METZ – AMIENS (3-0) : LA METZ QUE UN CLUB Académie a la cuisse légère (Partie 2/2)

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l’émotion des retrouvailles

« Il y a exactement trente ans, mon père m’attendait pour la première fois de sa vie devant la sortie du centre aéré. Je parlais avec Julie sans me douter du drame qui allait se produire dans très exactement vingt secondes. Je me souviens qu’elle était très belle avec ses pommettes rosies par la chaleur. Elle et moi attendions la même chose l’un de l’autre : le premier pas. Et justement, c’est le pas de trop qui me conduisit devant cette saleté moustachue et lubrique qui a déformé le ventre de ma mère avec ma personne et qui s’appelait : « mon daron ». Il s’est approché, souriant de toutes ses vieilles dents qui se déchaussaient, croisant le regard avec Julie qui s’est immédiatement arrêté de sourire. J’ai tourné la tête, et tout content de lui – je m’en souviendrai toute ma vie – il a dit : « C’est ta petite chérie ? »

… Quel enculé. »

Mustafa avait lancé le dictaphone et cette dernière insulte, prononcée avec la voix rauque et profonde du professeur Legrasaully résonna à travers tous les haut-parleurs de l’amphithéâtre. Mustafa, nommé assistant officiel en l’absence de l’enseignant, dont la condition de sans-abri superfétatoire n’était rehaussée que par le fait qu’il avait les pieds sur la table et que ces mêmes pieds étaient chaussés de chaussons. De toute évidence : il dormait ici à présent.

« Si j’évoque cette anecdote, c’est que ce jour-là, j’ai discuté avec Julie, et mon père, pour la dernière fois. Et voici que trente ans plus tard, au cours de ce match du FC Metz contre l’Amiens SC, je reçois un message sur Facebook de la part de cette même Julie, qui a eu la délicatesse de rester toujours aussi jolie, et qui prenait des nouvelles de ma personne, puis, une chose en entraînant une autre, me demandait de la rejoindre, chez elle, dans une heure, en toute intimité… J’étais en plein match, j’avais ce cours à faire, alors que faire ? Lance la première diapo, fiston. »

« La fin de la dèche émotionnelle. Qu’est ce que j’entends par là ? Les plus malin d’entre vous, pourrons admirer à la fin de cours qu’il y a quatre niveaux de lecture à ce titre. Pour les autres, vous pouvez avoir la chance d’évaluer objectivement votre niveau de stupidité. Moins de deux, ce n’est même pas la peine de vous présenter au partiel.

Bien sûr, petite pensée pour ceux qui n’aurait pas vu le match : il y a le résumé sur le net mais qui n’éclaire pas grand-chose sur la physionomie du match, ainsi que ces rares stats (Oui, la Ligue 2, tout le monde s’en fout, même les ordinateurs) que j’ai pu trouver sur le site du Républicain Lorrain :

« Au fait, je tiens à remercier Mustafa à qui j’ai laissé la charge des diapositives pour illustrer le cours par manque de temps. Il m’a précisé avoir donné de sa personne, mais je soupçonne ce gros malin de s’en être donné à cœur joie.

« Au vu des stats, on pourrait croire que le match était équilibré, mais Amiens ne s’est montré que trop rarement dangereux et avec beaucoup d’erreurs individuelles. Mais analysons plutôt la rencontre, et plus précisément la prestation de l’équipe du FC Metz au travers de trois éléments : L’animation offensive, la résilience à la pression adverse, et les questions qui n’ont pas trouvé de réponses au cours de ce match et qu’il faudra reposer à plat.

« L’animation offensive est vraiment ce qui a le mieux fonctionné, certes c’est un peu logique lorsqu’on voit le 3-0 mais en fait j’aurais dit la même chose, peu importe le score. Car pour la première depuis très longtemps : j’ai aimé voir jouer ce FC Metz, c’est une belle équipe.

« Ce n’était pas toujours beau. Mais il y avait une volonté d’aller vers l’avant et les joueurs se trouvaient très bien. Jallow qui nous fait une Messi et offre la première balle de but à Gueye, ainsi que son « une-deux » avec Niane dans la surface : TOUT A FAIT DÉ-LI-CIEUX !

Mikautadze, lui, était partout, y compris à la récupération. C’est ce qui lui permet d’ailleurs de chiper le ballon et de marquer dans la foulée. Quant à son crochet qui enrhume les défenseurs amiénois avant de délivrer la passe dé pour Niane est à montrer dans toutes les écoles de foot.

Mention également pour Gueye, sa fougue, ses efforts et sa vitesse. Niane pour son une-deux, son aide en défense et un début de hargne retrouvé. Et Maziz, pour son aile de pigeon, mais aussi pour son entente en général avec Mikautadze, son placement, et des passes qui rappelle déjà un certain Boulaya. C’est un beau duo que l’on voit là.

« Pour ce qui est de la résistance à la pression, c’est surtout après la 70e où j’ai noté que les joueurs avaient du mal à sortir la balle proprement. Alors, je ne sais pas si c’est dû à la jeunesse de l’équipe, d’un déficit technique, ou d’un relâchement parce que l’on gagnait « troazed », mais j’avais l’impression qu’à chaque fois qu’Amiens exerçait un peu de pressing, nos joueurs s’affolaient et prenait toujours les mauvais choix. Il manquait des espaces, des joueurs mobiles. Et c’est très bizarre, car dans le contenu du match, je n’ai pas l’impression que les joueurs ménageaient leurs efforts. Donc à vois pour les prochaines rencontres mais pour l’instant, je suis détendu

« Alors, les prochaines rencontres, venons-y car justement elles devront répondre à des questions que cette équipe d’Amiens n’a pas réussi à nous poser, à savoir :
– Comment notre allant offensif se comportera face à une équipe plus compacte ? Comme Caen ou autre ?
– Est-ce que la jeunesse de l’équipe ne sera pas problématique pour la suite ? Car le mercato va se clore, et nous ne connaissons pas encore les limites de nos jeunes pousses, ni comment le corriger. Et naturellement : il y en aura.
– Quel sera l’état d’esprit si on encaisse le premier but ? Ne risque-t-on pas de basculer ?

« Pour tout ça, je vous donne rendez-vous au prochain cours du prochain match. En conclusion, j’évoquerais avec vous cette chose simple, mais qui me tient à cœur : les retrouvailles de la joie et de Saint Symphorien.

« C’était si triste de revenir à sinsinf pour voir des horreurs comme cette défaite 0-2 contre Strasbourg, ce match nul 3-3 contre Bordeaux. Je n’en pouvais plus. Alors soyons heureux de ce score. Vraiment. Et c’est l’essentiel de ce que je voudrais vous transmettre. Cette émotion. Car je suis là pour vous instruire certes, mais aussi pour vous éduquer. Et retenez bien cela : L’éducation, n’est pas raison. On n’a pas forcément d’argument valable pour justifier que l’on supporte ce club, et pourtant… On n’a pas vraiment de droit ou de prétention à avoir sur cette institution sportive privé, et pourtant…  On n’a pas vraiment de « raison » d’aimer le FC Metz, et pourtant…

Oui.

Et pourtant on supporte. Et pourtant on critique. Et pourtant on aime. Comme un enfant dont la vie a été gâché par l’homme-même qui la lui a donnée : cette vie. Qui ne peut s’empêcher de le haïr autant qu’il l’aime. Le rejeter tous les ans, inlassablement, mais revenir encore et toujours vers lui.

C’est ce que je ressens aujourd’hui vis-à-vis de mon père et de mon club, mais vous savez ce qu’il y a de bien avec la vie ? C’est qu’elle vous offre toujours une seconde chance. Alors soyez patient. Soyez VRAI-MENT patient. Tu veux ajouter quelque chose, Julie ?
– Le cours est terminé, les enfants. »

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