans 40 ans), Claude Pèze revient écrire une académie, me réponds-tu « chiche » ?

Plutôt crever (pour la première partie de la phrase). Si jamais ça arrive, chiche, par contre, cache Monsieur Lapin.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

5 commentaires

  1. L’avant-dernière question, c’est effectivement un scandale. Heureusement que Claude ne se laisse pas entraîner dans d’autres considérations que « ma bite dans ton cul ».
    Elle fout un sacré coup de vieux cette interview sinon.

  2. Oh la la la nostalgie !! ça me rappelle les premières interventions télévisuelles de Georges Pompidou, on avait quoi à l’époque ? 30 ans ? Je m’en souviens comme si c’était hier.

  3. Claude Pèze, aka celui qui m’a fait découvrir la Scapulaire Académie et aimer Hors-jeu.net. Sa prose nous manque, de même que les descriptions de son état émotionnel pendant les matchs, toujours à mi chemin entre le craquage de slip et l’hélicobite.

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