Montréal – Columbus (1-0) : L’Impact Académie livre ses notes

On s’en retourne à l’Institut. Dans le sens de la ligne de rue. Nous, on préfère de loin ta compagnie à celle du grand air.

On y est. C’était long et dur. Non, non, point de chibrons dans cette Académie. Le retour au bercail nous a inspirés. Enfin, en tout cas, on fait bien semblant. Et notre lectorat de (droite) gens cultivés, nous en sommes persuadés, est aussi mélomane. Oui, des chants à base de « Oh hisse », mais pas que. Aussi de la vraie musique, avec des vraies émotions dedans, pour le prix que ça coûte.

Des émotions, y’en a aussi dans le fouteballe mon cher ami. Ça tombe bien, ici, on aime les deux. Alors quoi de mieux, quand on retrouve sa maison après un long moment, que de faire péter le volume, pointer son p’tit cul au stade et péter celui de Columbus (coucou Roxana) ? Avec, au loin derrière, les chants des supporters.

Country roads

Le stade Saputo est encore sous la neige. Pourtant, dans quelques jours, il sera baigné par le soleil. Envahi par le bleu royal, les vivats et les sourires. Il aura fallu s’armer de patience, chez les détenteurs de billets de saison plus que tout autres, pour profiter de ce premier samedi de football à Montréal. Six longs matches depuis le début de la saison. Loin des yeux, mais près du coeur, car l’adage ne vaut rien. De la Californie à la Floride, du Texas à New York. La variété des résultats n’a eu d’égale que celle des équipes croisées.

Alors, sauf pour les plus fervents, les plus impatients, ceux qui en avaient l’opportunité et, bien sûr, l’équipe, la saison n’avait pas pleinement commencé. Avec le retour du soleil qui réchauffe est venue l’excitation. Et comme tout vient à point, le ciel a fini par marier la couleur de l’Impact et l’air printanier a porté sa brise renaissante. Le terrain s’est découvert de son manteau d’hiver et, si l’herbe sera toujours plus verte ailleurs, nous l’avons tous regardé avec des yeux d’enfant.

Take me home

Fleur de lys au coeur, coeur léger, la foule a quitté son chez soi pour retrouver notre chez nous. Elle se regroupe dans la blancheur de l’esplanade olympique, comme répondant à un appel. Une mobilisation générale, dont la fleur au fusil ne tire que des balles en lucarne. Mais le bonheur des retrouvailles prend encore le pas sur le sentiment de défi. Les premières images d’euphorie contenue parviennent aux lointains. Coeur pincé. Les reflets d’étoiles désormais éteintes rejaillissent en plein jour. Coeur noué.

Celle qui brille pour l’Impact est toujours là. Toujours brillante. On la perçoit tous différemment. C’est celle qui guide et celle qui nous perd. Celle qui réchauffe l’âme et celle qui glace le sang. C’est la lueur réconfortante de l’âtre et celle, vacillante, d’une « bougie qu’on a oublié d’éteindre dans une chambre vide ». Mais elle est toujours là. Toujours brillante. Et tous les souffles et les trous noirs de l’univers n’y feront rien : une bougie magique se rallume toujours, une étoile ne meurt jamais.

To the place

Le brasier, lui, aime à ce qu’on l’alimente. S’il sommeille dans une poutre, il attendra de pouvoir s’exprimer. Il n’a pas de dessein destructeur cependant. Pas lui. Il est le fanal qui, au sommet de la plus haute tour, réveille la forteresse. Tous sont là pour la défendre et les champions sont acclamés. Tous ont des souvenirs ici qu’ils n’auront de cesse de chérir et protéger. Tous s’y sentent si bien qu’ils en ont fait leur foyer.

Certains en ont défendu le blason avant même que la première brique soit posée. Patriarches d’une lignée qui ne fait que croître, ils ont oeuvré puis passé le témoin pour faire d’un rien un tout. D’une poignée à des milliers. À coup de dollars ou à coup de passion, souvent des deux. Qu’il soit riche comme Crésus ou pauvre comme Job. Qu’il soit là ou se soit effacé. Chacun sa contribution. Ils en ont fait un formidable lieu de rencontres.

I belong

Les amis, on ne les oublie pas. Surtout quand ils viennent de si loin et qu’ils ont tant de choses à raconter. Les croiser dans les travées du stade est un doux plaisir dont jouissent des gens qui ne mesurent pas cette petite chance. Et c’est tant mieux. De simples plaisirs ne sont ni à envier ni à jalouser, mais à partager. Cependant, les murs n’ont pas que des oreilles, ils parlent aussi. Ils hurlent à la Lune comme un vieux loup. Un chant mélancolique qui résonne à chaque seconde. Qui, à chaque seconde, tente de retenir une attention qu’on voudrait à jamais portée ailleurs. Et qui se fixe là où elle ne devrait pas.

Les murs sont aussi des miroirs. Ils renvoient des images qu’on aimerait ne plus voir. Ils transforment la forteresse en cachot. On en vient à avoir peur du reflet, mais il nous attire irrémédiablement. Ce qu’il y a derrière le miroir devrait nous presser, mais c’est ce qui est derrière le reflet qui nous envoûte. Reste alors à l’affronter, rassembler les dernières bribes de courage. Permettre à ceux qui veulent mettre une nouvelle couche sur le mur de le faire. Pourquoi pas sous la forme d’un beau tifo. Avec des torches, parce que la lueur brillera toujours. Et si ce n’est sans doute pas dans un grand Boeing bleu de mer, je reviendrai à Montréal.

Bide et Musique
Quel orchestre pour animer l’Impact ?

Dans l’optique toujours plus révolutionnaire d’amuser la plèbe en informant, la Rubrique sera mélomane, cette semaine. De fait, cet article se veut être le point de départ de nombreux débats. Il est ainsi volontairement abrupt, quitte à choquer la sensibilité des pisse-froids, ne laissera que peu de place aux divergences pour, en bout de ligne, faire rayonner dans sa forme la plus pure la Musique. Oui. La Musique. Gardez bien à l’esprit qu’à l’instar (académie) du soccer, le Rock (car c’est bien de ça dont il sera question) se débat, et en débattre, c’est le faire flamboyer.

Ne vous en déplaise, Montréal porte fièrement l’étendard du Rock et de ses dérivés les plus abrasifs, ses sous-genres les plus poisseux. Montréal est une serre chaude exceptionnelle du punk-rock, parce que les kids s’y impliquent comme nulle part ailleurs, une Fête, une fontaine musicale de jeunesse et de vitalité qui nous maintient en vie. Et en ce sens, il n’y a pas défouraillage plus intrinsèquement lié au soccer que la musique du Diable. Deux hobbies qui se vivent passionnément, sur la corde raide, formes d’art populaire ultime, démocraties en acte, parce que c’est vrai : tout le monde peut en faire. Pour jouer du foot ou du punk-rock, ou tout ce que vous voudrez, on a besoin que d’une chose : de culot.

Punk et foot

Si je profère sérieusement chaque mot, ou du moins, la majeure partie d’entre-eux, mes précédentes chroniques en ces honorables pages auront prouvé que je prends aussi le soccer avec un manque absolu de respect. Car il n’y a rien de plus emmerdant que les chapelles dans un divertissement aussi frivole. Et si vous m’avez côtoyé ces vingt dernières années, il en est de même pour le punk. C’est-à-dire que je crois au foot, mais je ne crois pas au Foot, même si je ne l’écris pas toujours de la même façon. Je crois au foot comme alternative enivrante à l’ennui, à l’amère indifférence de notre époque. Le foot ne fait aucune promesse et ne réclame pas d’intellectuels sur le terrain. En tant que réponse aux mystères de la vie, c’est un pet foireux sur une toile cirée. Mais en temps que mode de vie, c’est sensationnel.

Croyez-moi, il n’y pas meilleure bande son au foot que le punk. J’ai tout essayé dans cette foutue diatribe. Il n’y a pas meilleure cacaphonie pour entendre l’expression de la passion. Prenez les ultras de Sankt Pauli. Bon c’est devenu un repaire de hipsters sans vergogne, mais avant de se faire dévorer par le vautour brûlant de la hype, c’était Turbonegro, les bières tièdes, les concerts de Beatsteaks, le DIY dans le tapis, un avenir construit sur le  »no future ». Et, paradoxalement, une des marques underground les plus rentables du soccer-jeu ou, en tout cas, un club identifiable au-delà des frontières.

Les vieux punks, les Vrais, hurleront au scandale, mais citez-moi un seul courant musical qui n’est pas devenu un zombie. Le punk, comme les autres, fait de charmants fonds sonores pour Urban Outfitters, bien résolu à se montrer aussi insignifiant que la pop. Ce débat est d’une vacuité absolu. Même des équipes aussi lisses et policées que les tremblements de San José ou les mormons du Real Salt Lake se sont payés Lars Fredericksen et Branden Steineckerts pour leur hymne (le Rancidico n’a jamais aussi bien porté son blase). Le punk est mort et enterré, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas lui presser une dernière fois le citron pour injecter un peu de testostérone aux avant-matches de l’Impact.

Les faits saillants

Evan Bush (4/5) : Un pilier contre Columbus. Il a maintenu l’équipe à flot alors que l’Impact a sacrément vacillé en première période. Deux arrêts déterminants qui préservent l’espoir et ont frustré le Crew. Moins sollicité après la pause, il a continué sur sa lancée avec une belle horizontale. Après avoir pris cette pion face à SKC, ce troisième clean sheet de rang le, et nous, réjouit au plus haut point.

Bacary Sagna (3/5) : Baky a dû avoir quelques sueurs froides en début de match. Des souvenirs tout chauds d’un match au Kansas (ou presque) où ça allait très vite. Un peu trop vite même. Après quelques bonnes montées, il a bien compris qu’il fallait assurer derrière avant d’aller faire le kakou. En témoigne sa meilleure fin de match. Son côté fermé, il a pu à nouveau participer à l’attaque, en allant notamment chercher d’intéressantes déviations.

Jukka Raitala (4/5) : « Petit à petit, l’oiseau fait son fucking nid. » Un match à la Evan Bush. Tout ce qu’il y avait à faire d’élémentaire a été fait avec soin. Mais, et surtout, ce sont ses trois ou quatre interventions cruciales qui ont mis son déjà très bon match en lumière. Si l’Impact n’a pas encaissé de but samedi, c’est notamment parce que Jukka était là pour éviter à Bush de s’employer encore plusieurs fois, avec le risque que ça craque.

Zakaria Diallo (3/5) : Sa seule grosse erreur fut une perte de balle immonde sur une passe non moins dégueulasse de Piette, qui n’a miraculeusement pas fini en but. Après, il a été très solide, ne laissant que des miettes à Columbus, que Raitala a pris un malin plaisir à épousseter de la pelouse du Saputo. Surtout, c’est la complémentarité avec son acolyte qui m’a plu. Une nouvelle paire de titulaires ?

Daniel Lovitz (3/5) : Lui aussi a eu du mal à se mettre dans le match. Notamment à force de trop rentré dans l’axe en accompagnant son adversaire, il s’est fait ouvrir dans son dos. Pas mal de risques pris à la transmission également, mais une très bonne seconde période, ponctuée d’un sauvetage miraculeux sur sa ligne. Pas si pire.

Samuel Piette (3/5) : Hormis cette passe en retrait du bout de la chaussette, encore un très bon match. Il a bien bossé son cardio en première, parce que bien baladé par le milieu de Columbus très supérieur à celui de l’Impact durant une bonne partie du match. A ensuite parfaitement repris son rôle de régulateur, pour finir en roue libre.

Micheal Aziza (3/5) : Un peu le même match que pour Piette, avec plus de difficultés pendant les 45 premières minutes. Beaucoup de courses dans le vent, mais lui aussi bien meilleur après la pause. Le pressing commun a été bien plus intelligent pour prendre le dessus sur le milieu du Crew. Des meilleurs choix dans la transmission ont permis des remontées de balle plus dangereuses.

Saphir Taïder (2/5) : Définitivement trop nonchalant. Sa façon de donner l’impression qu’il a la main mise sur le rythme du jeu me semble être un leurre pour masquer que bon, en règle générale, il se branle pas mal les canettes, ralentit vraiment le jeu, perd des ballons… Il est pourtant tellement un cran au-dessus en terme de talent qu’on souhaiterait le voir plus dominant et plus convaincant.

Orji Okwonkwo (3/5) : Il a encore longtemps été le plus incisifs dans ses courses, ses pressings, mais le tout a été terni par des passes en carton, des perte de balle et transmissions ratées dangereuses. Finalement assez peu impliqué dans nos maigres grosses occasions. Un travail défensif toujours pertinent. remplace bien fatigué à la 77e par Clément Bayiha.

Harry Novillo (2/5) : Mou, mou, mou ! Énorme envie de plus enfoncer une pile Duracell dans le trou d’balle pour lui mettre un coup de jus. Je peux encore mettre ça sur le compte de la préparation physique tronquée et concevoir qu’il n’est pas tout à fait dans le rythme. Par contre, on a vu des choses assez inquiétantes en termes de percussion, de couverture défensive, de concentration… Il a mis tout ce qu’il avait dans le slip pour ouvrir le score, offrir les trois points et sauver un peu son match. Remplacé par Choinière à la 74e.

Maximiliano Urruti (3/5) : Essaye de faire de son mieux, c’est évident, tant il ne calcule pas ses efforts. Ça donne un match très loin d’être sexy, où il n’aura pas spécialement profité de ses rares positions de frappe pour briller. Sauf qu’à force de presser constamment les défenseurs et notamment les centraux, ne leur offrant qu’un mince espoir de relance, il offre sur un plateau l’ouverture du score à Novillo après une récupération très haute et une remise parfaite. Sa troisième passe décisive déjà. Remplacé par Tony Marinaro à la 89e.

Les substituts

Mathieu Choiniere (74e, non noté) : Une entrée dans le style qu’on lui connait désormais. C’est-à-dire bien casse couilles pour l’adversaire, qui en a lui même plein le cul.

Clément Bayiha (77e, non noté) : Une entrée très dynamique et pleine de percussion, en profitant des espaces de fin de match. Quelques mauvais choix en fin de circuit malheureusement.

Victor Cabrera (89e, non noté) : A regardé le match de Raitala avec la raie du cul suante.

L’avis de Tony

Allégresse totale.

Car il est important de laisser s’exprimer les talents émergents, cette chronique est destinée à accueillir des chefs d’oeuvre dans un style allant du merdico-cubique au débilo-gribouillage abstrait.

Cette semaine, la rubrique artistique a dû faire face à une urgence de dernière minute. Le président français Emmanuel Macron a, en effet, déjà commencé à réunir une équipe d’experts afin de débuter au plus tôt la restauration des oeuvres touchées par l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Vous ne serez pas surpris en apprenant que nous en sommes. Mais pas sans négocier ! Nous avons effectivement obtenu de la présidence ainsi que de l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, qui est clerc mais pas Claire ni très clair, qu’une oeuvre monumentale soit suspendue à la croisée du transept. Voici en exclusivité mondiale ce que verront dans plus d’un lustre, n’en déplaise à Manu, ceux qui entreront dans la cathédrale.

Saint Nacho sauvant Notre-Dame de Paris des flammes

Impact Académie, huile sur toile (10 m x 6,6 m), 2019.

C’est tout pour cette semaine. On se retrouve dès samedi à Philadelphie pour leur la mettre dans l’Union. D’ici-là, aimez-vous et soyez bon avec votre prochain. Non, on déconne. Picolez comme des trous et chiez sur les murs.


Retrouve Horsjeu sur les rézosocio, mais également ses fidèles sbires Kurtis Larsouille, aussi rédacteur de la Canuck Academy à ses heures perdues, et Mauricio Vincello.

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Mauricio Vincello

Vraie fausse légende du soccer montréalais (ou l'inverse), Mauricio Vincello, après une carrière bien remplie sur les terrains des Amériques, a décidé de prendre sa grosse plume pour conter au commun des mortels les folles aventures de l'Impact de Montréal.

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