Saint-Étienne-OM (1-0), La Canebière académie se morfond

Aïoli les sapiens,

Signe qu’une ère d’amour toxique s’achève, l’OM ne parvient même plus à nous faire les yeux doux, à nous retenir sur le seuil de la porte quand nous nous apprêtons à aller acheter des cigarettes. Ces fins de saison en panache quand tout est perdu, ces qualifications européennes sauvées après une année à saboter méticuleusement tout espoir de podium, c’était ce baiser faussement passionné sur un quai de gare, qui nous disait « je sais que j’ai été insupportable, pars loin pour te ressourcer mais je sais que tu reviendras, car tu ne peux pas te passer de moi ».

Nous n’avons même plus droit à ces égards. Nous nous emmerdons à regarder une équipe dont les joueurs s’emmerdent à faire partie, et chacun n’a plus qu’une hâte, c’est que tout se termine. La dignité n’est plus qu’une vague option, a fortiori le plaisir. Depuis que les matchs à jouer se comptent sur les doigts d’une main, le seul effort à accomplir de part et d’autre reste de courber la tête en attendant qu’ils se passent. Pourquoi pas. Les joueurs partiront rechercher de nouveaux espoirs, de nouveaux arriveront pour nous en procurer, et nous oublierons tous que nous aurions pu nous aimer.

Et bonne continuation.


L’équipe

Mandanda
Caleta-Car (Sakai, 61e) – Alvaro – Balerdi
Lirola – Thauvin (Benedetto, 83e) – Kamara (Rongier, 61e) – Gueye – Luis Henrique
Payet
Milik

Sampaoli dispose d’une équipe à peu près complète, puisque même Amavi peut réintégrer le groupe après avoir bénéficié d’un remède miracle (du Prolongatrex 9 ch en cataplasmes, c’est comme un bisou magique, ça soigne tout). Le match ayant lieu à un horaire convenant au public japonais, Sampaoli prend pitié de la famille de Yuto Nagatomo et le laisse sur le banc : Luis Henrique est ainsi titularisé au poste maudit, cette gauche olympienne qui présente un point commun avec la gauche française : on ne sait pas qui y foutre et de toute façon ça marche pas. Petite coquetterie tactique, Caleta-Car et Balerdi échangent leurs positions habituelles et ce n’est pas sale. Enfin, au début du match, ce n’était pas sale.


Le match

Saint-Étienne a beau être assuré du maintien compte tenu des authentiques clubs de viers qui fréquentent les abysses du classement, leur cause n’est pas encore entendue mathématiquement parlant. En conséquences, ils se mettent en devoir de nous défoncer avec l’enthousiasme du guerrier luttant pour sa survie. De notre côté, si l’on nous avait proposé en début de saison de finir à la cinquième place, nous aurions jugé cela inacceptable : nos joueurs nous ont entendus, et ne font donc rien pour y parvenir. Notre impuissance devant le pressing stéphanois n’a d’égale que notre complaisance à laisser des espaces si béants que le Tag Parfait a songé à en faire un article.

Fort heureusement, Mandanda, lui, est resté en mode « bien finir la saison pour faire oublier le reste », et s’oppose brillamment à Khazri. Passée la vingtième minute, l’OM desserre un peu l’emprise forézienne, tout en gardant la percussion offensive d’une côte de blette. Thauvin adresse un coup-franc juste à côté : le premier épisode d’une série extraordinairement dense de fautes vertes devant la surface, pour un résultat tout aussi extraordinairement à chier.


On se prépare donc à s’accommoder de la soupe habituelle, en attendant que l’équipe se réveille juste avant ou après la pause, comme d’habitude. Le plan est cependant contrarié par Wahbi Khazri, 30 ans, 23 secondes au 100 mètres départ arrêté et un tour de taille à faire passer Dimitri Payet pour Keira Knightley, et qui pourtant passe sa première période à uriner sur notre équipe. Dernière victime : Florian Thauvin, dont la défense de mouche sur un pare-brise n’est pas sans rappeler, en pire, le fameux duel de Valère Germain en clôture de la saison dernière. Le Tunisien en profite pour envoyer un centre plongeant. L’action révèle qu’il reste au jeune Leonardo Balerdi beaucoup de choses à apprendre, en premier lieu de savoir distinguer son pied droit de son pied gauche : Leo s’embronche complètement au moment de dégager et laisse Nordin battre facilement Mandanda (1-0, 43e).

Un esprit chagrin pourrait estimer que cette première période exhale un certain parfum de rien-à-foutre. Oh, rien de très marqué, juste une impression très subtile, à peine soupçonnable. Genre, les torchages de Lavéra ou la papeterie de Tarascon par vent du Sud, léger quoi. En guise de réaction, l’OM se contente d’une seconde mi-temps tout juste équilibrée. Hormis Luis Henrique, avec un bonheur inégal, quasiment personne ne crée de décalage. Pour autant, plusieurs occasions plus ou moins bien conclues entretiennent un relatif espoir. Payet voit l’un de ses coups-francs dévié sur le poteau avant que Luis Henrique, servi par Alvaro, ne gâche la meilleure occasion en tentant un tir impossible au lieu de centrer en retrait.


À un quart d’heure de la fin, Balerdi manque l’occasion de se racheter en expédiant sa tête au-dessus à la réception d’un centre parfait de Thauvin. Enfin, servi par Luis Henrique, un Benedetto pourtant idéalement placé ne réédite pas le coup de Strasbourg : l’Argentin rate sa reprise, une belle parade de Green faisant le reste. De son côté, Mandanda nous maintient plusieurs fois à flot, y compris en remportant son duel face à un attaquant lancé seul : la dernière fois que c’était arrivé, Johnny Hallyday faisant encore des concerts.

L’envie d’avoir envie, c’est ce qui manque aux Olympiens dans cette toute fin de match, avec des poussées aussi désordonnées que résignées : piteux, nos joueurs poussent l’infamie jusqu’à nous obliger à espérer une victoire du PSG le soir même en championnat voire en coupe de France.


Les joueurs

Mandanda (4/5) : Voir l’introduction. Alors que le juge est déjà prêt à signer le divorce pour adultère, dilapidation de l’argent du ménage, absence de participation aux tâches ménagères et sévices corporels au yorkshire, c’est le moment que Steve choisit pour nous prodiguer une pipe digne de la nuit de noces. Les plus fragiles hésiteraient à rappeler l’avocat.

Caleta-Car (2/5) : Aucune erreur flagrante, jusqu’à ce que l’on relise les notes décrivant toutes les attaques stéphanoises de la première mi-temps et que l’on finisse par se dire : « mais il était où, Duje, en fait ? »

Sakai (61e, 3/5) : Remplace Caleta-Car blessé, et produit quelques interventions solides.

Alvaro (2+/5) : Un match passable, enrichi par une belle ouverture pour Luis Henrique, elle-même dégradée par la succession de saucisses envoyées en fin de match dans l’enthousiasme de ce premier succès. Passe tout près de l’envoi en vacances anticipées sur un slipotacle de la dernière chance lors de la dernière contre-attaque.

Balerdi (1/5) : Notre destin dans ces années 2020 : payer pour avoir le droit de débourrer des poulains avant de les rendre à une écurie de course digne de ce nom une fois qu’ils sont prêts. Autant garder de bonnes relations avec celles-ci, sur un malentendu, peut-être l’une d’elle consentira-t-elle à nous céder l’un de ses percherons boiteux.

Kamara (2/5) : Certains joueurs sont considérés comme le baromètre du jeu, Bouba, lui, est notre mollomètre : quand il est mou c’est que nous sommes mous, et réciproquement.

Rongier (60e) : Quelconque. Même Sampaoli n’échappe pas à la grande interrogation philosophique qui ré-émerge à chaque entraîneur, notre poule-et-œuf à nous : les joueurs sont-ils des viers parce que l’entraîneur est infoutu de les faire jouer ensemble, ou bien sont-ils des viers au point qu’aucun entraîneur ne serait capable de les faire jouer ensemble ?

Gueye (2/5) : Vous ai-je seulement dit que nous étions mous ?

Thauvin (2-/5) : Florian avait peut-être déjà la tête déjà au Mexique, ou peut-être pas, tant sa prestation n’a pas différé des précédentes : 90 minutes volontaires que l’on pourrait illustrer par la totalité des verbes du dictionnaire, à l’exception de « réussir ». Ah si, il a réussi à avancer ses adieux d’une semaine, grâce à son carton jaune lui valant une suspension au dernier match.

Benedetto (83e) : Il ne va pas nous sauver toutes les semaines non plus, faudrait pas qu’on s’attache.

Lirola (2-/5) : Malentendu : Pol a joué aussi mal que ceux qui savent qu’ils se cassent, alors que lui on veut le garder. Il faudrait penser à le prévenir.

Luis Henrique (3/5) : Une sympathique activité qui lui vaut principalement d’être l’un des rares à ne pas avoir vu salir l’honneur de sa génitrice dans les propos émis à Marseille pendant le match (bon, un tout petit peu sur le tir qu’il tente en angle fermé, j’avoue).

Payet (2/5) : Je sais bien que West Ham ne nous aime guère, mais il faudrait essayer de leur demander comment  ils ont procédé pour qu’il se transforme en clone de Juninho à chaque fois qu’il devait tirer un coup-franc chez eux. Avec le même ratio et compte tenu de la séance spécifique que lui ont offerte les Stéphanois cet après-midi, il aurait fini avec un quintuplé.

Milik (2-/5) : Ni assez vif ni assez précis pour sentir les buts, ce qui témoigne de tout notre savoir-faire en matière de démolition d’avant-centres : on nous confie un cochon truffier à 2000 balles, on est capable d’en faire du jambon Fleury Michon.


L’invité zoologique : Adil Aoûtat

Il ne sert à rien et il démange, l’aoûtat est bel est bien l’invité approprié pour parler de ce Saint-Étienne de fin de saison.

– Les autres : Dépourvus de génie mais rompus depuis plusieurs mois aux batailles pour la survie, ce qui leur procure un supplément d’âme incontestable au moment d’affronter nos précieuses. Ils se sont de surcroît mis à avoir un gardien qui arrête les buts, c’est toujours un atout lorsqu’on se lance dans le football.

– Le classement : Rennes ne bat pas le PSG et Lens reçoit une authentique branlée contre Lille ce qui, même en perdant, même en jouant comme des chancres mous, nous confère la bonne opération du week-end. Une double victoire contre Angers puis Metz, eux-mêmes déjà en vacances, et c’est dans la poche. Nous avons donc très hâte de découvrir comment nous réussirons à saloper cette configuration idéale.

L’avis d’en face : Jouzé débarqué, l’ASSE maintenue : Roland Gromerdier vivra une fin de saison détendue du slip.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Padls remporte un concours zoologique aussi serré que le championnat de France.


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

6 commentaires

    • Screen enregistré et déposé chez un huissier de justice.
      Bon prince, je vous fournirai un antalgique et une paire de ciseaux propres et bien affutés.

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