Sac them all

Notre Footballologue s’en prend aux détracteurs du Manager de l’année

Vexée qu’une bande de partouzeurs incultes refuse de se prosterner devant son Dieu, la SSS déclenche la Nuit des longs couteaux sur Fernandez – non pas l’âne – le Damné. L’Armagedon apocaFMIstique s’abat sur la vieille Europe, un lansquenet bavarois n’a que « sac ! » à dire…Das Lied von die ersten

« Grôuantentraîneur », « Joannie tactique »…apparemment, ce n’est pas tant Jean Fernandez mais la possibilité de ne pas récompenser Deschamps qui révulse certains cadres de la SSS*. Ainsi, quand certains prennent leurs superlatifs pour des réalités, d’autres motivent leur position sur le bilan de la saison : deux titres sur trois (en fait sur 5 possibles, puisque l’OM a rempli des dossiers erasmus histoire de toucher les bourses), qui plus est « à Marseille », où tout est « plus difficile », etc… Certes, et il n’est pas question d’occulter la contribution du Schmaps….à une œuvre continuée par Gerets et entamée sous…Jean Fernandez. Saison 2004-2005, la « meilleure équipe de l’OM depuis 10 ans » s’effondre, Diouf remplace Bouchet et Troussier succède à Anigo. Saison 2005-2006, dans une atmosphère d’ « OM, année O » (ou « Diouf de l’an1 »), l’homonyme à Luis fait galoper ses « gâçons » (Niang, Ribéry, Pagis, Maoulida, voire Taïwo) sur la colonne vertébrale de José Delfim pour une équipe finaliste de la coupe de France, 5ème à trois points de la LdC et victorieuse en copa toto. Apparemment las de composer avec l’ « élément régional » en cinq lettres, Fernandez s’engage pour Auxerre, Emon faisant l’intérim jusqu’au lions de Rekem, l’OM réapprend à bander avant qu’on ne refile les cordons au « Joannie du football » pour décharger des bourses –mystérieusement- pleines. Aussi, en s’inspirant du Théorème de Lions Pasolini, la fusée OM initiée par Diouf comporterait trois étages, et Didier Stamp débarquerait mystérieusement pour se taper la part du Lion.

Tout ceci mériterait éclairages, réflexions, précisions et nuances, soit un travail journalistique inscrivant l’événement dans son contexte de production afin d’en extraire le sens historique. Ou pas. Et là où il suffit de dire, « bravo Jeannot, merci pour tout », les Experts en auto référencement se crispent pour une vague imitation de la liturgie footballistique anglo-saxonne repensée « à la française », soit un bout de camembert doré « rehaussé » de favoris. Insignifiant sur la forme mais révélateur sur le fond  de la nécessité pour la SSS de contrôler et intégrer toute production d’un discours footballistique capable de pénétrer le champ médiatique. Experts d’eux-mêmes, symboliques d’un nouvel ordre journalistique fondé sur le « je suis (médiatiquement), donc je pense », les concierges du temple spectaculaire s’arrogent le tracé du terrain médiatique, et par là sanctionnent tout discours hors jeu. Que des joueurs professionnels puissent dépasser le culte de la victoire pour reconnaître l’obscur labeur du perdant, ce perdant jadis « magnifique » des années 80, assassiné depuis par la victoire oedipienne de 98, déjoue toute la rhétorique néo libérale qui transforma la symbolique du don en empire du « gagnant-gagnant » dont les médias se font les relais. Prisonnier d’un immédiatique empêchant toute réflexion approfondie, drapant leur « je » du voile de la véridiction là où il n’y a que fabrique du consentement, ces spécialistes n’ont d’existence que par et pour le média qui les a fait et les défera si d’aventure la traceuse venait à leur échapper. « Cogitor ergo sum » selon les termes de Peter Slöterdijk, « je suis pensé donc je suis », pensé par ces milliers (millions !) d’individus recherchant dans le football le shoot propédeutique à la fuite d’une existence vidée de valeur, dé-valorisée par des semblables n’ayant pour eux que leur positionnement derrière l’écran. Leur terrain, tracé sur le champs médiatique, se sur impose au réel, et ces scribes d’une Histoire des vainqueurs, qu’elle soit footballistique, politique ou économique (n’est-ce pas Nicolas Baveureuse… **) s’arrogent le monopole de la « culture » face à un démos de barbares.

Ainsi, la France n’est pas un pays de football et le monde professionnel ne peut élire « raisonnablement » le « manager de l’année », puisqu’il méconnaît les règles du spectaculaire, la loi du « gagnant gagnant » qui exige Deschamps et…Lisandro, aucun titre mais « courage, abnégation,… », soit la nécessité de dédouaner les copains lyonnais d’une saison en amertume dont seule Puella doit être responsable ; et par-dessus tout, célébration d’un Stakhanov magnifié, « employé de l’année » trahi par l’incompétence de son « manager. » Sermon sur l’acronyme*** dénonçant la valorisation des mérites passés et présents d’un « métchnageur » défait, comme une « aberration » dans un monde hystérisé par le dogme de la réussite immédiate réitérée à l’infinie. Après tout, la communauté sait reconnaître les mérites du « perdant magnifique » une fois celui-ci retiré de la compétition : « oscar d’honneur »… si le temps le permet. Patience les bœufs d’or, le monopole Amaury, entorse au dogme, ne saurait durer très longtemps et bientôt, pasteurs de toutes crèches tiendront annuellement concile pour désigner les « élus » et guider le troupeau vers leur destin. Brennus « manage » des lansquenets, « Vae victis ! »****


* : Société du Spectacle Sportif

** : présenté comme économiste et essayiste lors de la Matinale de C+ du 11 mai 2010, Nicolas Baverez n’en reste pas moins un idéologue néo libéral gazouillant sur la rive sud-ouest de la carte du tendre. Cette « omission » révèle à la fois la nécessité de souligner la dimension idéologique des discours scientifiques et l’enjeu politique que constitue la reconnaissance du caractère scientifique d’une discipline (« science économique » ?) En clair, si vous êtes juif en 1942 et que le médecin a un léger accent germanique…

*** : UNFP

**** : « Malheur aux vaincus », http://fr.wikipedia.org/wiki/Vae_Victis
Pour un bonus portrait de Jean Fernandez par Notre Footballologue cliquez ici.

5 thoughts on “Sac them all

  1. D’accord avec vous cher maitre es-football mais…
    Fernandez est comme Puel, Perrin ou Lacombe (avant d’aller à Paris). Des excellents tecnico-tacticiens mais qui pêchent à chaque fois qu’ils ont à gérer les égos de joueurs confirmés.

  2. Le lien wikipedia ne marche pas. C’est dommage: avec le portrait-bonus, c’est ce qu’il y a de mieux dans l’article.
    Le footballologue m’avait habitué à mieux, je suis déçu..
    (non, c’est vrai, il faut se concentrer pour comprendre un discours truffé de passages particulièrement obscurs et dont la portée ne mérite pas tant d’efforts)

  3. Ouais bon! Et aprés? Sèrieusement les trophées UNFP ne méritent pas que notre footbollogue perde son temps et dépense son français à dénoncer une polémique qui n’interresse que ceux qui la font.
    Ayant le vieux port à la place de la bouche, c’est donc en toute objectivité que je vous dis que fernandez (comme deschamps d’ailleurs) mérite ce trophée de rebord de cheminée.
    Quant aux journaleux qui ont fait un metier de n’avoir rien à dire mais de le dire à tout le monde, je suis de ceux qui les snobent et lit Horsjeu.net. Vivons tranquillement notre football en autarcie et laissons au comité le soin d’être notre ministre des affaires etrangères au football.

  4. Le travail réalisé par Jean Fernandez depuis plus de 10 ans mérite les éloges. Pour rappel :
    – l’équipe de Sochaux de Lacombe c’est lui
    – Avant de venir à l’OM, il était à Metz. La saison qui suit son départ le club descend malgré un groupe (quasi) inchangé
    – à Auxerre il a repris une équipe promise à la relégation

  5. Ceci dit l’intérim Emon a quand même duré plus d’un an (même si ça a fini en queue de boudin comme dirait E. Petit)

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