Amiens-Nîmes (3-0): La Crocro Académie s’introspecte
Salut les pitres,
Je ne crois pas qu’on puisse s’instrospecter soi-même, à moins d’être particulièrement souple, mais je vais essayer, car le mal est profond. Alors oui, qu’est-ce que le football face au fracas guerrier ou au dérèglement climatique, me direz-vous, secoués par l’angoisse existentielle qui nous étreint à l’heure où s’allument les lampes, que les gosses sont couchés et que le ronron d’habitude soporifique de la radio nous plonge dans des tourments oubliés. Sans doute que ce « pas grand chose » reste finalement notre attache la plus sûre à la normalité et qu’il est bon d’y chercher le réconfort que le cours des choses ne nous donne plus. Mais c’est là JUSTEMENT que le NO se rappelle à toi en ce qu’il constitue par essence l’inverse précis du réconfort : souffre encore si tu n’as pas encore assez souffert et pleure toutes les larmes qu’il te reste, crocodile.
PREVIOUSLY ON RANI ASSAF’S NÎMES OLYMPIQUE
Dernier rebondissement en date dans l’histoire récente du club : l’action en Tribune Nord des Gladiators lors de la réception de Dunkerque, avec force insultes à l’encontre du président Assaf, qui a répliqué en menaçant de dissoudre l’association. On peut juger la chose maladroite, et considérer que la réaction d’Assaf était plus que prévisible quand on connaît un tant soit peu le tempérament du bonhomme. Difficile cependant de ne pas voir dans l’action des GN une réponse finalement bien peu méchante suite à la fermeture du pesage Est… Sans faire de parallèle strict entre la situation nîmoise et celle de clubs de plus grande envergure à l’échelle nationale, imagine-t-on un seul instant que la réaction des groupes ultras aurait été aussi mesurée dans des clubs comme Nantes, Sainté ou Bordeaux ? Le choix de la confrontation fait par une frange du public risque de le conduire à la marginalisation voire à la disparition, et il n’est pas sûr que grand monde y gagne quoi que ce soit. Mais dans un club comme dans la société, la volonté de dialogue et d’apaisement doit me semble-t-il émaner de la direction, garante de la bonne marche des choses. Qu’un dirigeant comme Assaf, connu pour son exercice solitaire du pouvoir, jette la responsabilité d’un désamour aussi marqué entre la ville et le club sur une minorité de supporters (en l’occurrence « les ultras »), tout en essayant de les marginaliser dans le débat, me semble pour le moins malhonnête. Quelle que soit l’issue de ce sinistre foutoir, il reste que la cassure entre le club et une large partie de son public paraît durable et difficile à combler.
Au passage, notons que nombreux sont ceux qui prennent pour prétexte cette situation merdique pour rappeler avec gourmandise que durant les dures années de National et de ventre mou de L2, il n’y avait déjà personne au stade et qu’on retrouve finalement là une normalité, que la fièvre des dernières années n’était finalement qu’un épiphénomène. L’argument me paraît fallacieux, même s’il recoupe une part de réalité. Personne ne niera que le public nîmois est versatile, reboussier voire gentiment casse-couilles, prompt à tourner en dérision l’équipe locale lorsqu’elle traverse des passes tristounes et à retourner sa veste lorsque le soleil revient. On le sait et votre serviteur en est sans doute un exemple parmi d’autres car oui JE L’AVOUE j’ai parfois préféré passer mes débuts de w.e à cuver mon pastis dans les caniveaux de la rue Fresque plutôt que dans les travées de l’avenue de la Bouvine. Mais une fois qu’on a dit cela, deux remarques : 1/ peu de clubs en France peuvent se targuer d’avoir réussi à traverser des périodes de creux sans connaître une vraie décrue de la fréquentation du stade ; 2/ cela n’annule pas les plus de 10 000 abonnés qu’avait le club il y a à peine 3 ans ; et 3/ (pardon je n’ai jamais été bon en maths, et d’autant moins qu’il s’agit de mon argument massue, mais il s’agit en fait d’une sous-division de l’argument 2) le rôle d’un club et a fortiori d’un président c’est précisément d’insister sur les forces et le potentiel plutôt que d’appuyer sur les faiblesses et les contradictions de son public. Quand, en défendant son projet de stade de 12 000 places, Rani Assaf explique à la télé locale, un petit sourire narquois dans la voix, que « Nîmes le noyau dur c’est 3 ou 4 000 personnes au stade », il se tire une balle dans le pied et il fait volontairement chier son monde. Je le dis d’autant plus volontiers que sur le stade « petit braquet », je pense qu’il a tout à fait raison : autant tabler sur une petite structure pleine qu’un écrin qui sonne vide. Mais rien ne t’empêche de considérer que tu peux faire ça tout en flattant un minimum l’amour propre des supporters, tout en encourageant une flamme qui ne demande qu’à être rallumée. Car non, Nîmes n’est pas et ne sera jamais capable de remplir chaque semaine un stade de 50 000 places, mais on a vu ces dernières années ce que Nîmes pouvait être : une petite ville bouillonnante capable de prendre feu derrière son équipe, capable sur un match de faire capoter les meilleurs collectifs, de créer une atmosphère qui n’est sans doute pas comparable à Geoffroy-Guichard ou Bollaert mais qui n’en reste pas moins unique en son genre, avec des tribunes ras la pelouse et des mecs qui cherchent noise aux arbitres, un mélange d’esprit district et de foot-canaille qui fait, qu’on le veuille ou non, une part de l’identité. Tout ceci paraît si loin déjà qu’on en arrive à se demander si on l’a rêvé.

L’arrivée de Nicolas Usaï aura donc crée un état de grâce de trois matchs, où on a cru qu’un type avec un accent à la Pagnol et la langue (trop) bien pendue réussirait à nous faire sortir de la sinistrose. On sait désormais que c’est raté, et le maintien apparaît comme le seul et unique objectif d’une saison déjà trop longue. Les trois derniers matchs, avec deux branlées à l’extérieur (celui-ci à Amiens, donc, et un joli 4-0 à Caen, ou comment relancer une équipe moribonde) et une victoire très chatteuse contre Grenoble avec un cadeau du gardien et une expulsion généreuse, font même craindre une fin d’exercice en roue libre. Un collectif qui ne fonctionne pas, avec des revenants indésirables (coucou Zinou, va bien niquer ta grosse daronne) et des mecs en fin de contrat, une équipe qu’il va falloir rebâtir sans qu’on sache précisément qui fera quoi. Mais sans transition, passons maintenant aux notes de nos artistes. Car ne l’oublions pas, si on voit du beau spectacle, c’est avant tout grâce à eux :

LES CHÈVRES
BRATVEIT (3+/5). Aucune raison de l’accabler même quand il en prend trois. Il se murmure en interne que la région lui plaît. C’est bieng, on aura au moins un gardien l’année prochaine.
MARTINEZ (1/5). Il devait être le capitaine et leader dans une ligne de défense à trois centraux. Toujours décalé avec un temps de retard : il devrait postuler pour un poste de dircab de Valérie Pécresse.
GUESSOUM (1/5). Envoyez-le en stage à Marcoussis, qu’il comprenne ce que veut dire l’engagement physique, merde.
MBOW (0/5). Transparent sur le premier but, se fait manger sur la tête sur le deuxième, se fait poser une bite sur l’épaule pour le troisième. Arrivé au mercato hivernal, on va lui laisser deux ou trois matchs de rab avant d’insulter sa mère. Disons deux.
BURNER (0/5). Ce système à trois centraux permet à Patrick d’être délesté des tâches défensives et de faire parler ses qualités de haha je déconne.
SAINTE-LUCE (1/5). Après un bon début de saison il n’en a visiblement plus grand chose à foutre d’être là. Mais bon, son remplaçant a l’air tellement mauvais qu’en fin de compte autant le laisser sur le terrain.
FOMBA (0+/5). Il m’a fait penser à Léo Messi sur ce match. Pas de chance, c’était sur la partie « repli défensif ». Remplacé par SARR, qui au moins a le mérite de pousser le rien-à-branler jusqu’à un point artistique tel qu’on pourrait y voir une certaine apologie du nihilisme.
CUBAS (2/5). Parfaitement remis suite à sa 35e blessure de la saison, Andrès a montré une nouvelle fois qu’il en avait plus sous la semelle que la moitié de l’effectif réuni. Le problème, c’est qu’il faudrait remettre ça plus souvent. C’est emmerdant le foot aussi, avec les matchs tous les week-ends. Remplacé par VALERIO, dont le duo avec Sarr ressemble à un sketch du Benny Hill sous Prozac.
PONCEAU (3/5). C’est pas du joga bonito mais franchement par rapport au reste j’ai envie de lui dire merci.
FERHAT (0/5). Enfin de retour après dix gastros, trois infections au Covid, deux élongations et une fracture mentale qui l’auront injustement éloigné des terrains. Tu peux bien faire tous les grigris que tu veux, tu iras toujours bien te faire mettre, où que ce soit d’ailleurs.
KONE (1/5). Frustrant et frustré. Pas évident quand tu n’as aucun ballon à exploiter. Remplacé par ELIASSON.
LA SUITE
Les prochains matchs s’annoncent compliqués, avec réception du PFC puis d’Auxerre, dép au Havre… Peut-être que jouer petit-bras contre des « gros » nous réussira mieux. En attendant, il faudrait une grosse dizaine de points pour voir sereinement le maintien, et rien n’est moins sûr avec nos onze mastres.
Allez, la bise quand même, et allez rouges.