Songe d’une nuit de Coupe du monde 2010

Poésie le retour

Notre poétesse, Delphine, a repris sa plus belle plume, pour vous livrer la vérité sur des faits qui ont fait trembler le football français.

Dans le vestiaire de l’équipe de France, à la mi-temps du match de Coupe du Monde FIFA Coca-Cola contre le Mexique. Le score est toujours nul et vierge, mais les difficultés françaises sont criantes.

DOMENECH

Depuis le premier match de la Coupe du Monde
Notre fond de jeu est, il faut le dire, immonde,
Excitant les fureurs de l’automne dernier !
Nous n’avons rien appris malgré ce match charnier,
Il fallut pour gagner le concours de la triche ;
Rien n’y fait, la tactique est, depuis lors, en friche,
On a autant de tirs que de volition,
Sans compter vos péchés de prostitution…
C’en est peut-être assez pour une âme commune
Qui du moindre péril se fait une infortune.
J’espère que ces faits ne sont que des hapax ;
Anelka, si tu crois mimer le Grand Ajax,
À vouloir dominer le jeu sans la moindre aide,
Je dois te recadrer dans ce court intermède…

ANELKA
Je bite absolument que dalle à ton pavé !
Combien de temps encor comptes-tu nous gaver ?
Tu dépasses de loin cent quarante symboles,
À l’ère de Twitter, conte des fariboles !

DOMENECH
Tu sembles ignorer le chérubin meneur,
Si du moins tu fais cas des plans de l’entraîneur :
Ta façon de tirer les coups-francs est très laxe,
Et pourquoi fuyais-tu ton poste usuel, l’axe ?
Ferais-tu bande à part, esprit saturnien ?
Si on veut dépasser le groupe uruguayen,
Je dois tabler sur onze assujettis séides
Donc reste où je t’assigne, omets tes choix stupides !

ANELKA

Je ne seux pas ouïr les ordres d’un crétin.
Pour t’en convaincre, vois la finale en C1
Face à Manchester ! Vois, je fuis les directives ;
Si mes décisions apparaissent fautives,
J’ai plus de foi en moi qu’en ton talent de chef !
Regarde : as-tu un titre honorable en ton fief,
Tandis que j’accumule à l’envi les trophées ?
Tu n’as aucun génie, et tes billevesées
Ce soir vont dépêcher d’un pays le malheur
Si t’attitrer martyr te ferait trop d’honneur
– Ta grandeur et ta chute étant le fard d’un autre –,
Il en est un fameux dont tu serais l’apôtre :
Sébastien, ce saint homme au plaisir ambigu.
Va te faire empiler ! Que ton trou exigu
D’où proviennent tes plans de profondeur rectale
Rougisse de l’estoc d’une verge létale !
Puissent tous les Français ensemble conjurés
Piler ton fondement de gestes assurés !
Et si ce n’est assez de toutes nos provinces,
Qu’on se passe le mot partout, d’où que tu vinsses !
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
Passent pour t’enculer, te classer faits-divers !
Que le courroux du ciel, en t’entrant une poutre,
Fasse pleuvoir sur toi un déluge de foutre !
Puissé-je de mes yeux te voir le cul chargé,
De verre, de gravats, et d’un pénis gorgé !
Voir Gourcuff te percer, le regard plein d’envie,
Te voir là où, sans doute, on t’insuffla la vie
– Au fond d’un caniveau – , à ton dernier soupir,
Moi seul en être cause, et mourir de plaisir !

DOMENECH

Ton dessein nous dessert, tu dois quitter l’arène,
Tu omets qu’en ces lieux, c’est moi qui tiens le rêne.

ANELKA

Quel imbécile heureux ! S’effrite ton pouvoir !
Tu ne peux plus agir selon ton bon vouloir !
Le Mexique ce soir mettra fin à la fête :
N’entends-tu pas vriller, au-dessus de ta tête,
Ainsi qu’un balancier, l’arme de Damoclès ?
Pendant ce temps j’irai garnir mon palmarès,
Lequel ne rivalise avec mon compte en banque !
Qu’importe qu’on m’affuble un nom de saltimbanque,
L’éclat de mes succès le fera oublier !
Je prédis que maint club voudra me rallier,
Du Brésil jusqu’en Inde, on suivra mes prouesses,
Des clubs européens me ceindront de liesses !

GOURCUFF

« Liasse » est le bon mot…

ANELKA

Ta gueule, l’intello !
Jamais de mon aura tu n’auras, plat bellot !
Ma sortie au mitan de ce match inutile
Ne sonne pas mon glas : la France volubile
Aime cristalliser ses fantasmes et peurs ;
Dès demain maudiront mon sort tous les pasteurs.
J’incarne excellemment votre chute adamique
Pour les bigots pleurant Dieu Zidane et sa clique !
Pour fuir le Mal qu’on va tous personnifier,
Il ne suffira pas de me crucifier :
Ainsi que survécut au peuple déicide
Le mortel célicole au message placide
Aux dépens de leur temple incessamment détruit,
En vérité je suis de votre échec un fruit,
Lequel dès l’origine était en nous en germe,
Cesoird’hui mon départ accélère son terme !
Si l’empire chrétien débute à Golgotha,
Votre rédemption passera par Knysna !

RIBÉRY

Il veut quoi mon poto ; il disait quelque chose ?

ÉVRA
Je n’ai rien déchiffré, mais je crois bien qu’il glose.

DOMENECH
Vous aurez beau céans vêtir les « i » de points,

Pour l’heure l’important est d’avoir les trois points.

ANELKA

Et moi, restant tout seul, je réponds de Saturne,
Savourant dans mon coin votre drame nocturne.

Anelka sort.

Delphine, la muse poétesse nouvelle.

23 thoughts on “Songe d’une nuit de Coupe du monde 2010

  1. En ajoutant les journalistes sportifs en choeur des pleureuses, on présente ça au festival d’Avignon et on défonce tout. Sophocle est enfoncé. Chapeau bas, Madame.

  2. On dit en Avignon. Je crois que Google seul sait pourquoi.

    Sinon chapeau bas l’artistesse. Quel allant. On se fait bien chier au début et à la fin on est emporté. Comme un symbole de théatre. Comme autre part aussi.

    Bon je retourne à ma lecture avec mon dictionnaire. Alors, voyons, j’en étais à « létale »…

  3. Personne n’a eu une demi-molle malgré la touche anale? Je dois avouer que j’ai mouillé en m’imaginant subir la colère d’Anelka.

  4. On dit « à » Avignon.

    On disait « en » Avignon quand il s’agissait d’une papauté. Comme on dit « en » France, on disait « en » Avignon.

    En tout cas, les avignonnais disent à Avignon.

  5. C’était bien, et puis je me suis surpris à le lire avec la voix de Grand Corps Malade, ça a tout cassé…

    Non, bravo quand même.

  6. Si le peuple est « déicide », le « mortel célicole » est un dieu, donc il est immortel et pas trop célicole, ma petite Delphine (ou devrais-je dire Camille ?).
    Il y a un vers horrible : « Pour fuir le mal qu’on va tous personnifier ». « Pour échapper au mal qu’il nous faut incarner » ou un truc du genre, ça irait mieux, non ? Même si ça rime moins avec crucifier.
    C’est très bon en tout cas. « Ta grandeur et ta chute étant le fard d’un autre », c’est bien.

  7. Magnifique le nouvel anti-gone!
    Avignon, Grignan et triomphe à la main d’or…
    La Fura Delphine ?

  8. @Cascarinho: aha, bien vu. Il y a un peu de Camille dans ce texte.
    Le « mortel célicole » est justement un oxymore que je trouvais assez joli pour qualifier Jésus, l’Homme-Dieu (et qui soulève d’autant plus un paradoxe avec le vers précédent).
    Il est vrai que le vers « Pour fuir le mal qu’on va tous personnifier » est en deçà du reste. La césure n’est pas très bonne. « Pour fuir le mal que tous vont personnifier » sonne peut-être mieux.

    Tous vos commentaires me font plaisir, merci!

  9. Que voilà un grand texte et l’on pardonnera les quelques vers chancelants.

    Quant à la question d’Avignon, il me semble que pour Avignon (comme pour Arles) « à » et « en » sont acceptés.

    Je ne connaissais pas la théorie de la papauté, fort plausible ma foi, proposée par Ronald Loubard.
    J’ai ouï dire quant à moi qu’il s’agissait plutôt d’une influence du provençal.

    Quoiqu’il en soit en bon français moderne « à » reste le plus logique. C’est vrai, qu’est-ce qu’on en a à foutre du provençal ? (tous les propos insultants à cette dernière phrase sont les bienvenus, y compris en provençal)

  10. « Le « mortel célicole » est justement un oxymore que je trouvais assez joli pour qualifier Jésus, l’Homme-Dieu »

    ah putain mais il y a un sens en fait ?

    bon… je relis.

  11. Les propos de Ronald Loubard sont pleins de bon sens mais peut-on faire confiance en un avignonnais ?

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