Amiens-OM (3-1), La Canebière académie aligne dix bougies

Aïoli les sapiens,

Le 5 octobre 2009, le Mad Professor, Moké, bref celui que nous appellerons familièrement entre nous le Policier, posait de sa matraque sacrée une prose qu’il intitula « La Canebière Académie ». Ce siècle avait 9 ans, l’Olympique de Marseille fréquentait assidûment la Ligue des Champions et devait d’ailleurs peu de temps après conquérir le titre de champion.


Certes, la vie paraissait rose, mais que l’on ne s’y trompe pas, les vannes acerbes évoquant le strabisme, la poliomyélite, l’obésité morbide ou la sénilité prononcée de certains étaient déjà de sortie, donnant le ton de ces notes revisitées à la sauce anale. L’OM s’est enlisé mais les académies, elles, nées de la semence de notre Père spirituel, ont grandi et prospéré, accueilli des nouveaux venus de manière plus ou moins éphémère. Personnellement, c’est en lisant Horsjeu que je me suis dit, empli de la fièvre d’une jeunesse sans limites : « Je serai Fernando Nandrolonas, ou rien ». Les Glorieux Anciens ont peu à peu transmis le relais, tandis que d’autres impétrants proposaient de couvrir de nouvelles équipes de niveaux variés, dans des contrées plus ou moins exotiques.

Chier gratuitement sur des joueurs alors que l’on n’y connaît rien pour l’amour d’un bon mot, cela n’a pas grand chose de novateur : Pierre Ménès faisait déjà ça depuis longtemps. Mais chaque lecteur a pu s’en rendre compte, les académies ne sont jamais aussi prolifiques que dans la détresse de nos clubs respectifs. Plus nos équipes sombrent dans l’anal, plus ces notes sur 5 (sans décimales, bordel) sont nécessaires et n’expriment finalement qu’une chose, un indéfectible attachement à notre club voire à notre ville de cœur.


Parce que oui, joueurs, quand vous prenez un Monsieur Lapin dans la figure, comme cela sera le cas ce soir, cela attriste sans doute vos mères, j’en conviens. L’insulte est basse, mesquine et parfois injuste. Mais ne vous méprenez pas, passer des nuits à ciseler des vannes comparant votre QI foot à l’intellect du dernier mongolien à la mode, chercher sur Wikipédia de quel handicap mental ou moteur rigolo on pourrait vous affubler, faire l’effort de taire ses scrupules pour devenir capable de verser en une semaine de la fellation éhontée à l’injure ordurière au gré de vos performances, tout ce temps passé à s’intéresser à vous alors qu’il serait si simple de s’en foutre… vous vous en doutez, c’est parce qu’au fond on vous aime, tas de cons.


Héros ou guignols, on fait avec ce qu’on trouve, mais dans tous les cas vous êtes ceux qui accompagnent nos semaines. Nos héros récurrents. Certains sont heureux de retrouver Joséphine Ange gardien chaque semaine, et nous, eh bien on vous a, vous. Partout dans le monde, mais à Marseille peut-être plus qu’ailleurs, je ne vous apprends rien en disant que ça, ça compte. Fidèle au rendez-vous entre les tumeurs et les barbus, fidèle quand les immeubles s’écroulent et que notre ville sombre, l’Olympique est là. Pour faire les fiers, pour rire, se moquer, vous insulter mais surtout, pour nous offrir l’occasion d’être entre amis et de « se serrer pour faire un peu de chaud quand le petit chat est mort » (c’est de Desproges mais ne le disons pas trop fort, il haïssait le football).

En pensant à Moké et Bourrpif, c’est ainsi à tous les joueurs de football de ce monde et surtout aux plus têtes à claques que nous disons : merci d’exister.

Et maintenant, bande de mastres, parlons un peu de cet Amiens-OM. Même si on vous aime, rappelons-le.


L’équipe

Mandanda
Sarr – Perrin – Caleta-Car – Sakai
Lopez (Khaoui, 72e) – Rongier
Germain Sanson (Lihadji, 79e) – Radonjic
Benedetto


La suspension de Strootman pour excès de cartons jaunes s’ajoute à notre longue liste d’absents. Perrin est reconduit en défense centrale, les pelouses de la région étant suffisamment souillées par les retombées de l’usine Lubrizol pour qu’on y dépose Sertic de surcroît. Sur le côté gauche,Villas-Boas maintient Amavi sur le banc pour le protéger, à moins que ce ne soit pour nous protéger, nous.


Le match

Avec un effectif amoindri, le jeu a ces derniers temps oscillé entre le prometteur et l’abyssalement nul. Cependant, on y décelait une constante bienvenue qui tranchait avec les saisons précédentes : une implication, une intensité dans l’engagement physique, qui permettaient à l’OM de surnager même dans les plus faibles de nos temps faibles. Ces bonnes dispositions, on peut désormais se les mettre au cul avec une botte de betteraves, puisqu’en Picardie l’OM nous a gratifiés d’une défaite à l’ancienne : une équipe réussissent le grand chelem de se montrer larguée techniquement, aplatie physiquement, sodomisée arbitralement.


Après dix minutes de brouillon où les Amiénois sautent à trois sur celui des nôtres qui possède le ballon, Kakuta se décide à faire danser la carioca en pleine surface à Maxime Lopez. Son centre est repris de volée par Aleesami, qui a échappé à Germain, et c’est alors que Mandanda nous sort une raie, mais alors là Mesdames et Messieurs, une authentique RAIE à procurer une érection au fantôme de Gordon Banks. « Amiens a marqué un but, mais Mandanda l’a arrêté », pourrait-on dire. Ou plutôt, « Amiens a marqué un but, Mandanda l’a arrêté, mais la montre de l’arbitre l’a re-marqué » : la Goal Line Technology, n’en ayant rien à foutre de l’esthétique, confirme que la parade de notre gardien, pour somptueuse qu’elle fût, a été exécutée 5 malheureux centimètres derrière la ligne (1-0, 11e).

Le jeu est toujours aussi brouillon et les occasions inexistantes, hormis une lourde de Sarr bien repoussée, et un ceinturage litigieux sur Germain dans la surface. Le ralenti confirme rapidement que Valère s’est laissé tomber comme un porc, et n’avait donc pas lieu de réclamer un pénalty. Les Amiénois, eux, en profitent pour procéder à  quelques réglages. Ainsi, lorsqu’un attaquant se présente à l’entrée de notre surface, ils l’entourent à quatre en attendant sagement que celui-ci perde la balle tout seul ; c’est alors qu’ils découvrent, un peu tard, que celui qui est tatoué de partout c’est Benedetto, et pas Radonjic. Pas attaqué, Dario en profite donc pour se placer sur son bon pied et envoyer une sèche dans le petit filet (1-1, 23e).


Malgré un jeu toujours aussi pauvre, l’OM domine alors plus nettement la rencontre. Amiens procède par contre-attaques, qui transpercent notre milieu de terrain un peu trop facilement mais sont bien rattrapées par la défense. Poussé par la confiance, Bouna Sarr va charger un joueur qui ne présentait aucune espèce de danger, coincé face à notre ligne de sortie de but. Ce coup-franc particulièrement idiot s’achève par un ceinturage litigieux sur Guirassy dans la surface. Le ralenti confirme rapidement que l’Amiénois s’est laissé tomber comme un porc, et n’avait donc pas lieu de réclamer un pénalty. Pourtant, détail subtil, l’empaffé en jaune siffle la sanction au mépris de toute logique, étant donné que l’action-clone subie quelques minutes plutôt par Germain lui en avait touché une sans faire bouger l’autre. Et avec un carton jaune pour Caleta-Car en prime, c’est la maison qui offre, si ça fait pas de bien ça peut pas faire de mal. En force, Guirassy permet à Amiens de reprendre l’avantage (2-1, 38e).

« J’ai compris », écrivait Jacques-Henri Eyraud en 2018, avec pour seul résultat notable d’avoir réussi dimanche dernier à emmancher arbitralement le Stade Rennais, ce qui leur est arrivé contre à peu près tous les clubs de Ligue 1. Sans forcément regretter le bon vieux temps où les arbitres se maniaient avec la politique de la carotte et du bâton, ou en l’occurrence des putes et de la barre de fer, on ne croira pas non plus que ces faibles humains soient subitement devenus imperméables à toute forme de préjugé. Et visiblement, ces préjugés, ils ne semblent pas des masses en notre faveur, par les temps qui courent.


Si nos joueurs supportent mal que l’arbitre leur vole leur victoire, ils tolèrent encore moins de se faire voler leur défaite. Voici sans doute pourquoi ils se montrent aussi nuls que possible au retour des vestiaires, comme pour mieux signifier à M. Hamel : « non Monsieur l’arbitre, cette branlée, elle est à nous et à personne d’autre ».  En matière de sursaut, ce sont ainsi nos sphincters anaux qui jouent la Bayadère dès la 47e. Lucas Perrin nous gratifie d’un amour de perte de balle plein axe, dont profite Guirassy pour aller défier Mandanda, et allumer la barre transversale d’un but pourtant grand ouvert.

Le ton est donné : les duels sont inexistants et, hormis quelques actions individuelles, le milieu de terrain ne propose rien offensivement, ni défensivement. Rebelote moins de 10 minutes plus tard : c’est cette fois-ci Otero qui part seul au but, après une perte de balle de Benedetto dans le camp adverse. Nouveau miracle, Mandanda parvient à le mettre en échec d’une maîtresse-sortie.


Quant à savoir pourquoi Nemanja Radonjic se met subitement à savoir jouer au football à compter de l’heure de jeu, c’est là un mystère : un caillot sanguin qui s’en va d’une artère cérébrale, une apparition de la Vierge, un blougou à sens giratoire inversé… Pour bienvenue qu’elle soit, cette révélation n’entraîne pas grand chose de productif, le reste de l’équipe étant toujours autant à la ramasse. Les situations de tir sont rares, et systématiquement contrées par des défenseurs acharnés.

Les contre-attaques picardes, elles, perforent notre milieu de terrain avec la même facilité, et l’une d’entre elle finit par sceller le score au bout du temps additionnel. Mendoza est lancé en face-à-face avec Perrin, lui urine dessus avant d’ajuster Mandanda (3-1, 92e).

Comme on pouvait le pressentir, les nombreuses absences ont fini par coûter de trop nombreux points en laissant notre effectif déplumé… ce qui n’était toutefois pas une excuse pour des performances aussi anales contre des cadors que sont Dijon ou Amiens. La trêve sera studieuse, sous peine de voir le calendrier nous proposer, avec les affrontements successifs de Strasbourg, Paris, Monaco (en coupe du pneu), Lyon et Lille, une dilatation de l’ordre du dantesque.


Les joueurs

Mandanda (4/5) : Notre Grande Muraille à nous : utile seulement quand les Mongols sont dans le camp adverse.

« Votre bel arrêt ? Eh bien vous pouvez vous le mettre environ jusque-là, je dirais. »

Sarr (1/5) : En bout de course, il centre vers le haut du piquet de corner. Sur coup de pied arrêté, il centre au bas du premier poteau. Peut-être qu’il devrait essayer le walking-football, pour avoir une chance de viser au milieu ?

Perrin (5/5) : Intraitable au milieu de la tempête, un véritable roc que l’on a hâte de revoir non en fait pas du tout, il s’est fait pourrir et mérite 1/5 mais faites un effort, merde quoi, je vous rappelle que si c’est pas lui c’est Sertic.

Caleta-Car (2/5) : On parle beaucoup des ours slovènes, mais pas assez du panda croate. C’est si pataud que ça en devient mignon.

Sakai (5/5) : MÂTIN, QUELS SAUVETAGES EN PREMIÈRE PÉRIODE ! CET HOMME EST UN HÉROS ET MÉRITE D’ÊTRE DURABLEMENT TITULARISÉ même si en réalité il ne mérite guère plus de 2+/5 tant il est inoffensif à gauche mais bon, prenez sur vous, merde quoi, vous préfèreriez revoir qui-vous-savez ?

Rongier (2/5) : Le compte officiel a partagé sa photo légendée ainsi : « le Joker ». Pourquoi pas, mais bon, en matière de Joker, on était loin de Joaquin Phoenix ; j’aurais plutôt évoqué la petite pièce blanche à zéro point qu’on pose au Scrabble parce qu’il nous manque un B pour écrire « bite ». Bref, un match certainement utile au collectif mais peu propice aux émotions fortes.

Lopez (1/5) : Le temps du dribble de Kakuta, Maxime a vu toute sa vie défiler devant ses yeux, et elle disait « Si je ne me reprends pas, moi aussi je vais finir ma carrière d’ancien grand espoir à Amiens ».

Khaoui (72e) : Le profil-type d’un candidat en 20e position d’une liste aux municipales. Il est gentil, il rend service, et il est assez discret pour que personne ne se demande ce qu’il fout là.

Sanson (1/+5) : Morgan est un être posé, Morgan n’aime pas le conflit, Morgan recherche le consensus, Morgan n’aime pas les débats vains et qui s’éternisent, et Morgan a par conséquent réglé les controverses sur son apport au milieu de terrain en se montrant nul à chier une bonne fois pour toutes.

Lihadji (79e) : Normalement, c’est un mouton qui aurait dû se faire dépecer à sa place.

« Le sacrifice d’Isaac Lihadji à la 79e minute. », musée des Beaux-Arts du Palais Longchamp.

Germain (1/5) : A mi-chemin entre ailier gauche et second attaquant, et par conséquent assez inaudible puisque chacun sait que dans l’half-space, personne ne vous entend jouer.

Radonjic (3-/5) : Égal à lui-même pendant une heure : dribbles ineptes, conduites de balle en six-mètres, la routine, quoi. Et puis paf, la métamorphose, brutale, incompréhensible : des dribbles, mais qui passent, des talonnades, mais pertinentes, et des choix de jeu – oserai-je le dire – judicieux. Mais bon, il paraît que dès son retour au vestiaire il s’est excusé auprès de ses coéquipiers : « pardon les gars, je sais pas ce qui m’a pris, je le referai plus. »

Benedetto (3/5) : Signe que sa période de jeûne avait trop duré, au moment de son but on s’est de nouveau surpris à dire : « ah, on a un attaquant qui sait faire ça chez nous, maintenant ? ».


L’invité zoologique : El Condor Mendoza

Survoler des gros tas d’or pour lâcher sa fiente dessus, c’est la raison d’être du grand condor. L’invité approprié, donc pour évoquer cet Amiens qui n’a de cesse de chier sur les équipes parmi les plus friquées du championnat.

Les autres : Pressing de chacal sur le porteur du ballon, contre-attaques chirurgicales, cet Amiens-là sait être efficace.

Le classement : Déjà une place perdue avant même les autres matchs, et surtout ce sentiment à l’issue d’une séquence réputée « facile » et avant des adversaires bien plus redoutables, que cette chute risque de ne pas s’arrêter tout de suite.

L’anniversaire : Et donc, en ce beau samedi, la Canebière Académie fête ses dix ans. Quelques petites surprises restent à venir si la météo est favorable mais dans l’immédiat, n’oublions donc pas d’associer Moké ainsi que notre Lorientais Tristan Bourrpif à nos apéros du jour et du soir.

Les boutons : les petites choses ci-dessous intitulées « faire un don » et « rejoins-nous » te font de grands yeux attendrissants pour que tu viennes cliquer dessus.

Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Max von Thb gagne le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

7 commentaires

  1. Merci à toi de continuer aussi bien ce que Moké avait commencé parfaitement et insuflé comme état d’esprit.
    Je me souviens d’un match de reprise de championnat contre Bordeaux où un mec (tatoué CU84 s’il-vous-plait) avait passé plus de temps à insulté nos joueurs que l’équipe adverse (c’était mérité par ailleurs).
    Ce que tu as écris, c’est la stricte vérité : on adore les insulter et oublier au match d’après pour les aduler.
    On est tous fada hé !
    Longue vie à toi, au lapinou et à la mémoire de Moké

  2. Une académie qui donne envie d’aller claquer son RSA en Andorre. C’est beau, putain con. Merci.

  3. Écrire comme Moké, sans jamais rien lâcher, notre amour du maillot.
    A quand une acad torse nu, de dos au clavier?
    « L’histoire continue »

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