Les tiroirs de l’Anatolie Académie, chapître premier.

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Bonus Hors Série

AnatolieAcadémie

Lettre de Abdülgaffar SANAGIRSINOGULLARI, historien ottoman à Tamer YAVRUÖKÜZOGLU, historien ottoman. 10 Octobre 1829. Traduit de l’ancien turc.

Mon cher ami que je considère comme frère Tamer,

Je viens d’atteindre, grâce en soit faite au tout puissant, la capitale française qu’est Paris. Avant d’entrer dans le sujet nous concernant, laisse moi, cher frère, te conter, les quelques histoires que j’ai vécu lors de mes premiers jours ici. Dès mon arrivée, un étrange phénomène m’a frappé. Ici, certains hommes n’hésitent pas à assumer leur féminité en rasant leurs moustaches ; ce doit être une fantaisie de bourgeois, qui par ailleurs viennent de renverser le pays au nom des pauvres paysans pourtant très adorateurs du roi et de l’Église. Je te taquine un peu, tu devais sans doute le savoir.

En me promenant dans les rues de cette ville je me rendis compte rapidement que j’étais loin des jardins fleuris et des fontaines abondantes de notre cher et malheureux empire. Un désir brulant, dû sans doute à l’abstention longue que m’a imposé le trajet, de convoiter une femme me taquina l’esprit. Je commençais donc à rédiger quelques poèmes les nuits dans ma petite chambre ne possédant aucun tapis sur le sol, donc insalubre. Je n’aime pas écrire les pieds chaussés. Je me rendis compte en essayant de séduire des demoiselles que ma plume avait faibli et désespérais que mon encrier soit encore plein. C’est dans un élan de gentillesse, quelle surprise venant d’un chrétien, qu’un jeune homme m’interpella et m’indiqua que l’on n’avait plus besoin de chanter si l’on voulait « forniquer » disait-il. Il me conduisit ensuite dans un lieu où les femmes sont bien plus faciles à aborder que dehors, où il suffit simplement d’investir dans une garde-robe généreusement pour qu’il y ait conclusion. Je réussis à séduire une charmante demoiselle, en premier abord, qui se nommait Marie-Madeleine. Je te raconterai les détails à mon retour, mais j’y ai découvert des pratiques assez salaces que tu pourras essayer avec ta femme, notamment ce qu’elle appelait l’inflation.

Le lendemain, je croisais cette même Marie-Madeleine aux portes d’une église : tu sais bien que je porte une attention particulière aux édifices religieux que j’aime particulièrement visiter. Elle me reconnut et m’intercepta. Quelque chose dans son regard n’allait pas. Aussi au moment où je m’apprêtais à l’éviter habilement, elle se jeta à mes pieds et pleura le pardon du seigneur pour les pêchés qu’elle et moi avons commis. Elle continua son hystérie et me demanda de me convertir au christianisme pour sauver mon âme d’hérétique. Ma moustache avait trahi ma foi. Embarrassé par ces jappements, je décidais, d’un coup de pied d’une force de janissaire de l’éjecter. Aussitôt, la petite foule ayant assisté à la scène hurla au crime religieux et se mît à me pourchasser. Pendant la poursuite, j’eus l’impression bizarre qu’ils te connaissaient : beaucoup hurlaient « nique Tamer », « enculé de Tamer ». J’espère que tu n’as pas raconté au monde entier ce qu’il s’était passé dans le jardin de tes parents, ma famille me renierait. Cette folle chasse s’achevait avec mon arrivée dans ma petite chambre aux sols remplis de termites, d’où je t’écris cette lettre. Je te prierai évidemment de ne pas discuter avec ma femme de cette histoire là.

Entrons maintenant dans le vif du sujet, à savoir ce léger débat inachevé que nous avons eu à propos de la miniature découverte dans les sols de Bursa représentant Mehmet Ier et son conseil de ministres. L’objet, presque au centre, qui est sujet de discorde entre nous, est, nous sommes d’accord sur cela, un objet à priori sphérique constitué de peaux d’animaux coloriés et rempli d’air. Je pense, moi, que Mehmet présentait cet objet afin de dynamiser l’économie de l’empire en voulant imposer une nouvelle activité au peuple qui serait facile d’accès. Ce projet, qui devait être réfléchi et pensé depuis des années tant les précautions sont élevées – note bien la mine sérieuse et le visage tendu des gardes du corps derrière Mehmet protégeant l’entrée sur la gauche – consistait à un jeu d’équipes à points où la sphère était au centre du jeu et devait traverser une certaine zone qu’on appelait kale qui peut se traduire par « château ». Ce projet s’appelait ayak-i top, que l’on peut traduire par « jeu balle au pied ». Il fut malheureusement délaissé puisqu’il fallait construire l’empire à cette époque, et comme tu le sais, certains de nos ambassadeurs soupçonnent les anglais de nous avoir dérober l’idée. L’avenir dira. N’hésite pas à me partager tes pensées à ce sujet, tu sais bien que cela ne peut qu’être enrichissant pour nous deux.

En attendant impatiemment ta réponse, je te prie, cher frère, de prendre soin de toi et de garder un œil protecteur sur nos chères terres. Je veux des nouvelles, du pays, de toi et ta femme Zülfiye que j’embrasse tendrement.

Abdülgaffar.

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