LE MEURTRIER EST DANS LE 11 DE DÉPART, CHAPITRE 10

3

Fire walk with me

assassin11bis

Haha, la grande saga de l’été 2014 est de retour au printemps 2016… Bon, on comprend que vous n’ayez plus toute l’histoire en tête, alors voici un lien vers l’épisode précédent, qui contient lui même un lien vers l’épisode d’avant qui renvoie lui vers tous les épisodes précédents. C’est une inception de liens, et ouais.

L’odeur prend les naseaux avec force dès la barrière d’entrée franchie : pestilentielle, acre, emportant dans son sillage une fumée dense qui devait être noire il y a quelques jours mais qui, à l’instant où le commissaire et son jeune collègue pénètrent dans le parking du centre d’entraînement, s’était transformé en un léger voile blanchâtre.
– Ça va mettre du temps à s’évaporer, rapport au fait qu’on est dans un espace clos. Et puis on continue d’asperger à quelques endroits pour éviter que ça reparte.
Le capitaine des pompiers est un colosse de presque deux mètres, large comme long. Le casque calé sous son bras droit, il débite ses observations aux policiers d’une magnifique voix gutturale, semblant ébranler les piliers de béton qui soutiennent le plafond du troisième sous-sol.
– L’incendie a démarré dans la guérite du gardien puis s’est propagé aux voitures garées alentour, rapport aux réservoirs d’essence, pour sûr. Y avait un ou deux jerricanes dans la cabane, ça a bien aidé les flammes à se régaler, si vous voyez ce que je veux dire. Bon sang de chiottes, c’est du joli boulot que voilà !

Gary Chlorophylle tenta prudemment une réplique aux éructations du sapeur.
– Quand est-ce que la Scientifique pourra faire ses constatations ? Et puis, vous risquez de détruire des preuves et noyant comme ça la zone de départ du feu.
– Commencez pas à m’expliquer mon travail, bon sang de chiottes ! Avant de rebalancer la flotte, on a fait venir un expert avec l’accord de votre patron là, Chandail ou Charpentier je sais plus…
– Chandelier.
– Ouais voilà. Il a fait son rapport depuis plus d’un jour, vous sortez d’où ?

Le commissaire ne semble pas se souvenir qu’il a battu en retraite une semaine auparavant, lassé de la pression grandissante au fur et à mesure que l’enquête faisait du surplace. Il avait claqué la porte de son bureau et était rentré chez lui, non sans faire un arrêt à la supérette, besoin impérieux de whisky oblige. Robinet tente de ménager son mentor depuis que celui-ci est de retour, mais il a déjà lu le rapport des équipes du docteur de Philip Jambonneau. Il sait que le feu a été allumé par une main humaine, qu’il est étrange que les deux hommes soient morts de causes différentes, et qu’il est plus que probable qu’une troisième personne était présente et que c’est elle qui est à l’origine de l’incendie, histoire de se débarrasser des corps et d’effacer toute trace.
Chlorophylle vient de terminer son troisième tour du cabanon détruit. Il avance courbé, frottant ses mains derrière son dos. Ses yeux semblent ne rien regarder, perdus dans l’immensité noire qui recouvre le béton du parking.
– Donnez-moi ce foutu rapport, Robinet. Qu’es-ce que c’est que ces causes de décès ? Et… traces d’une troisième personne ? Mais purée… Pourquoi dévisser la tête du premier, étouffer le deuxième puis foutre le feu à la baraque ?
– En réalité commissaire, Porkepic est mort asphyxié par la fumée.
– Comment ça ? Mais bon sang, je commence à en avoir par-dessus la tête des énigmes à répétition ! Ils ne pouvaient pas se contenter de jouer au foot, tous ces cons ? Nous laisser les regarder baguenauder sur la pelouse, placer des ouvertures chirurgicales, rater des buts tout faits, dézoner pour mieux décaler, rôder dans la surface en cas de toile du gardien, placer des reprises de volée en lucarne ? Non, bien sûr que non, ce n’est pas assez pour ces pékins, il faut faire du spectacle en dehors ! Et vas-y que je me fais assassiner sauvagement ! Que je me fais tirer comme un lapin par un sniper ! Que je crame deux gonzes dans un cabanon !
– Qui vous dit que c’est un joueur qui a fait le coup cette fois-ci ?
– Mais le onze de départ, Robinet, le onze de départ ! Porkepic savait tout, il savait tout ! Je parie mon chapeau qu’il avait fini par découvrir l’identité du tueur de Marmelade !
– Vous n’avez pas de chapeau commissaire…
– Oh la barbe ! C’est une image lieutenant, ne me jouez pas l’air du premier degré ! Pas vous ! Tout est lié, bon sang de pacotille ! Alors, maintenant, ça suffit ! Finie la récré ! On passe à la vitesse supérieure. Marre de me faire balader comme un loulou de Poméranie !
– La vitesse supérieure, commissaire ?
– Surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre de tout le reste du onze ! Convocations à répétition pour des entretiens poussés ! Épluchage en règle de la vie privée ! On ne tire plus à blanc ! On prospecte ! On se fout du cambouis sur les paluches ! On va y aller au taille-haie, marre marre marre !

L’auditoire médusé ne dit mot devant l’explosion du commissaire. La colère est réelle, soudaine, et ne laisse pas de place à la moindre intervention. Robinet seul sait lorsqu’il faudra s’avancer pour tenter de raisonner quelque peu le tourbillon grisonnant qui balaie le bitume du parking. L’accalmie arrive, Chlorophylle semble s’essouffler.

– Vous entendez… tas de… petits cons ? Foutez un planton derrière chaque… bonhomme…
– Commissaire.
– …. Laissez-moi…
– Je crains que nous ne manquions d’effectifs pour adopter cette tactique. De plus, l’équipe est en train de préparer la demi-finale de la coupe d’Europe contre le Paella CF.
– Vous croyez que ça me fait quelque chose qu’ils se préparent ?
– Non, sûrement pas Patron, mais vu qu’ils le font tous au même endroit, pas besoin de les suivre un par un, vous comprenez ?

Les pompiers ont quasiment tous déserté l’étendue noire qu’il ont copieusement arrosée durant des heures, et l’équipe de la police scientifique tente maintenant de faire un dernier passage dans les décombres du cabanon pour trouver peut-être un indice oublié jusque-là.
Le reste des enquêteurs s’est solennellement retiré quelques dizaines de mètres plus loin pour respecter le conciliabule des deux hommes en charge.

– Et il se situe où, cet endroit de préparation à la coupe d’Europe, Robinet ?
– Dans un chalet sur le mont Tanio.
– Faites vos valises capitaine.

A suivre…

3 réflexions sur “LE MEURTRIER EST DANS LE 11 DE DÉPART, CHAPITRE 10

  1. On va en faire un film ! Je veux Jean Dujardin en commissaire Chlorophylle ! On va se faire un max de pognon ! Quelqu’un a le 06 de Clooney ?

Répondre à blon Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.