Philadelphie – Montréal (3-0) : L’Impact Académie livre ses notes

Faut tenir bon la barre, c’est dur, même avec ça j’change pas d’bord. C’est l’bordel et j’m’en fous et c’est p’t’être ça qui nous rend plus fort.

Le monde n’a jamais tourné aussi rond. Le ramassis de sacs à merde qui nous entoure ne cesse de croître sous l’impulsion d’une bande d’inconscients illuminés. On grimpe toujours plus dans la hiérarchie en étant un fieffé fils deup’ qu’une honnête personne. Et l’Impact continue d’enchaîner une victoire convaincante contre un leader par une défaite humiliante chez un nazbroque.

C’est à Philadelphie, cette fois, qu’une nouvelle page d’un livre pourtant déjà s’est écrite. Sans commentaire. Il vous suffit de revivre le match à Kansas City en vous retirant quatre doigts du cul pour faire vous même l’anal-yse. Alors passons sur ce moment douloureux pour nous concentrer sur l’essentiel : finir cette Académie. Le monde n’a jamais tourné aussi rond.

Désigné…

Il est un statut peu commun dans le monde du football. Celui qui fait de vous un joueur plus important que les autres. Un joueur qui sort du lot. Grâce à ses qualités et son talent. Mais dans presque n’importe quel club de foot au monde, un joueur meilleur que les autres reste, dans les textes, un joueur comme les autres. Qu’il soit quintuple Ballon d’Or, meilleur buteur de l’histoire du club, star planétaire.

D’ailleurs, les entraîneurs, à la langue de bois bien pendue, ne s’y trompent pas. Surtout quand ils doivent gérer des égos allant du démesuré au sage, appartenant à des débiles profonds comme à des petits malins. « Oui, il a été exceptionnel ce soir, mais c’est avant tout le travail de l’équipe, du collectif. » Mes couilles. Mais soit. Il faut se fondre dans un tout. Ne pas ramener la couverture à soi.

Nous étions tous les deux…

Pourtant, dans le championnat de football nord-américain, plus communément appelé MLS, il existe dans chaque formation plusieurs joueurs un peu particuliers. Ils sont désignés. Un mot qui veut tout dire. Leur talent supposément supérieur à la moyenne fait que doigts et regards se pointent sur eux. On les montre parmi la masse. Comme partout dans ce milieu, ils reçoivent une rétribution supérieure à cette même moyenne. Supérieure à leurs coéquipiers. Ils le valent bien, ils sont les meilleurs.

Alors pour leur donner envie de venir parcourir les pelouses américaines (parce que canadiennes, rien à branler soyons francs), il a fallu leur proposer des salaires proches de ce que peuvent offrir les plus grands et plus riches clubs. Manque de pot, pour plus ou moins maintenir une équité au sein d’une ligue aux règles américaines et aux franchises bien différentes, un salary cap et une limite aux joueurs désignés sont appliqués. Des règles strictes, sauf à Los Angeles.

…désignés

Voilà donc les joueurs les plus cotés sur le marché propulsés, grâce à une renommée souvent européenne, au rang de star, sans avoir eu à prouver quoi que ce soit sur les terrains nord-américains. Des joueurs étoiles, aux salaires étoilés, dont on attend qu’ils fassent la différence. Ils sont souvent au centre de la scène, car certains dénotent : ils jouent, en fait jouaient, à un autre niveau. Ils surnagent et le savent. La maison de retraite si souvent moquée revient à grands pas.

Car du confort nait la fainéantise. Peu de pression, des efforts moindres apportant des résultats similaires. Tout semble aller comme sur des roulettes. Sauf que les joueurs désignés sont pointés du doigt. Suivis du regard. Et quand l’implication est réduite au rang d’un nom couché sur une feuille de match, la grogne de ceux qui n’aiment pas qu’on se moque d’eux commence à se faire entendre. Et on passe vite du statut de joueur désigné à celui du coupable désigné. À bon entendeur.

Merguez Party : bis repetita?

Parfois, l’Impact sait se faire tout petit. Évidemment, il y a des faits inamovibles dans le foot qu’il pratique. Mais pour chaque certitude, il y a le cortège de mythes qui se dégonflent bruyamment. Pour une victoire de rang, la branlée est offerte au match suivant. De fait, il n’y a pas plus accessible pour le connard moyen qu’un match du bleu-blanc-noir, car il n’y a pas plus profondément manichéen. En un sens, voilà comment Montréal construit sa légende, dans la franche désillusion autant que dans l’érection bornée d’un mythe inaccessible.

L’Impact a toujours été une équipe de poètes. Des poètes culs-de-jatte certes, mais des poètes quand même. Des écrivains visionnaires d’une Histoire en dents de scie, scientifiques du mélodrame pastoral à la Jim Harrison, Raymond Carver, Charles Bukowski et Gilles Vignaud, tout ça dans un pot Masson qu’on brasse très fort pour donner : 2014, la paire de burnes Krol et Pearce ; 2015, les rêves de conquête, les morceaux de bravoure outrageusement magnétiques, Ciman Général ; 2016, Drogba, les Raymond-tada dantesques ; 2017, l’oubli, la honte, l’incompréhension, 2018 ; l’acceptation, 2019 ; le rebelote.

L’Impact se binge-watch comme une aventure soquèristique en accord avec l’ethos tragédien, où la mollesse apporte autant à l’histoire que la joie et le courage. Là où les autres choisissent d’idéaliser le sport ou de représenter une version académique de ce qu’il devrait être, il est de notre devoir de VIVRE pleinement l’ascenseur émotionnel, sac à vomi dans la poche arrière, de révéler ses excès, de sucer goulument son énergie, qu’elle soit positive ou négative et, dans le processus, de devenir les pairs des artistes maudits qu’on célèbre. Mais toutes ces conneries, c’était avant. Quand j’étais ivre, premièrement. Et avant le match.

Gérer son stress

Inutile de sur-analyser la défaite. Je réclamerai pourtant toute votre attention, bien conscient que la plupart d’entre vous ont ouvert cette page dans l’unique but de regarder les images qui bougent ou des .GIF de fions qui se dilatent. Je tiens à être honnête, nous allons aujourd’hui nous concentrer sur les fondamentaux, en découvrant les clés de la gestion personnelle de l’échec. Le secret de cette réussite s’articule autour des piliers suivants : gérer son stress, se préparer à l’échec pour l’accepter, savoir en tirer le meilleur grâce à la technique américaine de la résignation positive.

Munissez-vous d’un rétroprojecteur, d’un type en cravate, d’un viseur laser-laser indispensable à toute présentation Powerpoint et de trois flacons de Poppers. Ceux qui seraient en slip ou au travail peuvent bien évidemment continuer de ne rien faire. En préambule, il semble important de bien définir le cas du jour, sans pour autant se vautrer dans les détails, et c’est pourquoi nous commencerons par une analyse objective des évènements.

L’Impact s’est fait dégoupiller la chocolatine.

Par un adversaire direct, en après-midi, sur un score fleuve, Rod Fanni sous le Benoît Baby et dans des conditions rendant toute la misère du monde plus supportable. Et avec un but d’Alejandro Bedoya. Pris par l’élan, ceux qui n’ont pas été logiquement pris de combustion spontanée doivent se demander si leur femme ne s’est pas tirée ou, pire, si elle n’est pas revenue. Enceinte d’Alejandro Bedoya.

Les conditions veulent qu’il s’agisse là des bases acceptables à un constat d’échec. Échec collectif, échec individuel, échec en bois (rires). Même si Philly a prouvé en ce début de saison qu’il était capable de gagner contre n’importe qui, l’Impact a une nouvelle fois mis un point d’honneur à perdre tout seul. Tous les voyants sont au vert et on peut entrer sans contrainte en phase de stress. À cette étape, ouvrez les bouteilles de Poppers. 

« On a perdu »

Tout tient dans ce « On », tant il semble que la main dans le benouze, la bouche pleine de pistaches, la télé aurait pu être éteinte que notre participation à la réussite de l’équipe n’aurait été guère plus notable. Admettons-le, « on » n’a rien gagné du tout. Jamais. Et à ce petit jeu, l’Impact de Montréal part avec une avance considérable.

Dans les faits donc, « ils » ont perdu et, par extension, « on » n’a pas pris trois pions contre une équipe notoirement dégueulasse, qui n’a pas gagné un truc sérieux depuis le couronnement d’Hugues Capet. Notez l’astucieux élément de langage qui, combiné aux effluves de Poppers, offre immédiatement 10 points tisane Douce-Nuit. Le stress diminue, le « on » est une entité chimérique probablement née des unions coupables entre un Académicien et du gras de jambon. Il n’a aucun sens. Du moins, jusqu’à la prochaine victoire convaincante. 

Conseil pratique : l’erreur à ne pas commettre

On pourrait être tenté de couper le match dès qu’on sent que ça pue, pour se protéger de l’échec. Monumentale erreur ! L’échec nous rattrape toujours, d’autant plus à Montréal, où le soccer est la seule distraction pour ceux qui n’aiment pas l’argent et la neige. Astuce : laissez tourner la game et jouez avec vos enfants dans une autre pièce. Si vous n’avez pas d’enfant, jouez avec votre appareil génital. Les cotes d’écoute vont nourrir Nicolas A. Martineau parce qu’à la différence de Saphir Taïder, lui bosse un peu sur le terrain. En parallèle, la bataille contre le stress est d’ores déjà gagnée, avec des conséquences qui vont bien au-delà de l’épanouissement personnel. Libéré de sa propre pression, le supporter devenu spectateur peut faire un grand pas vers l’acceptation de l’échec. Déjà parce que ce n’est plus le nôtre, chacun sa merde.

Une branlée = une recette

Reste désormais à tirer profit de cette situation afin d’avancer. Là par contre, et compte tenu de la situation, cela demande une expérience certaine. Si vous faites partie de ceux récemment converti à l’Impact (communément appelés « nouveaux viewers »), demandez conseil aux fans qui ont suivi la saison 2015. Pour ma part et puisque nous sommes passé à table à la mi-temps en voyant venir la misère annoncée, le point positif que je retiendrai de ce match, c’est le Pâté Chinois.

Le Pâté Chinois est une recette simple et conviviale, modifiable à l’envi. Personnellement, je colle de la tapenade d’olives et du vin blanc dans le processus. Il offre une farandole de saveurs fines, qui plus est lorsqu’il est dégusté chez quelqu’un d’autre et, donc, gratuit. Vous l’aurez compris, tirer profit de l’échec n’est pas un voyage qui se fait le ventre vide. C’est à vous de trouver en vous-même les bénéfices d’une déroute. Surtout si vous n’avez pas bouffé de Pâté Chinois.

Evan Bush (2/5) : Lui qui jouait son 200e match toutes compétitions confondues sous les couleurs de l’Impact aurait sans doute préféré garder sa cage inviolée. Sûrement aussi que ses défenseurs ne fassent pas de cadeau à l’adversaire. Ça lui aurait évité de paraître un peu juste sur le premier but et de se manger un péno à la con après. Il a trouvé un bon coin à champignons sur le troisième but et s’y est précipité, avant de prendre l’un des cartons les plus cons possibles. À la suite d’une faute d’un attaquant sur lui, Evan s’engueule avec l’arbitre avant de balancer sa gourde au milieu du terrain quand ce dernier eut le dos tourné. Au final, ça fait trois tris cadrés, trois buts.

Bacary Sagna (3/5) : Il a à peu près tenu son rang, ne laissant finalement que peu d’espace sur son côté. Il se fait mangé par une délicieuse passe dans le dos sur le troisième but, on peut lui reprocher son marquage un peu trop agressif sur le joueur en entrée de surface qui lui fait perdre les quelques centimètres nécessaire à la déviation. Avec sa coupe de poulpe, il la mettait en corner. Il n’a finalement assez peu combiné avec Okwonkwo pas trop aidé par le premier il faut dire, et Bayiha… En fait, le bilan est très moyen, le 3 se termine en 2.

Jukka Raitala (2/5) : Un match discret, sans excellente intervention, mais sans grosse boulette non plus. Sa démotivation devant le troisième but, alors qu’un premier joueur de l’Union rate la balle, en dit long sur l’état d’esprit général à ce moment du match. Impossible d’avoir une moyenne quand on en prend trois, même si l’Impact a eu « le mérite » de ne concéder que quatre tirs à Philadelphie…

Zakaria Diallo (2/5) : Une première mi-temps correcte et puis l’envie lui a pris de choper par le cou le joueur qu’il marquait sur un corner, pour une balade dans la surface de réparation. Un penalty archi con concédé, peut-être un peu sévère mais le morceau qu’est Diallo ne doit pas se servir de ses bras sur ce genre d’action. Il regarde ensuite le troisième but passer sous ses yeux sans risquer d’intervenir. Il n’aura finalement pas été décisif quand il le fallait.

Daniel Lovitz (1/5) : Lance son match d’une passe décisive de qualité. Ouais, c’est bien mignon de faire le type décontracté du gland, mais foutre la balle dans les pieds de l’attaquant adverse, pour qu’il n’ait plus qu’à aller au but, ça a tendance à me déchirer le gros colon. Pas meilleur après, ni dans ses centres ni dans ses interventions défensives. Il est parti lui aussi à la cueillette aux champignons sur le troisième but, mais dans un autre coin que Bush. Ça commence à devenir gênant et, pour Daniel, ça va finir par être une question d’honneur, kebab. 

Samuel Piette (3/5) : Les matches de Samuel se suivent et se ressemblent, pas comme les résultats. Rien à dire encore une fois, pas grand chose à lui reprocher. Il affute toujours un peu plus ses discours d’après-match sur le thème « on a joué comme des branquignoles ». Capitaine courage.

Micheal Aziza (2/5) : Un grand en-dessous de Piette, mais toujours utile et efficace. Ça serait sympa qu’il puisse justement jouer avec quelqu’un d’autre que Sam-Sam, j’sais pas, Taïder au hasard, histoire qu’il ne passe pas son match à galérer tous ses morts pour un résultat flingué.

Saphir Taïder (1/5) : Fantomatique et inutile. La sanction est tombée. Remplacé à la mi-temps par Shome.

Orji Okwonkwo (2/5) : Il a voulu faire la différence tout seul et a laissé Urruti attendre des appels qui ne viendront jamais. Il a été servi une fois en bonne position, par Maxi justement, mais s’est emmêlé tristement les pinceaux. Remplacé, lui aussi, à la pause par Shamit Shome.

Harry Novillo (1/5) : Il a commencé à jouer à la 30e minute, par un enchainement contrôle orienté frappe finalement peu dangereux, puis un bon centre pour Urruti. Cette seconde action a signé la fin de son match, à la 32e… Un jour, on va trouver chez Harry un placard magique, comme dans Narnia, avec dedans son passeport, une pédale d’accélérateur, un « tuto football » rédigé par ses premiers entraîneurs. Ou alors, on va découvrir le cadavre du vrai Harry Novillo, tout sec et tout mangé des mites. Un point, parce qu’il n’a pas perdu son passeport depuis le dernier déplacement. Remplacé à la 74e par Choinière.

Maximiliano Urruti (3/5) : Son jeu dos au but a été loin d’être mauvais, mais il ne pouvait pas conserver le ballon 25 minutes à chaque fois le temps que ses coéquipiers viennent en soutien. Quelques mauvais choix qui ont gâché de bonnes opportunités, mais aussi plusieurs services de qualité, pour Novillo ou Okwonkwo. Encore et toujours beaucoup d’activité au pressing et en déviation, il est capable de conserver le ballon et de se mettre en position de passe, sauf qu’il n’y a jamais personne au centre. Maxi doit regretter de ne pouvoir être au four et au moulin. Pour moi, il est le seul, avec Piette et peut-être Sagna, à avoir fait son boulot.

Les substituts

Clément Bayiha (46e, 2/5) : Une entrée dynamisante, plein de mouvement et de provocation. Et puis, il s’est rapidement éteint après le troisième but, au point d’oublier de se pointer dans la surface quand on a eu la rare chance de s’aventurer dans les parages.

Shamit Shome (45e, 2/5) : Il a montré, un dix minutes, à peu près quatorze fois plus d’envie que Taïder, même s’il a beaucoup couru nulle part. On aura eu, grâce à ses efforts, un peu plus la possession du ballon. Reste à savoir quoi en foutre.

Mathieu Choinière (74e, non noté) : Il a eu le plaisir de rentrer pour se faire déglinguer à la 90e minute. Heureusement pas blessé, il nous a aussi montré qu’il savait bien rouler.

L’avis de Tony

Encore une fois, le doute m’assaille comme un guerrier.

Car il est important de laisser s’exprimer les talents émergents, cette chronique est destinée à accueillir des chefs d’oeuvre dans un style allant du merdico-cubique au débilo-gribouillage abstrait.

Aujourd’hui, une plongée au coeur d’un réseau social du début du XXIe siècle : Facebook, par Mark Zuckerberg. L’histoire d’un jeune fils de pute qui nous a pourri la vie avec ses conneries, mais nous permet encore en 2019 de nous délecter du « Mur de l’Impact ».

Episode premier : Omar Browne débarque à Montréal

Retrouve Horsjeu sur les rézosocio, mais également ses fidèles sbires Kurtis Larsouille, aussi rédacteur de la Canuck Academy à ses heures perdues, et Mauricio Vincello.

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Mauricio Vincello

Vraie fausse légende du soccer montréalais (ou l'inverse), Mauricio Vincello, après une carrière bien remplie sur les terrains des Amériques, a décidé de prendre sa grosse plume pour conter au commun des mortels les folles aventures de l'Impact de Montréal.

Un commentaire

  1. Quelle vie que celle de supporter de l’Impact… Votre académie est comme toujours excellente. Par contre le pâté chinois ça donne pas envie. M’est avis qu’il faut être bourré pour en manger.

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