Russie – France (1-3) : L’Académie Française prends ses aises en Russie

« N’y tenant plus, je commence à écrire cette académie. Et pourtant, j’aurais pu m’en passer. Il est une chose certaine : c’est que jamais plus je n’écrirai sur ce match, dussé-je vivre cent ans. »
C’est moins connu que « Longtemps je me suis couché de bonne heure », mais c’est plus russe. Et on aime la littérature russe. On l’adore même. On la dévore comme Pierre Ménès dévore Fahrenheit 451kg  et Stéphane Guy Le Cousin Bête. On la chérit tant qu’on va en foutre partout dans ces lignes.

La compo :

Retour à un 4-3-3 classique dans la forme, mais original dans le fond, avec beaucoup de changements. Pour faire plaisir à certains, pour donner du temps de jeu à d’autres, ou pour un vrai test d’une possibilité que DD se laisse ? (non)

Le derrière :

Varane laisse sa place à Koscielny. Pavard prend la place de Bridjil Sidibé, et Mohammed Ali fête sa première titularisation sur le côté gauche.

Le milieu :

Sur le papier, ce milieu a, à mon sens, beaucoup plus de cohérence que celui face à la Colombie. Kanté pour ratisser, le Prince Fragile et la Pioche pour relancer et orienter le jeu.

Le devant :

Mbappé en 9 avec deux sprinteurs à côté de lui. Concours de jeunisme et d’éphèbes à Saint-Pétersbourg.

Le match :

Les Russes démarrent en étant très compacts. Les Bleus sont contraints de passer par les côtés, ce à quoi s’essaye Mbappé sans succès (3e). Le rythme n’est pas foufou. Notre première action à peu près construite intervient vers la 10e minute mais Pogba est trop court pour placer sa tête. Face à une France timide, les Russes réagissent par un beau mouvement à trois sur la gauche et une frappe de Smolov – qui passe devant Umtiti – captée par Lloris.

Le quart d’heure de jeu est passé et on n’a même pas la possession (53 contre 47). Face à la Russie quand même. C’est un match de reprise ? De DHR ? Ceux qui ne jouent pas d’habitude, vous voulez pas montrer que vous méritez plus ? Vous voulez terminer comme Benzema ? Vous voulez disparaître, tocards ? Ejectés, humiliés, oubliés, c’est ça qu’vous voulez ? Un des seuls non-titulaires qui se montre, c’est Pavard, qui monte aux avant-postes et lâche la première frappe française du match (21e). C’est mince, mais on s’accroche à ce qu’on peut.

Putain qu’est-ce qu’on se fait chier quand même. Y’a trois flèches devant mais pas d’arc pour les lancer. Je reconnais le mérite de Mbappé, qui bouge beaucoup, provoque, essaye. Mais Martial et Dembélé, on dirait Ostap et Andreï, deux frères très doués qui ont la confiance de leur bourrin de père mais qui foirent toutes leurs tentatives aussi bien que Ben Arfa salope sa carrière.

Ils sont où les archers d’ailleurs ? Il est où le Prince Mychkine (à ne pas confondre avec le quasi-homophone arabe, quoique ça colle pour Rabiot) ? Il croit qu’il va aller en Russie en étant aussi mauvais cet Idiot ? Pogba n’est pas beaucoup mieux, mais au moins lui tente de casser les lignes par ses passes. Le même Pogba ouvre d’ailleurs vers Kanté en profondeur, qui donne à Martial. Sa frappe complètement ratée atterrit sur Kylian, dont la frappe est stoppée par le portier bolchevik (26e). « Plat du pied, frappe de Nîmois ». Ca ne rime pas, mais c’est comme ça.

Moi j’lui trouve carrément un air de ressemblance.

On s’emmerde toujours autant. Quinze minutes à ne rien écrire tellement c’est le néant. On ne croirait même pas assister à un match professionnel de la part des Bleus. Seul un miracle pourrait permettre à Deschamps de dire à Fredo Calenge, le premier coton-tige reporter à Paris-Match, que la première mi-temps n’a pas été trop mal. Fiat miraculum, miraculum fit : Pogba lance en profondeur Kylian, qui crochète le défenseur trotskyste et propulse le ballon au fond (0-1, 40e).

Pogba, encore lui, renverse le jeu du côté de Marcel Cerdan, lequel donne à Mbappé qui provoque dans la surface, dribble, et centre pour Martial qui n’appuie pas assez sa frappe. Tout plein de potion magique, Pogbastérix lance une nouvelle fois Martial dans la profondeur. Le Mancunien, comme sa petite taille le laissait deviner, se frotte au soviet et plonge. Avant de vouloir obtenir des pénaltys, essaye d’abord de rester sur tes pieds et de jouer au foot tocard. Mi-temps.

Le léger sursaut en fin de 1re période ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est nul Denis. Cela fait longtemps que le crime est connu, mais le châtiment semble éternel. A la reprise, Pogba obtient un coup-franc aux 25m en protégeant bien son ballon. Dans un élan de fantaisie ludique, mais certainement sans penser à Lili Brik ou Vladimir Maïakovsky, Pogba le frappe superbement (0-2, 48e). Réussir à mener 2-0 avec aussi peu de choses montrées, c’est à peine croyable. Ne pas prendre ce tir à bout portant de Granat suite à un corner russe, c’est tout aussi incroyable.

Martial sort pour Griezmann (58e). Martial a été nul. Sur un contre, Grizou fait 50m avec le ballon, écarte vers Dembélé à droite qui centre au deuxième poteau pour Mbappé dont la tentative d’enroulé termine très loin (63e). L’entrée de Tolisso à la place de Kanté me donne espoir. Naïf que je suis : un milieu à trois joueurs techniques certes (Pogba, Tolisso, Rabiot), mais un milieu avec Rabiot quand même. Le Prince Mychkine est apparemment sur la pelouse mais c’est tellement peu évident que j’commence à croire que Véronique avait dû chopper une saloperie à la sienne quand elle a enfanté ce petzouille.

Nouveau miracle : une belle phase de pressing des Bleus contraint le gardien à balancer devant. Effet Kiss Cool de l’appel trop fréquent à Dieu : le meilleur défenseur de l’histoire du Barça fait un pas de chat suivi d’une pirouette dans les airs, en prenant soin de ne surtout pas toucher le long dégagement du gardien. Samuel a visiblement confondu « casser du bolchevik » et « auditionner pour le Bolchoï ». Sur le second ballon, Smolnikov prend la droite et adresse un centre à Smolov qui ajuste Lloris (1-2, 68e).

Si vous en doutiez, nous sommes toujours mauvais et ce match est scandaleux. Je monte en pression parce que c’est vraiment, vraiment mauvais. Giroud entre la place de Dembélé. Dembélé a été nul (bis). Les Russes poussent en cette fin de partie pour égaliser. De multiples changements endorment un match d’une qualité déjà bien médiocre. Un dernier éclair va pourtant jaillir : notre Pantin Désarticulé favori, à peine entré, provoque à gauche de la surface russe et transmet à Mbappé, qui brise le n°3 soviétique d’un subtil enchaînement roulette/passements de jambes/extérieur avant de mettre le ballon entre les jambes d’un gardien, il est vrai, peu inspiré (1-3, 82e). Kylian est jeune, Kylian aime encore le football et croit en ses coéquipiers, bref Kylian a la foi. Vous l’aurez compris, Kylian est Aliocha.

Le débrief :

Six ans que Deschamps est là. Depuis qu’Ireneusz Jelen est arrivé à Lille, on n’a donc pas trouvé de style de jeu, de philosophie, aucune sorte de garantie devant, au milieu ou derrière. Même la formation tactique de départ n’est pas définitivement arrêtée. Quelle autre « grande » nation du foot en est à cet état d’apathie à 2 mois de la Coupe du Monde ? A-t-on progressé depuis l’Euro ? Non. Je préfèrerais encore que La Dèche assume et dise : on va la jouer mode 98, un bloc bas et compact et des sprinteurs devant. Au moins ça serait un style. Mais là, on a l’impression que lui-même tâtonne et ne sait pas vraiment. Je pense au prochain match face à l’Irlande et j’en peux déjà plus. A défaut de nuages à l’horizon, on voit déjà plein de cailloux dans le ciel.

Les notes :

Lloris (4/5) :
Quelques bonnes anticipations et des arrêts importants. Capitaine abandonné par sa défense sur la réduction du score russe.

Hernandez (2/5) :
Une première titularisation qui ne l’a pas mis KO. Pas de coup de sang à signaler. Quelques duels où il a su imposer sa patte physique.

Umtiti (1/5) :
Pas mieux que face à la Colombie, presque pire à mon goût. Se fait passer par Smolov en début de match, se fait manger par le même Smolov en deuxième période, et coupable sur le but. Remplacé par Kimpembé (80e, n.n.), qui a joué, « donc arrêtez de me faire chier avec lui maintenant » aurait soufflé DD.

Koscielny (3/5) :
Le Kos’ a été plutôt solide et présent. N’a certes pas les qualités de relance (irrégulières) de Varane, mais n’a pas non plus sa tête de con. Toujours précieux dans les airs.

Pavard (2/5) :
A défaut d’être extraordinaire, le petit Benjamin est sérieux. Une ou deux situations mal gérées dans son dos, mais DD doit apprécier sa sobriété et son côté « je fais ce qu’on me demande aussi bien que je peux  et sans en faire trop ».

Kanté (2/5) :
Certainement pas le meilleur match de Kirikou, mais même quand il n’est pas bon, il n’est pas mauvais. Remplacé par Tolisso (66e, n.n.), qui revenait de blessure mais qui aurait pu rester à l’infirmerie quelques jours de plus.

Pogba (3/5) :
Oui, je sais, une passe décisive, un but. Le meilleur des trois au milieu, sans aucun doute. Mais il ne mérite pas plus. C’est à lui de donner du rythme, de faire progresser l’équipe sur le terrain. On peut pas dire qu’on s’est fait chier 90mn et ne pas lui en faire porter un minimum la responsabilité.

Rabiot (0/5) :
J’ai plus les mots. J’espère que t’as perdu ta place dans les 23. Casse-toi. Remplacé par Matuidi (81e, n.n.), qui au moins est allé au charbon, comme en atteste son visage à la fin de la rencontre.

Dembélé (1/5) :
Ousmane est redescendu plusieurs fois chercher des ballons car il n’en recevait aucun. Un début d’abnégation et d’envie récompensés par un point. Pour le reste, c’était imprécis et minable. Remplacé par Giroud (72e, n.n.), davantage mannequin qu’épouvantail.

Martial (0/5) :
Aussi utile qu’une béquille pour un manchot, aussi affligeant que le service audiovisuel public, on pourrait penser qu’Anthony aurait à cœur de montrer ses qualités. Mais non. Je préfère encore un Payet. Casse-toi². Remplacé par Griezmann (59e, n.n.), qui a apporté un peu de vivacité, mais s’est contenté du minimum.

Mbappé (4/5) :
Le plus en vue des trois attaquants. Remuant, percutant, et efficace avec un doublé. Le débat avec Giroud n’a pas lieu d’être : Giroud, c’est si Griezmann derrière en 4-2-3-1, jamais en 4-3-3. Remplacé par Lemar (87e, n.n.), qui est sorti du banc avec autant de conviction qu’Oblomov de son plumard.

 

Vous pouvez me retrouver sur Twitter où, sous couvert de causticité, je me livre à des analyses d’une profondeur inégalée.

Didier Décampe

Didier Décampe

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