Une saison avec le FC Renardin – Épisode 8
Contient une guest star
Lundi:
Encore une semaine passionnante qui s’annonce. Voilà maintenant presque deux mois que je suis à la tête de l’équipe et j’ai toujours autant d’envie. Cela me rappelle les premiers temps avec Vovonne. A cet époque, pas un jour sans que je lui passe dessus. Elle avait le feu au cul et j’ai éteint bien des incendies! Le pire c’était pendant l’armée: à chaque permission, nos retrouvailles c’étaient quelque chose. Je l’emmenais sur mon solex, jusqu’au stade, pour regarder les étoiles. Je lui parlais de Tigana, Giresse, Platoche et toute la grande équipe de France. Elle buvait mes paroles. Bien souvent je l’emmenais dans les vestiaires où là nous étions à l’abri de tout. Elle faisait mine de rien, mais elle savait qu’elle allait prendre cher, sur la table de massage. D’ailleurs cette table est toujours là, aujourd’hui dévolue aux activités de Laurent, notre cher soigneur.
Il faudra que je vous raconte comment j’ai rencontré Vovonne, un beau jour d’avril 82…
Mardi:
Pluie torrentielle sur Renardin. Les conditions climatiques ne me permettent pas d’entrainer l’équipe, évidemment. Beaucoup de joueurs sont quand même venus car ils savent que j’ai toujours un plan B. Je décide de faire une séance vidéo. Sébastien, un de nos remplaçants, est un fan de nouvelles technologies. Ayant anticipé le coup, il installe en deux temps trois mouvements, un ordinateur et un projecteur. J’ai demandé à Seb de récupérer toutes les vidéos où on voit l’En Avant Guingamp et sa fameuse chenille sur corner.
Seb lance la première vidéo. J’ai autorisé les joueurs à fumer dans les vestiaires en échange de leur silence. C’est très dur pour moi, j’ai les yeux qui piquent et mes lunettes sont pleine de buée. La pièce est complètement enfumée, les gars sont surexcités et trafiquent je-ne-sais-quoi. Ils ont l’air de fumer une seule et même cigarette, un boudin difforme et long de plusieurs centimètre. Je n’arrête pas de tousser et je suis pris dans le même temps par une furieuse envie de rigoler. Il m’est impossible de débriefer sur cette chenille si ingénieuse.
Je sors alors prendre l’air. Il fait déjà nuit noire, le vent mêlé à la pluie me fouette le visage. J’aperçois au loin une masse, allongé au sol. Inquiet, je m’approche, doucement. Je crains une nouvelle apparition de Raymond Goetals. La masse se relève et s’adresse à moi:
« Eh oh qu’est-ce que tu fais là ? ».J’entends un fort accent de personne d’obédience négroïde. Nom de Dieu! Difficile à dire dans le noir évidemment, mais il me semble que j’ai face à moi le fantôme de Marc-Vivien Foé! « Alors comme ça tu te laisse marcher dessus là, par tes joueurs, qui ne sont rien d’autres que des macaques! Si j’étais à ta place je ne me laisserai pas bercer par toutes leurs pacotilles, présentement. Alors maintenant, tu leur fais éteindre leur pétard et tu leur apprends le football vrai, là dis-donc! »J’eus à peine le temps de réagir que déjà pffft! Marc-Vivien disparaissait..
Déterminé, je cours vers le vestiaire, enfonce la porte et m’apprête à pousser une gueulante… Incroyable, il n’y a plus personne! Ma montre Flik-Flak affiche 22h47. Mais que s’est-il passé ? Aurai-je perdu connaissance ? Et pourquoi ai-je du vomi sur mon survêtement ?
Mercredi:
Je ne me sens vraiment pas bien. Je me remets très mal d’avoir inhaé toute leur fumée hier soir. Les joueurs m’ont pris pour un con depuis le début, ce sont des drogués! Heureusement que Foé m’est apparu. D’ailleurs je vais éviter d’en parler autour de moi car je sens qu’on va me prendre pour un illuminé! J’ai déjà assez de problèmes comme ça en ce qui concerne ma réputation. J’espère qu’il ne va plus rien m’arriver car j’ai besoin de sérénité pour reprendre mon équipe en main!
Jeudi
Comme tous les matins je me dirige vers le bourg de Renardin afin d’acheter la presse. Je sens une atmosphère étrange, les gens me regardent avec un sourire narquois. Étrange. Au moment ou je franchis la porte du bar tabac, les gens éclatent de rire. Roger, installé au comptoir s’exclame « ALORS PATOCH ! I SENT BON LE CUL À VOVONNE ? AHAHAHAHAHAHAH » . Je récupère les journaux, et rentre chez moi. Arrivé à la maison, je comprends enfin la raison de ces moqueries. Le Renardin libéré a publié des dessins me caricaturant. Je prends un coup de massue sur la tête. Pourquoi moi ?
Vendredi
Je reçois énormément de messages de soutien. Les joueurs me font parvenir une lettre très touchante.
« Coch nous tenon a vous faire par de not soutien. C dessin sont scandaleu. Mem si d fois on ai un peu turbulan, au fon on vou zaime bien. Vous pouvé compté sur le soutien de toute l’ekipe.
Toute l’ékipe «
J’ai les larmes aux yeux, ce sont vraiment de bons mecs, pas comme ces connards de journaleux !
Samedi
C’est avec énormément d’émotion que je découvre le témoignage de mon ami Guy Truite dans le Renadin du jour. Guy, outré par les attaques dont je suis victime, a tenu à m’apporter son soutien.

Guy accompagné du célèbre chansonnier Patrick Sebastien
Hommage à Pat Rémoulade
J’ai rencontré Patrick il y a 18 ans par le plus grand des hasards, je peux même affirmer que c’est le destin qui a fait que nos routes se sont croisées. Je restitue rapidement. Nous sommes le 1er novembre 1994 et je dois me rendre à Clermont Ferrand pour passer quelques jours chez les parents d’Odette, mon épouse à l’époque. Nous quittons Marseille vers 16h pour être certain d’arriver à l’heure pour l’apéritif et surtout pour le match. Ce soir là L’OM joue son match retour de 16eme de finale de l’UEFA. A l’époque, le GPS n’existe pas et j’ai autant le sens de l’orientation qu’un joueur de Cécifoot sourd.
Naturellement nous nous perdons en arrivant en Auvergne. Nous avons encore de la marge mais je commence à stresser par peur de louper ce choc européen et Odette ne m’aide pas. Nous sommes dans la merde jusqu’au cou, paumés sur des routes de campagne. Il est 20h et nous nous trouvons dans la commune de Renardin. Le coup d’envoi est dans 30 minutes et ma mission du moment est de trouver un bistrot muni d’une télé et d’un décodeur Canal Plus. Par chance nous atterrissons dans le bien nommé café des sports.
Tout de suite, j’ordonne à Odette de me commander un double Ricard et d’appeler ses parents pour leur dire que nous reprendrons la route après le match et que le rôti de porc de sa mère attendra demain. Nous nous asseyons à table non loin de la petite lucarne. Les habitués du bar sont là et enchaînent les vannes douteuses sur les maghrébins. Puis au moment où j’appelle le garçon pour commander un autre jaune, un homme d’une classe folle pénètre dans l’établissement.
Mocassins à glands et chaussettes blanches, pantalon beige, chemise jaune moutarde et veste pieds de poule avec l’accessoire qui fait la différence, la cravate à cordelette de cowboy. Quant à la femme qui l’accompagne, je reste bouche bée en la découvrant. Robe léopard qui moule à merveille ses formes généreuses, une somptueuse blonde à la permanente impeccable. Les soulards saluent chaleureusement les dénommés Patrick et Yvonne.
Le match débute et L’OM prend un but d’entrée et doit en marquer 4 pour se qualifier. Il domine mais ne conclue pas. Je m’arrache les cheveux, me ronge les ongles lorsqu’Odette me lâche : « Arrête de te mettre dans des états pareils, ce n’est qu’un jeu »
Je réplique : « Comment peux-tu dire une chose pareille ? Connasse ! ».
Puis elle se lève sans rien dire et va faire un tour sur la terrasse. Témoin de la scène, la belle Yvonne lui emboite le pas. Et là Patrick tend son verre vers moi et s’exclame :
« A la tienne !! Grâce à toi j’ai quelques minutes de tranquillité. Le prochain jaune est pour moi »
J’ai donc pris place au comptoir aux côtés de Patrick. Point de départ d’une belle amitié.
Marc Libbra marque la deuxième période de son empreinte en inscrivant un doublé. Pat est littéralement subjugué par cet attaquant méconnu du grand public.
« Ce mec n’est pas forcément doué techniquement mais fait preuve d’une détermination exceptionnelle, il se bat comme un beau diable, ne lâche jamais. Pas comme le cake qui joue à Bordeaux et qui croit nous régaler avec ses roulettes et ses râteaux. Zizdane, c’est ça ? »
Patrick brille déjà de part ses analyses tactiques, techniques et psychologique. Pat Remoulade est d’ailleurs avant tout un vrai meneur d’hommes, avec un coeur gros comme ça.
Patrick fait tout pour me mettre à l’aise et je suis sous le charme de sa vision du football. Mais je suis peu bavard car le stress m’habite. C’est comme ça lors de chaque match de L’OM et ça ne changera jamais. De plus, je bois plus vite que les autres, l’anxiété aidant. A la fin du match, je suis effondré, les olympiens échouant à un but de la qualification. Je ne traîne pas et remercie Patrick pour ce bon moment. Sur ce j’attrape Odette par le bras qui avait l’air d’avoir passé un moment agréable avec Yvonne devant un jeu de l’oie. Nous la saluons et mettons les voiles. Mais Patrick court à ma rencontre et d’une voix essoufflé me glisse:
» Guy tu as trop bu ce soir. Ce n’est pas prudent de reprendre le volant. J’ai une chambre d’amis à la maison et elle est à vous pour cette nuit. En plus, il reste encore de la blanquette de veau que Vovonne m’a servi à midi. je dois encore avoir du museau vinaigrette et du pâté de tête. Puis si vous avez encore faim le plateau de fromage est bien garni. »
Vu le menu nous ne pûmes refuser l’invitation. Et bien nous en a pris. Nous avons passé une deuxième partie de soirée majestueuse qui m’a fait très vite oublier l’élimination. La blanquette d’ Yvonne était à tomber. La viande étant gélatineuse à souhait. Avec ça nous avons dégusté un blanc d’un petit producteur provenant d’un village voisin, Saint Simone les Ménes.
Après le diner, alors que les femmes sont allées se coucher à l’étage, nous avons parlé foot autour d’une bouteille de Renardelle, une sorte d’eau de vie locale. Les sujets abordés: le jeu à la Nantaise, l’En Avant Guingamp de Guivarc’h et Coco Michel ou encore la tignasse et les gourmettes de Michael Madar. Il était déjà question de Football Vrai. Avant que nous tombions dans les bras de Morphée, j’ai promis à Pat de l’inviter au Vélodrome. Ce fut chose faite un mois plus tard lors d’un OM – Saint-Brieuc qui vit les Olympiens s’imposer 2-0 grâce à un doublé des Féfé flingueurs, Bernard Ferrer et ce désormais brillant consultant qu’est Jean-Marc Ferreri.
Depuis, nous nous voyons une fois par mois et je suis bien sûr attentif au parcours de Patrick. Je constate qu’il est très patient avec ces joueurs et projette de mettre en place la chenille Renardienne, fortement inspirée par ces modèles que sont Stéphane Carnot et surtout Guy Lacombe. Mais Pat ignore si ces joueurs disposeront des capacités intellectuelles suffisantes pour la maîtriser. En revanche, la chenille de la Bande à Basile dans les 3eme mi-temps, inutile de leur expliquer deux fois comment ça fonctionne. Malgré tout Pat aime ses hommes plus que tout et en a fait de vrais combattants, prêts à mourir pour le FC Renardin. Et de ça, il peut en être fier.
Et moi je suis fier d’avoir un ami comme lui en tant que fervent défenseur du Football Vrai et de ses valeurs. Il en est le plus digne représentant.
Guy Truite pour Guy Truite.com
Dimanche
Deuxième match de championnat. Nous nous déplaçons chez l’US Ruizenfaitro. J’espère que les événements de la semaine ne vont pas influer sur le comportement des garçons.
J’ai décidé de reconduire la même équipe. Notre adversaire du jour est un concurrent direct pour la montée.
Première mi-temps :
Nous sommes bouffés. Nos adversaires nous marchent dessus.
À la 24 ème minute, ils ouvrent le score suite à une grossière erreur de Jean-Paul. L’attaquant adverse file au but et trompe Didier d’un extérieur du droit.
Nous n’existons pas dans ce match.
À la 43 ème minute Ruizenfaitro est à deux doigts de doubler la mise. Didier sort une parade magistrale.
Deuxième mi-temps :
J’ai poussé une gueulante durant la pause, visiblement ça ne suffit pas.
Les occasions adverses se succèdent, c’est un miracle que nous ne soyons menés que d’un but.
À la 90 ème minute Nelson se présente face au gardien adverse, je vous laisse découvrir la suite.
1-0 score final, cette défaite est logique, nous n’avons rien montré. Les garçons vont devoir se remettre en question.
Remerciements à Benoit Chambard qui est l’auteur d’une des caricatures
Vous pouvez supporter le FC Renadin sur Facebook .
Si vous êtes fan de Patrick Remoulade, vous pouvez le suivre sur Twitter .
Allez le FCR !



Om-FC Sion, le fameux match ?
pénible
Tres bon !
Oui pieds carrés!! il me semble que j’ai oublié de le mentionner. faute grave!
Bonjour Patrick,
Ne pensez-vous pas que le passage à un 4-3-2-1 au détriment d’un 4-4-2 qui avait pourtant fait ses preuves a finalement affaibli l’équipe ? Votre milieu de terrain semble bien moins dominateur avec ce nouveau système.
D’autre part, comment jugez-vous les performances récentes du petit Kévin ? J’ai l’impression qu’après des débuts prometteurs, il rentre dans le rang comme vous dans Vovonne. Aurait-il du mal à s’adapter au nouveau schéma tactique ?
Par ailleurs, je trouve les caricatures vous concernant proprement scandaleuses. Je compte appeler à un grand rassemblement devant l’antenne toulousaine du Renardin Libéré pour brûler devant les caméras quelques exemplaires de ce torche-cul blasphématoire et dégradant pour l’image du FC Renardin et de ses fidèles.
Arnaldo a parfaitement raison Coach.
Même le Barça n’arrive pas à jouer en 4-3-3 , alors c’est le moment d’arrêter les tâtonnements et de réfléchir à la mise en place d’une tactique offensive. Objectif 1 but par match. On a l’impression qu’Emilouinovic est servi au lance pierre…
D’ailleurs Emilouinovic, qué pasa ? de la communication dans le vestiaire bordel ! Le mec qui a la chiasse le jour du match prévient les autres au moins..
PS: Pour la drogue, pas trop d’inquiétudes. Jour de match c’est café pour tout le monde après l’échauffement comme à Arsenal.
Décidement la jeunesse ne respecte plus rien.
Les mocassins à gland ne suffisent même plus à imposer le respect à ces petits branleurs !!!
Le football vrai c’est la drogue pendant le match bordel ! sur le banc, à la mi-temps et sous la douche.
Reprenez votre groupe en main coach, on vous soutien.
Au fait Patrick : »Il sent bon le cul à Vovonne? »