Troyes – AC Ajaccio (1-4) : L’Aiacciu Académie livre ses notes et raconte le déplacement d’I Sanguinari

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L’AC Ajaccio n’avait pas gagné trois matchs d’affilée depuis le 28 janvier 2012 et une succession de victoires contre Rennes, Sochaux, Auxerre et Valenciennes. A l’époque, les buteurs s ‘appelaient André, Mostefa, Diawara, Eduardo et Kinkela. Aujourd’hui, les héros répondent aux doux noms de Dennis Oliech et Nicolas Fauvergue. Quatre années sont passées, l’ACA est monté, descendu, a gagné, a perdu, a connu Ravanelli et Jemal, Lippini et Ilan. Mais aujourd’hui, l’ACA a renaît. Grâce à un état d’esprit conquérant, grâce à la chance et à l’efficacité. Pourtant, contre le leader encore invaincu de Ligue 2, il y avait du souci à se faire. Récit.

Tout commence un soir d’hiver à Paris. La doudoune sur les épaules, les moon boots aux pieds. Ce mardi 27 septembre est synonyme de 2ème tour de Coupe de la Ligue. Une compétition dans laquelle l’ACA n’a pas l’habitude de briller, respectivement éliminé par Bastia en 16e de finale la saison passée, par Arles-Avignon et par Le Mans au même stade en 2012 et 2011. Pas étonnant donc que le convoi d’I Sanguinari ne soit composé que de 7 personnes. Dont un supporteur troyen profitant du covoiturage, deux gamines de moins de 8 ans, leur père, 8Clem, le Perfettu et un vieux de la vieille, Paul Léoni. Son nom vous dit quelque chose ? Normal, Léoni est une star. Non, ce n’est pas lui qui a inspiré le personnage de Jean Reno dans L’Enquête Corse, Paul Léoni, c’est un chanteur et musicien, qui a connu son heure de gloire pendant les yé-yé et lors de l’épopée de Bastia en Coupe d’Europe, en 1978. A l’époque, c’est lui qui a composé et chanté l’hymne du SECB. Après avoir chanté en première partie de Johnny Halliday, de Claude François, de Claude Nougaro ou de Tino Rossi. Mais chez lui, ce sont ses histoires de foot qui sont intéressantes.

Créateur et président d’une équipe de football de supporteurs du SECB à Paris, son club prend part et remporte le championnat de France des supporters en étant invaincu. Sur le terrain. Dans les rangs de cette équipe, un certain Jean-Michel Cavalli, père de et ancien pro. A l’époque, Jean-Michel Cavalli est croupier à Paris, pour toucher un salaire décent et ne pas s’emmerder à jouer dans des petits clubs pour une misère. Lors d’un match, le sanguin Cavalli reçoit un carton rouge pour une échauffourée. C’est à ce moment-là qu’il décide de voler le carton à l’arbitre et de le déchirer en deux sur la pelouse. Cavalli père rentre ensuite au vestiaire, en ressort avec un calibre et le braque sur l’arbitre en lui indiquant « je te préviens, sur le rapport du match, tu mettras ‘RAS’ ». True story.

I Sanguinari Troyes

Des histoires comme celle-ci égayent forcément le voyage. Mais ne nous fait pas oublier la peur de la défaite. Après près de 2 heures de route, le stade de l’Aube se dessine enfin. L’aube de la renaissance pour l’ACA. Le parking visiteur de l’enceinte, qui n’est autre que le parking d’une vielle salle omnisports abandonnée, est alors pris d’assaut par la Dacia Lodgy. Le cheminenemt jusqu’au kop visiteur se fait sans heurts, les stadiers ne prenant même pas la peine de fouiller nos sacs. On aurait emmené une bouteille de P&M, des andouillettes et des bombes agricoles, qu’ils n’auraient rien vu. Heureusement – ou malheureusement – pour les Troyens, le mégaphone était dans les bagages. Une fois l’entreprise de bâchage terminée, une fois la composition analysée et une fois les premières macagnas lancées, le match pouvait commencer.

Bâchage I Sanguinari Troyes

Et le spectacle proposé n’était pas à la hauteur de l’événement. Si l’ACA s’est procuré la première occasion avec une frappe de Madri, c’est l’ESTAC qui avait le monopole du ballon. Un ballon que les Troyens récupéraient rapidement grâce à un gros pressing. Les acéistes ne parvenaient pas à faire le jeu, à aller de l’avant et à se procurer de véritables actions dangereuses. Heureusement que les Troyens ne concrétisaient alors pas les espaces laissés par la défense ajaccienne sur les côtés ou dans l’axe. Si la première période a été si étrange, c’est surtout à cause de la multiplication des fautes, l’arbitre sifflant à tout-va. Et surtout en faveur de l’ACA. Encore un mec qui veut passer ses vacances à Ajaccio …

 

I Sanguinari Troyes 2 Du coup, face à un tel ennui, regarder le match ne suffisait plus. Il fallait trouver autre chose. Après avoir pensé au suicide collectif en buvant une rasade de javel-menthe, on a décidé d’opter pour la macagna. Une fois le Troyen Lacour identifié sur la pelouse, le mégaphone a craché des « Oh Lacour, oh retourne à la piscine » ou alors les variantes « Oh Lacour, oh retourne dans le petit bassin » et « Oh Lacour, oh on va te noyer ». Du grand 8Clem. Des macagnas agrémentées de petits « Oh arrête de simuler » à chaque joueur troyen à terre au moindre contact. Le but ? Chauffer le public local situé à la droite du kop visiteur. Leur réponse ? De simples « Ta gueule » balancés à la volée. Même lorsqu’I Sanguinari osait des « Oh, retournez chez vous, c’est l’heure de regarder Plus Belle la vie », le public troyen répliquait par de simples « Et mais t’as vu ta gueule toi ? ». Si même les supporteurs ne sont pas drôles…

I Sanguinari Troyes vue des tribunes

Le sourire disparaîtra encore plus au moment de passer à la buvette et de payer 5698 écus (la monnaie locale) soit 346,54 euros pour deux sandwichs, un coca et un bière sans alcool. Au niveau de la buvette, on sait donc désormais que la capitale de la Champagne, c’est bien Reims, qui offre généreusement les victuailles à ses hôtes.

Les lèvres allaient cependant se décrisper très vite. Dès la 52ème minute, Madri ouvrait le score après une percée maladroite d’Oliech côté droit. L’élément déclencheur. La suite allait s’enchaîner. La fortune étant revenue, l’ACA en profita pour planter les banderilles. 4 en 4 occasions. En 13 minutes le score était plié grâce à Madri, Oliech (X2) et Fauvergue. Un quart d’heure wharolien mais un quart d’heure fatal pour I Sanguinari. Les sursauts de joie, les cris de victoire, les « Dennis Oliech, Dennis Oliech » et les « Nicolas Fauvergue » chantaient à tue-tête, les serrages dans les bras, autant de sensations oubliées depuis longtemps. Trop longtemps. Il faut dire que les Acéistes ont su être efficaces devant, une qualité qui avait disparu en même temps que le départ de David Gigliotti. Et force est de constater que quand le dernier geste et surtout l’avant-dernier geste sont réussis, les buts sont au rendez-vous. Après cet instant de folie, entre vitesse d’exécution, précision et rapidité de mouvements, le match repris sa normale. L’ACA, devant au score, se contentait de gérer le résultat en attendant derrière et en n’attaquant presque plus jusqu’à la fin du match.

Nous sommes au paradis
Nous sommes au paradis

 

Et ce n’est pas la réduction du score d’Azamoum à la 67ème minute qui viendra ternir la joie des joueurs et des membres d’I Sanguinari. Les chants à la gloire des buteurs se sont alors multipliés, jusqu’à réclamer la rentrée d’Issa Baradji en compagnie de sa famille, placée en contre-bas. Nicolas Fauvergue, hué par le public troyen, nous fera le plaisir de nous applaudir à sa sortie. Un geste que pratiquement tous les autres joueurs de l’ACA copieront une fois le match terminé. Paul Babiloni, Oumar Sissoko, Cédric Hengbart, Jordi Quintilla, entre autres, prendront le temps de venir saluer I Sanguinari de plus ou moins loin.

 

Le temps de débâcher, de sourire et de profiter, qu’I Sanguinari se précipita du côté du car acéiste avec l’accord des très sympathiques stadiers troyens. L’occasion de faire la connaissance avec la famille de Baradji, qui sont autant de potentielles futures recrues d’I Sanguinari, avec la famille de Sissoko et avec celle de Mouaad Madri. Venait alors l’heure de rentrer. Sous la pluie. Et sans maillots, ceux-ci étant réquisitionné par les proches des joueurs, vous savez, ceux qui viennent seulement pour les matchs les plus proches de la région parisienne alors que les membres d’I Sanguinari sillonnent la France entière, de Quimperlé à Avignon en passant par Lyon et Valenciennes, sans jamais être récompensés. Ou si peu. Mais peu importe, ce soir, le plus beau cadeau reste la victoire. Et l’espoir d’aller le plus loin possible en Coupe Moustache. Pour que les aventures d’I Sanguinari perdurent encore et encore.

Dennis Oliech I Sanguinari Troyes

Au niveau de la composition d’équipe, Christian Bracconi profite de la Coupe de la Ligue pour instaurer un peu de turn-over. Dans les cages, Oumar Sissoko est de retour, de même que Cédric Hengbart sur le côté gauche. Marester connaissait lui sa deuxième titularisation de suite alors que les nouveaux arrivants Jordi Quintilla, Mouaad Madri et Gary Coulibaly faisaient leurs grands débuts. Ils étaient épaulés par Gonçalves à la récupération, Oliech et Fauvergue en attaque. Sur le banc, Johan Cavalli et Benoît Pedretti étaient laissés au repos.

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(Ricardo) FATTI DIVERSI :

– Le hashtag du match #ESTACACA aurait pu nous faire croire à un match de merde. Et bien non.

– En voyant la composition de Christian Bracconi et les titularisations de Fauvergue et Oliech, Troyes avait décidé d’installer deux buts. Et ça a marché.

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– Il y a eu plus de fautes en première mi-temps que dans un tweet d’Andy Delort. C’est dire.

– Des encouragements permanents, des accolades, des embrassades, un bel esprit de groupe et une solidarité de tous les instants. L’ACA, en fait, c’est un club gay. Mais un beau club qu’on aime.

ANNUTAZIONI

Oumar Sissoko 3,5/5 : On nous l’avait caché mais Memo Ochoa n’a jamais quitté l’ACA. Il a grandi, il a bronzé, il s’est coupé les cheveux et se fait appeler Oumar Sissoko. Une détente sèche sur sa ligne sur un coup-franc troyen à la 40ème minute, une sortie aérienne ratée et des prises de balles sûres et sereines par la suite. Puisqu’on vous dit que c’était Memo !

Cédric Hengbart la moyenne/5 : Avant son grand voyage vers l’Inde, Hengbart a été trimballé partout dans le stade de l’Aube. Il a ainsi commencé arrière gauche, où il a été mis en difficulté par la vitesse de Corentin Jean, avant d’être replacé dans l’axe à la sortie de Perozo, où il a été plutôt tranquille, puis enfin de glisser au poste de latéral droit où sa seule contribution fut un centre et une blessure. L’occasion pour lui de revêtir un magnifique turban.

Cédric Kanté 3/5 : Kanté a sans doute battu un record. Déjà. Il est devenu capitaine de l’ACA alors qu’il disputait seulement son cinquième match sous ses nouvelles couleurs. Peu importe, Kanté est un joueur d’expérience. Sur le terrain, même lorsqu’il laissait des espaces dans son dos et entre lui et Perozo, il parvenait toujours à se rattraper avec un beau geste défensif. Toujours classe.

Grenddy Perozo NN : Dans la doublette de défenseurs chauves et métisses de l’ACA, Perozo a été réduit au rôle de contemplateur. Avant de sortir sur blessure dès la 36ème minute.

Eric Marester la moyenne/5 : De retour dans un stade qu’il connaît bien pour y avoir évolué de 2002 à 2005 puis de 2007 à 2011, Marester a été acclamé par le public, telle une immense star. Sur le terrain, ce fut autre chose. S’il a bien bloqué son couloir en se servant énormément de son corps de gladiateur gwada, il n’a apporté aucune solution offensivement alors que l’ACA en aurait bien eu besoin en première mi-temps.

Gary Coulibaly 3/5 : Une belle première pour Coulibaly. Le nouveau numéro 8 de l’ACA s’est tellement fait respecté en donnant des petits coups par-ci par là qu’on le surnomme désormais Coulib Ali, comme Mohamed. Des bons tacles, de bonnes interventions en milieu et une suite beaucoup plus tranquille en défense centrale où il n’a eu qu’à contenir et qu’à attendre les locaux.

Claude Gonçalves 3,5/5 : Notre Speedy Gonçalves est en forme depuis le début de la saison. Souvent, très souvent, il est revenu en très bas, en false 6, pour mieux voir le jeu, pour lancer les offensifs – qui allaient par la suite échouées sans que ce ne soit de sa faute –, pour récupérer, mais pour aussi combler le trou permanent entre Perozo et Kanté. S’il a pu se faire plaisir à la récupération, il s’est également régalé avec des gestes techniques qu’il affectionne tant. Ainsi, sa conduite de balle si particulière et reconnaissable a amené plusieurs actions de buts en deuxième mi-temps. Et ses dribbles lui ont coûté quelques coups.

Speedy Gonçalves
Speedy Gonçalves

Jordi Quintilla la moyenne/5 : Première titularisation pour notre Barcelonais. Et premiers espoirs. S’il ne sera jamais Lionel Messi, il peut être amené à suppléer notre messie à nous, Johan Cavalli. Ses premières minutes ont été encourageantes avec une belle disponibilité, des décrochages et des décalages intéressants avec ses coéquipiers. Mais plus les minutes passaient, moins son influence se faisait ressentir. Ce qui ne l’a pas empêché de déposer un caviar sur le pied d’Oliech pour le quatrième but. Sans doute qu’il n’est pas encore totalement au top de sa forme.

Puisqu'on vous dit qu'il a mouillé le maillot
Puisqu’on vous dit qu’il a mouillé le maillot

Dennis Oliech 4/5 : Oliech est ce genre de mec qui ne baise pas le soir mais qui se réveille en plein milieu de la nuit pour niquer tout le monde. Après une première mi-temps quelconque, le Kényan s’est réveillé dès la 45ème minute pour niquer les défenseurs troyens. Il a commencé par buter sur l’hymen troyen, en étant maladroit. Mais la persévérance a fini par payer et il a fini par tout transpercer. La défense et les filets. Sans se retenir et en envoyant la sauce à deux reprises. Tout d’abord grâce à un but de près, tel un renard puis sur un bel intérieur du pied sur un centre en retrait. Un bon placement, deux passes décisives, deux buts et de l’abnégation. Bien sûr que Dennis Oliech est un bon attaquant.

Mouaad Madri 3,5/5 : Royal, ce Madri. En l’Espagne, où sa réputation n’est plus à faire, on l’appelle même Real Madri. Il faut dire qu’il a su faire ses preuves. Surtout en deuxième mi-temps où sa vitesse et sa technique ont fait la différence après une première mi-temps placée sous le signe des un-contre-un ratés. Il s’offre même un premier but tout en sang-froid et en précision, un plat du pied bien ouvert.

Nicolas Fauvergue 3,5/5 : Il a pris des coups, s’est fait bousculé et s’est même fait siffler par les supporteurs troyens mais il a répondu présent au bon moment en se faisant oublier par la défense adverse pour marquer de près sur sa seule occasion du match. Déjà indispensable.

I RIMPIAZZANTI

Paul Babiloni, 36ème minute, 3/5 : Il progresse de semaine en semaine. Comme la courbe du chômage. Mais s’il continue comme ça, il n’a pas à avoir peur, il ne sera pas inquiété par un remaniement gouvernemental à l’ACA. Très sérieux derrière en ne prenant pas de risques inconsidérés mais avec une belle envie.

Benoît Pedretti, 45ème minute, 3/5 : Son entrée coïncide avec le réveil acéiste. Tout simplement parce que son entrée a permis plus d’assise offensive. Et moins de folie.

Issa Baradji, 84ème minute, NN : Ses potes et sa famille venues de la région parisienne ont attendu sa rentrée avec impatience. I Sanguinari aussi. Parce qu’Issa est le nouveau chouchou du public depuis ses deux buts à Valenciennes. En 10 minutes de jeu, alors que le score était déjà établi, Baradji a bien tenté de jouer en pivot et a percé la défense sur la gauche. Sans plus de succès.

Perfettu Erignacci

Ps : Un grand merci à Franck Lavis pour les photos, à Cyprien le supporteur troyen qui n’a pas eu la défaite mauvaise, à Manu pour nous avoir conduit et fait goûter des spécialités locales, aux joueurs, aux supporteurs et aux stadiers troyens. On se revoit en championnat.

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