OM-Nice (3-2), La Canebière académie boycotte

Aïoli les sapiens,

Alors d’emblée il faut dire que tout change : maintenant on concerte. On dialogue. On co-construit. Soit. En bon lâche social-démocrate que je suis, je me suis donc mis en devoir d’écarter autant que possible la haine générée ces derniers jours par Messieurs Eyraud et Ouvrard pour envisager leur appel au dialogue, le communiqué relatif à l’AgoraOM, avec l’œil neutre du citoyen. Analyser la proposition sans complaisance, certes, mais sans non plus d’a priori défavorable. Prendre le temps de s’élever au-dessus de la mêlée et regarder la main tendue pour ce qu’elle est réellement, et non forcément pour une claque prête à nous partir en travers de la figure. Laisser passer les réactions épidermiques pour, posément, relire chaque mot, peser le pour et le contre, et finalement livrer un avis que l’on espèrera aussi professionnel et objectif que possible : c’est ainsi que, en matière de concertation, l’AgoraOM représente un foutage de gueule comme j’en ai rarement rencontré dans ma carrière, et pourtant j’ai déjà fait de la démocratie participative dans les Hauts-de-Seine.

On aurait tort cependant, sur ce coup-ci, de reprocher à Jacques-Henri Eyraud de méconnaître la culture marseillaise : cet enchaînement annonce de dialogue / mise en demeure des supporters, c’est textuellement l’ancienne municipalité qui concertait à propos de la Plaine, tout en disant qu’il fallait vider le centre-ville de la moitié de ses habitants. L’enchaînement des événements a tendance à occulter ce fait, mais rappelons que la direction lance un appel à concertation après avoir fait envoyer des supporters en taule. Mesurons le niveau de cynisme de l’attitude.


La concertation nécessitant d’une part un minimum de confiance entre ses parties prenantes, et d’autre part de ne pas trier a priori ceux qui sont légitimes ou non pour y participer, il semble assez raisonnable d’envisager que ce dispositif n’est pas voué à un grand avenir. Retenez cependant qu’une démocratie participative mal branlée atteint toujours son but, mais au détriment de celui qui la propose. Sans les provocations de la direction, aurait-on vu les groupes de supporters se fédérer, les fans se mobiliser au-delà du corset montagneux qui enserre la ville, les politiques prendre aussi rapidement position (avec une sincérité qui devra cependant se vérifier sur le long terme) ?

Finalement, MM. Eyraud et Ouvrard auront réussi le pari de l’ouvrir, cette agora OM, dans les médias et sur les réseaux sociaux dans un premier temps, en attendant de la voir fleurir sur le parvis du stade. Les citoyens olympiens bouillonnent, se prononcent, et commencent à agir ensemble : si ça ce n’est pas de la démocratie et de l’éducation populaire, je me coupe une couille.


En résumé, le boycott de l’Agora OM s’impose, et l’on ne peut que relayer les mesures de protestation proposées par les groupes : désinscription en masse des comptes du club sur les réseaux sociaux, fin de toute interaction avec eux, boycott des produits dérivés. On y ajoutera l’interpellation des sponsors, puisque leur logo figure en bonne place sur le torchon adressé par M. Ouvrard au club de supporters. Personnellement je ne m’habille pas en Puma, je ne commande pas chez Uber Eats, je n’achète rien chez Boulanger, et j’ai dit à mon conseiller Caisse d’Épargne qu’ils pouvaient aller se faire enculer pour que je rembourse mon prêt immobilier.

Dans ces conditions, le football était secondaire. Pourtant, on aurait eu tort de se priver d’une soirée qui, quoique mouvementée sur le plan slipométrique, nous aura procuré de bons moments.


L’équipe

Mandanda
Sakai – Alvaro – Caleta-Car – Nagatomo
Kamara – Gueye
Khaoui (Rongier, 76e) – Payet (Amavi, 89e) Luis Henrique (Thauvin, 68e)
Dieng (Germain, 68e)

S’agissant d’un match en retard, les nouvelles recrues (Lirola, Milik, Ntcham) ne sont pas qualifiées. Alvaro et Caleta-Car reviennent de blessure, tandis que nos Argentins partent au frigo après leurs fantaisies bordelaises : Balerdi reçoit 1 suspension ferme et 1 avec sursis, Benedetto 3 matchs fermes et un avec sursis. Rongier et Thauvin sont présents mais ménagés, tandis qu’Amavi se prépare à effectuer son retour.

Nasser Larguet en profite pour effectuer quelques choix forts : Kamara et Gueye forment le double pivot, Payet se recentre, Khaoui se voit offrir sa chance, et la jeunesse offensive est au pouvoir avec les titularisations de Luis Henrique et Cheikh Bamba Dieng. L’équipe présente ainsi une moyenne d’âge inhabituellement basse, de 42 ans et 3 mois (Nagatomo étant toujours titulaire).


Le match

La première mi-temps alterne entre une certaine passivité olympienne face à la possession niçoise, souvent impuissante, et des moments bien plus ambitieux où l’équipe se porte en nombre vers l’avant. Progrès notable ces temps faibles sont bien mieux gérés que d’habitude, et surtout les temps forts sont bien plus nombreux et séduisants qu’à l’accoutumée.

Les jeunes osent, Khaoui saisit sa chance à pleine dents, et ce vent de fraîcheur semble même redonner des envies de jeu à Payet. Après un corner mal renvoyé, Dimitri se fend ainsi d’un de ses fameux centres de l’extérieur du pied, peu dangereux en soi mais méchamment cafouillé par Lees-Melou. Prompt et précis, Alvaro se saisit de l’aubaine et catapulte le ballon dans les filets d’une jolie reprise du gauche (1-0, 14e).

Les célébrations sont si modérées du but que l’on se demande même, à un moment, si les joueurs n’ont simplement pas perdu l’habitude de voir un début de match qui se passe bien. Ce côté irréel est accentué par cette ambition de se maintenir dans le camp adverse, des combinaisons et des provocations balle au pied que l’on avait perdu l’habitude de rencontrer chez notre effectif de déprimés.


À l’exception d’un tir à côté suite à un coup de pied arrêté, l’OM n’a guère l’occasion de trembler. Au contraire, la fin de première période frôle l’enthousiasmant, quand Payet percute et sert Dieng, lequel remet en talonnade pour Khaoui dont la lourde fracasse la barre. Le temps que la VAR vérifie à la fois le hors-jeu du Sénégalais et le rebond du ballon devant la ligne, et nous sommes autorisés à nous mordre les couilles comme il convient. Pas pour longtemps cependant puisque, dans la foulée, Nagatomo et Gueye bloquent rapidement la relance niçoise. Luis Henrique récupère et sollicite un une-deux, que Payet lui rend en talonnade. Le Brésilien déboule sur le côté gauche et ressert en retrait Khaoui, qui cette fois-ci pladupiésécurise son tir (2-0, 42e).

L’OM a retrouvé sa fraîcheur de vivre (OK boomer), c’est un fait. Pour ce qui est de la confiance, cela reste à voir : après tout, nous avons il y a peu salopé un avantage de deux buts en à peine un quart d’heure. D’ailleurs, comme le disaient les Latins, bis repetita mes couilles : Nagatomo se livre et s’élimine au duel pendant que Luis Henrique n’a pas couvert derrière lui : les deux joueurs reviennent mais n’arrivent pas à se coordonner pour empêcher l’action de se poursuivre. Boudaoui centre et, au premier poteau, Gouri surprend Alvaro tandis que Caleta-Car finit de chercher des truffes au lieu de se préoccuper de l’action (2-1, 48e).

Le temps pour Mandanda d’exploser notre budget lessive de l’année sur un crochet devant l’attaquant, l’OM a la bonne idée de repartir rapidement de l’avant. La suite nous procure un bonheur simple autant que l’envie de frapper les murs à coup de têtes à l’idée du gâchis qu’on vient de vivre pendant six mois : il apparaît en effet qu’au football, lorsque l’on tente des choses et que l’on se présente en nombre à l’avant, l’on en soit parfois récompensé par un but. Plusieurs coups de pieds arrêtés s’ensuivent, sur lesquels Nice ne parvient pas à se dégager. Dieng récupère un tir contré de Nagatomo et écarte pour Payet. Le centre de Dimitri est mal repoussé et, de l’entrée de la surface, Khaoui a tout le temps de contrôler et d’ajuster Benitez (3-1, 53e).


L’OM s’offre ainsi une belle soirée offensive et, ce qui ne gâche rien, nos quelques bourdes ponctuelles sont sans conséquence. C’est le cas notamment, sur un bête six-mètres, de cette perte de balle suicidaire de Payet sur une relance risquée d’Alvaro, que Gouiri gâche piteusement.

À un peu plus de vingt minutes du terme, les seconds couteaux héroïques du jour laissent leur place aux titulaires habituels : Germain et Thauvin entrent à la place de Dieng et Luis Henrique. On entre ici dans le débat scientifique entre corrélation et lien de cause à effet, mais c’est peu après à ce moment que notre OM, jusqu’ici joueuse et ambitieuse, retrouve ses réflexes de sans-couilles villasboesques. Suivant les préceptes du grand chef sioux Bigorneau Frileux, l’équipe abandonne la possession et se passe le dernier quart d’heure recroquevillée dans son camp, alors que l’attitude des Azuréens suinte pourtant l’impuissance.


Pour la seule fois de la rencontre, notre milieu de terrain Kamara et Gueye (et en l’occurrence surtout Rongier…) laissent un Niçois être trouvé entre eux et la défense. Le décalage créé ne se rattrape pas : Gouiri adresse un centre parfait pour Sellouki, dans une défense désorganisée. Échappant trop facilement à Nagatomo, le nouvel entrant trompe d’un plat du pied habile Mandanda, peu aidé par ses réflexes de morse (3-2, 87e).

Toujours aussi peu inspiré ce soir, Steve nous procure ce que l’on pourrait nommer la Mère de tous les Slipomètres à l’ultime seconde du temps additionnel. Dans la panique générale, Sakai a concédé un coup-franc à l’entrée de la surface. Gouri enroule un ballon à ras de terre, pourtant à la portée de notre gardien mais qui, pourtant, a pour seul effet de voir celui-ci s’affaler au sol comme une vieille bouse en soupirant « eh merde ». Par miracle, le ballon rebondit sur le poteau, puis sur le corps flasque et avachi de Mandanda, avant de se voir dégagé par Amavi. Un coup de chance monumental que l’on accueille avec plaisir, même si l’on aurait été tout aussi content de le voir plutôt se manifester contre un coup-franc de Cavani un funeste soir de février.

La soirée s’achève ainsi dans les sourire et les caleçons souillés, et sur l’interview pleine d’émotion de Khaoui qui, plus qu’aucun autre, aurait mérité ce soir un stade plein.


Les joueurs

Mandanda (1+/5) : S’est comporté avec nos jeunes joueurs comme un éditorialiste de 70 ans avec Greta Thunberg : « C’est très touchant, toute cette fraîcheur, mais c’est pas ça qui va empêcher ma génération de faire de la merde ».

Sakai (3-/5) : Difficile de se remémorerdes 93 minutes précédentes quand on a passé la nuit à faire des cauchemars de sa faute à la 94e.

Alvaro (3-/5) : Un bien joli but contre un duel perdu sur le premier but niçois : bataille.

Caleta-Car (2/5) : Bombardé en conférence de presse la veille pour répondre platement à des questions innocentes, il ne s’est malheureusement pas départi de son mode « nounours » pour le match.

Nagatomo (2+/5) : Basons-nous sur les notes de la presse et le résumé du match, pour constater que Yuto est malheureusement impliqué sur les deux buts niçois. Ce serait passer trop rapidement sur le fait que l’on a vu le Japonais combiner avec Luis Henrique, piquer des sprints mbappesques sur son aile, tenter de placer sa tête sur un centre et tirer de loin et que, malgré tout, nous ne pouvons réprimer une furieuse envie de dire du bien de son match.

Kamara (4/5) : Le bourgeon après le gel, le café après la cuite, le logement social après une pipe à Darmanin, bref, le match de Bouba porte l’espoir d’une embellie dans nos tristes vies.

Gueye (4/5) : Si Bouba est le fort Saint-Jean de notre milieu, Gueye en est le fort Saint-Nicolas : ensemble, ils servent autant à empêcher les ennemis d’entrer qu’à empêcher Rongier et Cuisance de sortir (du banc de touche).

Khaoui (5/5) : Preuve vivante de ce que l’on martèle depuis des mois : on ne réclame pas forcément de génies, mais déjà des gens qui soient simplement heureux de jouer au football.

Rongier (76e) : Alors que Gueye et Kamara ont transformé notre camp en forteresse, Valentin a joué le rôle du novice qui en laisse la porte grande ouverte après être sorti fumer une clope. Reconnaissons-lui cependant le mérite d’avoir pas mal écopé dans les dernières minutes

Payet (3+/5) : Retrouve l’espace d’un match son rôle dans la construction, ses gestes de classe et même ses petites démonstrations d’aisance technique (et une perte de balle slipocide, certes). Et surtout, il n’a pour une fois pas limité ces bonnes dispositions à dix minutes d’exhibition avant de tirer le rideau. Il faut avoir vu Nagatomo courir vite et Payet se montrer constant pour saisir tout ce que ce match présentait d’inhabituel cette saison.

Amavi (89e) : Fête son retour sur les terrains par un dégagement salvateur.

Luis Henrique (4/5) : Audacieux, propre, percutant, il a bien rendu à Papa Larguet la confiance que celui-ci lui a apportée.

Thauvin (68e, 1/5) : Une remarquable éruption d’antipathie dans ce match empli de bienveillance.

Dieng (3+/5) : Même question à la vue de son match plein d’initiative : sans exagérer outre mesure le talent et les promesses de ce joueur qui doit encore tout prouver, pourquoi s’est-on acharné à maintenir autant de temps des sénateurs qui n’avaient plus envie de rien ?

Germain (68e, 2/5) : Son entrée évoque la formule d’abonnement à tout Pascal Obispo pour 6 euros par mois. On en cherche encore l’intérêt.


L’invité zoologique : Morgan Schneiderlynx

Le lynx est ce félin prétentieux qui aime à se classer parmi les panthères et à qui il faut constamment rappeler qu’il est biologiquement plus proche du chat à mémère, comme en témoignent ses miaulements attendrissants quand il s’énerve. Bref, l’animal est certes mignon mais, il serait bien aviser de rester à sa place, ce que nous nous sommes-nous-mêmes chargés de rappeler à l’OGC Nice ce soir.

– Les autres : Le mot qui me vient à l’esprit est : « convenu ». Un football sans originalité qui porte ses fruits si la défense adverse laisse des espaces, mais peu propice au dépassement de soi quand l’opposition se relève.

– Le classement : Pour une fois, un match en retard se traduit effectivement pas trois points bonus. Ceci nous élève à la sixième place et évite d’anéantir le mince espoir européen qu’il nous reste.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Florent Llrns, en pleine bourre, remporte de nouveau le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

2 commentaires

  1. Allez l’OM !! On est Larguet Allez l’OM !!

    Mon Saif-Eddine !

    J’ai vu le petit tenter une bicyclette c’est dieng.

    Nagatomo ça fait plaisir.

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