marcel-picon

Salut les riches,

Aujourd’hui ce n’est pas aux cons à qui je fais mes honneurs, mais aux gens que Porthos Molise et moi jalousons secrètement, les opposés de notre vision du monde biaisée par l’alcool, les sombres fils de pute en peignoir damassé façon Balzac au top du vedettariat, et les alcooliques qui peuvent se permettre de boire du vin avec des bulles dedans.

Le vendredi 16 octobre, quelques membres de la bande à Picon me prennent par surprise alors que je suis au beau milieu d’une branlette espagnole entre deux cadavres de rats, et m’embarquent dans une voiture équipée d’un moteur et de pneus gonflés sans me dire quoi que ce soit. Flairant le piège, je saute deux fois en marche histoire de me prémunir contre une arrestation un peu trop salope, mais nenni : une fois un peu retapé et le véhicule reparti, ils arrivent à me faire entendre qu’ils n’ont pas vendu ma liberté contre la promesse d’une récompense scélérate, et on roule, roule à travers bois, champs, aires de repos plus glauques que l’ancienne place Thiers (mais moins que ma chambre, quand même), et plus on se rapproche, plus l’évidence grandit : on ne va pas en prison. C’est pire. On va à Beauvais.

Porthos, si tu nous écoutes, sache que de ce côté de la N4, on est solidaire : quand bien même les copains m’ont mis un pull bleu ciel Tommy Hilfiger sur les épaules juste pour faire chier les fans du Red Star, la pauvreté et la révolte sont des valeurs que je partage. Le fait de jouer, sous la menace de l’hydre capitalisto-bien-pensant-moustacho-totalitaire, dans un stade en charpente de balsa plutôt que dans une humble enceinte matérialiste-historique presque aussi vieille que le vénérable auteur du Capital, je cautionne moins. Déjà que je ne portais pas franchement les instances dans mon cœur, mais là, ça a pris une nouvelle dimension.

Bienvenue au goulag.

Oh, je ne dis pas que Saint Ouin a meilleure tronche que Beauvais : d’après ce que j’en sais, on n’y respire pas que le bon air, là-bas. Et puis les saints protecteurs rouges de la classe exploitée se sont faits bouter par d’immondes capitalistes hors de la mairie, laissant libre champ au grand n’importe quoi m’enfoutiste que Bauer connaît, ce stade méprisé par les élites de leurs races tant il accueille de gens qui refusent de voter à moins que le parti de Gavroche ne soit représenté.

Le pire là-dedans, je vais te dire : à Nancy, il y en a des riches, des tas de richards poilus dégueulasses qui filent du fric à leurs enfants pour qu’ils aillent s’encanailler au Chat Noir ou autre boite miteuse de petite merde arriviste en se prenant pour Jordan Belfort. Il y en a même qui roulent dans des voitures allemandes, et qui possèdent des biens, voir des moyens de production. Vous vous rendez compte ? Tas d’exploiteurs.

Mais heureusement, les fangeux sont encore là, du cambouis jusqu’aux couilles, le béant sourire du plombier aux fesses, surdité prématurée à cause du hurlement de la machine, embonpoint du pauvre qui ne bouffe que des petits salés aux lentilles en conserve, flasque de gnôle dans poche revolver, clopes sans filtres de tabac gris : Pablo Correa et sa joyeuse amicale des besogneux du chagrin, pour vous servir, camarades.

Au sortir d’une victoire courageuse contre de petits immigrés corses pas franchement habitués au turbin, le Pablo des barricades nous a pondu un onze situationiste. Pas de raison de tout plonger dans la crise, alors que la production de buts était bonne. Mais des défauts structurels ont tout de même fait de l’ombre aux perspectives de croissance : un Pedretti suspendu, et c’est tout le banc de montage qui se retrouve handicapé…Heureusement, l’atelier forme bien ses petites mains, et l’infirmerie a fait du bon boulot : à peine revenu de blessure, c’est Youssef Ait-Bennasser qui reprend sa place au milieu.

Avec lui, Guidileye, de retour de suspension après quelques débordements violents autour du piquet de grève. Iglesias complète le trio, avec son expérience des luttes syndicales de la vague rose sud américaine, et sa science des courses (héritée de son entraînement lorsqu’il était Tupameros).

À l’arrière, le cinq majeur de la meilleure défense du championnat de ligue d’eux est reconduit : Gui Roland Ndy Assembe dans les bois, Julien Cétout, Michael Chrétien, Clément Lenglet, Vincent Muratori en défense.

Devant, Loïc Puyo le poulet garde sa place suite à son bon match face à Ajaccio (et surtout parce que Robic est subitement devenu nul), Junior Dalé conserve la confiance aveugle de Pablo, et Hadji, celle de la Lorraine, du Maroc, et du reste du monde libre.

EUL MÔTCH

Vous allez croire que je le fais exprès, ou que j’en fais ma marque de fabrique, mais encore une fois, bordel, j’ai raté la première mi-temps. Mais ne croyez pas que j’y prenne plaisir, ou que j’en conçoive une posture pseudo-journalistique du style « Oué, Picon, il se la pète Gonzo, prend plein de drogues et rate la course sur laquelle il doit faire un article, quelle classe » : c’est tout le contraire. Je fais des pieds et des mains pour voir les matchs, je me rends au stade dès que je peux, je lutte âprement contre tous les obstacles que cette grosse putes glaireuse de vie colle sur mon chemin, et que croyez vous ? Je n’y arrive que de temps à autres. Ma seule posture, c’est l’honnêteté, et elle me pousse en l’occurrence à vous le dire : encore une fois, je n’ai vu qu’un bout du match, encore une fois, la partie la moins intéressante, encore une fois, je m’en cogne de ce que vous pouvez dire ou penser. Tas de nantis possédants riches d’un confort oppresseur. Si j’étais un peu plus de mauvaise foi, je dirais que la ponctualité, après tout, c’est l’affaire des sous-races qui ont une Rolex au poignet, voyez ?

Toujours est-il qu’en arrivant au stade moche et mal famé de Beauvais, sis en face d’une espèce d’énorme complexe de divertissement contenant au bas mot plus de baby-foot que dans tout Nancy, une clameur supporterianale retentissait, provoquant mon angoisse. Et si… ?

Un coup d’oeil vers le terrain me rassurait : des maillots blancs qui courent, des voix familières beuglant force insanités, et la voix morne du speaker scandant de guerre lasse : « but pour Nancy…Julien Cétout ! ».

Incroyable. Un homme dont je me moquais. Moi aussi, j’osais. Un homme au nom improbable contre qui je vitupérais de pitoyables quolibets. Troisième but en trois matchs.

La deuxième mi-temps est le théâtre d’une lutte sans envie entre des chardons contents de mener au score, et qui parviennent à le garder, et de laborieux Redstariens pas franchement foutus d’élever leur niveau dans leurs maillots Heineken.

Un coup de fil rapide pendant la pause m’a permis d’apprendre que Hadji est sorti blessé à la 25è, replacé par Robic.

Le niveau technique est à placer sur le compte du froid ou de la descente d’organes, on ne saurait décider. À peine une petite danseuse frappée d’un numéro 10 fait naître quelques suées rectales chez les défenseurs lorrains quand il se débarrasse de tout le milieu de terrain en deux dribbles, ou se présente seul face à Ndy (dont on connaît la science des duels).

Ndy tente un plongeon dans les pieds de la mascotte virile du FC Metz

Heureusement, le brave garçon a gardé bien intégrés en lui les principes de base du football de rue : dribbler c’est cool, c’est humiliant pour l’adversaire, les petits ponts et les double contacts, c’est l’essence du footballeur moderne. En revanche, la mettre au fond quand on est face au goal, mon bon ami, quel ennui ! Tout juste bon pour les pépères inzaghiens, ça…

Iglesias s’est un peu mis dans le même pétrin en toute fin de match, mais au moins il a tenté la frappe. Merci au gardien adverse d’avoir sorti son tir : faudrait pas croire qu’avec son but à la précédente journée, le Jonathan va fournir la solution qu’on attend en attaque depuis que Robic est nul le début de saison.

À la toute fin du match Jeanvier (formé à Nancy) découpe Muratori -le monde à l’envers-, et écope d’un rouge direct, plaçant de fait le Red Star dans le club huppé des équipe qui finissent à moins de 11 contre nous. Au moins la cinquième depuis le début de saison. Cette statistique à l’à-peu-près vous est offerte par RAB magazine. Petite pensée pour Julian : tu étais pas mal dans PES 2012 (c’est méchant, je sais).

LES NOTES qui ne valent pas grand chose, comme d’habitude.

Ndy 4/5 Malgré la nullité d’en face, il a tenu son rang, toujours prêt à se sacrifier pour la mère patrie.

Cétout 5/5 Je n’ai pas vu son but, et il n’a pas été particulièrement dangereux offensivement en seconde période. mais il a parfaitement bloqué son côté et a montré une confiance à toute épreuve dans l’adversité. Le premier a sortir le drapeau rouge la veille du grand soir, ce sera lui.

Chrétien 3/5 A fait le job, en ouvrier modèle.

Lenglet 3/5 A fait le taf, en métayer courageux.

Muratori 3/5 Toujours discret, mais le Vincent a une nouvelle arme : la sournoiserie. Le mec ourdit des trucs dans le dos des autres, sape le moral adverse grâce à des actions ciblées, pratique entrisme et délation. La preuve que ça marche : désormais ce sont les autres qui prennent place sur l’affiche rouge.

Ait Bennasser 4/5 Technique gracieuse et calme olympien. Son aisance frise le détachement, ce qui est assez déroutant chez un homme dont le duvet au menton a encore l’aspect du poil de bite.

Guidileye 3/5 Le guide a moins fait le sauvage que d’habitude, pourtant il a quand même pris son jaune. En tête de liste du fichier des agitateurs, il est constamment ciblé par les autorités oppressives à la solde du patronnariat. Mais il répond par le football, ce qui est à son honneur.

Iglesias 3/5 Il court toujours, comme s’il cherchait à échapper au goulag. Rate l’occasion du break dans les dernières minutes, confirmant qu’il se tient toujours sur le seuil de la profession de footballeur, sans toujours l’avoir franchi.

Robic 2/5 Opportuniste réformiste.

Puyo 3/5 Il continue à courir comme un petit poulet et à offrir quelques centres correctes. Sur le but, en revanche, son corner est tiré à la manière d’un match de district handisport. Le hasard est quelquefois malicieux.

Dalé 1/5 Social traître. À la purge !

 

NOTE ARTISTIQUE DE L’ÉQUIPE: 2/5

C’était pas la joie non plus dans ce stade bio-dégradable, les copains…peu de fond de jeu, des transmissions timides quand elles n’étaient pas simplement foireuses, une frilosité offensive toujours problématique…

Pourtant, il y avait la place comme dans Pénélope la grosse salope un soir de beuverie. Le Red Star, c’est les gentils, mais faut bien dire ce qui est : le niveau n’est pas franchement effrayant. J’espère un peu plus de maîtrise sur pelouse sainte et éthique pour réceptionner les bouffeurs de poulets de Bourg en Bresse-Peronnas. La défense devra en tout cas être au moins au même niveau contre leur attaque de feu.

En tout cas, le contrat est rempli, et les trois points sont là., et on est deuxièmes, à seulement deux points de Dijon. Du coup, pas besoin d’être franchement méchant. Et puis Bourg n’a pas d’académicien, alors plus de salamalecs, cette fois.

Les gars d’en face ont aussi fait le déplacement, pour assister à un match à domicile. Puisse tu mourir à Beauvais, Frédéric Thiriez.

Je crois en Pablo Correa

Marcel Picon

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