METZ – AMIENS (3-0) : LA METZ QUE UN CLUB Académie donne dans le vieux cuir (Partie 1/2)

« – Eh, mec ! Oui, toi avec le tonbou sur le nez, fais pas ton crevard et file une pièce pour dépanner. »
Surréaliste et inquiétante, que la présence de ce sans-abri sous le toit de l’amphithéâtre Carlo Molinari, mendiants sans gêne auprès des étudiants terrifiés. Le professeur Legrasaully n’était pas arrivé, mais pour la première fois de sa carrière : tous les élèves attendaient son entrée.
« – Eh, toi, la miss avec les sourcils aux feutres… »
Rapidement même.
Le sans-abri, après avoir taxé presque une vingtaine d’euros à l’auditoire, s’installa alors derrière le bureau du professeur, sortit un dictaphone de sa poche, le brancha à une prise jack et enfonça le bouton « play ». Un grésillement se fit entendre dans les haut-parleurs, puis la voix rauque et profonde du professeur Legrasaully :
« – Bonjour à tous, et bienvenue pour ce premier cours de l’année. L’homme derrière la table sera mon assistant. Pardonnez la tenue négligée, mais l’académie de la rue n’a pas de service de blanchisserie. Il s’appelle Mustafa, et je l’ai payé pour être présent à ma place aujourd’hui. La seule chose que vous devez savoir sur lui c’est, primo : Vous n’êtes bien sûr pas obligé de lui donner une pièce. Et deuxio : c’est un bon gros malin, alors vu qu’il aura certainement écouté cet enregistrement avant, il y a de fortes chances qu’il effectue sa « collecte » avant de lancer le dictaphone bien sûr. »
Tous les regards se tournèrent alors vers le Mustafa en question, qui avait déjà sorti une fourchette et entamait tranquillement une salade de pâtes industrielles tout en feuilletant un magazine tout chiffonné, la tête baissée.
« – Donc pour ceux qui ont donné quelque chose, considérez-le un peu comme un enseignement de la vie qu’il vous offre là, à savoir : ** silence **
– Reste cool, ou je te dirais bye-bye. Prononça Mustafa.
– S’il a répondu par une quelconque citation d’une vieille chanson des années 90, c’est qu’il a effectivement écouté la bande avant. Le maaaaaâlin ! Le gros maaaaaaaaaaaaâlin !! »
Sourire de Mustafa. Silence dans l’amphithéâtre.
« Bref, je me suis longuement demandé ce que j’allais vous dire afin d’entamer cette nouvelle année, et même si j’allais vous dire « quoi que ce soit », tout court, en fait. En effet, j’ai beaucoup hésité à continuer l’enseignement car je dois dire que la dernière saison m’a passablement frustré.
Ce n’était même pas la pire, vraiment, loin de là. Pour ceux qui se souviennent de la descente en nationale, ou de la saison 2017/2018 avec 6 victoires, 8 nuls et 24 défaites : il y a eu pire. Non, si cette dernière saison a été horrible, c’est surtout car elle résonne comme un énorme gâchis.
J’ai l’impression que l’on avait une bonne équipe, de bonnes intentions, des projets, mais après deux mercatos très bizarres, des choix de coachs très étranges, et une forme de morosité inexplicable. Je n’arrive toujours pas à digérer cette descente, comme beaucoup je pense. Un changement devait alors s’effectuer et Bernard Serin l’a bien ressenti. C’est pourquoi, il nous a offert un nouvel élan. Mustafa : lance la diapo une s’il plait. »

« Un bon point à ceux qui auront compris la vanne… Le nouvel élan, franchement, j’étais sceptique au début… Non, parce que moi, je pensais que le but c’était de faire « peau neuve », et Bernard Serin nous a proposé : BOLONI !

« Sans vouloir me montrer insultant vis-à-vis du tanneur, mais il y a clairement de la mollesse dans ce cuir. Et je présente mes excuses en avance à ceux dont la sensibilité à la cause animale serait offensée mais là, c’est l’avenir du club qui est en jeu, alors penchons-nous sur l’étude approfondie de cette peau :

« Le site bonnegueule.fr, dans son dossier numéro 23 intitulé « cuir-reconnaitre-un-bon-cuir », nous dit en 1 :

« Alors, si c’est une question de feeling, étudions nos besoins, notre personnalité. Pour les casse-cous, il faudrait privilégier un cuir très résistant. Et qui de plus casse-cou qu’une équipe qui dégringole tous les ans d’une ligue à une autre ? Qui a plus besoin de résilience que les grenats ? Vous avez vu tout ce qu’on a encaissé l’an passé ? Les humiliations, les défaites contre des équipes de National, les remontrances injustes sur notre présence au stade par un coach incapable de discuter calmement avec ses joueurs ou son staff. Alors oui, merci bonngueule, on va prendre le cuir extra résistant. Oui, parce que là, il s’agirait d’éviter que le FC Metz ne se fasse servir, encore une fois, de la vache moisie.

Le guide nous en remet ensuite à nos différents sens : « La vue, le toucher et l’odorat éveilleront votre instinct ». Moi j’aurais dit, d’instinct, que ça sent l’enfume, mais bon. Essayons la vue déjà :

« Un petit côté Mel Gibson en Ehpad, mais sinon, beau gosse quand même. Allez, je prends. Ce sera toujours mieux que la collection de la saison dernière :

« Le toucher… Alors, j’ai essayé, mais le service de sécurité est optimal.

« Du coup, essayons plutôt de savoir s’il m’a touché… à l’intérieur. Et là, j’avoue que j’ai entendu deux sons de cloches. J’ai entendu son passé, ses erreurs, ses foirades même à Lens où il a laissé quelques peaux mortes (la bonne blague), et bien sûr son passage chez le rival Lorrain qui joue aujourd’hui à touche pipi en National (sheh). Et c’est justement au cours de ce passage, où j’ai entendu une autre version de sa personnalité. Notamment sa gestion de l’équipe des jeunes…

« En effet, sur twitter, un ancien du centre qui l’a connu jeune en défense (habile la formule), est venu me raconter qu’il avait été missionné et embarqué par Boloni lui-même pour aller acheter avec lui au Auchan des gâteaux et des bonbons pour l’anniversaire d’un autre joueur. C’était lunaire. Mais il en a gardé le souvenir d’un être humain touchant avec qui on pouvait discuter. Du coup, lorsque j’ai lu cet article de Letsgometz, évoquant cette discussion entre Maziz et Boloni… Eh bien, elle m’a tout de suite paru plausible et en adéquation le bonhomme :

« J’ai trouvé que c’était les bons mots. Et cela m’a touché. Alors je valide.
Christian, l’âme la plus sensible de l’amphithéâtre, laissa s’échapper une triste petite larme.
« Et demandons-nous d’ailleurs de quoi a vraiment besoin notre FC Metz aujourd’hui ? Quel est le projet ? Entre les jeunes que l’on a intégré cette année, les départs des anciens cadres, et donc les efforts de reconstruction nécessaires, le projet de cette équipe 2022/2023 du FC Metz doit s’inscrire dans un projet d’éducation et de pédagogie. Et pour l’instant, j’ai l’impression que Boloni est l’homme de la situation. Et du coup, cette vieillesse dont je me suis moqué au nom de la nécessité du dynamisme littéraire me semble en fait être ce dont notre club a besoin aujourd’hui. Au moins pour un an.
Mais je peux me tromper, car comme le dit l’article de bonnegueule que je cite :

« Pour ce qui est du dernier sens, à savoir l’odorat, je crains que tout ce que nous pouvons nous permettre de sentir, ce sont les effluves de ce premier match contre Amiens. Rencontre que nous analyserons dans une deuxième partie à venir car le cours est déjà long et que Mustafa m’a dit avoir cours de musique à 16h. Et je sais, moi aussi j’ai été sceptique à l’évocation de cette excuse moisie. Je l’ai même accusé de ruser afin d’être payé deux fois, je lui ai dit : Jure-moi que tu vas à un cours de musique ! Ce à quoi il m’a répondu : ** silence**
Mustafa se leva, l’auditoire fixé sur lui, et il dit :
– Et le pipeau, c’est quoi ?
– Le maaaaaaaâlin ! Le gros maaaaaaaaaaaaaaaâlin !! »
Fin de la première partie.
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