Les fables de Just La Fontaine
Quand la bise fut venue, l’anal en fut fort dépourvu.
Le Russe, Le Grec, et Le Tchèque.
Un Tchèque tout jeune, et qui depuis longtemps n’avait rien vu,
Fut presque pris au dépourvu.
Voici comment il conta à Antonin sa qualification :
J’étais allé dans le pays qui borde mon État,
Pour au football, y jouer un championnat
Et retrouver de l’ambition
Lorsque deux équipes m’ont arrêté les yeux :
L’une défensive et laborieuse,
L’autre flamboyante et joueuse.
Elle a des joueurs adroits et talentueux,
Rodé dans un collectif très organisé,
Ses attaquants à chaque occasion peuvent marquer,
Ses défenseurs sont adeptes des combats rudes
Et son gardien ne laisse aucune inquiétude.
Or c’était un Russe dont notre Tchèque,
Fut défait par ce métèque,
Comme d’une équipe sans empire.
Ils nous ont battu, dit-il, avec une telle aisance
Marquant quatre but sans rien à redire
Que moi, après dans cet Euro j’ai perdu toute croyance
Et voulu prendre la fuite de peur,
Les maudissant de très bon cœur.
Sans lui j’aurais fait connaissance
Avec cette équipe qui m’a semblé si nulle.
Son attaque est légère comme une tulle
Lente, stéréotypée, d’humble contenance ;
Un modeste jeu, et peu de talents
Je le bats fort facilement
Avec Messieurs les Polonais ; et des deux,
Il m’a semblé le moins ambitieux.
J’allais l’éliminer, quand le parfum de l’échec
M’obligea sur l’ultime partie à gagner.
– Mon fils, dit Antonin, ceci est un Grec
Qui sous son allure empruntée
Contre toute attente
A toujours la qualification indécente.
L’autre équipe tout au contraire
Qui nous a semblé savoir tout faire
Dans les matchs importants ne se qualifient pas.
Quant au Grec, leur tactique est de la jouer mesquine.
Garde-toi tant que tu joueras,
De juger les gens sur le mine.
Le Portugais, Le Danois et le Hollandais en société avec l’Allemand.
Le Portugais, le Danois, et leur frère le Hollandais
Avec un fier Allemand, terreur du voisinage,
Finirent ensemble dans un groupe relevé
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Quand les matchs se jouèrent, un se trouva vite éliminé
Et les trois autres luttèrent pour se qualifier.
Sur-ce, l’Allemand par ses doigts compta,
Et dit : Nous sommes trois pour deux privilégiés.
Puis dans un dernier match cela se jouera ;
Prit pour lui la première place en qualité d’historique
Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
C’est que je m’appelle Teuton :
A cela il n’y a rien d’illogique.
La seconde, par droit, je la choisis d’abord
Ce droit vous le savez, c’est le droit du plus fort.
J’ai la possibilité de choisir celui qui va trépasser.
Si quelqu’un de vous je rencontre en dernier,
Je l’élimine tout d’abord.
Le Croate, L’Espagnol et L’Italien.
Un Italien, un Espagnol, avec un Croate alléchant
Assemblés dans une même poule cherchaient à sa qualifier :
La tension était maximum car l’enjeu important ;
Tous pouvaient encore se faire éliminer :
Et rentrer à la maison
Plus tôt que de raison.
Le beau Croate jouait sa partie
Comme si c’était le dernier match de sa vie.
C’était par moment d’une beauté à rendre les gens fous :
Les autres équipes, au jeu plus voyou
S’étonnaient qu’il joue avec autant d’alchimie ;
Ils craignaient dans ce groupe de ne plus passer.
Michel demanda alors au Croate : Qu’as-tu tant à te montrer ?
Tu nous étourdis tous, que ne tiens-tu coi ?
Ces deux équipes-ci, plus sages que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou à moins faire le malin.
Regarde cet Espagnol : a-t-il fait de si belles choses ?
Il est sage. – Il ne s’impose,
Repartit le Croate : que par son bon gardien,
Sinon il jouerait comme moi, en plus fin,
Et cette autre équipe honnête
Ne serait aussi plus à la fête.
Ils pensent qu’ils vont tous deux se qualifier,
L’Italien par expérience, L’Espagnol par supériorité.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu’à jouer sans arrière pensée, mon élimination est certaine.
Adieu l’Euro, bonjour la maison.
Le beau slave raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand l’enjeu est certain,
Le beau jeu ni les occasions ne changent le destin ;
Et le plus prévoyant est toujours le plus sage.
Le Français et le Suédois.
Se croire un personnage est fort commun en France.
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on passe souvent pour un niais,
C’est proprement le mal Français.
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols nous battrons de toute manière.
Leurs joueurs me semblent en un mot
Beaucoup plus forts, et pas si sots.
Mais donnons d’abord une image des nôtres
Qui sans doute valent bien moins que d’autres.
Un Français des plus paresseux voyait un Suédois
Des plus combatifs, raillait son élimination en bon gaulois.
Ses deux défaites face des adversaires
Qui lui avaient paru bien ordinaires.
Sur le dernier match de la poule
Les Vikings exposaient leur combativité,
Et furent à deux doigts de mettre une branlée,
Qui aurait ravi toute leur foule.
Le Français s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette équipe vorace :
Comme si d’occuper la dernière place
Les rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous, autres hommes ?
Serait-ce ces grands corps qui mettent tant d’engagement ?
Ne nous prisons pas, tous qualifiés que nous sommes,
Et refusons de produire un effort conséquent.
Il continua alors à ne pas jouer ;
Et Zlatan d’une magnifique volée
Lui fit voir avec cette victoire remportée
Qu’un Suédois n’est pas un Français.
Just La Fontaine
Les images illustratives proviennent de l’album panini crée conjointement par le site oldschoolpanini et les cahiers du foot. Si tu n’as pas eu la présence d’esprit de la faire avant, il n’est pas en encore trop tard pour commencer ton album…



